■f'i'ou'^ l V : L ._. :*v HARVARD UNIVERSITY. LIBRARY MUSEUM OF COMPARATIVE ZOOLOGY LiBRARY OF SAMUEL GARMAN (0 (ttoX^^, iq^i't. ^w9-^--^ '^^^^^ C^m^H^^ i-^tn.^-^'t^-u 0CT5 1928 HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS. STRASBOURG;, IMPRIMERIE DE F. G. tEVRAULT, IMPRIMEUR DU ROI. HISTOIRE NATURELLE DES POISSONS, PAR M. LE B.^^ CUVIER, Grand-Officier de la Légion d'honneur, Conseiller d'État et au Conseil royal de l'Instruction publique , l'un des quarante de l'Académie française , Secrétaire perpétuel de celle des Sciences , membre des Sociétés et Académies royales de Londres, de Berlin, de Pétersbourg, de Stockholm, de Turin, de Gcettingue, des Pays-Bas, de Munich, de Modène, etc.; ET PAR M. VALENCIENNES, Âide-!Naturaliste au Muséum d'Histoire naturelle- TOME CINQUIÈME. A PARIS, Chct F. G. LEVRAULT, rue de la Harpe, n.° 815 STRASBOURG, même Maison, rue des Juifs, n.° 33; BRUXEI^LES, Librairie parisienne, rue de la Magdeleine, n." 488. 1830. AVERTISSEMENT. L'étendue de ce volume, et surloiit le nombre des planches qui s'y rapportent, nous obligent de retarder encore la publication des articles qui doivent servir de supplémens aux volumes précédens; mais nous croyons devoir faire con- naître dès ce moment une rectification impor- tante relative à un genre que l'on pourrait s'attendre à trouver parmi les sciénoïdes. C'est celui des micr^optères de Lacépëde, que dans la dernière édition de mon Règne animal j'ai laissé encore dans cette famille. Un nouvel examen que j'ai fait de l'exemplaire unique qui a servi à la description de M. de Lacépède (t. lY, p. o2d), et dont le pareil ne s'est jamais retrouvé, m'a démontré que ce n'est autre chose qu'un growler cV Amérique ^ ou ^listes sal- nioides \ ou , ce qui revient au même , im 1. Vojez sou article dans notre troisième volume, p. 54, pi. 45« VJ AVERTISSEMENT. lahre sahnoïde de M. de Lacépède (t. IV, p. 716), dans lequel un accident a détruit quelques rayons mous de sa dorsale , en sorte que les rayons qui suivaient semblent former une petite nageoire particulière. On trouvera peut-être que la figure du microptëre, dans M. de Lacépède (t. 1\, pi. 3, fig. 3), et celle du salmoïde (t. I\, pi. 5, fig. 2), ne se res- semblent pas autant qu'elles le devraient d'a- près l'identité d'espèce de leurs originaux; mais c'est la faute des dessinateurs. L'identité n'en reste pas moins constante : on peut s'en assu- rer même par la comparaison de la figure du microptère, dans Lacépède, t. lY, pi. 3, fig. 3, toute médiocre qu'elle est , avec la figure du growler, dans notre troisième volume, pi. 45. En un mot, le genre et l'espèce du microptère ne reposent que sur un être altéré , et doivent disparaître du catalogue des poissons. La famille des sciénoïdes commençant à s'é- loigner assez de celle des percoïdes par quel- ques-uns de ses oi'ganes, nous avons cru devoir ajouter ici quelques figures anatomiques à celles de notre premier volume ; elles portent sur les deux parties caractéristiques de beaucoup de AVERTISSEMENT. vij sciénoïdes : leur tête osseuse, si remarquable par la structure caverneuse de ses os , et leurs vessies natatoires, munies d'appendices si sin- gulières et souvent d'une complication dont il n'existe point d'autre exemple. Les noms des espèces sont placés sur les planches, et, quant à l'ostéologie des têtes (pi. 140), on a inscrit sur chaque os le même numéro qu'il porte dans les planches de l'ostéologie de la perche, au premier volume. En donnant cette feuille à l'impression, nous apprenons et nous nous empressons de com- muniquer à nos lecteurs la nouvelle de l'heu- reuse arrivée de l'illustre M. de Humboldt et de son compagnon de voyage, M. Ehrenherg, qui rapportent les poissons de l'Ob, de l'Irtisch, du Yolga, du Don et de leurs affluens, et qui veulent bien nous permettre d'en enrichir notre ouvrage. Au Jardin du Roi, Janvier 1830. TABLE DU CINQUIÈME YOLUME. LIVRE CINQUIEME. Pages. Phûth. Des Sciénoïdes i Tableau de cette famille 12 CHAPITRE PREMIER. Des Sciènes proprement dites , ou Maigres (^SciMNA , nob.) 28 Le Maigre d'Europe (Sciœna aquila, nob. ; Chéi- lodiptère aigle, Lacép.) Ihid. 100 Des Poissons étrangers voisins du Maigre. . . 5 3 Le Maigre du Cap ÇSciœna kololepidota, nob.; Lahrus hololepidotus , Lacép.) Ibid. Le Pâma, ou Maigre du Gange (Sciœna pâma, nob.; Bola pâma, Buchan.) 55 101 CHAPITRE IL Des Otolithes et des Ancylodons 59 Des Otolithes Ibid. L'Otolidie rouge, ou Pêche-Pierre de Pondichéry {Otolithus ruber, nob.; Johnius ruber, Bl.). 60 102 L'Otolitbe argenté ( Otolithus argenteiis , K. et V. H.) 62 X TABLE. Pogei. Plancli. L'Otolithe tacheté (^Otolithus maculatiis ^ K. et V. H.) 64 L'Otolithe changeant, ou Pottée-Kanasah de Rus- sel (^Otolithus versicolor, nob.) Ibid. L'OtoUthe à deux épines (^Otolilkus bispinosuSy nob.) 65 L'Otolithe à canines courtes (Otolitkiis œcjuidens, nob.) 66 L'Otolithe royal {Otolithiis regalis, nob.; Johnius regalis, Schn.; Lahriis squeteague, Mitch.). 67 L'Otolithe verdâtre {Otolithiis virescens , nob.) . 7 2 L'Otolithe tou-rou [Otolithus toe-roe, nob.; Lut- jan cajenne, Lacép.) Ibid. i o3 L'Otohthe strié ou guatucupa (Ololitkus guatii- ciipa, nob.) 7^ 104. L'Otolithe à petite épine anale ( Otolithiis leiar- chiis , nob. ) 78 L'OtoUthe à petites écailles (Otolithus microlepi- dotus , nob. ) 79 L'Otohthe nébuleux (Otolithus nebiilosus, nob,). Ibid. Des Anctlodons 80 L'Ancylodon à dents en flèches {Âncylodon jacu- lidenSj nob.; Lonchurus ancylodon, Bl. Schn.). 8 i L'Ancylodon à petites dorsales (yïncjlodon par- vipinnisy nob.) 84 io5 CHAPITRE IIL Des Coubs, des Johnius et des Léiostomes (Cor- yiN , nob. ) 86 Des Corbs l^^d. TABLE. XJ Pages, riaoch. Le Corh, Cuorb, ou Corbeau des Provençaux, Corvo di fortiera des Italiens (Cori'ina nigra, nob. ; Sciœna nigra^ Linn. Gm.) 86 Des Poissons étrangers analogues au Corh ... 92 Le Corb des Canaries {Corvina canariensis, nob.). 9 3 Le Corb blanc des Indes {Con'ina albida, nob.). Ibid. Le Corb soldado ( Confina miles , nob. ; Holo- centre soldado , Lacép.) 94 Le Corb cuja du Bengale ÇCori^inn. cuja, nob.', Bola cuja, Buchan.) 96 Le Corb demi-deuil (Cori'ina semiluctuosa, nob.). 97 106 Le Corb de Lesueur (Cori'ina oscula, nob. ; Sciœna oscula, Lesueur) 98 Le Corb de Richardson (^Cor^'ina Richards onii , nob.) 100 Le Corb porte-massue (Cori^ina clai'igera^ nob.). 101 Le Corb de Nigritie {Cor^ina nigrita, nob.). . . io3 Le Corb blanc- d'argent {Cormna argjroleuca, nob.; Bodianus argjroleucus , Mitch.) .... io5 Le Corb grognant (Cortnna ronchus, nob.). ... 107 Le Corb acoupa (^Cor^ina trispinosa , nob.; Bo- dianus stellijer, Bl.? Chéilodiptère acoupa et Bodian étoile , Lacép. ?) 109 Le Corb F ourcroy {Cor t^inajurcrœa, nob.; Perça furcrœa, Lacép.) 111 Le Corb à museau échancré (^Cori>ina hiloba, nob.) 1 x 2 Le Corb à aisselle noire {Confina axillaris, nob.) 1 1 3 Le Corb argenté {Confina argentata, nob.; Spa- rus argenteus, Houtt.) 114 Des Johmus ii5 Xlj TABLE. Pages. Planrli . Le Johnius coïtor (Confina coitor^ nob. ; Bola coitor, Ham. Buch.) 116 Le Johnius de Dussumier {^Con^ina Dussumieriy nob.) 119 Le Johnius de Bélenger (Con>ina Belengerii^ nob.) 120 Le Johnius de Kuhl (Confina Kuhlii, nob.) .... 121 Le Johnius sin (Confina sina, nob.) 122 Le Johnius lobé (jCorvina lobata, nob.) Ibid. 107 Le Johnius carut (^Confina carutta, nob.; Joh- nius carutta, Bl.) 124 Le Johnius caroun (Confina carouna^ nob.). . . 126 Le Johnius à grandes taches {Corvina maculata^ nob.) 126 Le Johnius ponctué (Confina catalea^ nob.; Lut- jan iliacanthe, J^acép.) 128 Le Johnius chaptis {Cor^ina chapiis^ nob.; Bola chaptisy Buch.) i3o Le Johnius anéi (^ Confina anei, nob.; Johnius anei, Bl.; Bola coibor, Buch.?) i3i Le Johnius à tète plate (^Corwia platjcephala, K. et V. H.) i32 Le Johnius du Sénégal {Confina senegalla, nob.). Ibid. Le Johnius œillé ou brûlé {Cori^ina ocellata, nob. ; Perça ocellata, L. ; Scicena imberbis, Mitch.; Lutjan triangle, Lacép.) i34 108 Le Grondé de Saint-Domingue {Cori^ina dentex , nob.) 139 109 Des Léiostomes 140 Le Léiostome à épaule noire (JLeiostomus hume- ralis , nob.) 14^ no TABLE. XllJ Pages. Planch. Le Léiostome à queue jaune {Leîostomus xanthu- rusy Lacép.) ^4^ CHAPITRE IV. De quelques petits genres de Sciénoïdes a deux dorsales qui ne peuvent rentrer dans aucun des précédens 14^ Des Larimes {Ljrimus^ nob.) Ihid. Le Larime à court museau {Larimus bremceps , nob.) 146 111 Des Nebris {Nebris, nob.) 149 Le Nebris à petits yeux {Nehris Tnicrops, nob.) . Ibid. 112 Des Lépiptères (Lepipterus , nob.) i5i LeLépiptère du Saint-François {Lepipterus Fran- cisa^ nob.) i52 ii3 Des Boridies (JBoridia , nob.) 164 La Boridie à grosses dents (Boridia grossidens, nob.) ^bid. 1 14 Des Conodons i56 Le Conodon des Antilles (^Conodon antdlanus , nob.) Ihid. Des Éléginus i58 L'Éléginus des Malouines {Eléginus macloi'inus , nob.) Ibid. 1 1 5 L'Éléginus Bursin {Eléginus Bursinus, nob.). . 161 XlV TABLE. CHAPITRE V. , Pages. Phncli. Des Eques, ou Chevaliers (Eques, El.) i63 Le Chevalier à baudrier (Ecjiies halteatus , nob. ; Ecjiies americanuSy Bl.) i65 Le Chevalier ponctué (E^ues punctatus , Bl.). 167 116 Le Chevalier rayé (E(^ues Uneatasy nob.) 169 CHAPITRE VL Des Ombrines (^UmbriNj, nob.) et des Lon- CHUUES {LONCHURUS, Bl. ) 1 7 l Des Ombrines Ibid. L'Ombrine commune {Umhrina vulgaris ^ nob.; Sciœna cirrhosa^ Linn.) Ibid. Des Poissons étrangers analogues à VOmbrine. 177 L'Ombrine de Russel (Umbrina Russelii, nob.) . 178 L'Ombrine de Kuhl ( Umbrina Kuhlii , nob. : Sciœna indica , K. et V. H. ) 179 L'Ombrine des Etats-Unis ( Umbrina alburnus , nob.; Sciœna nebidosa, Mitch. ; Perça albui^- nus, IJnn.; Centropomus alburnus, Lacép.). 180 L'Ombrine de la Martinique {Umbrina martini- censis, nob.) 186 L'Ombrine de Broussonnet {Umbrina Brousson- netii, nob.) 187 L'Ombrine coroïde ( Umbrina coroides , nob. ) . Ibid. 117 L'Ombrine grêle {Umbrina gracilis, nob.). ... 189 L'Ombrine sablée {Umbrina arenata, nob.) ... 190 Des Lokchures 192 TABLE. XV P«ges. riancb. Le Lonchure barbu (Lonchurus harhatus , Bl. ) . 193 Le Lonchure à tête plate {Lonchurus depressus, Bl. Schn.) 195 CHAPITRE VIL Des Pogoni4s ex des Micuopogons 196 Des Pogonias Jbid, Le grand Pogonias {Pogonias cJiromîs ^ nob. ; Lahrus chromis ,\Ànn.', Sciœna chiomis, Lac, et Schneid. ; Sciœna fus ca et Sciœna gigas, Mitch.) 206 Le Pogonias à bandes ( Pogonias fasciatus, Lac; Labrus grunniens^ Mitch.) 210 ii8 Des Micropogons 2i3 Le Micropogon rayé (Micropogon lineatus, nob.; Umbrina Fournieri, Desm. ; Sciœna opercula- ris , Q. et G.) 2i5 119 Le Micropogon argenté {Micropogon argenteus, nob.) 218 Le Micropogon ondulé {Micropogon undulatus, nob.; Perça undulata^ Linn.) 219 Des Sciénoïdes a dorsale simple, a sept rayons branchiaux 222 CHAPITRE VIIL Des Rouge-Gueules ou Gorettes {Hj^mulon ^ nob.) 223 La Gorette élégante {ffœmulon elegans , nob,; Antliias formosus , Bl.) 227 XVJ TABLE. Pages. Plancli. La belle Gorette (^Hœmulon formoswn ^ nob. ; Perça formosa , Linn. ; Labre Phnniérlen , Lacép.) 23o La Gorette canne -canne (^Hœmulon canna ^ nob.) 233 La Gorette de Buenos -Ayres {Hcemulon hona- rîense, nob.) 234 La Gorette à nageoires jaunes (Hœmulon xanthop- teron , nob.) Ihîd. La Gorette chaponne (^Hœmulon keterodon, nob.) 2 35 1 3 1 La Gorette à tache à la queue {Hcemulon caudi- macula^ nob.) 236 La Gorette rayée d'or (^Hœmulon aurolineatum , nob.) 237 La Gorette à quatre lignes , ou Cricri (^Hœmulon quadrilineatum , nob.) 238 120 La Gorette à nageoires fauves {Hœmulon chry- sopteron, nob.; Perça chysoptera j Linn.; Lutjan chrysoptère , Lacép.) 240 La Gorette blanche {Hœmulon album ^ nob.). . . 241 La Gorette de Broussonnet {Hœmulon ckromisy nob.; Perça ckromisy Brouss.) 242 CHAPITRE IX. Des Pristipomes {Phistipomj , nob.) 243 Le Pristipome kaakan {Pristipoma kaakan, nob.) 244 Le Pristipome pique {Pristipoma hasta, nob.; Lutjan pique y Lac; Lutjanus hasta, Bl.). . . 247 Le Pristipome à taches dorées {Pristipoma chry- sohalion^ K. et V. H.) 248 TABLE. XVIJ Pages. Plancb. Le Pristi'pome nageb (Pristipoma argenteinUy nob. 5 Sciœna argentea , Forsk. ; Pomadasis argenté y Lacép.) 249 Le Pristipome de Jubelin (^Pristipoma Jubelini^ nob.) 260 Le Pristipome Commersonien (^Prisiipoma Com- mersonii, nob.; Labre Commersonien et Lut- jan microstome, Lacép.) 252 Le Pristipome de Pérotet (^Pristipoma Perotcei, nob.) 254 Le Pristipome de Roger (Pristipoma fiogerii, nob.) IbiJ. Le Pristipome guoraca (Pristipoma guoraca , nob, ; Guoraca , Russel ) 256 Le Pristipome noir {Pristipoma nigrum, Mert.) . 2 58 Le Pristipome paikeeli {Pristipoma paikeeli ^ nob. j Paikeeli^ Russel) 269 Le Pristipome de Dussumier {Pristipoma Dus- sumieri, nob.) Ibid. Le Pristipome simméné {Pristipoma simmene, Ehrenb.) 260 Le Pristipome caripe {Pristipoma caripa, nob.; yinthias macuiatuSy Bl. ?) 261 Le Pristipome à oreilles {Pristipoma auritum^ nob.) 2 63 Le Pristipome crocro {Pristipoma crocro, nob.). 264 Le Pristipome coro ( Pristipoma coro , nob. ; Sciœna coro, Bl.) 266 Le Pristipome de la Conception {Pristipoma Con- ceptionisj nob.) 268 Le Pristipome de Sainte-Catherine {Pristipoma Catharinœ , nob.) 269 5. b XVI ij TABLE. Pages. PlancL. Le Pristipome à deux lignes (Pristipoma bilinea- tuniy nob.) 271 122 Le Pristipome petite-scie {Pristipoma serrida, nob.) 272 Le Pristipome doré (Pristipoma auratum, nob.). Ibid. Le Pristipome à nageoires noires (^Pristipoma luelanopterum , nob.) 273 Le Pristipome de Surinam (Pristiponia surina- mense, Lutjanus siirinamensisy Bî. ; Holocentre bossu, Lacép.) Ibid. Le Pristipome rodo ( Pristiponia rodo , nob. ; Spams 'virginiciis y Linn. ; Perça juba et Spa- ms vittatus, Bl.) 274 Le Pristipome rouge {Pristiponia mbrwn, nob.). 283 Le Pristipome à bandes {Pristiponia fasciatimi ^ nob.) 285 Le Pristipome rayé {Pristiponia lineatum, nob.). 287 Le Pristipome du cap Vert {Pristiponia viridense, nob.) Ibid. Le Pristipome du Japon {Pristiponia japonicuin y nob.) 288 CHAPITRE X. Des Diagrammes {Diagramma , Cuv.) 290 Le Diagramme à front concave {Diagramma capi- frons, nob.; Lutjanus lut eu s , Bl. ?) Ibid. j 2 3 Le Diagramme plectorbynque {Diagramma plec- iorhjnchus , nob. ; Plectorhjnchus chœtodo- noides y Lacép. ; Chœtodon pleclorhjnchus , Shaw) 294 TABLE. XIX Page». Plancb. Le Diagramme pie (Diagramma pica, nob.). . . 297 124 Le Diagramme oriental (Diagramma orientale y nob.; j4nthias orientalis, Bl.) 299 Le Diagramme panthère {^Diagramma pardalis^ K. etV. H.) 3oo Le Diagramme gaterin {Diagramma gaterina, nob.; Sciœna gaterina ^ Forsk. ; Holocentre gaterin, Lacép.) 3o 1 126 Le Diagramme ponctué {Diagramma punctatum, Ehrenb. ; Holocentre radjabau, Lacép.). ... 3o2 Le Diagramme à taches jaunes (Diagramma JlafO- maculatum , Ehrenb.) 3o4 Le Diagramme sholaî (Diagramma shotaf, nob.; Sciœna sfiotaf, Forsk.?) 3o5 Le Diagramme isetela (Diagramma fœtela, nob. ; Sciœna fœtela, Forsk.) Ibid. Le Diagramme gris (Diagramma griseum, nob.). 3o6 Le Diagramme cendré (Diagramma cinerascens , nob.) 307 Le Diagramme de Thunberg (Diagramma Thiin- hergii, nob.; Perça pertusa, Thunb.). . . . 3o8 Le Diagramme capitaine (Diagramma centurio, nob.) Ibid, Le Diagramme rayé (Diagramma lineatum, nob.; Perça diagramma, Linn.) 3 09 Le Diagramme de Bloch (Diagramma Blochii, nob.; Anthias diagramma, Bl.) 3i2 Le Diagramme de Lesson (Diagramma Lessonii, nob.) 3 1 3 Le Diagramme à nageoires bigarrées (Diagramma pœcilopterum, nob.) 3i4 XX TABLE. Pages. Plancfc. Le Diagramme peint {Diagramma pictum, nob.; Perça picta, Thunb.? Luijan peint, Lacép.). 3i5 Le Diagramme à baudrier {Diagramma baltea- Z«w, K. etV. H.) 3i6 Des SciÉNoïDES a moins de sept rayons BRANCHIAUX 3i8 CHAPITRE XL Des Loboxes (Lobotes, nob.) lùiJ. Le Lobotes de Surinam (Lobotes surinamensîs , nob.; Ilolocentrus surinamensis ^ Bl. ; Bodia- nus triurus , Mitcb.?) Sig Le Lobotes des Indes {Lobotes erate , nob.). . . 32 2 Le Lobotes de Farkhar (^Lobotes Farkharii, nob.) 324 Le Lobotes dormeur {Lobotes somnolentus, nob.) Ibid. 126 CHAPITRE XIL Des Scolopsides (^Scolopsides, Cuv.) 327 Le Scolopside katé (Scolopsides kate, nob.; ^n- thias japonicus, Bl.; Lutjan japonais, Lac.). 329 Le Scolopside kurite (Scolopsides kurita, nob.; A'iirile, Russel) 33i Le Scolopside de Ruppel (Scolopsides Ruppelii, nob.) 332 Le Scolopside deVosmaer (Scolopsides f^osmerij nob. ; Scolopsides argjrosomiis, K. et V. H.; Jnthias Fosmeri, Bl.) 333 Le Scolopside à collier (Scolopsides torqiiaius , nob.) 33.^ TABLE. XXJ Pages. Planch. Le Scolopside à deux lignes ÇScolopsides lili- neatiis , nob; Aniliias bilineatus, Bl. ; Lutjan ellipticjue, Lacép.) 336 Le Scolopside perlé (Scolopsides margariiifer, nob.) 337 Le Scolopside monogramme (Scolopsides mono- gramma, K. et V. H.) 338 Le Scolopside à ruban (^Scolopsides tœniatus, Ehrenb.) 340 Le Scolopside à deux taches ( Scolopsides hima- culatus, Ruppel) Ihid. Le Scolopside à tempe nue (Scolopsides tempo- ralisj nob.) 341 Le Scolopside bridé (Scolopsides frenatus , nob.) 343 Le Scolopside à masque (Scolopsides persona- tiis, nob.) 344 Le Scolopside à dorsale rayée (Scolopsides tce- 7iiopterus, K. et V. H.) 345 Le Scolopside pectine (Scolopsides pectinatus, K. etV. H.) 346 Le Scolopside à maxillaire denté (Scolopsides Ijcogenis, nob.; Ljcogenis argjrosoma, K. et V. H.; Holocentre cilié, Lacép.) Ibid. 127 Le Scolopside ghanam (Scolopsides ghanam, nob. ; Sciœua ghanam , Forsk. ; Holocentre ghanam, Lacép.) 348 Le Scolopside treillissé (Scolopsides cancellatus, nob.) 35i Le Scolopside à dents canines (Scolopsides ca- 7iinus, nob.) 354 XXIJ TABLE. CHAPITRE XIII. PagM. PUrccli. Des CmîiLODÂCTYLEs (Cheilodjctylus, Lac). 356 Le Chéilodactyle à bandes du Cap {Cheilodactj- his J'asciatus , Lacép.) ^ôy Le Chéilodactyle de Carmichaël {Cheilodactjhis Carmichaelis^ nob. ; Chcetodon monodactjlus, Carmich.) 3 60 Le Chéilodactyle à doigt court du Cap (Chedo- dactylus brachydactjlus , nob.) 36 1 Le Chéilodactyle à long doigt de l'Australasie (^CheUodactjlus carponemus , nob. ; Cichla macroptera, Bl. Schn.) 362 128 Le Chéilodactyle à ceintures du Japon {Ckedo- dacljlus zonatus , nob. ; Labrus japonicus , Tiles.) 365 129 CHAPITRE XIV. Des Latiltjs et des Maquaries ; deux petits genres DE cette subdivision QUI NE RENTRENT DANS AU- CUN DES PRÉCÉDENS 368 Des Latilus. Ihid, Le Latilus argenté (Latdus argentaius ^ nob.; Coryphène chinoise., Lacép.) 36g Le Latilus cerclé {Latilus doliatus, nob.) 371 i3o Des Maquaries , et de la Maquarie de la Nou- velle-Hollande (^ Macfjuaria australasica , nob.) 377 i3i TABLE. XXllJ Pagei. PUnch , Des Sciénoïdes a moins de sept rayons branchiaux et a ligne latérale inter- ROMPUE 382 CHAPITRE XV. Des Amphiprions et des Premnades 384 Des Amphiprions Ibid. L'Amphiprion selle ( ylmphiprion ephippium , Schn. ; Lutjanus ephippium , Bloch ; Lutjan selle , Lacép. ) 386 L'Amphiprion à deux bandes (^ylmphiprion hifas- ciatiis, Bl. Schn.) 392 L'Amphiprion à larges bandes {^Amphiprion lati- cliwius, nob.) 394 i32 L'Amphiprion à trois bandes {Amphiprion trifas- ciatusy nob.) 3g5 L'Amphiprion polymne (Amphiprion polymnusy Bl.Schn.) 396 L'Amphiprion perchot (Amphiprion perculuy nob.; Lutjan perchot , Lacép.) 397 L'Amphiprion à tunique noire (Amphiprion tuni- catus, nob.) 399 i32 L'Amphiprion ocellé ( Amphiprion ocellaris , nob.) Ihid» L'Amphiprion à queue noire (Amphiprion mêla- nurus, nob.) 400 L'Amphiprion à ventre jaune (Amphiprion chry- sogaster, nob.) Ibid. L'Amphiprion à nageoires jaunes (Amphiprion chrjsopterus , nob.) 401 Xxiv TABLE. Pages. Plancli, L'Amphipvion à queue jaune {^Amphiprion xan- thiirus^ nob.; Jourdain , Renard) 402 Des Premnades 404 La Premnade à trois bandes (^Premnas trifascia- ius , nob,; Chœiodon biaculeatus , Bl. ; Lutja- niis trifasciatiis , Bl. Schn. ; Holacanthe à deux piquans et Holocentre Sonnerai, Lacép.). . . 406 La Premnade à demi -ceinture (^Premnas semi- cinctus, nob.) 409 i33 La Premnade unicolore {Premnas unicolor, nob. ; Scorpène aiguillonnée, Lacép.) 410 CHAPITRE XVL Des Pomacentres et des Dascylles 412 Des Pomacentues Ibid. Le Pomacentre paon ( Pomacentrus pauo , Lac. ; Chœtodon pa^o, Bl.) 4 1 ^ Le Pomacentre bleu ( Pomacentrus cceruleus , nob.) 418 Le Pomacentre à bras noir (^Pomacentrus bror- chialis, nob.) 420 Le Pomacentre vert {Pomacentrus viridis, Ehr.) Ibid. Le Pomacentre à trois points noirs (Pomacentrus tripunctatus , nob.) 4^1 Le Pomacentre de Vanicolo (Pomacentrus vani- colensis , nob.) Ibid, Le Pomacentre à sous-orbitaire échancré (^Poma- centrus emarginatus, nob.) 422 Le Pomacentre à queue d'or (Pomacentrus chrj- surus, uoh.-, Chœtodon chrjsurus, Brouss.). 423 TABLE, XXV Pagfi. PUnch. Le Pomacentre à trait sous l'oeil (^Pomacentrus teeniops, nob.) 423 Le Pomacentre littoral (^Pomacentriis littoralis, K. et V. H.) 425 Le Pomacentre négrillon (^Pomacentrus nigri- cansy nob.; Holocentre négrillon, Lacép.). Ibid. Le Pomacentre à rubans ÇPomacentrus Jasciatus , nob.) 426 i34 Le Pomacentre à trois taches ÇPomacentrus tri- maculatus ^ nob.) 427 Le Pomacentre à trois lignes (^Pornacentrus iri- lineatus, Elirenb.) 428 Le Pomacentre pouctné {Pomacentrus piinctatus, nob.) 42g Le Pomacentre à front plat, ou Petite- Jaquette de la Martinique ( Pomacentrus planifions , nob.) 43i Le Pomacentre brun {^Pomacentrus fuscus , nob.) 482 Dls Dascylles 433 Le Dascylle à larges bandes (Dascjllus aruamis, nob.; Chœtodon aruanus, Linn.) 434 Le Dascylle à nageoires bordées {Dascyllus mar- ginatiis, Ebrenb. ; Pomacentrus marginatus, Ruppel) 439 i33 Le Dascylle à trois taches {Dascjllus trimacnla- tusy nob. ; Pomacentrus trimaculatus, Ruppel) 441 CHAPITRE XVIL Des Glyphisodons, des Étroples et des Héuases. 442 Des Glyphisodons (^GzyPHisono.x, Lacép.) . . . Ibid. XXVJ TABLE. Pages. Plancli. Le Glyphysodou saxatile {Glyphisodon saxatilis^ Lacép.; Chœtodon saxatilis ^ Linn.; Chœtodon marginatus et Chœtodon Mauritii y Bl.; Chœ- todon sargoïdej Lacép.) 446 Le Glyphisodon raliti {Gljphisodon rahti, nob. ; Rahtî pota, Russel) 466 Le Glyphisodon de Waigiou {Gljphisodon wai- giensis, nob.) 467 Le Glyphisodon abdominal {Gljphisodon ahdo- ininalis, nob.) Ibid. Le Glyphisodon du Bengale {Glyphisodon ben- gahnsis ^ nob.; Chœtodon be/igalensis , Bl. ; Labre macrogastère, Lacép.) 468 Le Glyphisodon à sept bandes {Gljphisodon sep- iemfasciatus, nob.) 463 Le Glyphisodon bleu- céleste {Gljphisodon cœ- lestinus , Soland. ; Labre six-bandes , Lacép.) . 464 1 3 5 Le Glyphisodon sale ( Gljphisodon sordidus , nob,; Chœtodon sordidus, Forsk. et Gm.). . 466 Le Glyphisodon sparoïde {Gljphisodon sparoi- des, nob.) 468 Le Glyphisodon perlé ( Gljphisodon margari- teus , nob.) 470 Le Glyphisodon de Cuiassao ( Gljphisodon cu- rassaOj nob.; Chœtodon curassao, Bl.). . . . 471 Le Glyphisodon doré ( Gljphisodon aurens , K. et V. H.) 472 Le Glyphisodon mêlas {Gljphisodon mêlas, K. et V. H.) Ibid. Le Glyphisodon noir {Gljphisodon aler, Ehren- berg.) 473 TABLE. XXVlj Pages. Plandi. Le Glypliisodon grande - écaille ( Gljphisodon macrolepidotus y nob. ; Bodianus macrolepi- dotus, Bl.) 473 Le Glypbisodon glauque {Gljphisodon glaucus, nob.) 476 Le Glypbisodon sombre (Gljphisodon luridus, nob.) Ibid. Le Glypbisodon à queue d'ov (Gljphisodon c/irj- surus, nob.) 476 Le Glypbisodon bordé (Gljphisodon limbatus, n.) 477 Le Glypbisodon à gouttelettes (Gljphisodon la- chrjmatus , nob.) 478 Le Glypbisodon à une tacbe (Gljphisodon uni- macitlatus , nob.) Ibid. Le Glypbisodon azuré ( Gljphisodon azureus , Q. et G.) 479 Le Glypbisodon à opercule blanc (Gljphisodon leucopomus ^ nob.) 480 Le Glypbisodon uniocellé (Gljphisodon uniocel- latus, Q. et G.) 481 Le Glypbisodon d'Antjer ( Gljphisodon antje- rius, K. et V. H.) Ibid. Le Glypbisodon biocellé (Gljphisodon biocella- tus, nob.) 482 Le Glypbisodon à ceinture (Gljphisodon zona- tusy nob.) 483 Le Glypbisodon pointillé (Gljphisodon puncta- tus, noh.) 484 Le Glypbisodon de Brownrigg ( Gljphisodon Brownriggii , nob.; Chœtodon Brownriggiif Bennet) , Ibid. XXVllJ TABLE. Pages. Planch, Le Glyphisodon bouche-noire (Gljphisodoti ni- grorisy nob.) 485 Des Etroples {Etroplus, nob.) 486 L'Etrople pintade ( Etroplus meleagris , nob. ; Chcetodon siiratensis , Bl.) Ibid, L'Etrople tacheté ÇEtroplus maculatus ^ noh. ; Chcetodon maculatus , Bl. ; Glyphisodon ka- kaitzel, Lacép.) 48g L'Etrople coruchi {Etroplus coruchi^ nob.) ... 491 i36 Des Héliases 493 L'Héliase chaufl'e-soleil {Héliases insolatus, nob.) 494 137 L'Héliase cendré {Héliases cinerascens ^ nob.). . 496 L'Héliase à grande épine anale {Héliases analis, nob.) 496 L Héliase bleu {Héliases cœruleus , nob.) 497 L'Héliase à queue écailleuse {Héliases lepisurus, nob.) 498 L'Héliase bridé {Héliases frenatus ^ nob.) Ibid. (Ce volume et le précédent sont de M. le B.°" Cuvier.) HISTOIRE DES POISSONS LIVRE CINQUIEME. DES SCIÉNOÏDES. On trouve dans la famille des sciénoïdes à peu près tous les caractères extérieurs des per- coïdes : opercule épineux ou dentelé ; préo- percule dentelé ou diversement arméj corps écailleux; dorsale simple ou double, ou du moins profondément échancrée; et même les subdivisions que les diverses combinaisons de ces caractères donnent lieu d'y établir, sont pour ainsi dire des répétitions de celles que nous avons fait connaître parmi les percoïdes. Mais les sciénoïdes diffèrent des percoïdes, parce quelles n ont jamais de dents ni au vo- mer ni aux palatins, que leur palais, en un mot, est entièrement lisse. Elles ont aussi quelque chose de particulier dans la physio- 5. * 1 2 LIVRE CINQUIÈME, lîomie; une tête et surtout un museau bom- bés , qui se voient plus rarement parmi les percoïdes, et dont la convexité est produite par de-) arêtes comparables à des ogives go- thiques, qui relèvent et boursouflent en quel- que sorte les os du crâne ; et des écailles souvent moins âpres et s'étendant plus géné- ralement sur les diverses parties de la tête, et même sur les nageoires verticales. Cepen- dant ces derniers caractères, que les pol} nèmes nous ont déjà olTerts presque en totalité, sont moins essentiels que celui de l'absence de dents palatines , et ne peuvent servir que pour une première indication. La Camille des joues cuirassées, dont nous avons traité dans le livre précédent, à part la disposition de ses sous-orbitaires, qui lui est particulière, établit une sorte de passage des percoïdes aux sciénoïdes. Une partie de ses genres, les scorpènes surtout, se lient aux percoïdes par leurs dents palatines, et les sé- bastes ressemblent même tellement aux ser- rans, qu'on les a souvent confondues avec eux; tandis que d'autres de ces joues cuirassées, les synancées, par exemple, ont le palais aussi lisse qu'aucunes sciénoïdes. Les sciénoïdes ressemblent encore aux per- coïdes par plusieurs détails de leur intérieur, SCIÉxNOlDES. Ù mais on observe plus de variétés et surtout des structures plus compliquées à leurs ves- sies natatoires : un très-grand nombre y a des cornes encore plus développées que celles dont nous avons parlé dans la description du trigle perlon; quelques-unes même y ont une infinité cl appendices branchues, et bien que ces vessies natatoires ne paraissent pas avoir de communication avec l'extérieur, comme presque toutes les sciénoïdes font entendre des bruits, des grognemens, encore plus mar- qués que ceux des trigles, il est difficile de croire que la disposition de ces organes nait pas quelque rapport avec cette propriété. Les sciénoïdes ne sont guère moins nom- breuses que les percoïdes, soit en genres, soit en espèces j elles ont à peu près les mêmes habitudes, et offrent à lliomme les mêmes utilités. Presque toutes leurs espèces sont bonnes à manger ; plusieurs sont d un goût exquis, et il en est quelques-unes qui arri- vent à une taille égale ou même supérieure à celle des plus grandes percoides : le maigre de nos mers, par exemple, devient au moins aussi grand que les varioles du Nil et du Gange, ou que les plus grands polynèmes, et plusieurs johnius surpassent nos bars et nos ce n trop ornes. 4 LIVRE CINQUIÈME. La Méditerranée possède trois poissons re- marquables de cette famille, le maigre, le corb et l'ombrine, qui ont toujours dû être, et qui ont été en effet rapprochés par les naturalistes , dont plusieurs ont cru y retrou- ver les sciènes ou les ombres des anciens. Artedi, qui ne distinguait point assez les deux premiers, les avait réunis avec le troisième dans un genre qu'il a nommé sciœna. Il a cherché à en déterminer les caractères, et si ceux qu'il a donnés ne conviennent pas en- tièrement à toutes les espèces que l'analogie amène aujourd'hui à placer dans la famille des sciénoïdes , ils représentent assez bien l'idée qu'il avait pu s'en faire d'après les deux seules quil connaissait. Linnaeus a adopté ce genre , mais en y ajoutant des espèces qui n'y appartiennent pas, et en modifiant dune manière peu heu- reuse son caractère générique. Ses élèves, et surtout Forskal, ont augmenté le désordre en ne s'attachant qu'à une circonstance peu es- sentielle : à la faculté que les vraies sciènes partagent avec beaucoup d'autres acanthop- térygiens , de cacher la dorsale épineuse en- tre les écailles du dos. Bloch, ne considérant qu'une circonstance tout aussi peu importante et relative aux écailles des opercules, a encore SCIÉNOÏDES. 5 combiné les espèces autrement que ses pré- décesseurs, et un genre naturel dans l'ori- gine s'est trouvé tout défiguré. Enfin , pour combler la mesure de la bizarrerie, le même Bloch, dans son Syslema publié par Schnei- der, a fait passer dans le gGiwe johnius les deux seules vraies sciènes d'Artedi , et n'a plus laissé sous les sciœna qu'un mélange confus d'es- pèces hétérogènes. J\I. de Lacépède lui-même, n'ayant distingué ses sciènes des persèques que par l'absence de dentelures au préoper- cule , s'est vu obligé de placer l'ombrine dans le second de ces genres, tandis quil laissait le corb dans le premier; ce qui a entièrement brisé les rapports naturels. Pour nous, nous avons cherché dans notre travail à ne consulter que la nature, et il nous a paru qu'Artedi était le seul qui ne s'en fût pas écarté; il na eu que le tort in- volontaire d'effacer l'une des trois espèces si remarquables que nos mers nourrissent. ^ Nous l'avons rendue à son existence et à son rang, et chacune des trois est devenue pour nous le type d'une petite série dans la grande tribu qui les embrasse. Nous leur avons asso- cié ensuite d'autres poissons qui s'en rappro- 1. Le maigre, qu'il a confondu avec le corb. 6 LIVRE CINQUIÈME. chent pour Tessentiel, mais dont quelques caractères particuliers font aussi des chefs d'autres séries; et c'est ainsi que nous avons constitue les caractères vraiment naturels de ce groupe intéressant. Nous formons donc une première série des sciénoïdes à dorsale divisée, et les trois sciènes de nos mers y deviennent les types des trois genres principaux. Le maigre n'a que de faibles aiguillons à fanale, et une rangée de dents fortes et égales à chaqne mâchoire, avec une bande étroite de dents en velours à la supérieure. Le corb a les aiguillons de l'anale très-forts, des dents en velours aux deux mâchoires, et une rangée de dents plus fortes à la supérieure seu- lement; l'un et l'autre manquent de barbillons. JJombrine a un barbillon sous la symphyse de la mâchoire inférieure, et des dents maxil- laires toutes en velours et sur de larges bandes. Au deuxième de ces types se rattachent la plupart des espèces étrangères , rangées par Bloch dans ses joluriiis , et dont quel- ques-uns ont voulu faire des labres ; mais leur nombreuse série se subdivise d'après plusieurs considérations de détail. On doit en distinguer surtout ceux qui, comme les sandres et les serrans dans la famille des perches, ont parmi leurs dents en velours SCIÉNOÏDES. 7 de véritables canines longues et pointues à la mâclioire supérieure : ils tonnent un qua- trième sous-genre, entièrement étranger, que j'appelle otolitlie , et dont les épines anales sont autant et même plus faibles que dans les maigres. Un autre genre , également étran- ger, comprend des sciènes semblables aux ombrines, si ce n'est que leurs barbillons sont très -multipliés. M. de Lacépède les a nommées pogonias. Entre ces genres ou sous-genres principaux s'en intercalent quelques moindres. Les ancy- lodons ne diftercnt des otolithes que par le nombre et la grandeur des canines, dont ils ont surtont plusieurs aux côtés de la màclioire inférieure. Les lonchurus ont deux barbillons^ mais d'ailleurs ils paraissent tenir de près aux ombrines. Les èques ne sont guère que des corbs dont larrière-corps s'aiguise en pointe. Les léiostomes ont, avec les caractères des corbs et du commun des johnius, des dents en velours ras aux deux mâchoires; et à la fin de la série viennent encore se placer quelques- unes de ces espèces rebelles à toute associa- tion, dont chacune doit former un petit genre à part. Tous ces poissons ont la tète osseuse plus ou moins relevée de parties saillantes-, la mâchoire 8 LIVRE CINQUIÈME. inférieure généralement marquée de pores no- tables; la dorsale profondément échancrée, ou même deux dorsales entièrement séparées, la partie molle longue à proportion; l'anale, au contraire, fort courte-, le préopercule dentelé au moins dans la jeunesse; 1 opercule osseux terminé en une ou deux pointes plates; sept rayons aux branchies: ils resseml^leraient, en un mot, beaucoup aux perches, s'ils ne man- quaient de dents au vomer et aux palatins. Du reste, leurs épines dorsales sont robustes, leurs écailles fortes, comme aux perches et aux spares; toutes les parties de leur tête sont écailleuses. On en a rangé quelques-uns parmi les labres; mais quoique plusieurs d'entre eux aient les dents pharyngiennes en forme de pavé, comme les labreS;! ils n'en ont pas les doubles lèvres, et ne manquent pas comme eux de cœcums; ils en ont généralement dix ou douze, et quel- quefois davantage. Leur estomac est un long cul-de-sac; leur vessie natatoire fort grande, et pourvue d'appendices très-diverses et sou- vent fort singulières ; les pierres de leurs oreilles se font surtout remarquer par leur grosseur. La deuxième série des sciénoïdes se com- pose des genres à dorsale continue ou du moins peu échancrée; leur diversité est plus SCIÉNOÏDES. 9 grande, et c'est parmi eux surtout que l'on observe des combinaisons de caractères ana- logues à celles des percoïdes. Ainsi Ton en trouve aussi qui ont sept rayons aux ouïes, et d'autres qui en ont un nombre moindre. Ceux qui en ont sept, se divisent fort net- tement en trois genres. Les diagrammes , qui ont sous la mâchoire inférieure en avant quatre ou six pores très- marques ; les pristipomes, qui n'ont que deux petits pores et une fossette impaire ; les hé- mulons, qui, avec les mêmes impressions que les pristipomes, portent des écailles sur leurs nageoires verticales : une certaine disposition de l'articulation de leui'S mâchoires leur donne une physionomie particulière. Ceux qui ont moins de sept rayons bran- chiaux forment deux groupes très-distincts. Le premier, qui s'éloigne moins du reste de la famille, a la ligne latérale continue de- puis l'épaule jusqu'à la caudale. Des carac- tères fort remarqualdes y font ressortir les scolopsideSy dont forbite est garni en dessous de deux épines qui se croisent ; les chéilo- dactjles, dont les pectorales ont plusieurs rayons sans branches et prolongés hors de la mejnbranej les microptèrcs , qui ont à l'ar- rière de la dorsale une petite nageoire molle, 10 LIVRE CINQUIÈME. sepaiëe du reste de la nageoire ; les lobotes, dont la partie molle de la dorsale et de Tanale se prolongent en arrière, de façon à faire pa- raître farrière du corps divise en trois lobes ; les inaqiiaries y qui ont la tête caverneuse comme les gremilles et seulement cinq rayons aux ouïes; enfin, les latilus , dont le corps alongë et le profil presque vertical rappellent les corypliènes, mais qui, outre les caractères propres aux sciénoïdes d un prëopercule den- telé et d'un palais sans dents, ont beaucoup moins de rayons à la dorsale que les vraies corypliènes. Le deuxième groupe des sciénoïdes à moins de sept rayons branchiaux diftère tellement des autres, et les genres cpii le composent se resseml)lent si fort entre eux, que Ton pour- rait en faire une famille séparée. Son carac- tère commun est que la ligne latérale s'y in- terrompt toujours vis-à-vis la fin de la dorsale, et c[uelquefois recommence un peu plus bas, mais toujours vis-à-vis du même point, pour se continuer sur la c[ueue. Ce caractère se retrouve dans quelques labroïdes. Les genres dont nous parlons maintenant, ont été jusqu'à présent assez mêlés à d'autres, pour que les rapports qu'ils ont entre eux et avec les sciénoïdes aient échappé aux natu- SCTÉNOÏDES. 4 4 ralistos. Tous n'ont qne des espèces petites , de forme à peu près ovale, assez seml)lables aux chétodons, mais dont la dorsale et Tanale n'ont pas d'écaillés. Nous y rangeons les ampJïiprions , ori le prëopercule, l'opercule et les deux autres pièces operculaires sont dentelés et sillonnés; les premnadeSy qui ont les pièces operculaires moins dentelées, mais où le sous-orbitaire a de fortes épines; les pomacentres, où le préo- percule seul est dentelé et l'opercule sans épines. Ces trois genres ont des petites dents sur une seule rangée. Les dascjïles ressem- blent aux pomacentres par les pièces opercu- laires , mais leurs dents forment une bande de velours; les QÏjphisodons ont, comme les pomacentres, les dents sur une seule rangée, et de plus elles sont écbancrées; mais leur ])réopercide n'a point de dentelure : enfin, les héliases ont le préopercule non dentelé des glyphisodons et les dents en velours des dascylles. Ces deux derniers genres n'ayant point les bords de leur préopercule dente- lés, nous conduisent aux sparoïdes et même à quelques égards jusqu'aux labroïdes ; mais nous ne pouvons assez redire que dans la méthode naturelle il n'y a presque Jamais entre les groupes , de quelque ordre qu'ils 12 LIVRE CINQUIÈME. soient , de limites absolument trancliëes. * Nous croyons devoir terminer cette énu- mération des sciënoïdes par une dissertation sur les poissons connus des anciens, que divers modernes ont rapportés à des espèces de cette famille. Les résultats que cette recherche nous fournira, nous dispenseront d'y revenir, lors- que nous aurons à parler de celles auxquelles ces noms appartenaient véritablement. L'énorme taille du maigre, la beauté de l'ombrine, l'abondance et la couleur singulière du corb, le bon goût de tous les trois, ont dû les rendre intéressa ns dans tous les temps, et on ne peut croire que les anciens ne les aient pas connus; mais il est assez difficile de les discerner au milieu de l'amas confus de noms que nous trouvons accumulés dans les ouvrages qui nous restent, et presque toujours sans indications distinctives. ZyAx en grec signifie fombre, et cette langue en a tiré trois noms de poissons, ay.iociucc, tj^mç et (jKioc^siç. Athénée' regarde aziakls comme sy- nonyme de (Ty.ictivcc , et Galien dit la même chose de aKivlç^; mais Pline, dans son énumération des poissons (1. XXXII, c. 1 1), place le scia- 1. Vojez le tableau ci-joint des caractères des genres de cette famille. 2. Deipn., 1. VII, p. 522. — 3. De alim. SCIÉNOÏDES. 1 5 deus et le sciœna à la suite l'un de l'autre, comme espèces distinctes. C'est le plus usité de ces noms, celui de (jyJxtvx, que les traduc- teurs modernes ont cherche à exprimer en latin par umhra, et en français par ombre; mais on a appelé ainsi tant de poissons et de genres si dift'érens, depuis les ombres ou om- Z>/7?7e^^ dont nous parlons maintenant, jusqu'à ï ombre d'Auvergne et à \ ombre chevalier, qui sont de la famille des saumons, que la traduction n'a rien éclairci. Malheureusement les articles des anciens sur ces poissons n'ont rien de plus décisif que leur synon^^mie. Aristote * ne dit qu'un mot du sciœna; c'est qu'il a, comme le chromis, le labrax et le pliagre, des pierres dans la tête, qui ren- dent le froid plus insupportable à ces pois- sons qu'à d'autres. Pline (1. IX, c. i6) a copié ce passage en laissant le mot grec sans altération, et en gé- néral il n'emploie pas le nom dumbra pour désigner un poisson. C'est dans Ovide*, dans Columelle^ et dans Ausone'^ qu'on le trouve; 1. Hist. anim., 1. VIII, c. 19. 2. Hal.,y. 112 Tum corporis ^x\r\hv!e. Lù'uniis rapidique lupl percœque tragique. 3. L. YIII, c. 16. Arenosi gurgites pelagios mellus pascunt ut auratas ac dentîces punicasque et indigenas unibras. 4. Mosell. , V. 90. Effugiensquc oculos céleri levis umbia natatu. 4 A LIVRE CINQUIÈME. mais les deux premiers désignent par-là un poisson de mer, le troisième un poisson de rivière, et sans qu'autre chose que le sens propre du mot puisse indiquer une identité quelconque avec le sciœna des Grecs. Golu- melle parle diomhres cVItalie et d'ombres puniques. Varron , qui cite aussi ce nom cYujjibra parmi ceux des poissons, ajpute que l'espèce qui le porte, le doit à sa couleur % ce qui peut faire croire que sa teinte était obscure. C'est sur ces données que les ichtyologistes du seizième siècle ont cru pouvoir chercher les ombres et les sciènes de mer des anciens parmi les poissons du genre dont nous trai- tons maintenant, et dont la grande espèce, ou le maigre, et l'espèce barbue portent en- core sur diverses côtes de la Méditerranée les noms d'ombre et d'ombriue. Béion et Salvien pensent que Vumbra est Y Ofiibrina des J\ominns actuels, ou le maigre. Rondelet, que c'est Yombrine des Marseillais, ou sciœna cirrhosa, qui, dit- il, se nomme encore ckiov chez les Grecs modernes. Peut-être le corb , à cause de sa couleur 1. De ïing. îat. , I. IV. Alla a colaribus ^ ut Osellus , unibra;, turdiis. SCIÉNOÏDES. 1 iS noire, y aurait-il plus de titres qu'aucun autre, vu surtout qu'il ne peut être le coracin , comme l'avait cru un des auteurs que nous venons de citer. On expliquerait alors aisément la distinc- tion établie par Columelle entre les ombres d'Italie et les ombres puniques. Ces dernières seraieut le maigre, qui parait essentiellement originaire de la côte d'Afrique, et qui ressem- ble tellement au corb quand il est petit, qu'on les vend alors l'un pour l'autre sur les marches. On a rapporté aussi au ay.iccivcc un passage d'Oppien', où le mot est écrit avcci-joc dans la plupart des manuscrits : il le dit timide , et assure qu'un plongeur peut le prendre à la main*^ il ajoute qu'aussitôt quil est pour- suivi, il cherche à cacher sa tète dans un trou de rocher ou parmi les herbes marines, et que, lorsqu'il ne voit plus, il croit nêtre pas vu, le comparant à cet égard au bubale et à l autruche. ^ Ces indications se rapportent si peu aux poissons qui nous occupent, que nous devons croire que les critiques ont été trompés par la ressemblance des noms, et qu'il faut con- 1. Hal, 1. L", V. i32. — 2. Ibid., 1. IV, V. 590 à 59G. 3. Ibid., l.iy, V. 616 à G24. 46 LIVRE CINQUIÈME. tinuer d'écrire à cet endroit avocivoc et de re- garder le poisson ainsi nommé comme diffé- rent du ŒKiOClVCe. Aristote parle d'un poisson nommé cJiro- niis, qui paraît aussi appartenir à ce genre. Tout ce que lui attribue ce grand naturaliste (des pierres dans la tête', une ouïe fine^, la faculté de faire entendre un bruit, une sorte de grognement^, et l'habitude de vivre en troupes et de ne pondre qu'une fois par an"^) conviendrait même assez exactement au mai- gre». Ajoutez qu Épicliarme , dans Athénée (t.VII, p. 282), dit c[ue le chromis, ainsi que le xipliias, sont au printemps les meilleurs des poissons 3 rapprochement et qualification qui vont bien au maigre, et à cause de sa gran- deur et à cause de son bon goût. Cependant, comme le ^laucus, qu Aristote distingue du chromis, a des rapports encore plus frappans avec le maigre, et comme Bélon nous dit qu'à Marseille 1 ombrine porte encore quelquefois le nom de chroni ou de clirau^ ^ comme elle prend celui de chro sur la côte de Gènes, au rapport de Gillius^, il ne serait pas impossible que le chromis fut lombrine, 1. Hisî. an., 1. vin, c. 19. — 2. Ib., 1. IV, c. 8. — 3. Ib., 1. IV, c. 9. — 4. Ib. , l.V, c. 9. — 5. De aquat., p. 112 etii4- — 6. De gallicis Tiomin. pisc, p. 22. SCIÉNOÏDES. -1 7 ainsi que l'a pense Bélon. On pourrait même regarder la cliose comme prouvée , si ce pois- son avait l'habitude de vivre en troupes et la faculté de rendre un son. Malheureusement je ne trouve dans aucun observateur de dé- tails à ce sujet. On aurait une preuve plus directe , si le chremjs {x^ëfxiç) , dont Llien dit qu'il a une barbe *, était bien certainement le même que le chromis. 11 est vrai que cet auteur ajoute que cette barbe est plus longue que celle de la mitstele, et que Hesychius explique x^sf^vç par onaKoç [aselhis) , ce qui nous rejetterait bien loin de l'ombrine. On a cru que x^cfAig, %^a;/xèchera au reste ceux qui préfèrent les grands genres de Linnaeus d'étendre le nom de sciène , par exemple, à toutes les sciénoïdes à deux dorsales, et de faire de nos noms génériques de simples noms de sous-genres, comme nous l'avons proposé pour les percoïdes (t. II, p. 55). Ainsi on pourrait dire sciœna [oiolithus) regaîis, sciœna [corçina) nigra , etc. CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 29 parfaitement connues avant craccumuler dans le système ces innombrables espèces nouvelles, qui ne pouvaient s'y bien placer que sous des types on des enseignes certaines, et comment, pour avoir suivi si long-temps une méthode contraire , on a presque fait de ce grand cata- logue un labyrinthe inextricable. Le maigre est d'une grande taille , d'une structure singulière, fort commun sur certai- nes côtes, célèbre par la bonté de sa chair; il a été l'objet de droits particuliers, et a donné lieu à des aventures plaisantes : beaucoup d'au- teurs font décrit et représenté aussi bien quil se pouvait faire de leur temps, et cependant les naturalistes systématiques ne l'ont pas recon- nu; ils ont négligé les anciennes descriptions que l'on en possédait, ou les ont rapportées à d'autres espèces, et ceux d entre eux qui ont eu occasion de voir le poisson lui-même, ou qui en ont obtenu des figures , l'ont donné comme absolument nouveau. Les ichtyologistes du seizième siècle font tous fort bien connu. Salvien (p. i i5) le re- présente sous son nom romain d'iimbrinaj que les Parisiens, dit-il, appellent maigre, et toute sa description s'accorde exactement avec les individus que nous avons eus sous les yeux. « Son museau, selon cet auteur, est obtus; 50 UVRE V. SCÎÉNOÏDES. « sa bouche médiocre et munie de dents; sa « tête assez grande; il porte sur le dos deux « nageoires et huit aiguillons; ses écailles sont « larges et obliques. Dans sa jeunesse il est « tout argenté; mais avec l'âge son dos et ses « flancs prennent une teinte livide. Il atteint « souvent plus de soixante livres. '' Rondelet, qui a mieux connu que personne les poissons de la Méditerranée, et dont Tou- vrage serait encore si utile, s il avait bien dis- tingué ses propres observations de celles qu'il tire des anciens pour les y intercaler arljitrai- rement; Rondelet indique et représente notre poisson sans nulle équivoque (p. 1 35). Après avoir décrit le corb {^sciœna nigra , RI.) sous le nom de coraciriy de corb ou corbeau, et Tombrine i^scicena cirrhosa , L. ) sous celui diumbra ou de daine, et lui avoir même don- né le nom de maigre , il passe à une espèce plus grande, nommée, à\t-\\^peis-rei (poisson royal) en Languedoc, et quil regarde comme le latus des anciens. « Il est plus blanc, ajoute- <, t-il, que les deux précédens, soit par les écail- le les, soit par la chair; il manque du tubercule « au menton qui caractérise le daine (sciœna « cirrhosa, L. ) ; il est moins large que le corb « {sciœnani^ra,^\.y^ ses écailles sont argen- « tées et obliques; ses dents sont marquées, CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 31 « et il a des pierres dans la tête. '' Et comme Rondelet lui applique ensuite ce que les an- ciens ont dit de la grandeur de leur latus, il lui attribue tacitement la même taille. Il faut rappeler ici que le latus du Nil, dont parlent Strabon et Athénée, est la va- riole (perça nilotica^) ; mais le latus de la Méditerranée dont parlent ces mêmes auteurs, peut fort bien être notre vrai maigre , qui ressemble assez au perça niloticaj pour que les anciens l'aient regardé comme du même genre. Bélon (p. 117 et 119) n'est ni moins précis ni moins exact. Ainsi que Salvien, il regarde notre poisson comme ïumbra des anciens. « Il pèse, dit -il, communément soixante « livres, et a quelquefois quatre coudées de « long- ses dents sont un peu serrées, fermes, « aiguës, en quoi il diffère du glaucus, qui « a seulement des aspérités aux mâchoires. Le K maigre n'a point (faiguillon à la nageoire « anale ( ce trait-ci n est juste que par com- paraison , laiguillon de cette espèce étant en effet unique et fort petit); sa caudale n'est « ni fourchue ni ronde, mais comme angu- « leuse ; ses écailles paraissent obliques. Dans 1. Voyez l'article de la variole, t. U, p. 89. o3 LIVRE V. SCIÉNOIDES. « l'Océan il les a plus obscures ; dans la Mé- « diterranëe elles offrent l'éclat de l'or, de « largent, et brillent, quand le poisson s'agite, « des couleurs de l'Iris, etc. '' Mais en même temps que Bélon décrit si bien notre maigre sous le nom languedocien àepeis-rd., il appli- que le nom génois de fégar^o à son glaucits, qui, d'après sa description, est notre corb, ou sciœna nigra, L. , l)ien que la ligure qu'il en donne en soit fausse et joigne aux lignes obli- ques du sciœna cirrhosa une barbe plus lon- gue que celle d'aucune sciène connue. Le père Plumier connaissait fort bien ce poisson, et nous en avons trouvé une bonne figure clans ses papiers, sous le nom d'aigle, nègre ou maigre de fOcéan. L'ouvrage de WillugUby a commencé à ap- porter de la confusion dans une histoire c[ui jusque-là n'en avait d'autre que ces légères interversions de la nomenclature vulgaire. Cet observateur, ou son éditeur Ray, ne parlent des scienes qu'en hésitant, et sans pouvoir en fixer le nombre ni les caractères ; et ils con- fondent manifestement les espèces distinguées par leurs prédécesseurs : c'est entre autres er- reurs dans un jeune corb qu'ils croient retrou- ver le maigre. Avec un peu d'attention Ton s'aperçoit aisé- CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 33 ment que l'ouvrage de Willughby a servi de hase à celui d'Artedi, et par suite à la partie des poissons dans le Système de Limiaeus. Ar- tedi partagea Thésitation de Willughby sur la distinction à faire entre le maigre et le corb; il réunit sous une même espèce les articles qui regardaient ces deux poissons. Linnaeus donna à cette espèce complexe le nom de sciœna ambra ^ qui n'aurait du appartenir qu'au maigre ; mais les caractères qu'il lui as- signa, tels que les nageoires noires, etc., furent ceux du corb, et dès-lors le maigre demeura comme efface des catalogues des naturalistes. Duhamel eut beau en reproduire une des- cription nouvelle et une ligure exacte % ni Gmelin ni Bloch n'y firent aucune attention; et quoique ce dernier ait bien annoncé qu'il existe un uinhra différent du corb, et qu'Ar- tedi et Linnaeus ont eu tort de confondre ces deux poissons, comme il ne donna point de figure de son urnhra, quil n'en parla même plus dans son Systema (édit. de Schneider), cette espèce fut totalement oubliée. Ce qui est plus singulier, c'est qu'elle a aussi été effacée du souvenir des gourmands. Bien 1. Pèches, a.^part., sect. 6, p. iSy, accompagnée d'une bonne figure (pi. 1. fig. 3) intitulée maigre poisson-royal. 5. 3 54 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. connue à Paris au seizième siècle, sous le nom de maigre, que rapportent tous les auteurs de ce temps -là % elle ne Ty est plus aujour- d'hui sous aucun; il en paraît à peine un ou deux individus })ar an chez les marchands de comestibles, et on les recherche si peu qu'il en a été vendu à Dieppe, et des plus grands, pour dix et douze francs. Cependant je puis attester par expérience que sa chair, quoique un peu sèche, est fort bonne à manger, de quelque manière qu'on l'apprête. Comme on est d'ordinaire obligé de vendre le maigre par morceaux, et que la tête est la partie la plus estimée, les pécheurs de Rome étaient autrefois dans l'usage d'offrir cette tête, ainsi que celle de festurgeon, aux trois magis- trats nommés conseiwateurs de la cité, comme une sorte de tribut, de façon qu'on ne pouvait en manger que chez eux, ou par leur courtoi- sie. Paul Jove fait même à ce sujet un conte que je rapporte sans scrupule , parce qu'il montre en quel honneur le maigre était de son temps. Un fameux parasite, nommé Tamisio, pla- çait chaque jour son valet en embuscade au 1. Il y avait même doiiiic lieu au pioyerbe ou au quolibet ; Il vient de la Rochelle, il at chargé de maigre. (Vojez Furetièrc, arlicle Maigre.) CHAP. T. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 5S marché, pour être informé des maisons où allaient les bons morceaux. Ayant appris une fois qu'il était arrivé un maigre plus grand que de coutume , il se hâta de faire visite aux con- sei-vateurs, dans l'espoir qu'on le retiendrait et qu'il aurait sa part de la tête ^ mais il n'avait pas encore monté les degrés du Capitole, qu'il vit repasser cette tête, que les conservateurs envoyaient, couronnée de fleurs, au cardinal Riario, alors en grand crédit comme neveu du pape Sixte IV. Tout réjoui que ce friand morceau fût destiné a un prélat qu'il connais- sait et k qui il pouvait sans crainte demander à diner, Tamisio s'empressa de se mettre à la suite des gens des conservateurs 5 mais pour le malheur du parasite, Riario eut une autre idée. Il est juste, dit-il, que la tête d'un si grand poisson aille au plus grand des cardi- naux5 et sur ce mauvais jeu de mots il l'adressa à un de ses collègues, le cardinal Féderic de Saint -Sévérin, que les mémoires du temps présentent comme d'une taille démesurée. Nouvelle course pour Tamisio et nouvel ac- cident. Saint- Sévérin, qui devait beaucoup d'argent au riche banquier Augustin Chigi , fut bien aise de lui faire une politesse ; il lui envoya la tête sur un plat d'or. Cette fois il fallut la suivre au-delà du Tifjre, où Chigi 36 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. faisait bâtir le joli palais de la Farnesine, que les chefs-d'œuvre de Rapliaèl et du Sodoma ont rendu si cëlèlire. Mais Cliigi encore ne la garda point ; il fit renouveler les fleurs que le soleil avait fanées, et l'envoya à sa maîtresse, courtisane en vogue, qui demeurait près du pont Sixte. Ce fut là seulement que le pauvre Tamisio, vieillard gros et replet, après avoir couru toute la ville par une chaleur ardente, put se repaître à son aise de f objet d'une si violente convoitise. On conviendra qu'un poisson que les plus grands de Rome regardaient comme un pré- sent magnifique , et qui faisait braver à un vieux gourmand le soleil d'Italie à midi, mé- ritait bien une place dans les livres des ich- tyologistes. Rondelet copie aussi cette histoire ; mais il la rapporte mal à propos à fombrine , qui n'est ni assez grande ni assez précieuse pour y avoir donné occasion. Duhamel (/. c.) donne connaissance d'un fait qui expliquera peut-être foubli où le maigre est tombé à Paris. Selon lui, ces pois- sons avaient quitté, plusieurs années avant l'impression de son ouvrage, les côtes de l'Aunis pour aller peupler celles de la Riscaye, éloignées d'une centaine de lieues. N auraient- CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 57 ils pas un peu plus tôt émigré de la Manche vers les côtes de l'Aunis ? Les péclieurs de Dieppe connaissent à pré- sent ce poisson sous le nom d'aigle^ qu'ils lui donnèrent en i8o3, époque où ils en prirent neuf ou dix, et qu'ils lui conserveront tant que la tradition se maintiendra; mais s'ils sont plusieurs années sans en prendre , il n'y aurait rien d'étonnant qu'ils le nommassent ensuite autrement. C'est ce qui met tant d'incerti- tude dans les nomenclatures vulgaires, et ce qui jette tant de confusion dans l'histoire des espèces qui ne sont pas fixées par de bonnes figures et des descriptions détaillées. L'un de ces aigles j, ou maigres , fut porté à Rouen , d'oii MSI. Noël de la Morinière et Mésaize envoyèrent à M. le comte de Lacé- pède une courte notice , accompagnée d'une figure faite en grande partie de mémoire, ainsi que je lai appris depuis de l'un d'eux. M. de Lacépède, pour ne point laisser perdre ces renseignemens et les employer au moins comme pierre d'attente, en fit la base de l'article qu'il donna dans son Supplément (t. V, p. 685), et où il présenta cette espèce sous le nom de chéilodiptere aigle. C'est à notre maigre qu'appartient aujour- d'hui à Gènes le nom de fégaro, lequel n'a 58 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. été jusquà présent mentionné que par Bélon, mais appliqué mal à propos par lui à une es- pèce barbue, comme Fombrine, si même ce n'en est pas une variété. Je suis assuré du fait par M. Viviani , savant professeur d'histoire naturelle de cette ville, et par M. Duvaucel, mon beau-fils, qui m'a envoyé dans le temps une tête séparée defégar^o, parfaitement iden- tique avec celle de notre maigre. On nomme ce poisson à Nice Jigou. M. Risso l'a décrit et représenté, dans sa première édition , sous le nom de persèque vanloo ^ y mais sans remarquer son identité avec ceux dont avaient parlé ses prédécesseurs, et en donnant à la première dorsale une contigura- tion peu exacte. Depuis lors M. Risso, étant à Paris, a bien reconnu sa persèque vanloo dans deux maigres que feu Delalande, l'un des pré- parateurs du Muséum, venait de rapporter de Toulon; et dans sa deuxième édition (p. 4^ i) il nomme l'espèce sciœna acjuila. On reconnaît dans les couleurs brillantes qu'il lui attribue, la justesse de l'observation de Bélon sur l'éclat que les écailles du maigre prennent dans la Méditerranée. J'apprends par plusieurs témoignages dignes 1. Iclitjologle de Nice, p. 298, pi. g, fig. 5o. CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 59 de foi, que le maigre porte encore à Rome le nom diumbrina, comme au seizième siècle; mais je suis certain qu'il l'y partage aujour- d'hui avec le corb , que j'y ai acheté sous ce nom, quoique du temps de Salvieu il s'y nom- mât cor^'O de fortiera. Peut-être cette trans- position de nom existait-elle déjà du temps de Willughby, et a-t-elle occasioné son incer- titude sur ces deux poissons. Il parait que dans la Méditerranée c'est surtout le long des côtes méridionales que le maigre se propage ; vers les côtes septen- trionales de cette mer on ne le voit guère que très -grand. A Gènes , où il n'est pas rare, il serait impossible d'en avoir un petit, à ce que me mande M. Viviani ; mais M. Geoffroy Saint -Hilaire, notre collègue, en a rapporté un des côtes d'Egypte qui n'a qu'un pied de long. M. Ehrenberg en a aussi trouvé plusieurs de cette taille près d'Alexan- drie. Peut-être cette circonstance explique- rait-elle la distinction que fait Golumelle entre les ombres d'Italie et celles d'Afrique [puni- casque et indigenas umhras) : le maigre serait Xomhre punique^ et le corb ïombre du pays. Le maigre adulte est assez commun sur les côtes de l'État-Piomain , où l'on en prenait beaucoup, selon Paul Jove, aux embouchures 40 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. des fleuves, avec des esturgeons, et où il pas- sait surtout pour être excellent aux jours ca- niculaires, à ce que dit Salvien. Le plus grand nombre y était apporté cependant, selon Ron- delet, des environs de Gaéte, de Naples et de l'extrémité des côtes de l'Italie; et cette par- ticularité s'accorde encore assez bien avec la conjecture que le maigre est le latiis ; car dans des vers cités par Athénée (t. VII, p.3i i) Archestrate dit (jue c'est le détroit de Scjlla nui possède surtout le noble latus, ce man- ger mer^^eilleux. On voit par Cetti que le maigre habite avec le corb le long des côtes de Sardaigne, où l'ombrine est inconnue. Il y en a le long des côtes d'Espagne sur l'Océan : le Cabinet du Roi en possède un petit provenant d'Adanson, et qui avait été pris au cap Finistère; les Espagnols l'y nom- ment corvinata. M. d'Orbigny nous en a envoyé aussi plu- sieurs très-petits, péchés dans le golfe de Gas- cogne auprès de la Rochelle. Duhamel assure qu'on en prend à l'embouchure de la Loire ; que dans l'Océan c'est un poisson de passage qui reste peu de temps dans un même lieu ; qu'il vient par bandes dans les mois de Mai, de Juin et de Juillet, et qu'on en tait alors la CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. A\ pèche dans le Perthuis, entre l'île de Ré et la rivière de Saint -Benoît, où l'on va le cher- cher sous l'eau jusqu'à dix ou douze brasses: il en reste quelques-uns jusqu'à la fin d'Août. A mesure qu'on se porte vers le Nord, le maigre devient plus rare. Pennant n'en fait aucune mention dans sa Zoologie britannique. Les pécheurs de Fécamp, qui me vendirent, en 1798, le premier que j'aie vu, ne le con- naissaient point du tout. Il était également inconnu, en i8o3, aux pécheurs de Dieppe, qui lui imposèrent le nom d'aigle ; mais de- puis lors ils en ont vu de temps en temps. On en a péché deux au mois de Septembre i8i3, et nous en avons un qui a été pris en 1822, et donné au Cabinet du Roi parM. Amé- dée Jaubert, voyageur non moins célèbre par ses connaissances que par le courage avec le- quel il a supporté des trait emens barbares. L'année dernière, 1828, au mois de Novem- bre, il en a été pris un qui s'était engagé dans les écluses de Dunkerque. On la envo^^é à M. Becquey, mon collègue au conseil dLtat, di- jecteur général des ponts et chaussées, cjui en a fait hommage au Cabinet du Roi. Quand ces poissons nagent en troupe, ils font entendre un mugissement plus fort que celui des grondins; et il est arrivé que trois 42 LIVRE V. SCIÉNOÏDES, pécheurs, guides par ce bruit, ont pris vingt maigres d'un seul coup de filet. Les pécheurs assurent que le bruit des mai- gres est assez considérable pour être entendu sous vingt brasses d'eau, et ils ont soin de mettre de temps en temps l'oreille sur les bords de la chaloupe , pour se guider d'après ce bruit ou ce chant, comme ils l'appellent; mais ils varient beaucoup sur sa nature. Les uns disent que c'est vm bourdonnement sourd, les autres, que c'est plutôt un sifflement aigu. Aux environs de la Rochelle on lui a affecte le nom de seiller, comme on dit braire pour la voix de l'âne, et abojer pour celle du chien. Quelques })êcheurs prétendent que les mâles font seuls entendre ce bruit au temps du frai, et que l'on peut les attirer en sifflant et sans employer d'appât. L'un de ceux de Dieppe fut pris dans des filets tendus près du rivage. On le trouva dor- mant, comme il arrive souvent aux poissons pris de cette manière; mais, s'étant réveillé, il s'agita avec tant de violence qu'il fit tomber dans l'eau le pécheur qui s'en était approché, et que cet homme fut obligé d'appeler du se- cours pour s'en rendre maître. Duhamel dit aussi que le maigre est d'une force extraordinaire , et que , quand on le CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 45 tire vivant dans une barque, il peut renverser d'un coup un matelot 5 c'est pourquoi on a coutume de l'assommer aussitôt qu'il est pris. Cet auteur rapporte qu'à Royan on consi- dère l'apparition du maigre comme l'annonce de l'arrivée des sardines , et l'on a la même opinion à Dieppe, touchant les harengs. Ce poisson est donc comme d'autres grandes es- pèces voraces qni suivent les bancs des pois- sons voyageurs, où elles trouvent en abon- dance une excellente nourriture. Les pierres que le maigre a dans l'oreille, comme tous les autres osseux, mais qui sont chez lui, ainsi que dans le corb et dans l'om- brine, plus grandes à proportion qu'en aucun autre genre, ont été remarquées par les an- ciens, qui répètent plusieurs fois que l'ombre a des pierres dans la tête, et le peuple leur a attribué des vertus imaginaires, comme il en attribue à tous les objets singuliers. On les nommait autrefois, selon Bélon, pierres de colique y et on les portait au cou, enchâssées dans de l'or, pour guérir et même pour pré- venir cette maladie 5 mais il fallait pour cela qu'on les eût reçues en don , et celles qu'on achetait perdaient leur vertu. Klein a fort bien représenté les pierres d'oreille du maigre dans son Traité sur ces 44 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. sortes de pierres en général (pi. 4? ^g- I^-^)? elles sont beaucoup plus grandes que celles de lombrine. Aldrovande ' donne celles des deux espèces sur la même planche, et très- fidèlement, comme je m'en suis assuré. Je viens maintenant à la description parti- culière du maigre. Le maigre est un grand poisson qui ne se pêche guère au-dessous de trois pieds, et en atteint souvent cinq et quelquefois six; assez gros pour sa longueur, il présente a. peu près la forme générale du bar. Sa tête jusqu'aux ouies fait environ le quart de sa lon- gueur totale. Sa plus grande hauteur, qui répond au milieu de sa première dorsale, fait un peu plus du cinquième de cette même longueur. Son profil des- cend obliquement, un peu convexe à la nuque, un peu concave au front, qui na pas beaucoup de con- vexité en travers. Son museau est mousse et un peu bombé; des écailles le garnissent, aussi bien que les joues et les opercules; mais il n'y en a point sur les os intermaxillaires, ni sur les maxillaires; ces derniers, comme dans le plus grand nombre des poissons, ne portent aucune dent et accompagnent les inlermaxillaires jusqu'à la commissure des mâ- choires, où ils s'élargissent. Les lèvres sont médio- crement charnues. La gueule est peu fendue , sa commissure n'allant que sous le tiers antériem^ de l'œil. Une rangée de dents écartées , pointues et un 1 IMus. metalUcum , p. 796. CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 45 peu crochues, mais peu considérables à proportion, garnit le bord de chaque mâchoire : il y en a de beaucoup plus petites entre les grandes à la mâ- choire inférieure, et derrière elles à la supérieure; mais il n'en existe aucunes ni aux palatins , ni au vomer, ni sur la langue. Le corb et l'ombrine ressemblent au maigre sur ce dernier point, mais ils en diffèrent par les dents de leurs mâchoires, qui forment une large bande de velours, garnie seulement dans les vieux corbs d'une rangée de dents plus fortes à l'extérieur. Trois pores enfoncés se font remarquer de chaque côté sous la mâchoire inférieure, près de la sym- physe. Le diamètre de l'œil n'a guère que le sixième de la longueur de la tête : sa distance au bout du museau n'est que double de son diamètre ; il est voisin du profil, et distant de l'autre de deux dia- mètres. Les orifices de la narine en sont trois fois plus près que du bout du museau : le postérieur est le plus grand et de forme ovale; l'antérieur est rond. La membrane des ouïes est fendue jusque sous le bord antérieur de l'œil , et soutenue par sept rayons , dont les trois derniers sont d'une grosseur extraordinaire et non aplatis, mais arrondis. Le der- nier de tous étant caché sous l'opercule, on ne l'a pas toujours compté, et c'est ainsi que l'on n'a quelquefois trouvé au maigre que six ou même que cinq rayons branchiostèges. Linnœus n'en donne que six aux sciènes en général, quoiqu'elles en aient sept, aussi bien que les perches et les scombres. 46 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. . Les sous-orbitaires sont peu considérables et fort loin de couvrir les joues; ils ne se montrent point au travers de la peau et des écailles. Le préopercule a, comme je lai dit, son bord postérieur dentelé dans la jeunesse, et il ne reste à un certain âge d'autre vestige de cette dentelure que quelques lambeaux membraneux, si ce n'est toutefois vers l'angle où elle se conserve sous forme de déchirures. L'opercule se termine par deux pointes plates, mais assez aiguës, séparées par une écliancrure arrondie. La première dorsale a neuf rayons épineux, dont le troisième est le plus élevé et de moitié de la hau- teur du corps; la seconde a plus du double de la première en longueur, est un peu moins haute, et varie depuis vingt-sept jusqu'à trente rayons, selon les individus; le premier seul est épineux. Il n'y a aucun intervalle entre ces deux nageoires, et même la membrane se continue de l'une à l'autre sur une hauteur d'une ligne ou deux. Les pectorales et les ventrales ont à peu près le sixième de la longueur : on compte seize rayons aux premières et six aux se- condes, dont un épineux. Les rayons branchus des ventrales sont assez épais. L'anale est notablement petite à proportion de la deuxième dorsale. On n'y compte que neuf rayons, dont un seul épineux, et encore fort peu éj)ais et comme caché dans le bord de la nageoire; caractère peu commun dans les acan- thoptérygiens , et qui, à tout âge et dans tout état de conservation, distinguera aisément le maigre du corb, où l'on observe à l'anale deux épines très-fortes, surtout la seconde. CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 47 La caudale a dix -sept rayons branchus, et on peut la considérer comme recliligne par son bord, quoique ses rayons extrêmes fassent un peu la pointe, et que ceux du milieu aient un peu de sail- lie. L'angle supérieur est souvent un peu plus proé- minent. Cette nageoire a en longueur plus du hui- tième de celle du corps , et est séparée de la dorsale par un espace à peu près égal : sa distance à l'anale en a le double. Le maigre peut coucher sa première dorsale, et, malgré la longueur de ses rayons, la cacher presque entièrement entre les écailles qui garnissent les côtés de sa base ; caractère que Linnaeus avait regardé comme propre aux sciènes, mais qui se retrouve dans une infinité d'autres acanthoptérygiens. Les nombres de ses rayons doivent donc s'expri- mer ainsi : B. 7 ; D. 9 — 1/-27 ou 28; A. 1/8; C. 17 ; P. 16; V. 1^5. Les écailles se font remarquer dans ce poisson, ainsi que dans un grand nombre de ceux de la même famille, par leur obliquité, que Salvien et Bélon ont déjà observée; je veux dire que leur côté inférieur se porte plus en arrière que le supérieur, ce qui lait paraître leur bord comme dirigé obliquement à Taxe du poisson. Elles sont d'ailleurs plus larges que lon- gues, ont le bord aminci et comme desséché : leur bord radical est finement strié, mais n'a ni dentelure ni éventail. La ligne latérale reste à peu près parallèle au dos, se marque sur chaque écaille par une tubulure bran- 48 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. chue, et se continue par des écailles semblables jus- qu'au bout de la nageoire de la queue. La couleur des maigres que j'ai vus frais était un gris argenté assez uniforme, un peu plus brunâtre cependant vers le dos , un peu plus blanc vers le ventre : la première dorsale, les pectorales et les ven- trales d'un assez beau rouge, et les autres nageoires d'un brun rougeâtre; nouveau caractère qui distin- guera aisément dans Tétat frais le maigre du corb, quelle que soit leur taille, puisque le corb a les na- geoires noires. Telle est la description extérieure du maigre. Son intérieur présente, comme je l'ai dit, quelques parti- cularités notables; et d'abord, quant au squelette ^, son crâne ressemble tout- à-fait à ceux des autres sciènes , par ces arcades élevées qui en rendent la surface caverneuse : sa composition n'a d'ailleurs rien de particulier- ses nasaux, ses sous-orbitaires et ses préopercules ont les mêmes enfoncemens que le crâne, et contribuent avec lui à donner à ce pois- son la physionomie bombée qui lui est commune avec les autres sciènes. Les os pharyngiens qui, dans les ombrines, ont des dents rondes et disposées en pavé, ne les ont qu'en crochets ou en cardes dans le maigre; les arcs branchiaux y sont garnis de petits 1. Il j a dans les Planches iclitjotomiques de M. Rosenlhal (4-*cah., pi. 16) un squelellc intitulé sciœna aquila , et que l'on pourrait être tenté de prendre pour celui du maigre; mais c'est celui du cernier {polyprion cernium). On ne comprend pas ce qui a pu causer une si forte erreur de nomenclature. CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 49 groupes distincts de fines dents en velours. On compte vingt-quatre vertèbres à son épine du dos, dont treize appartiennent à la queue ; comme elles vont en dimi- nuant, l'abdomen occupe une longueur qui est à celle de la queue comme trois à deux. U y a onze paires de côtes; la douzième vertèbre du tronc a déjà ses apophyses transverses réunies en anneaux pour les vaisseaux. Les côtes ne se réunissent point en des- sous: l'os humerai est aplati et de grandeur médiocre. Les os du bassin sont laiges et attachés, comme dans tous les subbrachiens , à la symphyse des os humé- raux ; l'œsophage est très-large; l'estomac forme un grand sac à parois épaisses, ridées en dedans, et dont le fond est arrondi. Le pylore est à côté du cardia, et dix cœcums ou intestins pancréatiques entourent l'origine du canal intestinal. Celui-ci se replie deux fois, et, d'abord assez gros, il diminue subitement, et ses parois prennent de l'épaisseur un peu après le milieu de la longueur; la vessie uri- naire est fourchue, et les vésicules séminales don- nent dans un canal commun, où l'on voit des co- lonnes charnues, qui doivent contribuer puissam- ment à l'émission du sperme. Ce que le maigre a de plus cu-.ieux, c'est sans contredit sa vessie natatoire; elle est fort large, et s'étend dans toute la longueur de l'abdomen ; sa membrane propre est extrêmement épaisse, et son adhérence aux premières vertèbres est telle qu'on ne peut l'en arracher sans la déchirer. On ne lui aperçoit aucune communication avec le canal intestinal; mais elle reçoit des vaisseaux et des nerf», qui se delà- 5. ' 4 50 LIVRE V. SCIÉNOÏptb. client de ceux qui vont aux intestins, et y pénètrent par une ouverture située à sa face inférieure et vers le premier sixième de sa longueur. Jusqu ici elle n'offre rien qui ne se retrouve dans beaucoup de poissons ; mais ce dont je n'ai vu d'autre exemple que dans le pogonias et dans quelques jolmius, ce sont les productions brancliues qui la garnissent. On en compte dans le maigre trente-six de chaque côté, qui communiquent par autant de trous avec l'inté- rieur de la vessie, et sont formées par sa membrane propre , et tapissées , comme elle , en dedans par la membrane interne. Chacune de ces productions est divisée en branches nombreuses, et peut se compa- rer à un buisson dépouillé de ses feuilles. Elles vont en augmentant de grandeur jusqu'à la cinquième j la sixième et la septième sont encore fort grandes. Ensuite elles vont en diminuant par degrés jusqu'aux dernières de toutes, qui ne sont plus que de petits cônes simples. Les plus grandes de ces productions ont leurs branches renflées et plus larges que leur tronc j elles pénètrent même entre les côtes et s'in- sèrent quelquefois dans l'épaisseur des muscles voisins , dont il flmt détruire la chair pour les débarrasser. Je suppose que cette sorte d'hernie est produite lorsque la sécrétion de l'air dans la vessie excède la mesure de sa résorption, ce qui doit ar- river quelquefois dans les poissons où la vessie n'a point de canal aérien. Les productions brancliues qui suivent les plus grandes , sont toutes engagées dans un tissu cellulaire épais, de couleur rougeâtre et d'apparence glanduleuse. Dans le premier maigre CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. ^\ que je disséquai, en 1 798, il était d'une assez grande consistance. J'ai vu depuis que la fermeté de son tissu varie selon les individus; je laisse à juger aux physiologistes si ce tissu peut contribuer à la sécré- tion de l'air, et si les organes branchus qui y sont engagés peuvent être considérés, ainsi que je l'avais pensé d'abord , comme des vaisseaux excréteurs qui porteraient l'air dans la vessie. Ce qui pourrait faire croire le contraire, c'est qu'ils ne sont pas liés d'une manière très-intime avec le tissu rougeâtre qui les enveloppe , et qu'on peut les en retirer sans les bri- ser et sans qu'ils laissent échapper l'air que Ton y insuffle; mais peut-être qu'au moment de sa produc- tion, l'air est dans un état à passer par des pores, qui ne le transmettraient pas quand il est devenu fluide élastique , tel que nous le voyons dans la vessie. L'ombrine et d'autres sciènes ont bien à leur vessie des productions latérales, mais elles sont grosses, courtes, obtuses et sans aucunes branches, ce qui pourrait fournir un argument de plus aux adver- saires de ma première opinion. Au surplus, et quel que soit l'usage d'une struc- ture si rare hors de la famille des sciénoides , le maigre a aussi dans l'intérieur de sa vessie l'organe sécréteur ordinaire que l'on trouve dans tous les poissons dépourvus de canal aérien ; peut-être même est-ce dans cette espèce que l'on distingue le mieux la structure de cet organe. Il est placé sur la face inférieure de la vessie, entre sa substance propre et sa membrane interne, et divisé en deux portions aplaties, alongées l'une S2 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. et l'autre; cependant celle de droite dépasse de deux pouces en arrière celle du côte gauche. Leur cou- leur est d'un beau rouge, et leur surface présente des sillons irréguliers , compar a blesen petit aux circonvolutions du cerveau. Une forte artère, qui est entrée dans la vessie, comme je l'ai dit plus haut, se continue entre les deux portions de cet organe rouge et lui donne beaucoup de branches, qui n'y pénètrent pas direc- tement , mais seulement après avoir marché quel- que temps à côté du tronc dont elles partent; lors- que leurs rameaux sont entrés dans l'organe, ces branches poursuivent leur marche latérale, et se ramifient dans la membrane propre de la vessie. Quant à l'organe rouge lui-même, son tissu est aussi d'une nature particulière, et ce ne sont ni des lobules ni des grains, comme dans les glandes conglomérées, mais de petites lames ou de petits rubans, qui se rendent obliquement d'une de ses surfaces à l'autre, en laissant entre eux des vides ou intervalles très- marqués , et quelquefois abreu- vés de sang. Je lui trouve quelque rapport de struc- ture avec le tissu veineux des corps caverneux, tel que je l'ai observé dans l'éléphant. ^ 1. Vojez sur le maigre et sa vessie natatoire mon mémoire dans les Mémoires du Muséum, 1. 1, p. i. CHAP. ï. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 55 Des Poissons étrangej^s voisins du Maigre. Le Maigre du Cap. {Sciœna hololepidota, nob.; Labrus hololepidotus, Lacép.) Nous avons un maigre du cap de Bonne- Espérance tellement semblable à notre mai- gre de Fiance, que c'est à peine si nous osons affirmer qu'il en diffère par l'espèce. Sa forme générale, les rapports de ses parties, les nombres de ses rayons sont les mêmes ; il nous pa- raît seulement avoir la tête un peu moins bom- bée, les dents un peu plus menues, et les rayons de la membrane brancliiale plus plats et moins épais. Sa caudale est plus courte et coupée carrément. Il est aussi un peu plus court à proportion. La tache noire de l'aisselle est très-foncée. Le foie est composé de deux lobes alongés et très- étroits : le gauche est beaucoup plus grand que le droit, auquel est suspendue une longue vésicule de fiel, qui atteint presque l'extrémité de la cavité ab- dominale. L'estomac est un long sac fort étroit, dont la portion inférieure au-delà du pylore est épaisse et musculeuse. La membraneuse est faiblement plissée. Le pylore s'ouvre très-près du diaphragme, dans la fourche des deux lobes du foie. On y compte neuf appendices longues et assez grosses. L'intestin fait deux replis de longueur médiocre. La vessie natatoire est très-grande, et porte, comme b4 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. celle du maigre d'Europe, des appendices branchues, mais un peu plus grêles et au nombre de trente seule- ment, de chaque côté j et il y a cette légère différence que les premières houppes sont les plus grandes. Je ne trouve à son squelette que onze vertèbres abdominales et quatorze caudales. Toute son ostéo- logie ressemble d'ailleurs, autant qu'il est possible, à celle du maigre d'Europe. Nous avons dû d'abord deux individus secs de cette espèce à feu M. Delalande, et M. Gai- mard vient d'en rapporter un dans la liqueur. Commcrson avait laisse un beau dessin , parfaitement semblable à ce poisson dans toutes ses parties , et où seulement l'angle supérieur de la queue paraît un peu plus alongé que l'inférieur. Nous n'avons pu véri- fier cette circonstance sur nos individus , dont la queue est usée ou cassée aux angles; mais nous croyons que Findividu de Com- merson la devait également à un accident. C'est ce dessin qui a donné lieu, dans l'ou- vrage de M. de Lacépède (t. III, p. 317, et pi. 21, fig. 2), à l'établissement du labre holo- lépidote. Dans aucun cas ce ne peut être qu'un maigre. Commerson avait pris ce poisson au fort Dauphin de Madagascar; il en avait aussi fait une description, mais elle ne s'est pas retrou- CH.4P. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 55 vëe parmi ses papiers , en sorte que nous ne savons rien de ce qu'il avait observé sur ses habitudes ou sur lusage que l'on en fait. Selon MM. Quoy et Gaimard, ce poisson est par son abondance une des richesses de la ville du Cap. Chaque jour il s'en prend des milliers à l'hameçon ou à la seine. On le sale et on le sèche comme la morue. Il est d'un bon goût et a la chair fermé. Le Pâma, ou Maigre du Gange. {Sciœna pâma, nob. ; Bola pâma, Buchan.) Le hola-parna de M. Buchanan (p. -yg, et pi. 32, fig. 26) ressemble aux maigres par le rang de dents fortes et pointues qu'il a au- tour de chaque mâchoire, et par fextrême petitesse de son épine anale; il se rapproche un peu des otolithes, parce que sa mâchoire inférieure n'a que deux très-petits pores à son extrémité ; mais il a des caractères bien dis- tinctifs dans le nombre des rayons mous de sa dorsale, qui va de quarante et un à qua- rante-cinq, et dans la forme unique de sa vessie natatoire. C'est le poisson qui , lorsqu'il n'a que douze ou quinze pouces, porte plus spécialement à Calcutta le nom détourné de merlan {whiting)\ 56 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. mais il devient bien plus grand que notre vrai merlan, et l'on en voit de quatre à cinq pieds. Il se pèche en grande abondance aux embou- chures du Gange; mais il ne remonte pas plus haut que la marée. Lorsqu'il est bien frais, il fournit une nourriture légère et salubre. Nous en avons reçu du Bengale un assez grand nombre d'individus de MM. Dussumier, Duvaucel, Raynaud et Bélenger. M. Raynaud en a pris aussi dans l'Iraouadi, qui est le grand fleuve d'Ava, et il nous ap- prend que les Birmans , près de Rangoun , l'appellent rabantin. Sa tète est grosse et renflée , principalement des côtés; son museau obtus, sa nuque bombée, et son œil plus petit qu'aux maigres et à la plupart des johnius; le plus grand diamètre de cet œil, qui est le longitudinal, n'est que le huitième de la longueur de la tête. Il est placé au quart antérieur. L'angle du préopercule est arrondi et se porte en arrière. Ses dentelures sont faibles. L'opercule osseux se ter- mine en deux pointes plaies. Un repli écailleux de la peau qui tient au sous-orbi taire, règne jusqu'aux intermaxillaires, et quand la bouche se ferme, il re- couvre entièrement le maxillaire, quoique ce der- nier soit très-élargi en arrièie. Aussi le maxillaire n'a-t-il point d'écaillés, et est- il à peine recouvert par une peau sensible. H y a des écailles à la mâ- choire inférieure, mais non aux lèvres j toutes celles CHAP. I. SCIÈNES PROPREMENT DITES. 57 du corps sont obliques. Les dents aux deux mâ- choires sont sur une bande étroite de velours ras, et il y en a de plus une rangée de fortes et pointues, assez écartées , dont deux des antérieures sont un peu plus longues à la mâchoire supérieure, et les la- térales à l'inférieure. Il y en a aussi au miUeu deux un peu grandes, en sorte que l'on pourrait presque aussi bien en faire un otolithe qu'un maigre. Les pharyngiens supérieurs les ont coniques, et les in- férieurs en velours. La première dorsale est triangu- laire et n'a que des aiguillons assez grêles. L'anale n'en a que deux fort petits et presque cachés dans son bord, comme dans les maigres et les otolithes, La caudale est rhomboidale et fort pointue. D. 10 — 1/42 ■ ; A. 2/7 ; C. 17 ; P. 17 ; V. 1/5. A l'état frais, selon M. Buchanan, ce poisson a le dos brun-verdâtre avec des reflets dorés, et les côtés et le dessous argentés. On voit des points noirs sur ses dorsales et sa caudale. La première dorsale est bordée de noir. Dans la liqueur il paraît entiè- rement d'un gris-brun un peu argenté. L'estomac du pâma est très-étroit, très-long, et se termine en pointe conique assez aiguë. On compte à son pylore neuf appendices cœcales. La vessie aérienne de ce poisson est une des plus remarquables de toute cette famille, où il y en a tant de singulières. Elle est grande, obtuse en avant, et terminée en pointe en arrière. A peu de distance de la pointe naît de chaque côté une longue corne, qui 1. Ily eji a à quarante et un, à quarante- trois, à quarante-cinq. 58 LIVRE V. SCÎÉNOÏDES. remonte le long du corps de la vessie jusque près du diaphragme et sous le renflement du lobe antérieur du rein. A cet endroit elle se divise en branches déliées, au nombre de trois ou quatre, qui se subdivisent elles- mêmes. Ces branches sont sinueuses, rampent jusque sous la peau, de manière qu'en soulevant l'opercule, on les aperçoit comme des filets injectés au mercure sous l'opercule ou sur les os de l'épaule. La plus longue de ces branches, après avoir tra- versé le rein , remonte sous le crâne le long du bord externe du renflement de l'oreille, qui est très-grand dans cette espèce , se contourne dessus et se termine dans l'enfoncement antérieur de ce renflement, mais sans pénétrer dans l'oreille et sans avoir aucune communication avec elle. Aucune sciénoide n'a le squelette de sa tète plus singulièrement orné de ces arêtes ou plutôt de ces traverses légères, qui y représentent une sorte d'ar- chitecture gothique , et y interceptent des cellules rhomboïdales ou triangulaires : on en voit non-seu- lement de très-régulières sur le crâne, mais il y en a d'irrégulières sur lesous-orbitaire, qui est fort large, à cause de la petitesse de l'œil, et jusque sur le sur- scapulaire. Il y a douze vertèbres abdominales et douze caudales ; mais les apophyses inférieures des premières caudales et les interépineux de l'anale sont dirigés si obliquement en arrière, que cette nageoire ne pa- raît répondre qu'à la quatrième vertèbre caudale. CHAP. 11. OTOLITHES. 59 CHAPITRE IL Des Otolithes et des Ancylodon^. DES OTOLITHES. Nos colons de Pondichéiy donnent la de- nomination moitié portugaise moitié fran- çaise de pêche -pierre à un poisson de ce sous-genre , à cause des grosses pierres qu'il a, comme ils disent, dans la tête, et qui sont les pierres de ses oreilles. Bien que ce nom n'indique qu'une circonstance d'organisation commune à toute la famille des sciènes, il nous a sem à former celui (Xotolithe (pierre d'oreille), que nous donnons à ce sous-genre entièrement étranger. Les otolithes ressemblent aux maigres par tous les détails de leur structure, et surtout par l'extrême petitesse de leurs épines anales, et partagent avec eux les caractères généraux et extérieurs des sciènes, la tête bombée, les os du crâne caverneux, la deuxième dorsale longue, etc.; mais ils se distinguent des maigres et de toutes les sciènes, par deux canines fortes qu'ils ont à la mâchoire supérieure. Leur mâ- choire inférieure n'a jamais de pores, ou n'en 60 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. montre que deux si petits qu'on a peine à les apercevoir : leur vessie natatoire, du moins dans tous ceux que nous avons disséqués, est remarquable par deux productions pointues en forme de bras ou de cornes, qu'elle a sur les côtés de sa partie antérieure, et qui se di- rigent en avant; appendices analogues, quoi- que beaucoup plus simples, aux productions branchues de la vessie des maigres et des po- gonias, et surtout à celles du pâma; mais elles ne se divisent point, même à leur extrémité. L'Otolithe rouge, ou Pèche-Pierre de pondichéry. {Otolithus ruher, nob. ; Johnius ruber, Bl.) Le péche-pierre, quand il a la gueule fer- mée , pourrait être pris pour un petit maigre : il a toutes les proportions du maigre d'Europe, ses écailles obliques, sa petite anale, les nom- bres de rayons très-approchans : D. 10 — 1/30; A. 1/T ; C. n ; P. 16; V. 1/5. Mais ses dents canines le caractérisent bien vite ; il en a à la mâchoire supérieure deux très- grandes, très-fortes, entre lesquelles en sont deux médiocres. Sur les côtés est une suite de petites dents coniques, et plus en dedans une bande de dents en fin velours. A la mâchoire inférieure il a aussi deux fortes ca- nines, dont il se perd assez souvent unej et sur le* CH.4P. II. OTOLÏTHES. 61 côtés , comme à la supérieure , des dents petites et poimues; enfin, vers le dedans, une bande de fin velours. A peine son préopercule est-il un peu cré- nelé : son opercule finit en pointe plate avec une légère échancrure au-dessus. Dans les jeunes sujets la caudale est rhomboïdale; avec l'âge elle s'arrondit et devient même tronquée. Ses écailles, à peu près lisses, ont à leur base neuf crénelures et autant de stries, mais courtes, qui ne s'unissent pas en éventail. Sa ligne latérale, légèrement courbée en S, se marque par une élevure ovale dans le milieu de chaque écaille , et des stries en rayons sur ses bords. Pour le bien distinguer des espèces suivantes, il faut remarquer que la longueur de sa tête est trois fois et demie dans celle du corps, et sa hauteur aux pectorales quatre fois et demie. Sa tète est d'un quart moins haute que longue. Les échantillons de ce poisson, qui nous ont été envoyés de la côte de Coromandel par MM. Sonnerat et Leschenault, portent encore une teinte rougeâtre. M. Leschenault, qui Fa vu à l'état frais, nous dit que sa couleur est rougeâtre sur le corps , et qu'il a la ligne laté- rale argentée ; que les indigènes le nomment panan ,• qu'il parvient à quinze pouces de longueur; qu'on le pèche eu abondance pen- dant toute l'année dans la rade de Pondi- chéiy, et que sa chair est estimée. 62 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. M. Dussumier a aussi rapporté ce poisson de la côte de Malabar. Il le décrit fauve sur le dos , avec des refiels métalliques, argenté sur les flancs et au ventre; les nageoires supérieures de la couleur du dos, les infé- rieures blanches. Nous observons sur la première dorsale un pointillé très-fm , qui lui donne une teinte noirâtre : il y en a aussi sur la seconde , mais moins marqué. Des individus plus petits avaient toutes les nageoires jaunes, et l'on y remarque le long de la base de la seconde dorsale une suite de taches formées par un pointillé plus rapproché. C'est le johnius ruher de Blocli ( édit. de Schn., p. 75, n.^'S, et pi. 17), qui, dit-il, se nomme -wooel-panna S nom manifestement analogue à celui de panan. Sa ligure, faite sur un individu conservé dans l'eau-de-vie, a été enluminée par conjecture , comme la plupart de celles de Bloch , et est beaucoup trop rouge. Z/'Otolithe argenté. {Otolithus argenteus , K. et V. H.) Nous trouvons dans les peintures de pois- sons envoyées de Batavia par MM. Rufil et 1. Bloch dit que ce nom est malais; mais il ne savait pas que îe malais et le malabare sont deux langues; et c'est de Tranquebar qu'il avait probablement reçu ce poisson par son ami le missioii- uaire John. CHAP. II. OTOLITHES. G 3 Van Hasselt, la figure d'un otolithe bien ca- ractérisé, assez voisin du pêche-pierre, mais qui n'a que vingl-huit rayons mous à sa seconde dorsale, et dont la tête est moins haute à proportion; elle a deux cinquièmes de moins en hauteur qu'en longueur. Sa caudale est bien rhomboidale. D. 10 — 1/-28; A. 2/7; C. 17; P. 18; V. 1/5. Il est aussi autrement coloré. Son dos est violàtre; son ventre argenté, à reflets violets; ses nageoires gris-jaunàtres avec du gris violâtre vers les bords. Son iris est jaune. Nous lui laissons le nom d'otolithus argen- teus que ces jeunes naturalistes lui avaient donné; leur figure le représente long de six pouces et demi. Mais M. Dussumier vient de rapporter de la côte de Malabar des individus de dix et de quinze pouces, que nous croyons de même espèce. Il les décrit verdâtres, nues de rougeâtre sur le dos, argentés en dessous; les nageoires paires et l'a- nale jaunes, la dorsale de la couleur du dos, la cau- dale teinte de rouge. Ce poisson, à ce que lui ont dit les pê- cheurs, atteint la taille du saumon. Nous en trouvons une belle figure dans le recueil des poissons de Malaca du major Farkhar, où elle est nommée ikan-hainpaj. 64 livre v. sciénoïdes. Zj'Otolithe tacheté. {OtoUtJius maculatus , K, et V. H.) Dans ces peintures de Batavia s'est trouvé un autre otolithe que MM. Ruhl et Van Has- selt ont nommé otolithus maculatus , et qui a en effet sur le dos, les flancs, la deuxième dorsale et la caudale, une quantité de petites taches irrégulières, brunes. Le fond de sa couleur est brun- jaunâtre vers le dos, blanc au ventre; ses nageoires sont d'un gris jaunâtre, et il a les joues légèrement teintes de violàtre. On a représenté à ses dorsales neuf épines et trente- un rayons mous, et on lui a donné une longueur de neuf pouces. jL'Otolithe changeant, ou Pottée-Kawasah de Russel. {Otolithus versicolor, nob.) Russel a décrit et représenté (pi. 109) un otolithe qui a les mêmes dents que les trois précédens , mais en diffère par le nombre des rayons mous de sa seconde dorsale, qui n'est que de vingt et un. Son dos est d'un beau vert changeant en bleu foncé et en doré ; et au-dessous de la ligne latérale règne une couleur de perle. Ses nageoires sont légèrement CHAP. II. OTOLITHES. 65 teintes de jaune. Sa queue est un peu rhomboidale. Il est long d'un pied. D. 10 — 1/21 ; A. 1/8 ■? C. n s P. 16; V. 1/5. Les indigènes le nomment pottee-kanasah. Z/'Otolithe a deux épines. {Otolithus bispinosus , nob.) M. Raynaud a rapporté de Rangoun un pe- tit otolithe semblable aux précédens pour la forme générale, mais dont la caudale est plus pointue que dans aucun autre, et qui se distingue de plus par deux petites épines bien marquées, qu'il a à l'angle de son préopercule, indépendamment des dentelures ordi- naires. Ses nombres de rayons diffèrent aussi D. 9 — 1/31; A. 2/10, etc. Sa couleur paraît avoir été argentée , teinte de brun vers le dos, sans taches ni autres marques par- ticulières. Il est long de quatre pouces et demi. 1. Russel dit 9 ; mais il n'aura pas remarqué la très-petite epine 2. Russel dit i6; mais il n'j' a guère daus cette famille de caudales à nombre pair. 5. 66 uvre v. sciénoïdes. L'Otolithe a canines courtes. {Otolithus œqiiidejis t nob.) Le Cap possède un otolitlie qui approche du maigre pour la taille, et que nous devons, comme tant d'autres poissons, à cet ardent collecteur, teu M. Delalande. Ses canines, moins grandes à proportion que dans la plu- part des autres , pourraient empêcher de le reconnaître pour ce qu'il est, et toutefois il ne pourrait être confondvi avec le maigre de la même mer, dont il diffère par des carac- tères très-marques. Sa tête est plus longue, moins bombée; son mu- seau plus pointu ; sa bouche plus fendue ; sa mâ- choire inférieuie saille un peu en pointe en avant de la supérieure. Il y a des stries longitudinales à son maxillaire. Toutes ses dents sont à peu près égales, les canines exceptées, et semblables à des dents de cardes, disposées sur de larges bandes. Il n'y en a pas, comme dans les vrais maigres, un seul rang de grandes en dehors, suivi de dents en fin velours, à la mâchoire supérieure seulement. Ses pectorales sont plus longues et plus pointues qu'au maigre du Cap. Sa caudale est plus longue, échancrée en arc de cer- cle, et non coupée carrément comme dans ce maigre. Les nombres des rayons sont aussi un peu différens- D. 9 — 1/275 A. \J%; C. 17; P. 16; V. 1/5. CHAP. II. OTOLITHES. 67 Nous en avons un de plus de deux pieds et demi et un de trois pieds quatre pouces. Son squelette a seize vertèbres abdominales et neuf caudales : les deux dernières abdominales pourraient au reste être regardées comme caudales; car l'anneau formé par leurs apophyses transverses produit une apophyse descendante impaire, mais très-oblique, et qui n'atteint pas jusqu'au point où s'insère le pre- mier interépineux de l'anale, qui lui-même est placé fort en arrière. Toutes les parties de sa tête et les os de son épaule sont plus tirés en longueur que dan$ le maigre. Z^'Otolithe royal. {Otolithus regel lis, nob. ; Johnius regalis, Sclm.: Labrus squeteague, Mitch.) Les otolithes d'Amérique diffèrent de tous ceux des Indes dont nous avons connaissance ^ parce qu'ils manquent de canines à la mâchoire inférieure, et n'en portent qu'à la supérieure. Le plus connu jusqu'à présent est le weak- jîsh des habitans de New-York, décrit par le docteur Mitchill' sous le nom de labrus sque- teague , mais qui est incontestablement un otolithe. Il y a toute apparence que c'est aussi le poisson nommé par Bloch johnius regalis^ que cet auteur prétend s'appeler à New-1 ork king-Jîsh (poisson royal) 5 mais il faut qu'il y 1. Mémoires de New-York, t. I, p. 5g6, pi. 2f fig. 6. 68 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. ait eu quelque confusion de la part de son correspondant, ou que les noms aient change, comme il n'arrive que trop souvent aux noms populaires. Selon Mitcliill, c'est une ombrine {ïoinbrina nebiilosa) qu'on appelle aujour- d'hui kin^-fish , et selon Schœpf^ c'était de son temps un pliycis. Le weah-fish n'a pas d'ailleurs été inconnu à Schœpf j il le désigne sous ce nom et sous celui de scuteeg ou sciippaug j et en donne une description passable % mais sans savoir à c|uel genre le rapporter; ce qui en effet pou- vait paraître assez difficile à qui n'avait que les caractères donnes dans le Système de Linnceus. Le i\'eak-fish ressemble beaucoup au pêche- pierre par la forme, les canines inférieures seules exceptées, dont le \\'eak-fish manque; mais il en a deux très-fortes à la mâchoire supérieure ; l'une des deux se casse souvent : le reste de cette mâchoire n'en a qu'un rang de très -petites, mais distinctes et pointues. Il y en a aussi un rang autour de la mâ- choire inférieure, et il est double en avant. Quel- ques-unes des latérales sont plus grandes que les au- tres. Les lèvres ni la mâchoire inférieure n'ont point d'écaillés, mais on en voit des vestiges sur le maxil- laire, et la tête en a jusqu'au bout du museau. Le 1. Ecrits des naturalistes de Berlin, t. VIII, p. xl^"?-. 2. îhid., t. VIII, p. l6q. CHAP. II. OTOLITHES. ()9 préopercule a un bord membraneux légèrement strié et crénelé, et l'opercule osseux se termine par deux pointes plates, sensibles au travers de la membrane. Les deux dorsales sont bien séparées; la seconde, ainsi que la caudale et l'anale , est en grande partie couverte de petites écailles. Celles du corps sont médiocres, minces, si finement striées et dentelées, qu'on ne s'en aperçoit point au tact. La ligne laté- rale est droite et se continue jusqu'au bout de la cau- dale, qui est très-légèrement échancrée en croissant. D. 9 — 1/29; A. 1/13; C. 17; P. 16; V. 1/5. Tels que nous les avons dans la liqueur ou des- séchés, nos \\'eak-jish paraissent argentés, un peu plus brunâtres sur le dos, avec des lignes obliques et irrégulières de petites taches noirâtres tout le long de la partie supérieure. Leurs nageoires infé- rieures conservent une teinte rougeâtre. Le docteur Mitchill , qui décrit l'espèce d'après le frais, dit qu'elle a la tète et le dos bruns, souvent teints de verdàtre; les côtés argentés avec des taches obscures , qui disparaissent en dessous et laissent toute la partie inférieure claire. Les ventrales et l'a- nale sont jaunâtres; les autres nageoires d'un brun pâle. Il V en a une variété plus belle, à taches noires mieux terminées et s'étendant même sur la seconde dorsale et sur la caudale. Ses nageoires inférieures sont brunes et non pas jaunes. Nous avons disséqué plusieurs de ces v\'eak-fish. Leur estomac forme un long cul-de-sac pointu; le pylore est tout près du cardia et n'a que quatre appendices de longueur médiocre; l'intestin est peu 70 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. alongé, ne fait que deux replis, et va, en se rétré- cissant, jusqu'à l'anus. La vésicule du fiel est un long tube qui se porte presque jusque vers la région de l'anus. La membrane propre de la vessie natatoire est d'une épaisseur extraordinaire, formée de fibres de couleur argentée et de peu de consistance. Ses cornes sortent vers le milieu de sa longueur, et se portent en avant jusque sous la première vertèbre; elles sont assez épaisses en arrière, et intérieurement elles se prolongent chacune en un sillon qui règne jusque vers l'extrémité postérieure de la vessie. Les parties latérales de ce viscère sont surtout très-robustes. Le squelette du iveak-fish a à la surface de son crâne, de ses sous-orbitaires et du limbe de son préopercule , les mêmes enfoncemens caverneux que ceux des maigres. Le ciàne est renflé en des- sous pour loger les grosses pierres des oreilles. La crête sagittale s'élève peu, mais se porte en arrière en angle un peu aigu. Il y a quatorze vertèbres pour l'abdomen et onze pour la queue, ce qui est préci- sément l'inverse des serrans. Les troisième et qua- trième vertèbres s'élargissent un peu en dessous pour donner attache à la vessie natatoire. Les douzième, treizième et quatorzième ont leurs apophyses trans- verses réunies en anneaux. Les côtes sont grêles et leurs appendices à peu près nulles. Le -weak-fish est le poisson le plus abon- dant à New-York, et celui dont on tire le plus de parti sur la table, surtout quand la saison n'est pas très-froide. D'ordinaire il at- CHAP. II. OTOLITHES. 71 teint quinze pouces, mais on en a vu de vingt-sept, et qui pesaient plus de six livres. Il accompagne si constamment le bar rayé, que M. Mitclîill avait été tenté de lui donner le nom spécifique de cornes. On le prend partout où on prend le bar, mais dans les eaux salées seulement; il ne remonte point dans les rivières ni dans les étangs d'eau douce. On le pêche à la ligne, et quelques- uns pensent que son nom de weak-Jisk {pois- son faible) vient de ce qu'il ne tire pas beau- coup sur l'hameçon; d'autres, de ce que son usage très-continuel est affaiblissant pour les hommes qui ont besoin de travailler. Les pé- cheurs lui attribuent de certains bruits sourds, un peu semblables à celui du tambour, que l'on entend quelquefois sous l'eau, et seule- ment dans la saison où il est abondant; ce qui lui donnerait un rapport de plus avec le maigre. On peut faire avec sa vessie natatoire cornue d'aussi bonne colle de poisson qu'avec celle de l'esturgeon. Le nom de sr/ueteague est celui que lui donnent les Indiens narragansets. Les Mohé- gans l'appellent checous. Les colons français de la Nouvelle-Orléans le possèdent aussi , et lui ont transféré le nom de truite, à cause de ses taches. 72 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Ce poisson ne doit pas être particulier à l'Amérique septentrionale 5 nous Tavons aussi reçu de la Martinique par M. Plée. Z/'Otolithe verdatre. {Otolithus virescens , nob.) Le Musée de Berlin possède un otolithe de Surinam , voisin du regalis par le nombre des rayons de ses dorsales, mais qui en diffère par celui des rayons de son anale, qui n'est que de sept au lieu de treize, et par sa caudale rliomboïdale et même pointue. Son dos est olivâtre ; ses flancs et son ventre argentés ; ses écailles beaucoup plus petites qu'au regalis, toutes finement ciliées. Il a le sous-orbitaire très-brillant. Son opercule se termine en pointe assez aiguë. D. 10 — 1/28; A. 1/1; C. il, P. 17; V. 1/5. La longueur de l'individu est de près de onze pouces. Z/'Otolithe tou-rou. {Otolithus toe-roe :, nob.) Il y a le long des cotes de l'Amérique du sud une belle espèce d'otolitlie , qui se reconnaît à sa couleur argentée unifonne , avec quelques reflets bleuâtres à l'opercule, et au nombre des rayons mous de sa deuxième dorsale, CHAP. II. OTOLITHES. 75 qui n'est que de vingt. Sa caudale s'avance en pointe dans son milieu, ce qui lui donne une forme rhoni- boidale comme dans le virescens. Ce poisson acquiert une grandeur au moins dou- ble de YoioUthus regalis; il a le museau un peu plus court et plus obtus, et la mâchoire inférieure un peu moins avancée. Ses canines sont aussi moins grandes à proportion ; mais du reste il lui ressemble par tous les détails. Ses dents du rang antérieur sont plus fortes que les autres et assez inégales. Sa tête est quatre fois dans sa longueur totale. L'épine de son anale fait moitié de la longueur du premier rayon mou. D. 10 — 1/-20 ou 11 — 1/19 ; A. 2y8 ; C. 17 5 P. 16; V. 1/5. Ses intestins ressemblent beaucoup à ceux de Yoiolithiis regalis. Il a les mêmes quatre appendices au pylore, la même vésicule du fiel en forme de long tube , la même vessie natatoire épaisse et cor- nue; mais ses cornes naissent très-près de l'extrémité postérieure , et restent intimement unies au corps de la vessie jusque près de son autre extrémité, où elles se détachent, et font chacune un double repli comme une corne d'antilope. Cette vessie occupe toute la longueur de l'abdomen; son épaisseur et les fibres argentées qui la constituent sont surtout extraordi- naires sur les côtés. Ses faces antérieure et posté- rieure sont beaucoup plus faibles. Son squelette a aussi quatorze vertèbres abdomi- nales et onze caudales. Les arceaux qui interceptent les fossettes de son crâne, sont très-grêles, principa- lement dans la région des tempes. 74 LIVRE V. SCTÉNOÏDES. Cest le lut j an cajenne de M. de Lacépède (t. IV, p. 196 et 245), qui avait reçu ses in- dividus de Cayenne par Leblond. Nous en avons aussi reçu de cette colonie par Martin et M. Poiteau, de Surinam par MM. Leschenault et Doumerc, et du Brésil par M. Delalande. Cet otolithe passe pour un bon manger sur toutes ces côtes. A Surinam on le connaît sous les noms de toeroe-toeroe (tourou-tourou), et de shell-vish ou aigrefin, ainsi que nous l'ap- prend l'étiquette de celui qui a été envoyé au Musée des Pays-Bas. Il s'en est trouvé dans les collections laissées par M. Plée, qui avaient été pris dans le lac de Maracaïbo , où on nomme l'espèce curhina, comme le corb s'appelle en Espagne; c'est le poisson le plus commun de ce lac : on le sale pour l'apporter au marché. M. Plée en a vu qui pesaient six à sept livres. Le prince Maurice a laissé une figure intitulée pira-coaha [lib. princ. I, p. 323), qui nous paraît représenter cette espèce, ou une espèce très - voisine ; elle y est dite atteindre trois pieds et demi de longueur. Les éditeurs de Margrave n'ont pas fait usage de cette figure et ont donné le nom de pira-coaha au poly- nème (p. 176) : ils ont aussi un piraquiha (p. 180); mais c'est l'échenéis. CHAP. II. OTOLITHES. 7o JL'Otolithe strié, qu Guatucupa. {Otolithus guatucupa, nob.) Il était aisé de voir que le guatucupa de Margrave (Bras.j p. 177) est un otolithe, car sa figure en offre toutes les formes, les canines de la mâchoire supérieure, la petite anale, etc. Margrave cependant ne lui attribue dans le texte que de petites dents [dentés minimos)^ mais notre tou-rou perd quelquefois ses cro- chets, et le même accident pouvait être arrivé à l'individu décrit par Margrave. Il me parais- sait donc que l'on pouvait rapporter son pois- son au tou-rou, et je n étais retenu que par la forme différente de la caudale. Enfin nous venons de recevoir le guatucupa lui-même de Montevideo par M. d'Orbigny. C'est un bel otoHihe , qui a la tête plus alongée que le tou-rou; elle n'est que trois fols et demie dans sa longueur totale. Sa ligne du profil est plus droite. Sa mâchoire inférieure dépasse davantage la supérieure. Ses dents du rang externe sont plus fines et plus nombreuses. Son aiguillon anal est plus court ; il n'a que le tiers du premier rayon mou. Ses canines, sans être bien fortes, sont très-marquées. Sa seconde dorsale surpasse peu la première en longueur, aussi a-t-elle deux rayons de moins que dans le tou-rou. 76 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Enfin , ce qui est le plus apparent , sa caudale est coupée carrément et non rliomboidale. D. 10 — 1/18; A. 1/8; C. 17; P. 17; V. 1/5. Tout ce poisson est argenté, teint vers le dos d'un doré un peu verdâlre. Des lignes brunâtres qui sui- vent le milieu des écailles, descendent obliquement du dos en avant et se perdent vers le ventre. Les na- geoires sont d'un brun verdàtre. Notre individu est long de vingt-sept pouces. Le guatucupa a le foie peu volumineux. Le lobe gauche est étroit, et du double plus long que le droit, qui est un peu plus large. Il verse la bile dans une vésicule étroite, mais très-longue, qui se porte en arrière, presque à la moitié de l'abdomen. Le canal cholédoque est gros, court, et débouche dans l'in- testin derrière les cœcums; il se renfle un peu. L'œsophage est large et plissé; il se continue en un sac étroit assez long, dont les parois sont épaisses et très-musculeuses à la face externe. La veloutée est chargée de rides et de plis longitudinaux. La branche montante est très -courte; et son dia- mètre n'est pas plus grand que celui de l'intestin. Il y a quatre appendices cœcales de longueur moyenne, et dont le diamètre égale presque celui de lintestin. L'intestin fait trois replis, aussi longs chacun que l'abdomen ; il se rétrécit beaucoup vers le rectum. Les laitances sont longues, peu grosses et séparées presque jusqu'à leur entrée dans le cloaque. La vessie aérienne est très-grande; et occupe toute la partie supérieure de l'abdomen; elle est arrondie en avant, et se termine en arrière par une pointe CIIAP. II. OTOLITHES. 77 aiguë et un peu veineuse. Sur la partie antérieure de la vessie il y a deux cornes assez longues, qui n'a- boutissent pas dans le crâne. La vessie n'a d'ailleurs aucunes autres divisions. Les reins sont peu considérables, et débouchent dans une très-petite vessie urinaire munie dun petit cul-de-sac. La figure de Margrave n'est prise ni du Recueil du prince ni de celui de Mentzel; cependant le poisson est représente dans les deux collections ; il n'y porte pas de nom : le prince assure seulement du sien qu'il égale en grandeur le saumon. Pison , qui a (p. 62) la même figure que Margrave, dit que les Portugais nomment ce poisson coj^i^îna, et les Hollandais schehdsh, c'est-à-dire aigrefin, apparemment par la même raison que les johnins ont été appelés whitings (merlans) par les Anglais. On en prend toute l'année en grand nombre, et il fournit une nourriture excellente. Linnaeus cite la figure de Margrave sous son lahrus chromis, espèce quil a établie sur le drum ou tambotir de la Caroline de Garden, et à laquelle il joint encore le (hmrmner de la Jamaïque de Brown. Mais il est manifeste que ces trois poissons ne sont pas les mêmes : le son que font entendre les deux derniers, leur 78 LIVRE V. SCIÉNOIDES. est commun avec beaucoup d'autres espèces de cette famille , et ne peut à lui seul être un motif de rapprochement; et, en effet, le drum de Garden est le pogonias , et celui de Brown très-probablement une ombrine. Z/'Otolithe a petite épine anale. {Otolithus leiarchus , nob.) Nous avons donné le surnom de leiarchus à un otolithe de rAmérique du sud , qui nous a été envoyé du Brésil par Delalande, et de Cayenne par Poiteau , dont l'épine anale est encore plus petite que dans les autres; mais qui, sauf celte particularité, ressem- ble beaucoup au t^eakjish. Cependant ses écailles sont aussi un peu plus petiiesj il en a de cent dix à cent vingt sur une ligne longitudinale. Sa mâchoire inférieure est un peu plus avancée, et ses dents de la rangée externe sont plus grandes et plus pointues à proportion des internes. Il a deux pointes mar- quées à fopercule; mais c'est à peine si la dentelure de son préopercule est sensible. Sa caudale est cou- pée carrément. Il est argenté et paraît avoir eu le dos teint de brunàlre. Nos individus ne passent pas dix pouces, D. 9 — 1/23 ', A. 1/il ; C. 17 ; P. n 5 V. 1/5. chap. ii. otolithes. 79 Z/'Otolithe a petites Écailles. {Otolithiis microlepidotus , nob.) M. Valenciennes a décrit et dessiné au Mu- sée de Berlin un otolitbe de Surinam, dont les nombres de rayons se rapprochent de ceux du leiarchus (D. 9 — 1/24 j A. 2/9, etc.), et qui a les écailles encore plus petites. On lui en compte plus de cent soixante sur une ligne entre l'opercule et la caudale, et près de quarante dans la hauteur- mais ce qui est remarquable , c'est que celles de l'oper- cule sont au moins doubles des autres. Son chan- frein est un peu concave ; sa mâchoire inférieure remonte au-devant de l'autre; son opercule est peu pointu; sa deuxième dorsale et son anale sont fort couvertes de petites écailles ; sa caudale est arron- die. Il est argenté, glacé de verdàire, principalement sur le dos. Ses mâchoires brillent d'un bel éclat d'argent. L'individu est long de plus de seize pouces. i^'OTOLITHE NÉBULEUX. {Otolithus nebulosus, nob.) Une autre espèce d'otolithe , dont nous ignorons l'origine , encore assez semblable au leiarchus , mais à museau un peu plus pointu, a des taches rondes et nuageuses semées sur le dos, et des taches 80 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. longitudinales ou en travers des rayons sur la deuxième dorsale. Ses canines sont comme dans les espèces d'Amérique. Sa caudale est rhomboïdale. D. 9 — 1/25; A. 1/11 ; C. 17; P. 16; V. 1/5. DES ANCYLODONS. Le lonchurus ancjlodon de Blocli (éd. de Schn., p. 102, et pi. 25) n'est au fond qu'un otolithe à queue pointue, et distingué des au- tres seulement par Textréme longueur de quel- ques-unes de ses dents et la brièveté de son museau; mais les cavités de son crâne, la nu- dité de son palais, la longueur de sa seconde dorsale , décèlent trop clairement sa famille naturelle pour que Ton puisse s'y tromper; et ces indices extérietirs sont confirmés par ceux que fournissent les viscères , la vessie de l'an- cylodon ayant deux cornes, et son pylore quatre appendices, comme dans les otolithes. Bloch a associé ce poisson sous le nom géné- rique de lonchurus i^ç^xievie en forme de lance), et uniquement à cause de la forme pointue de sa caudale, à un autre poisson de la famille des sciènes (son lonchurus harbatus)^ qui a les dents égales et qui porte deux barbillons^ caractères distinctifs bien supérieurs pour lim- portance à ce caractère commun d'une eau- CHAP. II. ANCYLODONS. 81 dale pointue, qui se retrouve d'ailleurs plus ou moius dans un assez grand nombre d'oto- lithes, de corbs et de johnius. Nous avons donc cru devoir faire des ancylodons un genre particulier, et les placer ici à la suite des otolithes. jL'Ancylodon a dents en flèches. ( {Ancjdodoîi jaculideiis , nob.; Lonchurus ancjlodon , Bl. Schn., pi. 25.) Bloch avait son ancylodon de Surinam; M. Poiteau et MM. Leschenault et Doumerc nous l'ont envoyé de Cayeune, où il n'est pas rare. Sa forme est celle d'un otolithe, à museau un peu plus court, et à mâchoire inférieure un peu plus ascendante que les autjes. Ses dents en velours sont si peu nombreuses et sur des bandes si étroites, qu'elles ne paraissent pres- que pas; mais il en a à chaque mâchoire une rangée de pointues, écartées, un peu élargies dans le milieu, en sorte qu'elles ont l'air de flèches ; sur le devant de la mâchoire supérieure il en a deux rangées, et entre les deux sont au milieu de la mâchoire deux dents beaucoup plus longues que les autres , ou deux longs crochets. A la mâchoire inférieure les trois premières dents de chaque côté , surtout la se- conde et la cinquième, sont les plus longues, sans égaler cependant la longueur des crochets. La langue est libre , obtuse et lisse. Les dents plia- 5. 6 2 LIVRE V. SCIENOIDES. ryngiennes sont en très-fin velours, excepté les tnî- loyennes d'en haut, qui sont un [)eu en carde. Il y a sept rayons branclnostèges. Le sous-orbitaire est étroit comme le voulait la brièveté du museau. Le préopercule osseux se prolonge en une membrane striée, qui se colle sur les autres pièces operculaires, en sorte qu'on ne voit pas son bord, et qu'on n'a- perçoit son limbe qu'autant que ses cavernosités se montrent au travers de la peau. L'opercule osseux se termine par deux petites pointes, qui disparais- sent dans la membrane qui le prolonge. Il n'y a point d'écaillés aux mâchoires, ni au sous-orbitaire, ni au maxillaire; et je n'en vois pas au crâne, mais la joue et toutes les pièces operculaires sont écailleuses. La mâchoire inférieure manque de pores. La première dorsale a neuf épines très -grêles et peu élevées; elle finit au pied de la seconde, qui a une épine et vingt-huit rayons mous, dont le der- nier est fourchu. Celte nageoire est presque enlière- ment couverte de petites écailles. La petite épine de l'anale est très -faible et suivie d'un rayon simple, quoique articulé, et de neuf rayons mous, dont le dernier est fourchu. Cette nageoire répond à la der- nière partie de la seconde dorsale. La caudale est pointue et a dix-sept rayons. Les écailles de la ligne latérale se coniinuent entre son neuvième et son dixième rayon jusqu'à son extrémité. H y a seize ou dix-sept rayons aux pectorales, qui sont assez pointues. Les ventrales sortent un peu plus en avant qu'elles, et ne les égalent pas en longueur. B, 7 ; D. 9 — 1/28: A. 1/10 ; C. 17 j P. 16 : V. 1/^- CHAP. II. ANCYLODONS. 85 L'aisselle des pectorales est nue; un léger repli de la peau y forme un petit sinus. Il y a aussi une pe- tite avance triangulaire et écailleuse dans celle des ventrales. Ce poisson est couvert de petites écailles minces, lisses , entières , qui n'ont que leur partie radicale striée en éventail. La ligne latérale, formée d'écaillés un peu plus grandes, munies de tubes qui se suivent, est presque parallèle au dos : elle se courbe seulement un peu vers le bas sous la seconde dorsale. Sa couleur est argentée, avec une teinte d'un gris brunâtre vers le dos, et sur ce gris des points un peu plus bruns, formant des lignes serrées, obliques, nombreuses, mais très-peu sensibles. Les nageoires sont jaunâtres. Il y a de très-petits points bruns sur la deuxième dorsale et sur la caudale. Un de nos individus est long de près d'un pied : les autres sont plus petits. Le squelette de l'ancyiodon a quinze vertèbres abdominales et onze caudales. Son crâne , sa mâ- choire inférieure et son préopercule sont caverneux, mais non son sous-orbitaire. Il a d'aussi grandes pierres d'oreille qu'aucun otolithe. Ce qu'il y a de plus particulier dans son ostéologie, ce sont ses côtes fines comme des cheveux. Ainsi que nous l'avons dit, ses intestins et sa vessie natatoire sont comme dans les otolithes. 84 livre v. sciénoïdes. Z/'Ancylodon a petites dorsales. {Ancjlodon parvipinnis , nob. ) Nous avons un poisson envoyé de Cayenne par M. Poiteau, qui ressemble à plusieurs égards aux otolitlies et encore plus aux an- cylodons ; mais qui s'écarte des uns et des autres par la séparation absolue de ses deux nageoires, et par la petitesse de l'une et de l'autre. Nous n'avons pas cru, cependant, né- cessaire d'en faire un genre particulier. Son museau est court; sa mâchoire inférieure as- cendante quand la bouche est fermée; ses dents en vek^urs sont à peine sensibles; mais il y en a une rangée de pointues, parmi lesquelles les deux mi- toyennes de la mâchoire supérieure forment de longs crochets. Il y en a aussi trois ou quatre de chaque côté àrinférieure, plus longues que les autres ; mais celles du milieu y sont faibles. Les phai yngiennes sont en . velours. Le préopercule est continué par une mem- brane, comme dans l'ancylodon. Deux pointes plates et faibles terminent son opercule osseux. Sa première dorsale est petite, et n'a que sept épines très-faibles et courtes, dont la septième surtout veut être cherchée avec le doigt; la deuxième en est fort séparée par un espace écailleux, et est plus courte que dans les autres otolitlies, tandis que l'anale est plus longue. Ces deux nageoires se répondent l'une à laulre et CHAP. II. ANCYLODONS. 85 sont finement écailleuses , ainsi que la caudale, dont la coupe est carrée. D. 7—1/17; A. 2/18; C. 17; P. 18; V. 1/5. Les écailles sont minces et petites comme dans l'ancylodon- la couleur est argentée, avec une teinte gris d'ardoise du côté du dos. Il paraît que le haut de l'opercule est teint de noirâtre 3 les nageoires pa- raissent jaunâtres. Les intestins sont, comme dans les ancylodons et les otolithes, munis de quatre appendices au pylore; et la vessie natatoire a deux cornes longues et grêles. Le squelette a dix vertèbres abdominales et qua- torze caudales. Ses côtes sont grêles , mais pas autant que dans l'autre ancylodon. Nos individus ne passent pas six ou huit pouces. 86 LIVRE V. SCIENOÏDES. CHAPITRE III. Des Corhs, des Johnius et des Léiostomes {Conniiciy nob.). DES CORBS. Les corhs diffèrent des maigres et des oto- litlies par la grosseur et la longueur de leur épine anale , et des otolidies en particulier, parce qu'ils n'ont point de canines; l'absence de barbillons les distingue des ombrines et des pogonias. D'ailleurs , la disposition de leurs dents leur est particulière; en velours aux deux mâchoires, elles sont précédées à la mâchoire supérieure par un rang plus fort que les au- tres, et formé de dents pointues, mais égales. Le CoRB, CuoRP, ou Corbeau des Proi^en- caux. CoRVO Di FORTiERA des Italiens. {Corvina nigra, nob. 3 Sciœîia nigra, Linn. Gin.) L'espèce commune de la Méditerranée a la forme oblongue, légèrement comprimée j le museau ob- tus; la bouche au bout du museau et à peu près horizontale, mais peu fendue; la ligne de son dos plus convexe que celle du ventre; le profil descen- CHAP. m. CORBS. 87 dant depuis la nuque fort obliquement et presque en ligne droite. Sa plus grande hauteur, au droit des pectorales, n'est pas tout-à-fait trois fois et demie dans sa longueur totale, et son épaisseur est presque trois fois dans sa hauteur. La longueur de sa tête égale presque sa hauteur ; l'œil en occupe le second quart. La bouche n'est fendue que jusque sous son bord antérieur. Les orifices de la narine sont plus près de l'œil que du bout du museau; l'antérieur est le plus petit et a un petit rebord saillant. On voit quatre pores sous le bout de la mâchoire inférieure, et il y en a six ou sept plus petits sur deux rangs au bout arrondi du museau. Les dents sont en velours sur de larges bandes aux deux mâchoires. Le rang externe est plus fort. Il n'y en a point au palais ni à la langue , si ce n'est une âpreté entre les naissances des branchies; mais aux pharyngiens il y en a au milieu de grosses en forme de cônes obtus, et en avant et en arrière elles sont en cardes. La bouche est peu protractile, les lèvres peu épaisses; le sous-orbitaire, sans dentelures, ne recouvre qu'à moitié le maxillaire quand la bouche est fermée. L'opercule osseux se termine par deux pointes plates. Le préopercule, à peu près rectangulaire, mais à angle arrondi, est dentelé au tact plutôt qu'à la vue. Son limbe, la joue, le sous-orbitaire, l'intervalle des yeux, toutes les pièces des opercules, sont écallleuses, et même le bout large du maxillaire. Il n'y a de nu que les lè- vres, la membrane de la gorge et celle des branchies. Cette dernière n'est pas très-fendae en dessous. On y compte sept rayons un peu aplatis. Ni l'os sursca- 88 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. pulaire ni Thuméral ne sont dentelés. La pectorale est médiocre et peu aiguë; elle a seize rayons, dont le premier est simple et assez fort. Le coracoidien forme une lame un peu libre dans son aisselle. Les ventrales sortent de très-peu plus en arrière que les pectorales, et sont plus longues et plus pointues. Leur aiguillon est fort, mais de moitié plus court que le premier rayon mou, qui est le plus long. Il n'y a ni sur ni entre elles d'écaillé de forme parti- culière. La première dorsale commence au-dessus de la pectorale , et se sépare de la seconde seulement par une profonde échancrure. Ses rayons sont assez grêles ; il y en a dix , dont le premier est très-court ; ils croissent ensuite jusqu'au sixième et au septième, et forment ainsi une pointe aiguè; ensuite ils se rabais- sent, et le dixième est presque aussi court que le premier. Le onzième se relève pour commencer la deuxième dorsale j celle-ci a vingt-cinq rayons mous, dont le vingt-cinquième fourchu. Ils sont à peu près égaux , et son angle en arrière est arrondi. La hauteur de la première est moitié de celle du corps , et la longueur de sa base égale sa hauteur. La hauteur de la seconde ne fait que le tiers de la plus grande hauteur du corps. Sa longueur est de moins du tiers de la lon- gueur totale. L'anale est plus haute du double que la seconde dorsale, et, située à peu près sous son milieu, n'occupe guère que le tiers de sa longueur. Sa première épine est très-courte; mais la seconde est longue et très-forte. Le premier rayon mou, qui est le plus long, la dépasse néanmoins d'un tiers; il y a CHAP. m. CORBS. 89 huit de ces rayons, dont le dernier, fourchu, pour- rait être compté pour deux. La portion de queue sans nageoire en arrière de la dorsale est encore à son bord supérieur du neuvième de la longueur totale : le bord inférieur en arrière de l'anale est du sixième. La caudale fait le cinquième de la longueur totale; elle est coupée carrément et a dix-sept rayons. Les écailles s'avancent plus sur eux vers les bords qu'au milieu; mais sur la ligne moyenne il y en a une suite qui continue la ligne latérale et règne jusqu'au bout. B. 7; D. 10 — 1/25; A. 2y«j C. 17; P. 16; V. 1/5. La grandeur des écailles est médiocre; il y en a environ soixante sur une ligne depuis les branchies jusqu'à la caudale, et une trentaine sur une ligne verticale près des pectorales. Leur bord est un peu âpre , finement dentelé , et retient le doigt quand on le dirige d'arrière en avant. Leur partie radicale est tronquée net , sans crénelure , et a douze stries en éventail. La ligne latérale est parallèle au dos , et ne se marque que par un point proéminent à chaque écaille. La couleur du corb est un brun foncé, qui de- vient un peu plus pale et prend des reflets argentés à la partie inférieure. Rondelet dit qu'au sortir de l'eau il a un éclat tirant sur le doré et sur le pour- pre. Bélon ajoute que les jeunes ont des lignes obli- ques comme celles de l'ombrine barbue ; mais je n'en ai pu apercevoir aucune trace. A la loupe on voit sur toutes les écailles une infinité de petits points noirs très-fins. Les nageoires sont du même 90 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. brun, excepté les ventrales et l'anale, qui sont noires. La caudale a un liséré noir à son extrémité et à son bord inférieur. Le corb ne passe guère quinze pouces, et en at- teint rarement dix-huit. Son plus grand poids est de six livres , selon M. Risso. Son estomac est un cul-de-sac de longueur mé- diocre et à fond obtus. Le pylore est près du cardia et a huit appendices peu alongées. Le canal intesti- nal fait deux replis; il s'élargit à quelque distance de l'anus. La vésicule du fiel est longue , grêle et renflée dans son fond. La vessie natatoire est grande, argentée, opaque, assez robuste, sans cornes ni au- tres appendices; elle occupe toute la longueur de l'abdomen, est plus large en avant et finit en pointe en arrière. Son squelette a onze vertèbres au tronc et qua- torze à la queue , comme ceux de la plupart des serrans. Sa crête sagittale est assez haute. Les espaces caverneux de son crâne sont formés par des traverses assez larges et robustes. ' Ce poisson est commun sur toutes les cotes de la Méditerranée. Nos pécheurs le nomment corh ou corbeau, quelquefois aussi vergo et diirdo; c'est probablement ce dernier nom que Briinnich a cru entendre prononcer dorade. A Nice on l'appelle cuorb) à Iviça, corba; en 1. M. Rosenthal donne une bonne figure du squelette du corb (Tables ichtjotomiques , pi. 17, fig. i), sous le nom de sciœna umbra. CHAP. m. CORBS. 91 Sardaigne, ombrina di scoglioj pour le dis- tinguer du maigre, dit omhj^ina di canale : en Italie on l'appelle cors^o di fardera^ c'est du moins ce dernier nom que Salviani lui donne. M. Rafinesque le nomme simplement umhrina; mais, à ce que je crois, parce qu'il Ta aussi confondu avec le maigre. On en prend dans les étangs salés comme dans la merj mais il ne parait pas qu'il remonte dans les fleuves. Bélon, qui l'a décrit sous le nom de glaucus j, bien qu'il ait mis sous le même nom une figure qui appartient à l'om- brine , assure qu'on trouve dans son estomac de petits crabes, des crevettes, des scolopen- dres et des fucus. Il vient au printemps, selon M. Risso , déposer ses ceu(s et sa laite sur les galets calcaires du rivage. Sa chair est moins estimée que celle de fombrine barbue et du maigre, et cependant on le vend souvent pour ce dernier dans les marchés. Salviani, Rondelet et Gesner en ont donné d'assez bonnes figures : le premier, sous le nom de corvo di fortiera ( fol. 117); le second , sous celui de coracinm niger (p. 1 28, fig. 2^)5 le troisième , sous celui de tinca marina 1. La première- ou son coracinus aîbus , est peut-être d'un adulte. 92 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. {Paralip., p. i4)- H y en a aussi une passable clans Willughby (pi. 5, 20). Celle de Bloch (pi. 297) serait assez exacte, sans les dents, trop grandes, qu'il lui donne à la mâclioire supérieure , et s'il avait plus multiplié les points noirs des écailles. Des Poissons étrangers analogues au Corh, Parmi les poissons étrangers de cette fa- mille, qui ont les mêmes dents que le corb, et qui manquent, comme lui, de barbillon, il en est qui lui ressemblent encore , qui le sur- passent même par la force et la grandeur de leur seconde épine anale ; ce sont les corhs étrangers proprement dits , mais il en est aussi où cette épine , bien qu'encore forte et poignante, et bien supérieure à celle des mai- gres et des otolithes , est cependant sensible- ment plus faible que dans les vrais corbs : ce sont proprement là les johnius primitifs de Bloch, dont la différence est, comme on voit, si peu de chose , qu'à peine mériteraient-ils de faire une subdivision dans ce genre , et même le corb d'Europe formerait une sorte de lien entre ces deux subdivisions , car son épine anale, un peu plus grande que dans la CHAP. III. CORBS. 95 plupart des johnius, ne l'est pas autant que dans la plupart des autres corl^s étrangers. Le CoRB DES Canaries. {Corvina canariensis , nob. ) Feu Adanson avait rapporté des Canaries, et l'on conserve au Cabinet du Roi, un petit corh très-semblable au nôtre, même pour les couleurs, mais dont toutes les nageoires, surtout la caudale , ont leurs rayons plus alongés ; la caudale à elle seule fait le cinquième de la longueur totale. L'épine anale est plus faible, et il n'y a que trois pores à la mâchoire inférieure. D. 9 — 1/26 ; A. 2/6 ; C. 17 ; P . 15 ,: V. 1/5. Adanson l'appelait peignet. Le CoRB BLANC DES InDES. {Corvina albida, nob.) M. Leschenault a envoyé de Pondichéry un corb encore très-semblable au nôtre, à la couleur près, qui est blanchâtre, même aux nageoires. Ses dents sont plus fines; ses épines dorsales plus courtes et plus fortes; son épine anale surtout, bien plus forie et presque aussi longue que les rayons mous ; la dentelure de son préopercule plus marquée : il y a 94 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. cinq pores à sa mâchoire inférieure. Sa caudale est arrondie ou même un peu pointue. D. 9 — 1/25 ; A. 2/7 ; C. 19 ; P. 16 ; V. 1/5. Sa vessie natatoire est garnie de chaque côté d'ap- pendices frangés ; mais nous n'avons pas pu les compter, à cause du mauvais état de l'individu que nous avons disséqué. M. Lescheiiault dit que ce poisson, à l'état frais, est gris- clair sur le dos et blanc sous le ventre; qu'il parvient à la longueur de deux pieds; qu'on le pêche abondamment pendant toute l'année dans la rade de Pondichéry, et qu'il est bon à manger. On le nomme à Pondi- chéry sapé-katelé, et ce nom de hatelé, kat- chelée ou katalai , que Bloch a pris pour malais, paraît être en malabare, ou, pour par- ler plus exactement, en tamoule, le nom gé- nérique des corbs et des johnius, comme ce^lui de hola en bengali. M. Bélenger nous a envoyé la même espèce de Mahé sur la cote de iMalabar. On la nomme en ce lieu marca-charao. On la mange. he CORD SOLDADO. {Sciœna miles, nob. j Holocentre soldado , Lac.) Feu Sonnerat en avait rapporté de Pondi- chéry une autre espèce, encore très-semblable à la précédente et à notre corb, CHAP. III. CORBS. 95 mais dont, le museau et la région de la joue sont sensiblement plus courts à proportion que dans l'un et l'autre. Ses épines dorsales sont plus grêles; mais la deuxième de l'anale est au moins aussi longue et aussi forte que dans \albida. On compte quatre pores à sa mâchoire inférieure. Sa caudale est rhom- boidale. Les nombres de ses rayons sont un peu dilTérens. D. 10 — \l-l%; A. 2/7 ; C. n ; P. 16 ; Y. 1/5. C'est le tella-katchelée de Russel ( pi. 117). Sa couleur , selon ce naturaliste , est sur le dos d'un brun changeant en gorge de pigeon; elle s'éclaircit sur les côtés et devient en dessous celle d'une belle nacre; la dorsale est obscure, ainsi que le haut de la caudiile. Le bas de la caudale et les autres nageoires sont jaunâtres. Il atteint dix-huit ou vingt pouces. C'est un individu de cette espèce, provenu de l'ancienne collection du Stadhouder, que M. de Lacépède (t. IV, p. 344 et 378) a dé- crit sous le nom dholocentr^e soldado. Nous croyons aussi l'avoir reconnue dans un pois- son que MM. Ruhl et Van Hasselt ont envoyé de Java au Musée des Pays-Bas, et quils avaient appelé sciœna argent ea. 96 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le CoRB cujA DU Bengale. (Coji'ina cuja, nob. ; Bola cuja, Biiclian.) Le hola cuja de HamiltoiiBuchanan (pi. 12, fig. 27) nous paraît se placer très-près des corbs prëcédens, et en différer cependant par l'es- pèce. Ses épines anales sont des plus fortes; sa nuque est très-élevée; sa caudale arrondie. Le dessin lui donne quelque chose d'un peu concave au chanfrein , deux rangs de dentelures, mais très-peu marquées, au préo- percule, et deux pointes plates et obtuses à l'oper- cule. L'auteur ne lui attribue qu'une rangée de dents pointues et égales aux mâchoires. D. 10 — 1/28; A. 2/7; C. 17; p. 17; V. 1/5. C'est un grand et beau poisson, qui devient long de quatre et cinq pieds , et qui est d'une couleur argentée, brillante, à dos teint de verdàtre et mar- qué de séries obliques et serrées de taches noirâ- tres ; sur les flancs ces séries ne se composent que de petites lignes et s'approchent par degrés de la direction longitudinale. La première nageoire a quel- ques taches noires irrégulièrement semées ; et la se- conde en a des séries longitudinales, mais aussi assez peu régulières. Les pêcheurs du Gange considèrent ce pois- son comme du genre du vacti ou de nos va- rioles; mais M. Buchanan le rapproche avec pltis de raison de ses autres hola^ à cause de CHAP. III. CORBS. 97 son palais sans dents et de la longueur de sa seconde dorsale. Cest à cette espèce ou à la précédente que nous parait se rapporter le mieux le woellei katalei ou jolinius serratus de Bloch (éd. de Schneider, p. 76); mais le caractère en est trop incomplet pour en as- surer la synonymie. Le CORB DEMI-DEUIL. i^Corvina semiluctuosa , nob. ) Nous avons reçu de la côte de Malabar par M. Dussumier un corb très -semblable à ce cuja pour la forme, mais dont le corps est partout rayé obliquement de brun-noir sur un fond argenté. Les raies noires sont serrées et suivent chacune le milieu d'une rangée d'écaillés. Il y en a près de quarante au-dessus de la ligne latérale, et vingt ou vingt-une au-dessous. Celles- ci s'approchent davantage de la direction horizon- tale. C'est à peine si l'on aperçoit quelques vestiges de crénelures au bord membraneux du préopercule. L'opercule finit par deux pointes plates séparées par un arc rentrant. C'est une des espèces où la dorsale est le plus faiblement échancrée. La caudale est ar- rondie ou un peu rhomboidale, La deuxième épine de l'anale est très-forte; la pectorale est demi-ovale, médiocre. La ventrale se termine en un petit filet. Les nageoires sont toutes entièrement d'un brun noir, D. 10/31^ A. 2/7 j C. H: P. 18: V. 1/5. 5. 7 1)8 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Notre plus grand individu approcha de dix pouces. Un autre, long seulement de six, a le chanfrein un peu plus convexe. Une bande transparente règne en longueur sur le milieu de la partie molle de sa dorsale, laquelle n'a que vingt-huit rayons. Cependant pour tout le reste sa ressem- blance est telle que je n'ose en faire une es- pèce. Tous les deux ont été pris dans la rade de Goa. Ils sont bons à manger. M. Bélenger a aussi trouvé cette espèce dans la rade de Pondichéry. Le CoRB DE Lesueur. (^Cor\^ina oscula, nob.j Sciœna oscula^ Les.) Les poissons de ce genre ne vivent pas seu- lement dans la mer; les grands lacs d'eau douce de lAmérique septentrionale en possèdent deux fort remarquables. Le premier, presque semblable pour la forme à celui de la Médi- terranée, a été décrit et représenté sous le nom de sciœna osciila dans le Journal des Sciences naturelles de Philadelphie, de Novembre 1 822, par M. Lesueur, qui a bien voulu nous en en- voyer des échantillons. Sa nuque est encore plus bombée que celle du corb; ses dents plus fines; ses épines dorsales plus courtes et plus fortes ; lu deuxième de l'anale aussi CHAP. III. CORBS. 99 très-forte. On lui voit cinq pores sous la mâchoire inférieure. Ses dents pharyngiennes sont en gros pavés ronds, aussi fortes à proportion que dans le pogo- nias. M. Lesueur, qui la vu frais, dit que la couleur de la tète, du museau et de la caudale, est d'un gris bleuâtre, qui tire sur le noir entre les yeux, et de- vient plus gris vers le dos et les pectorales. Les écailles du dos, de la queue et des opercules, ont des reflets jaunâtres, et il y a des teintes rougeàtres sur la joue. Le dessous du corps est blanc; les na- geoires sont d'un gris pâle. D. 9—1/28; A. '2/8; C. H; P. 18: V. 1/5. M. Lesueur dit : D. 9 — 30; A. 2/7; C. 18; P. 19 ; V. 1/5. Nous en avons où le nombre de la deuxième dor- sale est de vingt-neuf et de trente et un. La longueur ordinaire de ce poisson est de seize pouces, sur quatre et demi de haut. Il est peu estimé, du moins dans certaines saisons; car M. Lesueur en a trouvé que les pécheurs avaient abandonné sur les bords du lac Ontario. L'estomac du sciœna oscula est court, élargi et arrondi en cul-de-sac. Il y a sept grosses appendices au pylore. L'intestin est extrêmement large, presque autant que l'estomac : ses parois sont très-minces. Dans les deux individus que j'ai disséqués, je l'ai trouvé rempli d'une grande quantité de débris de coquilles fluviatiles, comme des cyclades, des palu- dines, etc., brisées, ce que l'animal peut faire aisément 100 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. au moyen de ses dents pharyngiennes en pavés arron- dis. La vessie aérienne est très-grande, argentée, sans aucune appendice, et elle n offre rien de particulier. Le CORB DE RiCHARDSON. {Corvlna Richardsonii , nob.) M. Eichardson a bien voulu nous commu- niquer un autre grand coib du lac Huron, qui a quelque rapport de forme avec le corvina oscilla, mais dont le profil descend plus rapidement, et qui de plus se distingue de tous les autres corbs , parce qu'il na que dix-huit rayons mous à sa seconde dorsale, et une seule épine grosse et forte à son anale. Le dernier rayon de la deuxième dorsale s'unit au dos de la queue par une production membra- neuse; mais ce qui est à remarquer, c'est que l'on trouve sous la peau, à son arrière, dix interépineux qui ne portent pas de rayons. Les crénelures de son préopercule sont fort petites ; son opercule se termine en deux lobes , eux-mêmes finement créne- lés , plutôt qu'en deux pointes. Le sous-opercule et finieropercule ont aussi leurs bords crénelés. Les épines de la première dorsale sont fortes , mais courtes. La première l'est excessivement. Sa caudale est carrée ou un peu arrondie. H y a trois pores sous le bout de la mâchoire inférieure. D. 9 — 1/18; A. 1/7, etc. L'individu que nous avons eu sous les yeux, est CHAP. m. CORBS. 401 long de vingt-deux pouces, et j^araît avoir été ar- genté, plus ou moins nuancé de brun vers le dos. Les Anglais des bords du lac Huroii le nomment sheeps - head {têie de mouton), nom qui, à New-York et ailleurs, s'applique à un sargue ; les naturels le nomment maïa- chegané. Il passe pour un excellent poisson, dont la chair est terme , mais qui a besoin de bouillir long-temps. Nous avons cru pouvoir lui donner le nom de celui qui l'a découvert. Le CORB PORTE -MASSUE. {Connna clavigera, nob.) Le plus remarquable des corbs étrangers que nous ayons eu occasion d'observer, nous a été apporté, avec beaucoup d'autres pois- sons intéressans, par M. Roger, gouverneur de la colonie française du Sénégal. Nous l'ap- pellerons le corb porte - massue {confina clai^igera) , parce que son caractère le plus distinctif consiste dans la forme du rayon épi- neux de la seconde dorsale, qui n'est pas, comme à l'ordinaire, un aiguillon pointu di- minuant uniformément de la base au sommet, mais qui, au contraire, partant d'une base mince, se renfle sur une partie de sa longueur 102 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. comme une massue, et se termine en pointe peu acërëe. Ce poisson ressemble d'ailleurs pour la forme au corb erdinaire, si ce n'est que sa queue est un peu plus alongée; aussi a-t-il jusqu'à trente-trois rayons mous à sa seconde dorsale. La première en a dix , dont le premier est très-coint; le second, le plus long et le plus fort, est strié sur sa longueur. Dans l'anale le premier rayon est aussi très-court; le se- cond est énorme en grosseur et profondément strié. H n'y en a point de troisième épineux, mais seu- lement SIX mous. La caudale nous paraît rliomboi- dale, et a dix-sept rayons. B. "ï ; D. 10 — 1/33 ; A. 2/6 ; C. 17 ; P. 17 ; V. 1/5. Les dents sont en velours sur une bande étroite. Le rang extérieur à la mâchoire supérieure est com- posé de dents plus séparées, pointues, de très-peu plus fortes que les autres. Les dentelures du préopercule sont fort menues, mais vers l'angle elles forment des dents plates et elles-mêmes un peu dentelées. Tout le corps paraît d'un plombé obscur, et les nageoires sont noirâtres. L'individu qui nous a été envoyé est long de près de dix-huit pouces; ainsi l'espèce doit devenir assez grande. D. 10 — 1/33 ; A. 2/6; C. 17 ; P. 15; V. 1/5. Son estomac est étroit, alongé en boyau, pointu en arrière, charnu. Le pylore est entouré de neuf appendices cœcales, dont plusieurs ont un assez gros diamètre. La vessie natatoire est ample, large , sin)ple , sans appendices, de la longueur de tout CHAP. m. CORES. 40 ô l'abdomen, à parois fort épaisses, argentées. Le pé- •ritoine, au-delà des ventrales, devient très- épais j dans tout le reste de l'abdomen il est très-mince, et a partout une couleur argentée. Le CORB DE NiGRITIE. {Corvina nigritaj nob.) La même rivière produit un corb qui ressemble parfaitement au précédent par les formes, la physionomie et les nombres des rayons , mais qui n'a qu'une épine grêle et assez courte à la seconde dorsale; dont la deuxième épine anale est plus longue, un peu moins forte, et à peine sensible- ment striée, et la deuxième épine dorsale aussi grêle et aussi lisse que les suivantes. La fine dentelure de son préopercule est plus uniforme. Pans la liqueur il paraît d'un brun doré, argenté en dessous. Sa pre- mière dorsale est brune, lisérée de noir, et a entre ses rayons une série longitudinale de taches nuageuses noires. La deuxième dorsale en a une double série. Notre individu est long de dix à onze pouces. Des observations ultérieures auront ^ cons- tater s'il appartient à une espèce distincte, ou si ce n'e^t pas une simple variété de sexe du précédent. L.es différences de son anato- mie paraissent cependant contraires à cette opinion. 04 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Ce sciœna nigrita a un long estomac conique, huit appendices au pylore ; l'intestin est étroit et ne fait que des plis très-rapproehés. Le foie est gros et trilobé. Il y a un large lobe moyen recouvert par l'œsophage , et qui s'avance jusque sur le pylore. Les lobes latéraux sont longs et trièdres. La vessie aérienne est grande, alongée, et prolon- gée en une longue pointe très-déliée. De chaque côté de la partie antérieure naît une petite corne très- courte, qui se divise bientôt en cinq petites branches, dont les deux internes donnent deux branches très- courtes et dichotomes; les trois autres, également divisées, se prolongent en filamens déliés et nacrés, qui sont retenus par un tissu cellulaire graisseux, épais sur les côtés de la vessie. Les plus longs de ces filamens atteignent presque l'extrémité postérieure de la vessie. A la suite de ces coibs à préopercule à peine festonné ou finement dentelé, on peut en placer un petit groupe où le bord de cet os est armé de petites épines très-marquées. Nous en possédons six espèces, dont trois sont américaines, une indienne, et deux d'origine inconnue. CHAP. m. CORBS. lOo Le CoRB blanc-d'argent. {Corvina argjroleuca, nob.; Bodianus argjToleucus , Mitcli.) La première a élé décrite par le docteur Mitcliill (p. 417, et pi. 6, fîg. 3) sous le nom de bodianus ar^yroleucus, et on l'appelle à New- York perche d'argent {sihery-percli). Elle a en effet à peu près la tournure d'une perche par sa hauteur, la légère concavité de son chanfrein et les dents de son préopercule j et d'après son extérieur, on pourrait être tenté de la placer dans ce genre; mais elle manque de dents au palais , ainsi que toutes les sciènes. Sa bouche est fendue au bout du mu- seau; sa mâchoire inférieure est marquée de quatre pores. Ses dents maxillaires sont en velours ou en fins crochets, et sur des bandes fort étroites. A l'angle de son préopercule sont deux petites pointes ou fortes dents écartées, et Vinférieure dirigée vers le bas; le bord moulant n'en a que de petites; le bord inférieur est à peine crénelé. L'opercule osseux finit par deux pointes plates et obtuses. Les écailles sont assez grandes, âpres aux bords. La première dorsale n'a pas des épines très-fortes; mais la deuxième de l'anale Test autant qu'au corb. La caudale a son bord un peu convexe entre les deux angles. D. il — 1/22 ■ ; A. 2/9 ; C. n ; P. 11 ; V. 1/5. 1. C'est pai uiip faule d'impression que l'ouvrage du docteur 1 06 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Ce poisson est entièrement argenté, avec une légère teinte de bleu d'acier sur le dos; selon le docleur Mitcliill, il a des lignes longitudinales ré- sultant de reflets plus ou moins bruns. Ses na- geoires sont toutes plus ou moins jaunes, surtout la caudale et l'anale. Ses viscères ressemblent à ceux de notre corb. Il n'y a à sa vessie ni cornes ni appen- dices; elle est très-pointue en arrière. Son pylore a huit cœcums. Son estomac est long et ample, et n'a de plis que vers l'œsophage. Son squelette n'a pas de crâne aussi caverneux que celui du corb commun. Du reste 11 a le même nom- bre de vertèbres, onze abdominales, quatorze cau- dales, et lui ressemble en général beaucoup. Nous Tavons reçu des États-Unis par MM. Lesueur et Milbert, et de la Martinique par M. Plée. Il ne paraît pas quil devienne très- grand ; M. Mitchill ne lui donne que huit pouces. Notis serions disposés à le prendre pour le perça punctata de Linnœus^, o\i jellow-ti al de Garden , qui a les mêmes nombres de rayons. Mitchill ne donne que onze rayons mous à celte espèce. Sa figure en montre vingt-deux. 1. J'entends par là l'espèce désignée dans ItSystema (i2.*édit. , p. 482 ) sous le nom de perça punctata , et différente du perça punctata de la page 485, qui est un serran. CHAP. III. CORBS. 407 Le CORB GROGNANT. [Corvina ronchus , nob.) La seconde espèce était de l'ancien Cabinet du Roi , et nous avons long-temps ignoré son origine; mais elle s'est trouvée dans les der- nières collections de M. Plée, qui l'avait prise à Maracaïho. On la nomme dans ce pays el ronco ou el roncaclor. A Saint-Domingue, selon M. Ricard, on la nomme gronde y qui, ainsi que ronco, tient sans doute au bruit qu'elle tait, et s'emploie aussi pour des espèces voisines. On l'y estime autant que les meilleurs poissons de cette côte. Nous crovons encore l'avoir reconnue dans un dessin fait à la Havane, et qui nous a été communiqué par M. Poey sous le nom de her- 7'ugato. C'est, dit cet observateur, un poisson de huit pouces de long, qui se trouve dans les rivières. Ben^ugato est proprement un des noms de l'ombrine ; il se rapporte au barbillon court ou verrue que l'ombrine a sous la sym- physe. Le Cabinet de Berlin a plusieurs individus de ce ronchus, venus de Surinam. Celle espèce ressemble beaucoup à la précédente, surtout par les dents qui arment son préopercule. Les deux ou trois de l'angle, et surtout la troisième, 108 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. sont fortes : celle-ci est dirigée vers le bas et même un peu en avant ; mais l'épine anale est beaucoup plus forte, au moins autant que dans le corb sol- dado. La nageoire même est un peu taillée en faux. D. 10-2/23 ou 24; A. 3/8; C. 17; P. 18; V. 1/5. Nous en avons des individus depuis six Jusqu'à onze pouces de longueur. Le foie du conina ronchus est fort petit. L'esto- mac forme un cul-de-sac pointu, assez long, à parois peu épaisses. L'œsophage est court. La branche mon- tante s'insère presque sous le diaphragme, elle est très-courte. H y a six cœcums courts et grêles. L'in- testin, qui est aussi très-étroit, ne fait que deux replis médiocres. La vessie natatoire est grande, alongée, échancrée en avant, pointue en arrière; elle n'a pas de cornes proprement dites. Les arcades saillantes et détachées de son crâne ne sont pas très-nombreuses, et il est médiocrement bombé en dessous. La crête mitoyenne de l'occiput est considérable et renforcée par deux arêtes laté- rales et longitudinales. Il y a vingt-quatre vertèbres. Le premier interépineux de l'anale s'attache à la on- zième, et finit fort en arrière. Il y a trois interépineux sans rayons avant la dorsale. CHAP. III. CORBS. 109 Le CORB ACOUPA. {Corvina trispinosa , nob.; Bodianus stelUfer, Bl.? Chéilodiptère acoupa et Bodian étoile, Lac?) Le troisième de ces corbs, à prëopercule presque épineux, vient du Brésil et de Gayenne. On le nomme dans cette dernière colonie, se- lon M. Poiteau, qui nous Ta envoyé, acoupa ou crosse-tête. Sa tête est plus large et son museau plus court qu'aux autres corbs ; ce dernier ne descend même pas , et c'est à peine s'il est bombé au bout ; aussi sa bouche est-elle un peu ascendanie. Son préopercule a l'angle arrondi et armé de trois petites épines poin- tues assez fortes; ses dents sont en fin velours; sa caudale est rhomboidale. La deuxième épine anale est moins forte qu'au ronchus^ et à peu près dans la proportion de Vargyroleiica. Sa couleur paraît au- jourd'hui un brun doré uniforme, qui devient ar- genté vers le ventre. D. 10 — 2/21; A. 2/9; C. 17; P. 21; V. 1/5. L'estomac de \ acoupa est un sac étroit, de lon- gueur médiocre, obtus. Il y a cinq appendices au pylore en deux groupes très-séparés; deux à droite, trois à gauche. Le duodénum prend immédiatement après un renflement considérable. L'intestin se rétré- cit bientôt presque subitement, et ne fait que deux plis rapprochés. La rate est remarquablement grande et s'étend depuis le pylore jusqu'auprès de l'anus. La vessie natatoire, assez grosse, pointue en ar- 110 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Hère, ne se porte pas plus avant que la troisième ver- tèbre, et a de chaque côté de son bord antérieur un très-petit pédicule, qui se divise en deux cornes- une antérieure, se logeant de chaque côté en ar- rière du crâne, sous le surscapulaire; la postérieure, déliée, dirigée en arrière, et se terminant en pointe très-fine, au deuxième tiers de la longueur de la vessie. Il nous parait très -vraisemblable que c'est ce poisson que Bloch a représenté (pi. aSi, fig. i) sous le nom de hodianus steUiJej\ La forme est bien sûrement celle d'une sciène, et les détails et les nombres des rajons sont les mêmes que dans celle-ci. A la vérité, Blocli dit son poisson du Cap , et ne lui donne que quatre rayons aux branchies ; mais comme il l'avait eu dans un encan hollandais , et proba- blement desséché, on peut n'avoir pas beau- coup cV égard à ces assertions. Nous ne pouvons guère douter non plus que le cliéilo diptère acoupa envoyé de Cayenne à M. de Lacépède par Leblond, et si incomplè- tement décrit^, ne soit encore notre poisson actviel, bien qu'on lui donne trois rayons de moins à la seconde dorsale. 1. Lacépède, t. III; p. 54t>. CHAP. III. CORBS. 4 41 Le CORB FOURCROY. {Corvina Furcrœa, nob. ; Perça Furcrœa, Lac.) Nous devons placer ici un poisson de l'an- cien Cabinet du Roi que M. de Lacépède (t. IV, p. 398 et 424) ^ décrit sous le nom de persèque Fourcroj , mais qui a tous les carac- tères des sciënoïdes. D'après sa deuxième épine anale, longue et forte, c'est un corb proprement dit; les petites dentelures de son préopercule, bien distinctes, quoique plus courtes que dans \ a coupa et le roncador, le rap- prochent cependant de leur groupe ; mais ce qui le distingue amplement, c'est que ses dents sont sur une bande étroite en velours ras, presque impercep- tibles , et que l'on ne lui en voit point de plus fortes au premier rang , comme dans les autres corbs et johnias. Son museau est avancé, obtus, et n'a pas en des- sous les petits lobes que l'on remarque dans presque tous les corbs, les ombrines, etc. Sa bouche s'ouvre sous ce museau, et est un peu protractile. On ne voit à sa mâchoire inférieure que de très-petits pores fort rapprochés. Son œil est grand , et a le tiers de la longueur de la tête en diamètre longitudinal ; le dia- mètre vertical est d'un tiers moindre. Les dentelures ou petites épines du préopercule sont aiguës et bien séparées. Les ventrales se terminent en petit filet court. La caudale est rhomboidale et même pointue, pres- que entièrement écailleuse. La deuxième dorsale l'est 112 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. à moitié. La pointe de l'anale dépasse un peu la •deuxième épine. Ses formes d'ailleurs sont en tout celles des corbs, sauf son museau et la grandeur de son œil. D. 10 — 1/26 ou 27; A. 2/6; C. 17; P. 17; V. 1/5. Ce poisson paraît d'un vert doré. NoU'e individu est long de sept pouces. L'estomac du sciœna furcrœa est médiocre, cylin- drique, arrondi à l'extrémité qui se porte vers le haut de l'abdomen. L'intestin ne fait que deux plis courts. Il n'y a que quatre cœcums assez courts. La vessie aérienne est grande, argentée, obtuse en avant, et prolongée en arrière en une pointe grêle, très-longue, qui se porte sous la queue au-delà de l'anale. De chaque côté de la partie antérieure naît une petite corne qui se divise en deux: l'une, très- courte, dirigée vers le diaphragme; l'autre, très-lon- gue, un peu flexueuse, dirigée en arrière, retenue le long de la vessie par un tissu cellulaire graisseux assez lâche. Le CORB A MUSEAU ÉCHANCRÉ. (Corçina biloba, nob.) Le Cabinet du Roi possède, aussi d'ancienne date, une très-petite sciënoïde, voisine delà précédente , ayant de même une forte deuxième épine à lanale, des dentelures fines, mais bien marquées, au préo- percule, des dents presque imperceptibles. Sa tête est plus longue à proportion j et ce qui la dislingue sur- CHAP. m. CORBS, 113 tout, c'est que son museau a deux renflemens arron- dis, qui le font paraître un peu échancré. Son œil est fort grand; sa mâchoire inférieure, très-petite, ne laisse pas voir de pores; sa caudale est rhomboidale et assez pointue. D. 9 _ 1/27; A. 2/5; C. 17; P. 17; V. 1/5. L'individu n'est long que de trois pouces et de- mi, et paraît un très-jeune poisson. Les parois de sa vessie aérienne sont minces, trans- parentes et à peine fibreuses. La vessie ne se prolonge en arrière qu'en une très-courte pointe. Les cornes se replient vers l'arrière de l'abdomen; elles sont plus grosses et plus courtes que celles de la sciène Four- croy, et Ton ne voit que des vestiges de leur branche antérieure. L'estomac est un peu plus court, et les quatre cœcums un peu plus longs que âdiiisXQ furcrœa. On en ignore Torigine. Le CORB A AISSELLE NOIRE. {Corvina axillaris , nob.) M. Dussumier et M. Bëlenger nous ont rap- porté de la côte de Malabar un petit corb remarquable par sa forme courte et sa grosse tête, et qui vient naturellement se placer ici. Sa hauteur n'est que trois fois et un quart dans sa longueur; la longueur de sa tète égale la hauteur du corps et dépasse sa propre hauteur. Ses 5. 8 1 1 4 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. dents sont en fin velours, mais plus prononcées qu'au furcrœa. Son museau, court et arrondi, nullement proéminent, manque de petits lobes comme celui du furcrœa. Son préopercule a deux petites épines vers l'angle, dont l'inférieure est double de l'autre, et quatre ou cinq au bord inférieur, petites, mais poin- tues et séparées. L'opercule finit en deux pointes plates. Les dents sont en velours sur une bande étroite. Il y a quatre pores à la mâchoire inférieure. La caudale est arrondie. L'épine anale est striée et de force médiocre. D. 10 — 1/28; A. 2/7, etc. Tout le corps est argenté, teint de brunâtre vers le dos. Il y a une tache noirâtre au-dessus de l'ais- selle de la pectorale. La première dorsale est noi- râtre. Les autres nageoires sont grises. Notre individu n'a que trois pouces. Nous lui trouvons neuf appendices cœcales , très- courtes et très -minces, au pylore. Son estomac est médiocre. La vessie natatoire est grande, arrondie en avant, terminée en pointe longue et aiguë : elle donne en avant de chaque côte une corne simple, courte et pointue. Le péritoine est très-noir. Le CORB ARGENTÉ. {Cors'ina argentata , nob. ; Sparus ai^genteus , Houtt.) Cest au petit groupe actuel que doit se rapporter le poisson dëciit incomplètement par Houtluvn sous le nom de sparus ar^en- CHAP. III. CORBS. 115 teus^ (le spare argenté de M. de Lacépède, t. IV, p. 28 et 91). Plus large et moins haut que Yauraius (qui paraît une vraie dorade), ce poisson, dit Houtluyn, est cependant plus haut que large. Au premier coup d'œil il ressemble à un éghfin, même par la tache noire derrière l'opercule, lequel est, ainsi que toute la tête, entièrement écailleux. D. 9/26; A. 1/9; C. 18; P. 16; V. 9. Il doit y avoir une erreur dans le dernier nom- bre; tout le reste de la description, quoique l'auteur ne parle pas de l'échancrure entre les deux parties de la dorsale , se rapporte manifestement à un corb plutôt qu'à un spare. L'individu était long de huit pouces, sur deux et demi de haut. DES JOHNIUS. Les johuius de Bloch , ainsi que nous l'a- vons dit , se lient aux corbs par une série à peine interrompue, et ont seulement la se- conde épine anale plus faible, plus courte que les rayons mous qui la suivent; caractère par lequel ils se rapprochent un peu des mai- gres. Aussi M. Buchanau réunit-il les espèces de ces trois groupes, qu'il a prises dans le Gange, dans sou genre bola, genre qu'il n'au- 1. Mémoires de Harlem, t. XX, 2.* part., p. 319. 1 1 6 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. rait sans doute pas créé , s il avait eu l'occa- sion de saisir leur aftinité avec nos sciènes et particulièrement avec nos corbs d'Europe. Ces johnius font une partie considérable des alimens que la mer et les rivières four- nissent aux habitans de flnde; et comme leur cliair est blanche, légère et de peu de goût, les Anglais du Bengale leur ont transporté le nom de merlan {whiting). Les espèces en sont assez nombreuses. Bola est leur nom géné- rique au Bengale ; le long des côtes d'Orixa et de Coromandel on les désigne par celui de katalai, katelé ou katchelé, auquel on joint une épitliète particulière pour chaque espèce, et qui s'applique aussi à des corbs et à des ombrines. Le JOIINIUS COÏTOR. {Confina coitor, noh.; Bola coitor, Ham. Buclian.) On pourrait presque à titre égal placer à la lin des corbs proprement dits , ou à la tête des johnius, le bola coitor de M. Hamilton Buclianan, sa deuxième épine anale étant un peu plus courte que dans les premiers, et cependant plus longue et plus forte que dans les autres^; elle est à peu près dans la pro- 1. M. Hamillou Biicbaiian, dans sa %ure (Poissons du Gange, CHAP. m. JOIINIUS. 117 portion de celle du corb d'Europe, des deux tiers de la longueur de ses rayons mous. C'est un poisson des Indes, dont la forme est un peu plus alongée de la partie postérieure que dans notre corb, et qui a le museau un peu plus long. Sa hauteur aux pectorales est du quart de sa lon- gueur totale , et égale à la longueur de sa tète, dont le chanfrein est légèrement concave. Sa caudale poin- tue, ses ventrales un peu en filets, et tout son ensem- ble, le feraient assez ressembler au corb Fourcroy; mais son museau n'est pas tout-à-fait aussi proémi- nent. Il a d'ailleurs l'œil beaucoup plus petit que dans Xejurcrœa, et ne faisant guère plus du cinquième de la longueur de sa tête. Ses dents sont, comme dans les corbs et la plupart des johnius, en velours, avec un rang de plus fortes à la mâchoire supérieure. Les dentelures de son préopercule sont peu prononcées. Sous le bout de sa mâchoire inférieure s'aperçoivent quatre pores très-peu marqués; le bout de son mu- seau n'en a point, et les lobes de la petite membrane qui le termine sont fort petits. B. 7 ; D. 10 — IZ-T on 28 ; A. '2/7 ; C. 17 ; P. 17 ; V. 1/5. Sa ligne latérale se marque par des traits un peu branchus. Il paraît tout entier d un gris-brun un peu doré ou argenté. A l'état frais il est argenté , et a le dos teint de brun verdâtre. On voit quelques taches pi. 27, fîg. 24 )> leprésente cette épine un peu plus grande qu'elle n'est dans nos individus. M. Buchanan croit son coïtor voisin du n." 111 de Russel, sinon le même (il écrit 110 par erreur); mais ce n.° 111 est plutôt le sina. 418 LIVRE V. SCÏÉNOÏDES. nuageuses brunes sur ses dorsales. Nos individus sont longs de sept et huit pouces, et c'est la taille ordinaire de l'espèce ; mais elle atteint quelquefois un pied. Son estomac est un sac pointu, assez long et un peu rétréci par un étranglement près de la pointe. Le pylore s'ouvre à la face inférieure, peu en arrière du diaphragme. H y a six appendices cœcales. Le duodénum est dilaté à son origine, et remonte entre les deux lobes du foie, qui doit être peu volumineux. Après s'être replié deux fois, l'intestin se dilate. On voit même à l'extérieur la valvule très -épaisse qui ferme l'entrée du rectum. La vessie natatoire de ce poisson est aussi compli- quée que celle du maigre, et construite à peu près sur le même plan. Sa tunique externe est formée de fibres transversales ; la seconde a les fibres longitudinales. Ces deux membranes ont l'éclat du vif-argent. La ves- sie est arrondie et dilatée sous le diaphragme : bientôt après elle est fort étranglée, et s'élargit ensuite pour prendre une forme régulière et conique; elle se rétré- cit vers l'extrémité postérieure, et se termine par une pointe fort aiguë. Sur les côtés on compte dix aj^pen- dices, enveloppées dans un tissu cellulaire très-grais- seux et assez dense, dont les neuf premières servent de base à des houppes composées de huit à neuf bran- ches très-déliées et formant de jolis arbuscules. La dernière appendice est alongée et simplement bifide. Nous avons reçu des échantillons de cette espèce de rerabouchtire du Gange par M. Dus- sumier, et de celle de i'iraouadi par M. Ray- CHAP. in. JOHNIUS. 1 i 9 naud. Selon M. Hamilton Buchanan, on en trouve dans le Gange aussi haut que Ranpur et dans la Jumna jusqu'à Agra : elle est plus commune dans les parties où la marëe re- monte; mais plus haut sa chair devient meil- leure, surtout dans les endroits pierreux. Le JOHNIUS DE DUSSUMIER. {Corvina Dussumiei^i , nob.) M. Dussumier a rapporté de la côte de Ma- labar une espèce qui tient de près au coitor, mais qui est moins alongée de la partie postérieure, et a la tête plus courte à proportion de sa hauteur; elle le parait surtout de la partie du museau, parce que l'œil est un peu plus grand. Son chanfrein est plus large et non concave. La membrane d'entre les sous-orbitaires n'a que des vestiges de lobes. On ne voit point de pores au bout de son museau; mais il y en a cinq gros sous la mâchoire inférieure. La su- périeure a une rangée externe de dents pointues et séparées les unes des autres. Le bord postérieur du préopercule descend en se dirigeant obliquement en arrière. Sa caudale est plus arrondie que pointue. Son épine anale est moitié moindre que dans le coitor. D. 10 — 1/285 A. 2/7, etc. Dans la liqueur ses dents paraissent d'un argenté teint de gris roussâtre; selon les notes de M. Dussu- mier, à 1 état frais il serait fauve, avec des teintes vio- lettes et dorées, et il aurait les nageoires jaunâtres. 1 20 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Nos individus sont longs de six pouces. Sauf les proportions de la tête, qui est plus courte et a les sous-orbitaires postérieurs plus larges, le squelette de ce jolmius ressemble beaucoup à celui du corb, et a de même quatorze vertèbres à la queue j mais je ne lui en trouve que dix à l'abdomen. Le JOHNIUS DE Bélenger. ( Corvina Belengerii, nob. ) M. Bélenger a envoyé de la même côte une troisième espèce, plus rapprochée du coïtor par l'alongement de sa partie postérieure et par son chanfrein un peu étroit; mais dont la tête est bien plus courte à proportion, et quatre fois et demie dans la longueur totale. Le museau est plus court même que dans le Dussumieri, et l'œil [)lus grand; son diamètre est trois fois et demie dans la longueur de la tête. Son épine anale approche de celle du co/Vor pour la force; les lobes de sa membrane du bout du museau sont peu saillans; il n'y a point de pores. La mâchoire in- férieure en a cinq petits. La rangée extérieure des dents à la mâchoire supérieure est assez serrée, et ne surpasse pas beaucoup celles qui forment la bande de velours. Sa caudale est rhomboïdale. D. 9 — 1/30; A. 2/7, elc. Notre individu est long de sept pouces, et paraît argenté , teint de brun noirâtre : il y a une petite ligne de reflet sur chaque écaille. La vessie aérienne âxijohnius Belengeriî a près de CH/iP. m. JOHNIUS. 121 son adhérence de la colonne vertébrale, à la troi- sième vertèbre, un étranglement si fort, qu'elle pa- raît comme double. Elle est ovoide et terminée en pointe : de chaque coté elle a des petites houppes ramifiées, plus courtes et moins nombreuses que dans les espèces voisines, le coitor o\i\e caialea; mais nous n'avons pu les compter exactement, à cause du mauvais état de conservation du seul individu que nous ayons disséqué. Le JoHNIUS DE RUHL. {Corvina Kuhlii, nob.) MM. Kubl et Yan Hasselt ont envoyé le dessin d'un poisson de la rivière de Labouane, dans l'ile de Java, qui ressemble beaucoup à cette espèce du Malabar. Ses formes sont les mêmes , et le dessin lui mon- tre seulement le museau un peu plus alongé et pareil à celui du coitor, dont cette espèce de Kuhl ne dif- fère presque que par la faiblesse de son épine anale. Son dos est violàtre; ses flancs argentés, nuancés de doré et de rose. Sa première dorsale paraît bleuûtre; la deuxième est aussi bleuâtre, mais avec un bord jaunâtre. Les autres sont simplement jaunâtres. D. 10 — 1/27; A. 2y7,, etc. Sa longueur est de six pouces. 4 22 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le JOHNIUS SIN. {Corvina sina^ nob.) Un poisson que nous avons reçu de Pon- dicliëry par M. Leschenault sous le nom de sin-kateléj a le museau plus court et plus arrondi que les pré- cédens. Ses dents de la première rangée sont plus fortes, pointues et écartées j et les autres sont sur une bande plus étroite. Son épine analç approche de celle du coilor. Sa mâchoire inférieure est mar- quée de quatre pores. La dentelure de son préoper- cule est à peine sensible. La membrane du bout du museau est courte et n'a point de lobes marqués. D. 10 — 1/28; A. 2/8; C. 11; P. H; V. 1/5. Il arrive à la taille d'un pied. M. Leschenault le dit à l'état frais d'un grisâtre un peu vineux. Sa ligne latérale ne se distingue pas par la couleur comme dans le carulta. Sa chair est moins estimée. L'espèce se trouve aussi à la côte de Mala- bar, d'où M. Bélenger nous l'a envoyée sous le nom de cora, et M. Langsdorf l'a rapportée du Japon, cri elle se nomme kiischi. Le JOHNIUS LOBÉ. {Corvina lobata, nob.) Une jolie espèce, rapportée par M. Dussu- mier de la côte de Malabar, CHAP. III. JOHMUS. 123 a sur le dos cinq demi-bandes larges, un peu obs- cures, mais d'une nuance très-légère, et qui dépas- sent à peine la ligne latérale. Le fond de sa couleur est ar'^enté. Ses nageoires sont jaunâtres. Le devant de la première dorsale, les bords de la seconde et de la caudale, une partie de l'anale et le bout des ventrales, sont noirâtres. Le deuxième rayon ven- tral se prolonge en un peiit filet. Le deuxième ai- guillon anal est assez fort. La caudale est rhomboi- dale. La lèvre membraneuse au-devant du museau se divise en quatre petits lobes bien marqués. Les quatre pores ordinaires sont à la mâchoire inférieure. Le museau est bombé, mais ne dépasse pas beaucoup la bouche. Les crénelures du préopercule, si elles exis- tent, ne sont pas sensibles à la vue. La longueur de la tête égale la hauteur du corps, et est quatre fois et demie dans sa longueur; elle surpasse sa propre hau- teur d'un cinquième. Les rayons mous de sa deuxième dorsale varient de vingt-huit à trente et un. D. 9 ou 10 — 1/28 ou 31 ; A. 2/7, etc. Nos individus sont longs de quatre à cinq pouces. La vessie aérienne est renflée et comme divisée en deux boules à sa pariie antérieure. Ces renflemens s'avancent jusque sous l'épaule; ils portent deux pé- dicules divisés et ramifiés en arbuscules assez gros , mais élégans. En arrière de son point d'attache la ves- sie est étranglée; elle se renfle ensuite un peu vers le milieu pour prendre une forme elliptique régulière, et se terminer en pointe vers le fond de l'abdomen : elle a de chaque coté dix pédicules courts, déliés et finement ramifiés en arbuscules i.rès-élégans, et dont ] 24 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. le blanc d'argent se détache agréablement sur le péri- toine, qui est très-noir. Le foie est peu volumineux; l'estomac est court, étroit ; et il y a au pylore huit appendices divisées en deux groupes, cinq à droite et trois à gauche. Le JOHNIUS CÂRUT. {Corvina carutta, nob. ; Johnius carutta , Bl.) Nous avons vu dans les mains de M. Charles Coquebert un individu donné par Bloch lui- même de son Johnius carutta (pi. 356) ou du carutta katalai, ou katalaï noir de Tranque- bar, et nous en avons reçu de semblables de Pondichéry par M. Lesclienault; on y nomme l'espèce karoun-katelé^. M. Dussumier vient aussi de nous en rapporter de la côte de Ma- labar. Le museau de cette espèce est court et très-bombé. Son profil descend très-peu. La longueur de sa tête est quatre fois et un tiers dans sa longueur totale. Le diamètre de son œil est quatre fois dans la longueur de la tête. Ses dents sont en velours aux deux mâ- choires, et sur une bande plus large à l'inférieure. A la supérieure le rang externe est de très-peu plus fort. On n'aperçoit qu'à peine des vestiges de crénelure 1. Peut-être la différence de ces mots karoun et carutta ne tient- elle qu'à une faute de copiste, comme il y en a de si fréquens exemples pour les noms tirés de langues inconnues à ceux qui les écrivent. CHAP. m. JOHNIUS. i25 au préopercule, dont le bord montant est bien ver- tical. Les pointes de l'opercule sont peu ou point sensibles. Il y a quatre pores à la mâchoire infé- rieure. La petite membrane entre les sous-orbilaires a de chaque côté un petit lobe étroit; son milieu est tronqu;\ La première dorsale s'élève un peu en pointe, et ses épines, ainsi que celles de l'anale, sont assez fortes. Le brun vineux du dos et des flancs tranche assez fortement sur le blanc du ventre. La ligne laté- rale se détache en blanc sur ce brun. La caudale est rhomboïdale ou arrondie. D. 10 — l/:8; A. 2/8; C. Il; P. 16; V. 1/5. Il n'atteint guère qu'un pied. M. Leschenatilt nous dit qu'on en prend beaucoup et toute Tannée dans la rade de Pondichéry, et qu'il est fort bon. Ce cariitta remonte dans les rivières comme plusieurs espèces voisines , quoique John ait écrit le contraire à Bloch. On en prend aussi toute l'année à Tranquebar; mais c'est au mois de Décembre cju'il y est le meilleur. Le JoHNIUS CAROUN. {Corvina carouna, nob. ) Nous en avons reçu une espèce du Malabar par M. Dussumier, qu'il nous serait presque impossible de distinguer de la précédente autrement que par les couleurs. •î 26 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Sa ligne latérale n'a point de blanc; tout son corps paraît argenté , légèrement teint de verdâtre vers le dosj ses nageoires sont jaunâtres , excepté la première dorsale, qui est brunâtre. Je trouve cinq pores sous le bout de la mâchoire inférieure, et trois plus petits au bout de son museau. Ses dents sont aussi très- fines et presque égales. D. 10 — 1/27 ou 28; A. 2/7, etc. Nos individus sont longs de six pouces. Le squelette diffère peu de celui du Dussumieri; mais il a onze vertèbres à l'abdomen. Le JOHNIUS A GRANDES TACHES. {Corvina maculata, nob.) Jusqu'ici tous ces johnius ont de vingt-sept à trente rayons à la seconde dorsale. Nous allons maintenant en décrire qui n'en ont que de vingt-deux à vingt-quatre. Un des plus fa- ciles à caractériser est le Johnius maculatus de Bloch (édit. de Schn. , p. 7^), nommé à Tranquebar, selon \m, pulli-katalei. M. Les- clienault nous l'a envoyé de Pondicliéry sous le nom de varii-katelé ; et c'est le sarikulla de Vizagapatam , donné par Rtissel (pi. i23). On le distingue a cinq bandes transversales, brunes ou noires, qui descendent jusque vers le milieu de .sa hauteur, ou même un peu plus bas; mais qui sont quelquefois interrompues et dégénèrent alors CHAP. III. JOHNIUS. 127 en taches. Il y en a une derrière les ouïes, une autre sous la dorsale épineuse ; les trois dernières sont sous la deuxième dorsale. Ses nageoires sont jaunâ- tres, excepté la première dorsale, qui est grise, et a près de son bord une bande noire. Son museau est un peu saillant. Son maxillaire se dilate un peu vers le bout. Le premier rang de ses dents est assez fort. Les crénelures de son préopercule se distinguent assez bien, ainsi que les deux pointes plates de son opercule. La seconde surtout est assez marquée. Sa caudale est rhomboidale. D. 10 — 1/23 j A. 2/8; C. 17; P. 16 ; V. 1/5. Nous en avons vu un individu de Tranque- bar, doiuié par Bloch lui-même à M. Charles Coquebert ; en sorte que nous sommes cer- tains de l'espèce. M. Leschenault nous apprend que ce pois- son parvient à environ un pied de longueur j qu'on le pêche en abondance pendant toute l'année dans la rade de Pondichêry, et qu'il est bon à manger. Un johnius rapporté de la côte de Malabar par M. Dussumier pourrait bien n'être que le jeune de ce niaculatus. Ses bandes sont interrompues; sa dorsale molle a trois taches vis-à-vis des trois l)andes qui lui cor- respondent; l'épineuse est presque toute noire. Il y a du noir aux ventrales, à l'anale et à la caudale, qui est très-pointue. Son corps paraît bien moins 1 28 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. élevé que ne le représente la figure de Ptussel ; car sa hauteur est quatre fois et demie dans sa longueur, et cette figure ne l'y montre que trois fois et demie. L'individu est long de quatre pouces. Le JOHNIUS PONCTUÉ. {Corvina catalea, nob. ; Lutjan diacanthe , Lac.) Il y a dans la même mer une espèce très- semblable pour les formes à celle que nous venons de décrire, mais qui n'a de distinction de couleur que des pe- tites taches ou des points noirâtres, plus ou moins tranchés, semés sur le dos, et sur les dorsales et la caudale. Cette dernière nageoire est rhomboidale. Les ven- trales et l'anale sont noirâtres. L'épine anale est assez forte, quoique de moitié plus courte que les rayons mous. Les dents du rang externe, à la mâchoire su- périeure, sont fortes et écartées. Les bandes de velours sont étroites. Il y en a d'iai peu plus fortes dans la bande de la mâchoire inférieure. Son maxillaire se dilate subitement en arrière. L'on voit cinq petits pores à sa mâchoire inférieure. D. 10— 1/24; A. ^/6; C. 15; P. 17; V. 1/5. Notre description est faite sur des individus de huit et neuf pouces. Cette espèce nous a été rapportée de Pon- dicliéry par feu Sonnerat, et de la cote de Malabar par M. Bélcnger; ccst le katchelée CHAP. m. JOHNIUS. 129 de Riissel (pi. 1 16). Cet auteur assure que les pécheurs de Madras considèrent ce poisson comme la femelle d'un autre, qu'il représente (pi. 11 5) sous le nom de nella-katchelée , et qui, avec des formes un peu plus épaisses et les mêmes nombres de rayons, est d'un gris sombre, teint de bleuâtre vers le dos, et a seulement dans la jeunesse quelques taches peu marquées sur la dor- sale. Ce nella-katchelée arrive à deux pieds et demi de longueur : il est estimé. On le prend à riiameçon dans la profondeur. C'est vers le milieu de Février qu'il commence à se mon- trer près de Madras. M. Leschenault nous a envoyé de Pondi- chéry, sous le nom de kouré-katelé , un in- dividu de deux pieds et quatre pouces, que nous rappor- tons à cette espèce. On y voit encore quelques fai- bles vestiges de taches, et son maxillaire a la même forme subitement dilatée ; mais on compte deux rayons de moins à sa dorsale. D. 9 _ 1/22; A. 2/7; C. 17; P. 18; V. 1/6. Cet observateur ajoute qu'on en voit quelquefois de quatre pieds; que sa couleur est grise, panachée de blanc; qu'il n'est pas commun à Pondichéry, mais qu'on y en prend toute l'année. C'est bien certainement sur un individu 5. 9 'I 30 LIVRE V. SCTÉNOÏDES. de la varictë ponctuée qui appartenait à îan- cienne collection du Stadhouder, que M. de Lacépède a établi son lutjan dlacanthe (t. IV, p. igS et 244)' La vessie aérienne âujohnius ponctué est tout-à- fait analogue à celle du maigre. Alongée, ovoïde en avant, et terminée en arrière par une pointe assez déliée, elle porte de chaque côté vingt appendices, dont les dix-huit premières sont divisées en branches fines, nombreuses, qui composent de très-élégans arbuscules. Les deux dernières sont simples. Nous n'avons pas vu les autres intestins. Le Ghaptis. {Corvina chaptis , nob. ; Bola chaptis , Biich.) Le hola chaptis de M. Hamilton Buchanan (p. 77, et pi. 10, fig. 25) doit avoir de grands rapports avec ce catalea. M. Buchanan le dit argenté , avec un dos ver- dâlre, légèrement teint de pourpre et reflétant un peu l'or. Il y a des taches et un bord noir à la dor- sale et à la caudale. Des élévations au milieu de cha- que écaille forment des lignes obliques, comme on en voit dans beaucoup d'autres espèces de cette fa- mille. L'auteur lui donne vingt-cinq rayons mous à la dorsale ; il dit qu'il est peu estimé et ne croît guère que jusquà un pied de longueur; mais il ajoute qu'il y en a dans le district de CHAP. III. JOHMUS. 131 Jessore une variété qui atteint trois pieds et n'a que vingt-quatre rayons mous à la dorsale. C'est cette variété , si c'en est une , qui doit particulièrement ressembler au nella-kat- clielée. L'Anéi. {Corvina anei, nob. ; Jolinius anel, Bl. , pi. 557 5 Bola coibor, Buchan., p. 78?) Autant qu'on en peut juger par une figure de Blocli , son johnius anei (pi. 357), ou Xanei katalei de Tranquebar, doit être placé ici. Bloch le représente argenté, avec une teinte rou- geâtre sur le dos et sur les nageoires, la première dorsale exceptée, qui est noirâtre, et il lui donne pour nombres de rayons : D. 8 _ 1/24; A. 2/7; C. 18; P. 14; V. 1/5. Sa tête est un peu courte, et ses pectorales assez longues et pointues. Il ne serait pas impossible que ce fût aussi le hola coihor de Buchanan (p. 78), qui a pour nombres : D. 9 _ 1/24; A. 3/7, etc., dont les flancs brillent d'un éclat doré, et dont le ven- tre et les nageoires inférieures sont d'un jaune foncé. M. Buchanan n'en a vu qu'un, long de quatre pieds; mais on lui a dit qu'il y en avait de bien plus grands. 1 32 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le JOHNIUS A TÈTE PLATE. {Corvina platjcephala , K. et V. H.) MM. Ruhl et Van Hasselt ont dessiné à Java un johnius qu'ils ont nommé sciœna platjcephala, et qui a de grands rapports avec le catalea. Ses nombres sont indiqués comme à peu près les mêmes. j^ iiy23; A. 2/7, etc. Ses dents sont aussi fortes. Il est argenté, teint de brun verdâtre sur le dos. Sur la tempe est une bande claire ou dorée dans le brun. Le bord de chaque écaille du dos est marqué d'une teinte brun noirâtre. Aux flancs et au ventre il y a un point brun sur le milieu de chaque écaille, et ces points sur le ventre tirent au bleu. Les nageoires sont teintes de noirâtre; les ventrales et l'anale moins que les autres. Les écailles de la ligne latérale sont dentelées et striées en rayon. La figure représente ce poisson long d'un pied. Le Johnius du Sénégal. ( Con>ina senegalla, nob.) M. Roger , gouverneur du Sénégal, nous a apporté de cette colonie un poisson très- approchant du kouré-katelé de M. Lesche- nault, et en général des espèces ou variétés dont nous venons de parler, CHAP. m. JOHNIUS. 453 par la grande et subite dilatation de son maxillaire ; par les nombres de ses rayons; et par les taches noires qui forment trois séries sur ses dorsales. Il est argenté ou plombé, et assez brillant. Sa tête a des rapports de forme avec celle du précédent. Son chanfrein est un peu concave sur le bas du crâne et entre les yeux, et redevient un peu bombé sur le museau. A la mâchoire supérieure il a de chaque côté quatre ou cinq dents coniques un peu plus fortes que les autres, et vers le milieu, un peu en arrière, deux, qui lui donnent un rapport assez marqué avec les otolithes; mais son épine anale et la forme de sa vessie natatoire nous paraissent devoir le ramener près des corbs ou de certains joh- nius. Les fortes dents de sa mâchoire inférieure sont sur les côtés, et plus en arrière qu'à la supérieure. Il y en a quatre ou cinq, et tout en avant douze ou qua- torze, mais moindres et plus serrées; les dents en ve- lours sont sur une seule ligne entre les autres et peu visibles. Des stries fines se dessinent sur l'argenté de la joue. On a peine à voir les pores du bout de la mâ- choire, tant ils sont petits. Les dentelures du préo- percule sont aussi très-peu sensibles. L'opercule a, comme à l'ordinaire, deux pointes plates. Dans sa moitié antérieure la ligne latérale est un peu convexe vers le dos; elle se prolonge par une suite de petites écailles sur la caudale, qui est rhomboidale, mais un peu oblique. L'épine anale est de moyenne force. Notre individu ne laisse point voir de taches sur son dos ; il n'en a qu'à ses nageoires. Il est long de quatorze à quinze pouces. D. 10 — 1/22 î A. 2/ï; C. llj P. 15 j V. 1/5. 1 34 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Son estomac est en forme d'un grand cul-de-sac. Il occupe toute la longueur de l'abdomen. Il n'a point de plis intérieurs; ses parois sont très-minces, presque membraneuses. Il contenait les restes de deux petits poissons, qui pouvaient être des athérines ou des anchois. Le pylore s'ouvre tout en haut près du diaphragme. Nous n'avons vu que quatre cœcums courts; mais les intestins étaient en mauvais état. La vessie natatoire, sans cornes ni appendices, comme dans le corb ordinaire, est en ellipse alongée, aussi longue que l'estomac, plus renflée que lui, médiocrement épaisse, du plus bel éclat d'argent. Au-dessous de l'os du bassin, le péritoine est ar- genté, assez épais, et forme près de la vessie natatoire une sorte de membrane ligamenteuse , composée d'une multitude de cordonnets ou grosses fibres arrondies et parallèles, qui se séparent facilement par la macération. Le John lus oeillé on brûlé. {Corviiia ocellata, nob. i) Un poisson qui se place naturellement à la suite des johnius et à la tête des espèces américaines de cette sid)division , est celui que M. Mitclîill (/. c, p. 4 1 1 ) nomme beai^dless druiii (tambour sans baibe), par opposition 1. Sciœna imberhis , JMitch.; Lutjanus triangulum , Lac; Perça ocellata, Linn. ; Cenlropome œillé , Lac. CHAP. m. JOHNIUS. 1 35 au pogonias ( tambour barbu ) , dont il a à peu près la taille, et dont il approche pour la forme générale. Cependant il est moins épais; par conséquent sous ce rapport il ressemble davantage aux johnius , dont il a en général toutes les formes. Nous venons de le recevoir de M. Lesueur, qui l'a pris dans le lac Pont- Chartrain, près la Nouvelle -Orléans, ce qui nous donne la facilité d'en compléter la des- cription. Chaque mâchoire porte une bande de dents en ve- lours, et la supérieure en a de plus un rang exté- rieur de coniques écartées, peu nombreuses et peu développées. Le museau est obtus et légèrement bombé. Il y a cinq pores sous la mâchoire inférieure. Son préopercule est distinctement crénelé, à dents très-petites et pointues, et son opercule osseux se termine en deux pointes. M. Mitchill ne compte que six rayons aux branchies, mais il y en a bien réel- lement sept. Il n'y a aucun barbillon. Les nombres des rayons aux nageoires sont, selon M. Mitchill: D. 10 — '26 -, A. 10 ; C. n ; P. 11 ; V. 1/5. Pour moi je les compte : D. 10 ou 11 — 1/-25 ou 26 ; A. 2/7 ou 8, etc. La première dorsale se cache dans la fente du dos, comme dans toutes les sciènes. Le premier aiguillon de l'anale est fort petit; le second de force médiocre, mais d'un tiers plus court que le premier rayon mou. Les écailles du corps sont obliques. La ligne latérale 1 36 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. se continue sur le milieu de la caudale , qui est à peu près coupée carrément. Ce poisson est fort éclatant. Ses joues, ses oper- cules, les environs de ses pectorales, sont surtout d'un blanc jaunâtre, brillant d'un bel éclat métallique. Ce qui le fait reconnaître au premier coup d'œil, c'est qu'il a de chaque côté de la queue, sur la base des rayons supérieurs de la caudale, une tache noire qtii ressemble à l'empreinte qu'un fer rouge aurait laissée sur du bois, ce qui fait qu'on l'appelle aussi le tam- hour-brùIé{branded-driim). Dans un de nos individus c'est un ocelle bien rond, noir, entouré d'un cercle plus pâle. Mais M. Lesueur nous écrit qu'il y a quel- quefois deux de ces taches noires de chaque côté , et nous avons des individus qui en portent une d'un côté et deux de l'autre, toujours entourées d'un liséré pâle. Nous avons de ces johnius œillés depuis un pied jusqu'à deux pieds quatre pouces, et il y en a encore de plus grands. Le johnius ceillé a un foie très-considérable j le lobe droit est surtout très-épais, et il se porte en arrière au-delà des deux tiers de la longueur de la cavité abdominale, qui est très-alongée. L'estomac est un vaste sac à fond arrondi, qui dépasse un peu la pointe du lobe droit du foie. La branche montante naît très-peu en arrière du dia- phragme; elle est courte et très -charnue, comme la face inférieure de l'estomac, d'où elle sort. Il y a au moins sept appendices coecales ; mais ici 1 intestin n'était pas très-bien conservé. M, Mitchill en compte sept ou huit. CHAP. m. JOHNIUS. 157 Nous n'avons pas pu juger exactement de la forme de la vessie aérienne, qui doit avoir des appendices d une forme assez particulière. Elle est grande, alon- gée, terminée en pointe. Sa membrane fibreuse est peu solide ; 1 interne est très-mince. Il paraît y avoir deux cornes courtes sur l'avant de la vessie. Un peu en arrière, sur le côté, naît une corne, qui se divise bieniôt en deux autres plus renflées que celle d'où elles naissent, et qui se portent, l'une en avant, l'au- tre en arrière, le long du bord de la vessie. Ces deux cornes sont enveloppées dans une masse graisseuse peu solide, et qui est retenue par des brides trans- versales, fournies par la membrane fibreuse de la vessie. En arrière de cette corne il nous paraît y avoir cinq à six petites appendices aveugles, obtuses, également engagées dans la masse graisseuse. Ces observations s'accordent avec celles du doc- teur Mitchill, qui dit que cette vessie donne vers le thorax deux appendices veriniculaires, et qu'elle a, comme celle du pogonias, des productions qui pénètrent des deux côtés de l'épine entre les côtes. Son squelette est à peu près celui du corb, sauf les différences de proportions déjà apparentes à l'ex- térieur. Il a de même onze vertèbres abdominales et quatorze caudales. Le docteur Mitchill a vu un de ces pois- sons long de trois pieds, et qui pesait seize livres. Sa hauteur était de huit pouces : un autre avait trois pieds six pouces. C'est, dit-il, un excellent manger. 1 58 LIVRE V. SCIÉiXOÏDES. M. Lesueur nous donne des détails sem- blables. L'espèce se voit à la Nouvelle -Or- léans depuis la longueur de huit pouces jus-^ qu'à celle de trois pieds : on l'y nomme le poisson r^oiige., et c'est un des meilleurs que l'on y connaisse. Il suffit de regarder la ligure du lutjan triangle de M. de Lacépède (t. III, pi. 24, fig. 3), et de lire la description faite sur cette ligure (t. IV, p. 181 et 217), pour être con- vaincu , et par la forme , et par les nombres de rayons, et par la tache de la cjueue, que c'est le même poisson. Elle est faite d'après im jeune individu, car son préopercule a des dentelures qui disparaissent dans les vieux, et que M. Mitchill n'a pas vues dans les grands individus qu'il a observés. M. de Lacépède, par suite de quelques-uns de ces déplace- mens qui ont malheureusement été si fréquens dans ses notes, dit que cette figure est de Commerson ; mais elle ne se trouve point parmi celles qu'a laissées ce naturaliste, et à la seule manière on peut juger qu'elle est de M. Bosc: ce qui ne laisse d'ailleurs aucun doute, c'est que M. Bosc nous en a communiqué foriginal qu'il avait dessiné à la Caroline. Il est bien aisé de voir que ce poisson est aussi celui que Linngeus a décrit d'après Gar- CHAP. III. JOHNIUS. i 59 clen, et nommé perça ocellata, dont M. de Lacépède (t. IV, p. 254 et 279) a fait son centj^opome œillé. Sa description, quoique biiève, est claire et caractéristique. Selon Garden, on appelle ce poisson à la Caroline hass, c'est-à-dire bar. D'après le nom de tambour, que M. Mitcliill donne à ce jobnius, nous devons supposer qu'il fait entendre un bruit, comme le po- gonias et comme notre maigre d'Europe lui- même. Le Grondé de Saint-Domingue. {Corvina dentex, nob.) L'Amérique produit un autre poisson de ce genre dont tous les caractères sont ceux des johnius des Indes, et qui a le museau peu saillant, comme le ca- ialea, et à chaque màclioire, indépendamment de ses dents en velours, un rang extérieur de dents longues, grêles, pointues et écartées, au nombre de six ou sept de chaque côté. Les dentelures de son préoper- cule s'aperçoivent à peine; son opercule fmit en pointe plate , et sa caudale est coupée carrément. D. 12 — 2y22; A. 2/9, etc. Jl est argenté, teint de gris sur le dos, et a des lignes longitudinales , mais très-peu marquées et formées par un peu de gris sur chaque écaille. Ses nageoires 140 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. sont grises, un peu pointillées de brun. Il y a du noi- râtre sur la base et dans l'aisselle de sa pectorale. Notre individu est long de cinq pouces. . Ce grondé a le foie petit, l'estomac alongé, cylin- drique. La branche montante est courte : il y a sept appendices cœcales au pylore. L'intestin, de longueur et de grosseur médiocre, ne fait que deux replis. Les ovaires étaient remplis d'œufs extrêmement petits. La longueur du foie égale les deux tiers pos- térieurs de celle de l'abdomen. La vessie natatoire est très-grande ; elle occupe toute la région dorsale de l'abdomen, et se porte en arrière plus loin que l'anus. Ses parois sont argentées et très- brillantes j mais nous ne lui avons pas vu d'appendices. Ce poisson nous a été apporte de Saint- Domingue par M. Ricord , qui nous assure qu'il est très-commun dans la baie du Port- au-Prince , et qu'on l'y estime peu. Il y porte le nom de gj^ondé, qui lui est commun dans ce pays avec d'autres sciènes, et qui vient sans doute du son que font entendre les grandes espèces de ce genre. DES LEIOSTOMES. Certaines sciënoïdes d'Amérique, qui pour- raient se rapprocher des johnius de Bloch par la petitesse de leur ëpine et par la faiblesse des CHAP. m. LÉIOSTOMES. 141 dentelures de leur préopercule , ont des dents tellement fines aux mâchoires , que divers ob- servateurs ne les ont pas aperçues; ce qui avait déterminé M. de Lacépède, toujours confiant dans les assertions des autres, à faire de Tune d'elles un genre particulier, sous le nom de leiostomiLS (bouche lisse). Les dents de leurs pharyngiens au bord postérieur sont en pavé. L'épine de leur anale est faible et petite; leurs écailles sont ciliées ; leur vessie natatoire a des cornes comme dans les otolithes, mais plus petites et plus grêles. Nous croyons en avoir reconnu deux espèces. Le Léiostome a épaule noire. (Leiostomus humeralis , nob.) L'une des deux se distingue par une tache noire et ronde au-dessus de la base de la pec- torale. Son museau est obtus; la ligne de son dos est convexe : il y a quatre pores vers le bout de sa mâ- choire inférieure. Sa couleur générale est d'un bel argent légèrement teint de brun roussâtre ; et des bandes grises, au nombre de quatorze ou quinze, descendent du dos et se dirigent un peu en avant, finissant au-dessous de la ligne latérale. Celle-ci est presque droite. Toutes les nageoires sont jaunes. La dorsale et l'anale sont finement pointillées de noir. ] 42 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. La caudale est coupée en croissant. Son bord , ainsi que celui de la dorsale, est noirâtre. D. 10 — 1/30 ; A. 2/13 ; C. 17 ; P. î 9 ; V. 1/5. Ce poisson devient long de huit pouces. C'est le lahrus ohlicfuus du doctetir Mit- clnll (p. 4o5). Nous l'avons reçu de New-York par les soins de M. Mil])ert , et de Philadel- phie par M. Lesueur. C'est aussi, à ce que nous croyons, un des poissons confondus sous le perça undulata de Linnxus , mais non la figure de Catesby (t. II, pi. 3, fig. i) que Lin- nœus cite ; car elle représente plutôt notre micropo^on ondulé. Le Léiostome a queue jaune. {Leiostomus ocanthurus , Lacép.) L'autre espèce, très -semblable à la précé- dente , a seulement la nuque un peu plus convexe; et dans l'état où nous l'avons, elle est d'un brun doré qui devient argenté vers le ventre, sans bandes ni taches. Ses nageoires sont jaunes ou d'un brun jaunâtre. Ses dents en velours, très- ras et sur une bande fort étroite, avaient pu ne pas être vues, et l'on a dit de ce poisson, comme du précédent, mais avec aussi peu de justesse, qu'il est sans dents. D. 11 — 1/32 ou 34; A. 2/13: C. 17; P. 21; V. 1/5. Son squelette, aussi bien que celui du précédent, CHAP. m. LÉIOSTOMES. 1 13 a le sous-orbitaire et le préopercule beaucoup moins caverneux que plusieurs autres sciénoïdes : on y compte onze vertèbres abdominales et quatorze cau- dales. C'est le jellow-tail de la Caroline, ou léiostome queue- jaune de M. de Lacëpède (t. IV, p. 439, et pi. 10, fig. 1). M. Bosc, qui avait fourni à M. de Lacëpède le dessin et la note dont il a tire son article , a bien voulu nous donner le poisson lui-même, et nous nous sommes ainsi assurés de l'espèce. Cette espèce n'est pas bornée à l'Amérique septentrionale : nous l'avons reçue de la Mar- tinique par M. Plée. Le nom de queue -jaune [jellow-tail) se donne à des poissons assez différens dans les colonies anglaises ; il conviendrait au précédent au moins autant qu'à celui-ci. A Philadelpliie, selon Sclicepf, c'est une sériole {sconiher chrj- surus, Bl.) qui le porte; à la Jamaïque il sem- ble appartenir à un serran , autant du moins que l'on peut déchiffrer l'indication qu'en donne Brov^^n (Jam., p. 449) • enfin, Linnœus l'attribue à son perça punctata \ dont M. de 1. Par et perça punctata j'entends le perça n.° l\ de la douzième édition, qu'il faut bien distinguer du perça n." 20 de la même édition, nommé aussi punctata, devenu perça punctulata dans Gmelin , et qui est un serran. Gmelin, par une faute d'iinpres- i 44 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Lacëpède a fait son diptérodon queue-jaune (t. IV, p. 174)- Mais comme on voit par la correspondance de Garden que c'était de ce médecin et de la Caroline que Linnaeus avait reçu le perça undulata et le punctata , Lin- nœus pourrait bien avoir fait une transposition, et avoir donné au second le nom vulgaire du premier. sion inconcevable, a laissé ce premier nom de perça punciata, mais y a joint l'article du perça lahrax , dont le nom est omis, en sorte que l'une des deux espèces a disparu. Ce n'est que par un travail sans relâche que l'on parvient à démêler toutes ces confusions. CHAP. IV. LARIMES. 145 CHAPITRE lY. De quelques petits genres de Sciéiwïdes à deux dorsales qui ne peui*ent ren- trer dans aucuns des précédens. Après tous les groupes que nous venons de décrire, et qui composent la série régulière des sciènes à deux dorsales sans bar])iUons, il nous reste encore quelques poissons de cette famille qui échappent à tous les caractères assignés aux précédens, et qui deviendront probablement chacun le type d'un groupe particulier, auquel nous avons du donner un nom générique. On les appellera, si l'on veut, des scieries ano- males; mais en se souvenant que la nature ne reconnaît rien d'anomal dans ce qui existe, et qu'il n'y a d'anomalie que relativement aux abstractions incomplètes de notre esprit. DES LARIMES (Labimus, nob.). Nous appellerons de ce noni, c[ui se trouve dans Oppien sans signification précise , des sciéuoïdes à deux dorsales , à dents en ve- lours, dont le chanfrein n'est pas bombé et le museau fort court : leur préopercule est légèrement dentelé. 5. 10 1 46 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le Larime a court museau. (Larimiis hreçiceps , nob.) L'espèce ressemble presque en tout aux corbs; mais, loin d'avoir le museau renflé et proéminent, elle l'a plat et extrêmement court , autant et plus court que dans le barbier {serranus anihias) ou d'au- tres percoïdes pareilles; en sorte que son œil, qui est assez grand, se trouve dans la moitié antérieure de la longueur de la tête. Néanmoins les mâchoires sont caverneuses, et il n'y a pas de dents au palais. La longueur de la tète fait à peu près le quart de la longueur totale, et la hauteur du corjDs la surpasse encore un peu. La fente de la bouche va en descen- dant en arrière. Les ouvertures de la narine sont tout près du bord antérieur de l'œil. On ne voit aucun pore à la mâchoire inférieure. Les dents sont en velours sur une bande fort étroite, ou même sur une seule ligne. Le sous-orbitaire ne se distingue pas plus que dans les autres sciènes, et donne de même abri à une partie du maxillaire. Toute la tête, excepté les lèvres et le maxillaire, est écailleuse. Il y a des écailles même à la mâchoire inférieure , mais non à la mem- brane des ouïes, qui est très-fendue et a sept rayons, dont les supérieurs plats, les inférieurs très-petits. Le préopercule a le limbe large et presque sans dente- lure sensible. L'opercule osseux se termine par deux pointes, mais cachées, obtuses et si faibles qu'on a peine à les sentir. La première dorsale est triangu- laire, et n'a pas moitié de la hauteur du corps; elle compte dix rayons épineux, disposés comme à l'or- CHAP. IV. LARIMES. 147 dinaire. La deuxième en a un épineux et vingt-huit mous. Des écailles montent entre ses rayons jusqu'à moitié de sa hauteur. D. 10 — l/":8; A. 2/7; C. 17, etc. Les pectorales sont longues et pointues ; les ven- trales larges et presque égales aux pectorales en lon- gueur. L'anale, moins longue que haute, n'a que sept rayons mous; mais sa seconde épine est forte comme dans les corbs. Cette nageoire est placée sous le milieu de la seconde dorsale, et fort en arrière de l'anus, qui est juste entre l'anale et les ventrales, sous le commencement de la deuxième dorsale. La caudale est rhomboïdale; elle a une ligne d'écaillés sur son milieu. Celles du corps sont assez grandes. Il y en a environ quarante-cinq sur une ligne lon- gitudinale et quinze sur une verticale : il s'en porte quelques-unes entre les bases de la dorsale et de l'anale. La ligne latérale est parallèle au dos, et au tiers supérieur, comme dans la plupart des sciènes. Tout ce poisson est argenté. Son dos, teint de gris- brun, a des lignes obliques brunâtres, qui descendent en avançant. Vers la queue et sur le flanc, ces lignes deviennent longitudinales; elles s'effacent un peu plus bas, et il n'y en a point à la partie inférieure. La membrane de la première dorsale est noirâtre, avec une tache triangulaire blanche à sa base dans chaque intervalle des rayons. Nos individus sont longs de sept à huit pouces. Ce poisson a le foie petit et réduit à un seul lobe placé à gauche de l'œsophage, sous lequel il passe un peu pour soutenir à droite la vésicule du fiel, qui est 1 48 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. pelite et alongée. L'œsophage se prolonge en un long cul-de-sac étroit, qui forme l'estomac. Les pa- rois en sont minces et plissées longitudinalement. Il y a onze appendices cœcales placées autour du pylorej elles sont petites et courtes. La vessie aérienne est simple, très-grande; elle se porte au-delà de l'anus, et se termine par un filet pointu très-fin. Sa première tunique est épaisse, fibreuse et argentée. Les reins sont gros et occupent les deux tiers de la longueur de la vessie natatoire. J'ai trouvé dans l'estomac des pattes et des palpes de crustacés de la famille du cancer paJemon et cancer crangon. Dans le squelette on observe autant d'arêtes dé- tachées et formant des espèces d'arcades, que dans les sciènes à museau proéminent : il y en a sur le front, le crâne, le sous-orbitaire et le limbe du préo- percule. La base de son crâne est aussi très-renflée. Le nombre des vertèbres est de vingt-quatre; le pre- mier interépineux de l'anale, remarquable par sa gran- deur et sa position oblique, attache sa pointe à la dixième, quoique l'anale ne commence que vis-à-vis delà quatorzième. Il y a trois interosseux sans rayons en avant de l'anale. Les côtes sont grêles et courtes. C'est M. Delalande qui nous a rapporté les premiers lariiiies du Brésil; mais nous en avons reçu récemment plusieurs de Saint- Domingue par M. Ricord. On les nomme dans cette île argentés, à cause de leur cou- CHAP. IV. NEBRIS. 141) leur, qui, dans letat trais, est aussi brillante, selon ce voyageur, que celle du mercure le plus pur. M. Ricord ajoute que Fespèce atteint un pied de longueur; que sa chair est mau- vaise, et que les pauvres seuls en mangent. DES NEBRIS (Nebhis, noh.). Ce nom générique désignera des sciénoïdes à deux dorsales, à dents en velours, à profil droit ou à peu près, à museau court, et à mâ- choire inférieure montante, dont le préoper- cule a le limbe membraneux et simplement strié, et dont les nageoires sont toutes plus ou moins écailleuses. Le Nebris a petits yeux. {Nebris microps, nob.) Ce poisson a été envoyé de Surinam au Musée de Berlin. Il ressemble à quelques égards au larime; mais son museau est moins court, et surtout son œil est beau- coup plus petit; il a à peine le dixième de la longueur de la tête. La longueur du corps contient sa hauteur quatre fois et deux tiers, et la longueur de la tête quatre fois. La tête a en hauteur les deux tiers de sa longueur, et en épaisseur les trois quarts de sa hauteur. L'œil est au tiers antérieur et au quart supérieur. La bouche ] 50 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. est fendue et va en descendant jusqu'au droit du bord postérieur de l'œil. Les deux orifices de la narine sont près de son bord antérieur. Les dents sont en velours ras sur des bandes étroites aux deux mâchoires. Il n'y en a aucunes au palais. Celles des pharyngiens sont en velours ras. La langue est très-libre, large et lisse. Le maxillaire est très-élargi , arrondi en arrière et sans écailles, ainsi que les lèvies; mais tout le reste de la tête est écailleux. On voit au travers de la peau les arêtes osseuses des sous-orbitaires et du préoper- cule. Le bord de celui-ci est arrondi et augmenté d'une membrane flexible, striée et très-fmement den- telée. L'opercule osseux n'a qu'une pointe plate, mais assez aiguë. La membrane des ouïes est fendue jus- que entre les commissures des lèvres. La pectorale est pointue et du cinquième de la longueur totale j elle a dix-sept rayons. Les ventrales sont d'un tiers plus courtes, et n'ont qu'une épme faible. La pre- mière dorsale, placée au-dessus de la pectorale, et du tiers de la hauteur du corps seulement, n'a que des épines faibles, au nombre de huit. La seconde, près de quatre fois plus longue , a une épine faible et trente-un rayons mous. L'anale n'a aussi que deux épines courtes et faibles, et neuf rayons mous; elle répond entre le deuxième et le troisième tiers de la seconde dorsale. La caudale, rhomboïdale, est com- prise cinq fois et demie dans la longueur du corps, et est séparée de la deuxième dorsale par un inter- valle à peu près égal. B. 1; D. 8—1/31; A. 2/9; C. 17; P. 17; V. 1/5. Les écailles sont petites : on en compte plus de CHAP. IV. NEBRIS. 1 SI qualre-vingls entre l'ouïe et la caudale, et une tren- taine sur une ligne verticale. Elles sont de moitié plus longues que larges, finement pointillées et ci- liées à leur partie visible. Leur bord radical est pres- que entier , et leur éventail a douze rayons peu marqués. Celles de la ligne latérale, qui est droite, sont marquées d'un sillon entre deux élevures sur toute leur longueur; elles se continuent sur le n)i- lieu de la caudale jusqu'à son extrémité. Les nageoires verticales en sont garnies, mais de très-minces. Il y en a même sur les nageoires paires. Ce poisson paraît avoir été entièrement argenté. Dans la liqueur il est d'un gris-brun uniforme. La longueur de l'individu est de dix pouces. Nous ne connaissons de ses viscères que sa vessie natatoire , qui est fort particulière, ovale, alongée en arrière en une pointe très -aiguë : il part de son extrémité antérieure et arrondie deux cornes qui se dirigent en arrière, et, arrivées aussi loin que sa pointe, se recourbent en devenant plus grêles, et se portent en avant parallèlement à leur première direction. Quand elles ont dépassé leur première origine , elles font un écart en dehors et s'attachent au côté du crâne , mais sans y pénétrer, DES LÉPIPTÈRES {Lepipterus^ nob.). Ce nom désignera d'autres sciénoïdes à dents en velours, à museau prolongé, à chanfrein plutôt concave, dont les nageoires verticales sont fort écailleuses. Nous n'en avons qu'une. "1 52 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le Lépiptère du Saint-François. {Lepipterus Francisci, nob.) Ce poisson semble aussi se rapprocher des corbs par ses dents en velours et sa grosse épine anale ; mais c'est un corb à chanfrein alongë et même un peu concave, et qui de plus, par les écailles qui recouvrent sa seconde dorsale et sa caudale , conduit aux èques et aux polynèmes. Sa tournure générale le ferait prendre aisément pour notre otolithe rhom- boïdalj mais avec un peu d'attention on l'en distingue promptement. C'est un poisson alongé, à tête longue et, comme nous venons de le dire , à chanfrein un peu concave. Sa hauteur n'est que le sixième de sa longueur; et sa tête en fltit presque le quart, mais elle est d'un tiers moins haute que longue. Le sous-orbitaire, couvert par les écailles qui ne permettent pas de le distinguer de la joue, forme un rebord sous lequel la mâchoire supéneure se retire, comme dans les ombrines. La bouche est peu fendue, et n'a aux deux mâchoires que des dents en très-fin velours. Toutes les pièces operculaires sont écailleuses comme le crâne et le nmseau. Le préopercule a quelques dentelures peu marquées vers son angle, qui est arrondi. L'opercule osseux finit par une seule pointe plate. La pectorale est médiocre, pointue; la ventrale sort un peu plus en arrière qu'elle , et la dépasse. La première dorsale CHAP. IV. LÉPIPTÈP.ES. 155 naît sur le milieu de la pectorale; elle a dix rayons épineux, assez faibles et peu élevés, et dont le pre- mier est très-court. La seconde en a un épineux et trente-trois mous ; elle est à peu près d'égale hauteur partout : il ne reste que peu de nu derrière elle. La caudale est arrondie. Toutes les deux sont complète- ment écailleuses, au point même que, dans la cau- dale, on a peine à compter les rayons. L'anale n oc- cupe qu'un petit espace en longueur sous le milieu de la deuxième dorsale ; elle est deux fois plus haute que longue. Sa première épine est très-courte ; mais la seconde, comprimée et arquée comme un sabre, est plus large et plus forte que dans aucune autre sciène : il y a ensuite sept rayons mous et quelques écailles entre eux. Les écailles du corps sont lisses, finement et légèrement striées sur les bords. Il n'y a qu'une lame un peu libre, mais non écailleuse, for- mée par le coracoidien dans l'aisselle de la pectorale. La ligne latérale est à peu près parallèle au dos, et marquée par des tubes simples, mais continus. D. 10 — 1/33; A. î/7. Ce poisson , long de dix-neuf ou vingt pouces dans notre échantillon, est entièrement de couleur d'argent, avec des lignes obhques grises ou bleuâ- tres, très-nombreuses tout le long du dos. Il y a des suites de lignes brunes dans les intervalles des rayons de la première dorsale, et des points bruns sur ceux de la seconde. Les autres nageoires n'ont point de taches. C'est une des nombreuses acquisitions pro- ]^A LIVRE V. SCIÉNOÏDES. curées à Thistoiie naturelle par M. Auguste de Saint-Hilaire. Il Ta pris dans la rivière de Saint-François , au Brésil. Je ne trouve pas qu'il réponde à aucun des poissons dont a parlé Margrave. DES BORIDIES {Boridia, nob.). Les boridies ont , avec les caractères des corbs, de grosses dents mousses aux mâchoires. La BORIDIE A GROSSES DENTS, ( Boridia grossidens , nob . ) seule espèce que nous connaissions , tient peut-être autant des spares que des sciènes ; on pourrait l'appeler un spare à deux na- geoires, et elle lie incontestablement ces deux familles. Son caractère principal consiste en ce que ses deux mâchoires sont armées de trois ou quatre rangées de dents grosses , courtes et mousses, dont les six ou huit antérieures à chaque mâchoire sont coniques et un peu plus longues que les autres. Il n'y en a point au palais, et nous n'avons pas celles du pharynx. Sa forme est oblongue, comme celle d'un bogue ou d'une menide; son museau obtus et bombé; son œil grand, sa bouche peu fendue; la longueur de sa tête égale à sa hauteur, et comprise à peu près CHAP. IV. BORIDIES. V6^ quatre fois et demie dans sa longueur totale : ses écailles grandes, lisses et à bords entiers. Il n'y en a point au museau, ni au sous-orbitaire, ni aux mâ- choires. Le préopercule a l'angle arrondi, et est légèrement crénelé tout autour. L'opercule est ar- rondi et sans pointe. La première dorsale, triangu- laire, a son premier rayon très-court, le second haut comme les deux tiers du corps ; ils diminuent ensuite jusqu'au dixième, qui touche à l'épine de la deuxième dorsale. Celle-ci n'a que treize rayons mous, dont le dernier fourchu. La caudale est à moitié fourchue et a dix-sept rayons, en grande partie écail- leux. L'anale a trois rayons mous, dont le premier très-court, les deux autres de longueur médiocre, mais assez forts j ils sont suivis de onze rayons mous. La pectorale est médiocre et de seize rayons; la ven- trale naît un peu plus en arrière qu'elle et la dépasse. Elle a dans son aisselle une suite longitudinale d'écaillés pointues et carénées. La ligne latérale, pa- rallèle au dos, au tiers supérieur de la hauteur, n'est marquée que par des tubes simples et continus. D. 11 — 1/14; A. 3/11 ; C. n ; P. 16 ; V. 1/5. Notre individu , rapporté du Brésil par feu Dela- lande , est long de quatorze pouces, et paraît grisâtre, plus pâle vers le ventre. A la loupe on s'aperçoit qu'il est semé presque partout de petits points noi- râtres, serrés. Nous n'avons pas eu ses viscères. 156 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. DES CONODONS. C'est un cinquième de ces petits genres de sciënoïdes, qui se distingue de tout le reste de la famille par une rangée de dents coniques aux deux mâchoires. Le CONODON DES ANTILLES. {Conodon antillanus , nob.) L'espèce s'est trouvée dans la collection de feu Broussonnet comme originaire de la Ja- maïque, et sous le nom de perça nohilis. Ses formes sont à peu de chose près celles de la boridie, ou mieux encore d'un pristipowa has- tatum qui aurait la dorsale échancrée presque jus- qu'à sa base. Sa bouche , peu fendue , a à chaque mâchoire une rangée de dents coniques, dont les six antérieures sont plus fortes et plus longues que toutes les autres. Les six d'en bas sont plus épaisses que les six d'en haut. Le nombre total est de dix-huit ou vingt. En dedans de ces dents coniques il y en a une bande en velours. La langue est large, obtuse et très-libre; ses bords sont tranchans, sa surface lisse. Les dentelures du préopercule sont fortes, mais peu nombreuses, et écartées. Il n'y en a que huit au bord montant au-dessus de l'angle, où en est une plus forte, et qui peut passer pour une véritable épine. L'angle est arrondi, et sa courbe se continue avec celle du bord inférieur, qui a dix petites dentelures. CHAP. IV. CONODONS. Wî Les aiguillons de la dorsale et de l'anale sont forts, surtout le second de l'anale, qui est plus fort qu'à aucun coib, et strié. Le quatrième du dos, qui est le plus long, est à peu près de moitié de la hauteur du corps. Le premier et le onzième sont courts. La dorsale molle ne tient pas tout-à-fait autant d'espace que l'épineuse; elle a, ainsi que l'anale, des séries étroites d'écaillés entre les rayons. La pectorale, demi-ovale, assez pointue, est de plus du cinquième de la longueur. La ventrale sort un peu plus en ar- rière, l'égale en longueur et se termine par un petit filet. Son aiguillon est d'un tiers moins long que le premier rayon mou. La caudale est taillée un peu en croissant. Il y a deux très-petits pores au bout de la mâchoire inférieure, et une fossette derrière la symphyse. D. 12/12 ou 11 — 1/12; A. 3/7. Ce poisson paraît avoir été argenté, avec sept bandes verticales brunâtres, qui descendent jusqu'aux deux tiers de la hauteur. Ses nageoires sont brunes. Les aiguillons paraissent avoir été argentés. Il est long de près de huit pouces. Il se nourrit de petites dupées , ainsi que nous nous en sommes assurés par les débris dont labdo- men était plein; mais, les viscères étant détruits, nous n'avons pu voir que la vessie aérienne, qui est grosse, ovoïde, assez renflée, amincie vers l'arrière de l'abdomen. Sur la partie antérieure il y a deux petites cornes courtes, coniques, droites et simples. 1 58 LIVRE V. SCIÉNOÏDES, DES ÉLÉGINUS. La famille des percoïdes a quelques genres, notamiiieut celui des gristes, dont le prëoper- cule est entier. Il en existe aussi de tels parmi les sciénoides, et Tun des plus remarquables est celui dont nous allons parler, que Ton peut caractériser en outre par une bouche petite, une anale longue, de très-larges pectorales et des ventrales jugulaires. Z'Éléginus des Malouines. {Eleginiis maclovinus , nob.) L'espèce qui nous a offert ces caractères habite la mer des Malouines, où elle est très- abondante. Les marins de l'expédition de la Coquille en ont pris en grand nombre à l'en- trée de la rivière Bougainville. Sa chair était blanche, lamelleuse, molle, mais d'assez bon goût. Il ne nous parait pas qu'il soit question de ce poisson dans aucun des auteurs qui nous ont précédés. Sa forme est alongée, un peu ronde ^ sa tête un peu déprimée. Sa hauteur aux pectorales est six fois dans sa longueur totale ; son épaisseur au même endroit n'est que d'un quart moindre que sa hauteur. La Ion- CHAP. IV. ÉLÉGINUS. 159 gueur de sa tête est du quart de sa longueur totale; sa hauteur un peu plus de moitié de sa longueur, et sa largeur entre les opercules peu différente de sa hauteur. Le diamètre de l'œil n'est guère que du sep- tième de la longueur de la tète, et il en occupe le troisième septième et le second quart de la hauteur. La bouche ne s'ouvre que jusque sous le milieu de la distance de l'œil au bout du museau; les mâ- choires sont obtuses, garnies d'une bande étroite de dents en velours ou en fines cardes. Un sous-orbi- taire carré cache dans l'état de repos le maxillaire, qui a dans le milieu de son bord supérieur un élar- gissement considérable. Le bord montant du préo- percule est situé à distance égale de l'œil et de l'ex- trémité de l'opercule. Son angle est arrondi. On ne voit à cet os aucune apparence de dentelure. L'oper- cule se termine en pointe plate et obtuse. Les deux membranes branchiostèges s'unissent l'une à l'autre, et s'attachent à l'isthme en dessous, vis-à-vis le milieu du bord horizontal du préopercule. Je n'y trouve que six rayons. Il n'y a aucune aiinure à l'épaule. La pectorale est attachée assez bas, de forme triangulaire , et a vingt-deux rayons. Le troi- sième et le quatrième sont les plus longs. Le pre- mier, de moitié plus court, est simple comme à l'ordinaire. Une grande partie de sa base est garnie de petites écailles. Les ventrales sont attachées un peu plus en avant que les pectorales, et n'ont qu'un quart de moins en longueur. Leur épine est faible. Celles de la première dorsale, au nombre de huit, sont aussi très-faibles; et les plus grandes, qui sont 1 60 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. la deuxième et la troisième, ont à peine moitié de la hauteur du corps sous elles. La deuxième dorsale est un peu plus élevée. On y compte vingt -cinq rayons mous, sans épine. L'anale répond à cette se- conde dorsale par les dimensions, et a vingt-deux rayons mous, mais précédés d'une épine faible. La caudale est carrée , du septième à peu près de la longueur du corps, et séparée par un espace égal de la dorsale et de l'anale. On y compte une ving- taine de rayons, mais il n'y en a que treize qui puissent être appelés entiers. B. 6 ; D. 9 — 25 ; A. 1/22 ; C. 13 -, P. 22 ; V. 1/5. Les écailles sont minces, plus longues que larges, finement marquées de stries concentriques, excepté l'éventail, qui a vingt rayons. Il y en a soixante-seize sur une ligne de l'ouie à la caudale, sur laquelle il s'en étend encore de petites. Toui le dessus de la tête, la joue et les pièces operculaires en sont gar- nies ; mais il n'y en a point sur les mâchoires. La ligne latérale, parallèle au dos et au tiers supérieur en avant , n'a qu'une élevure simple sur chacune de ces écailles. Cette description est faite sur un individu long de treize pouces, assez mal conservé. Nous l'avons complétée au moyen de la figure et des notes que MM. Lesson et Garnot ont bien voulu nous communiquer. D'après ces notes, l'espèce atteint une taille de deux pieds. La couleur du dos est verdàtre avec une CHAP. IV. ÉLÉGINUS. 161 ligne noirâtre au bord de chaque écaille. Le ventre est argenté; les nageoires du dos et de la queue sont d'un vert brun ; les autres blanchâtres, teintes de rougeâtre. Une des particularités anatomiques de cette scié- noïde est de ne pas avoir de vessie aérienne. Son foie est gros , profondément échancré et divisé en deux lobes trièdres et pointus. La vésicule du fiel est oblongue. Le canal cholédoque, alongé, verse la bile dans un des cœcunis , qui sont au nombre de quatre, un à gauche de la branche montante de l'es- tomac, et trois à droite. L'œsophage est long, ter- miné en un sac arrondi un peu dilaté. La branche montante est étroite et très-rétrécie au pylore. Le duodénum est large ; il remonte entre les lobes du foie, se plie, et diminue beaucoup de diamètre. Lln- testin se porte au-delà de l'estomac , s'élargit beau- coup, et tait alors deux nouveaux replis; puis il se rétrécit assez subitement, et une valvule épaisse ferme cet étranglement. Le rectum débouche droit à l'anus, sans aucune dilatation. Les reins sont gros, presque réunis dans toute leur longueur, et très -gros près du cloaque. Ce poisson se nourrit de petits coquilleiges/. Z'ÉlÉGIjNUS BURSIN. {Eleginus Bursinus , nob.) Il y a au port Jackson une espèce du même genre, que MM. Quoy et Gaimard y ont re- cueillie lors de leur premier voyage, et quils avaient nommée sciène Bursin. 5. 11 62 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Ses formes sont absolument les mêmes , et ses nombres ne diffèrent que par un rayon de plus à la deuxième dorsale et à l'anale. Le dessus et les côtés sont teints de brun ; le dessous est blanchâtre. Il y a quatre ou cinq points bruns dans chacun des inter- valles des rayons de la deuxième dorsale. Sa caudale est coupée carrément, et même un peu en croissant. Ses ventrales, bien distinctement attachées plus avant que les pectorales, n'atteignent que sous le milieu de leur longueur. B. 6j D. 9 — 26; A. 1/23; C. 13; P. 22; V. 1/5. Notre plus grand individu n'a que six pouces. L'anatomie de l'éléginus Bursin diffère à peine de celle du précédent. Il n'a point de vessie aérienne. Le nombre des cœcums est de quatre. L'estomac parait un peu plus grand et le foie moins gros. Le canal cholédoque débouche de même dans le cœcum inférieur de droite. L'intestin est un peu plus long, parce qu'il fait un plus grand nombre de sinuosités ; néanmoins il ne se plie, comme celui du précédent, que quatre fois, et il offre les mêmes dilatations. Les reins sont très-gros. Le péritoine est noir très-foncé. CHAP. V. ÉQUES. '163 CHAPITPxE Y. Des Eques, ou Chei^aliers {Eques, Bl.). On ne peut éloigner des sciènes à deux dor- sales et sans barbillons les èqiies ou chevaliers, qui oftrent la plus grande ressemblance avec les maigres, les corbs et les jolmius par leur museau convexe, ëcailleux jusqu'au bout, ainsi que toute leur tête; par les pores et les fossettes de leur mâchoire inférieure: par la faculté qu'a la supérieure de se retirer sous le rebord for- mé par les sous-oibitaires; par labsence de dents à leur palais; par la longueur de leur seconde dorsale et la brièveté de l'anale. A la vérité, cette seconde dorsale, ainsi que l'anale, est presque entièrement écailleuse, et même il y a de petites écailles sur une grande partie de la caudale , et cette circonstance avait dé- terminé Linnœus à placer les chevaliers parmi les chétodons; mais déjà nous avons vu de pareilles écailles s'étendre sur cette nageoire dans notre sciœna squammipinnis et dans notre otolithus par\^ipinnis ; et la même chose s'observera encore dans plusieurs poissons que Ton ne peut séparer des sciènes. D'ailleurs les dents des mâchoires dans les èques sont en i 64 LIVRE V, SCÏÉNOÏDES. simple velours, et ne se prolongent point en soies , comme celles des chétodons. Le corps des chevaliers est comprimé ; la convexité de sa nuque, et la manière dont il diminue de hauteur et finit en pointe vers la queue, lui donnent une forme singulière, qui lui a valu Tépithète de cunéiforme. Ils ont sept rayons à la membrane des ouïes , qui est assez fendue ^ leur préopercule offre à peine quelques vestiges de crénelure ^ leur opercule osseux finit en deux pointes plates. Leur pre- mière dorsale s'élève en haute pointe, et la plupart de ses rayons sont flexibles : le pre- mier est excessivement court; le deuxième et le troisième sont les plus longs. La seconde dorsale est basse et prolongée; l'anale est fort courte, et a sa seconde épine à peu près de la même force de celle des johnius. Leur cau- dale est rhomboïdale ; leurs pectorales sont médiocres, obtuses; leurs ventrales plus lon- gues que les pectorales. Au-devant du museau, entre les sous-orbitaires, est une petite mem- brane transverse, qui n'est pas lobée comme dans les corbs et les ombrines, mais qui laisse de chaque côté, entre elle et le sous-orbitaire voisin, une fossette que Ton pourrait être tenté de prendre pour une des ouvertures des na- rines, mais qui en est fort différente; celles-ci CHAP. V. ÈQUES. 165 sont pi VIS haut et plus près de l'œil. Sous la mâchoire inférieure il y a de chaque cote un petit pore et un grand. La vessie natatoire est grande, argentée, semblable à celle des corbs; l'estomac en cul-de-sac; le pylore suivi seulement de quatre appendices, comme dans les otolithes. Tous les èques connus viennent d'Amérique, Le Chevalier a baudrier. {Eques haltcatus, nob. • Eques americanus , Bl.) La première espèce de chevalier n'a ëtë bien représentée pour la première fois que par Edwards (pi. 210^), et c'est d'après sa figure c[ue Linnaeus en fit son chœtodon Icin- ceolatus. Edwards l'avait reçue des îles Ca- raïbes; mais on la trouve dans tout l'archipel des Antilles. On la nomme gentil] lomine à la Martinique, d'oii M. Plëe nous l'a envoyée; serrana à la Havane , où Para l'a fort bien représentée (pi. 2, fig. 2), et on ne sait pour- quoi Linmeus la suppose des Indes (12.^ ëdit., i."part., p. 466), ni comment il a pu lui trans- porter le nom de ^uaperva, qui est de la lan- gue du Brésil, et que Margrave applique à trois 1. Duhamel l'a copiée (Pèches, 3/ part., 4'' sect., pi. 7, fig. 9), 1 66 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. poissons, tous très-differens de nos chevaliers, le cliœtodon arcuatus^, le lophius histrio^ et le halistes velula.^ La hauteur de ce poisson est plus considérable à l'endroit de sa première dorsale, et y fait près du tiers de sa longueur; à la queue, au contraire, elle n'en fait pas plus du dixième. A partir de la première dorsale, le profil descend promptement. Déjà au crâne la tête n'a de hauteur que le quart de la longueur du corps 5 elle en a aussi le quart en longueur, La première dorsale est aussi haute que le corps sous elle; la seconde n'a pas le quart de cette hauteur, mais elle la conserve sur toute sa longueur. Les écailles, assez grandes en avant, diminuent vers la queue : il y en a près de soixante sur une ligne lon- gitudinale. A la loupe elles paraissent âpres et fine- ment dentelées au bord. Les nombres des rayons sont: D. 16 — 1^53; A. 2/10; C. 19; P. 15; V. 1/5. La couleur est un gris jaunâtre tirant sur l'argenté, plus pâle et plus argenté sous le ventre, et orné de trois larges bandes ou rubans d'un brun noirâtre, lisérés de blanc. La première est verticale , et va du crâne à l'angle de la bouche. L'œil est sur son mi- lieu. La seconde part de la nuque, passe sur l'oper- cule devant la pectorale, et, se courbant un peu, va aboutir à la base de la ventrale, sur laquelle elle s'é- tend. La troisième, qui est la plus large et de beau- L Margrave, p. i45. A cet endroit on a placé mal à propos la figure du zeus vomer. 2. Ibid., p. i5o. — 3. Ibid., p. i63. CHAP. V. ÈQUES. 467 coup la plus longue, occupe la première dorsale, et, se courbant un peu obliquement, suit la longueur du milieu du corps jusqu'au bout de la caudale. Bloch, qui a établi le genre eques^ a donné à cette espèce, la seule qu'il connût d'abord, le nom d^americanus; mais comme toutes les espèces connues viennent d'Amérique, nous croyons devoir lui appliquer une épithète plus significative , et nous l'appellerons eques balteatus. Parra dit que ces chevaliers, ou serranas, comme il les appelle , vivent au fond de la mer; qu'on en prend rarement, et que les plus grands n'ont qu'un quart de vare (six ou sept pouces). Ils se mangent. Le Chevalier ponctué. {Eques punctatus y Bl.) La mer des Antilles produit encore une espèce de chevalier très-voisine de la précé- dente , qui partage avec elle à la Havane le nom de serrana, et dont Parra (pi. 2, fig. 1) a aussi donné une ligure, que Bloch a repro- duite {Sjst€?na, édit. de Schn., pi. 3, fig. 2). Nous l'avons reçue de Cuba par M. Desmarest, et M. Plée nous l'a envoyée de la Martinique, où elle est connue du peuple sous le nom de ] 68 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. maman-haleine , sans quoii sache à quoi at- tribuer l'origine de ce nom ridicule. Sa nuque est plus haute à prôporlion que dans la première espèce. Tout son corps est cVun brun noirâtre très-foncé, et a de chaque côté cinq bandes étroites, grises, dont les trois mitoyennes remontent vers la première dorsale, en sorte que leur direction tient de celle du grand ruban de l'espèce précédente. On peut dire même que ce ruban y existe, ainsi que celui qui le précède; mais on a peine à les distinguer sur un fond presque aussi obscur qu'eux. La dorsale, la caudale et l'anale sont semées de taches rondes, grises ou bleuâtres , disposées en quinconce. La première dorsale est noire et lisérée de blanc vers le haut; elle est fort pointue et s'élève encore plus que dans la première espèce : la seconde est aussi plus haute à proportion, surtout à sa partie postérieure. La caudale est arrondie. Les pectorales et les ventrales sont noires. Les rayons dorsaux sont un peu moins nombreux que dans le précédent. D. 11 — 1/465 A. 'IJI; C. 19; P. 18; V. 1/5. Veques punctalus a le foie petit et mince, La vési- cule du fiel est alongée, très-étroite et repliée. L'es- tomac est cylindrique, arrondi à son extrémité; son diamètre est fort petit, et sa longueur médiocre. L'intestin ne fait que deux replis rapprochés : on compte sept appendices au pylore. La vessie aérienne est très- grande, fibreuse, sim- ple, arrondie en avant, pointue en arrière, et sans aucunes appendices; elle est très-brillante. CHAP. V. ÈQUES. 1G9 Le squelette de ce poisson est remarquable par Ja manière dont les interépineux des dorsales y sont disposés : savoir, ceux de la première dorsale , au nombre de dix, tous sur l'apophyse épineuse de la troisième vertèbre et en avant de la quatrième; et ceux de la seconde dorsale , alternativement par groupes de deux ou de trois, entre les apophyses épineuses des vertèbres suivantes. Il n'y a en effet que vingt-cinq vertèbres, onze abdominales et qua- torze caudales, pour cinquante-huit interépineux, La tête de ce squelette est aussi caverneuse, et la base de son crâne aussi renflée que dans aucune sciène. Pana le regarde comme une variété de l'autre serrana^ mais ses différences sont beau- conp trop fortes ponr ne pas caractériser une espèce. On le pèche toute l'année à la Martinique, selon M. Plée, et il y demeure toujours petit. Il y a une très-bonne figure de ce poisson dans le Dictionnaire classique d'histoire na- turelle. Le Chevalier rayé. {Eques lineatus , nob.) Un troisième chevalier a été représenté par Seba (t. III, pi. 26, fjg. 33), et Bloch (édiL de Schneider, p. 184) en a fait son granmiistes acuniinatiis ; mais on ne voit pas quels titres il avait de plus que ses congénères pour entrer i 70 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. dans les grammistes 5 car eux aussi ont des bandes longitudinales, quoique moins nom- breuses. Il n'a d ailleurs aucune affinité avec le grand nombre des poissons entasses dans ce prétendu genre, et dont la plupart appar- tiennent plutôt à la famille des perches. Ce chevalier vient du Brésil, et M. Dela- lande nous en a apporté plusieurs individus. Sa nuque, et surtout sa première dorsale, sont moins hautes que dans les précédens ; son profil, par conséquent, est moins vertical. Tout son corps et ses nageoires sont d'un brun foncé, et sur chaque côté régnent six ou sept bandes étroites , grises , entièrement longitudinales , et qui ne se recourbent point, comme dans les précédens, pour monter vers la nuque. Ses dents sont plus fortes qu'aux deux autres espèces. Les nombres de ses rayons sont encore un peu moindres. D. 10 — 1/40; A. 2/7; C. 17; P. 16; Y. 1/5. Il n'a aussi que onze vertèbres abdominales et quatorze caudales. GHAP. VI. OMBFJXES. 171 CHAPITRE VI. Des Omhrines {Umhrina , nob.) et des Lonchurus [Lonchurus , Bl.). DES OMBRINES. Ainsi que nous l'avons déjà vu, les noms diinnhra et d^onibrina s'appliquent diverse- ment à nos trois principales sciënoïdes sur les diverses côtes de Provence et d'Italie , ce qui a occasioné plus d'une méprise, et a fait quel- quefois attribuer à l'un de ces poissons ce qui appartenait à l'autre. Nous restreignons ici, avec Rondelet et selon fusage qu'on en fait à Mar- seille, celui doTiibrùia à la sciène barbue et à ses analogues étrangers, c'est-à-dire aux poissons qui, aux caractères comuiuns à ces sciénoïdes à double dorsale, joignent un petit barbillon attaché sous la symphyse de la mâchoire in- férieure. Z'Ombrine commune. {Umhrina 'vulgaris , nob.; Sciœna cirrhosa, L.^) Notre ombrine de Provence est un beau et bon poisson, qui, sans devenir aussi grand 1. BIocli , pi. 3oo, Johnius cîrrhosus , Bi. Schn. ^ p. 76. La persèfjue umbre, Lacépède , t. IV, p. 414. 1 72 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. que le maigre , dépasse fréquemment deux pieds de longueur, et, selon M. Risso, pèse quelquefois jusqu'à trente-deux livres. M. de Martens assure même qu'à Venise on en voit de quarante livres. Il est très- commun sur les côtes de France, d'Italie et d'Espagne 5 on en voit aussi quelques-uns dans le golfe de Gascogne, où on les nomme horru^at ^ et en espagnol borriigato (comme qui dirait ver- rucatus ^ à cause de leur barbillon, qui en effet ressemble à une verrue) \ Je ne vois pas cependant qu'il en soit question dans le Traité des poissons de Galice , de Cornide. M. de Laroche l'a vu à Ivica, où on le nomme cor- vina^ j et Fou a lieu d'être surpris que Cetti en nie l'existence en Sardaigne^. Salviani dit qu'à Rome on appelle ce poisson corvo ou cor^ettOy et que les Grecs modernes le nom- ment millocopi^, ce que M. Bory Saint-Vin- cent nous confirme pour la Morée; mais selon Rondelet c'est skion, apparemment dans quel- que autre province. Quelques Provençaux rap- pellent daine ou caine^ et chrau^. Corho est son nom vénitien. '^ 1. Rondelet, p. i55. — '2. Ann. du Mus., t. XIII, p. 3 18. — 3. CeUi , p. III, p. 127. — 4. Salv. , fol. 1 15. — 5. Rond., /. c. — 6, RcJon, Aquat., p. ii4- — "ï. Nardo, Journ. de phjs. de Pavie, t. XV, p. 357. CHAP. Vi. OMBRINES. \ 73 Il se tient dans la haute mer sur des fonds de vase\ Sa chair est blanclie et de bon goût; on en fait cas sur les meilleures tables. L'ombrine est un peu plus alongée que le corb , et sa nuque est moins relevée et moins convexe. La longuei.r de sa tête est quatre fois et quelque chose dans celle du corps, et sa hauteur de même. Son épais- seur est presque trois fois dans sa hauteur. Son mu- seau, obtus, est plus avancé que la mâchoire infé- rieure; et la bouche est fendue paraboliquement sous le museau : elle ne s'étend pas plus loin en arrière que le bord antérieur de l'œil. La mâchoire supé- rieure se retire presque entièrement sous le rebord formé par les os du nez et les sous-orbitaires, et sa protraclion, qui est assez grande, se fait vers le bas. Le rebord dont nous venons de parler a dans sa partie antérieure cinq petites échancrures, qui le di- visent en quatre petits lobes à peine visibles, et que nous n'aurions pas remarqués sans l'analogie qu ils offrent avec les lambeaux plus considérables de l'es- pèce des États-Unis. L'œil est plus avancé que le milieu de la tête. Son diamètre en fait moins du quart. L'orifice postérieur de la narine , qui est oblong et le plus grand , est près du bord de l'œil. L'antérieur, qui est rond et petit , est encore plus près de l'œil que du bout du museau. Trois grands pores marquent le museau en avant et près de son bord inférieur. La mâchoire inférieure est plate, marquée de quatre pores près de son extrémité, et 1. Maliens, Yopge à Venise , t. II, p. 429. 474 LIVRE V. SCIÉNOÏDES, porte entre eux, sous la symphyse, un barbillon charnu, très-court et comme tronqué. Chaque mâ- choire a une très-large bande de dents en un velours serré , sans canines et sans rang antérieur plus fort : il n'y en a point au palais, ni sur la langue. Les pharyngiennes antérieures et postérieures sont aussi en fin velours; mais celles du milieu, qui occupent le plus d'espace, sont en pavés saillans, c'est-à-dire en cylindres très-courts et arrondis par le bout. Le sous-orbitaire est confondu sous les mêmes écailles avec la masse du museau et de la joue. Le préopercule, rectaiiguLàre, a l'angle arrondi ' et le bord montant dentelé, mais dans la jeunesse seur- lemejit : il y a aussi alors une ou deux dentelures à l'angle; mais le bord inférieur n'en a point. L'oper- cule osseux se termine par deux pointes plates, mais aiguës. L'écaillé surscapulaire est dentelée un peu plus que les autres , mais non l'os humerai. La première dorsale commence au-dessus des pectorales : elle est triangulaire et a dix rayons épineux, peu forts, dont le premier et le dernier sont très-courts ; le troisième et le quatrième, les plus hauts, égalent à peu près les deux tiers de la hauteur du corps à cet endroit : elle se termine presque au pied d'une onzième épine, qui commence la seconde dorsale; celle-ci est longue, également basse partout , et compte vingt -deux rayons mous, dont le dernier est fourchu. L'espace nu entre elle et la caudale n'est guère plus du neuvième de la longueur totale ; et à cet endroit la hauteur de la queue n'est que du onzième. La caudale est de près du septième de cette longueur; elle est coupée carré- CHAP. VI. OMBRINES. 1 7^ ment et a dix-sept rayons. Les pectorales sont poin- tues, de longueur médiocre, et de dix -sept rayons. Les ventrales sont également pointues , un peu plus longues que les pectorales. Leur épine est de moitié moins longue que leur premier rayo.n mou. L'ais- selle des pectorales et des ventrales a une. peau nue, et on ne voit ni sur ni entre elles d'écaillés de forme particulière. L'anale est sous le milieu de la deuxième dorsale, haute et pointue, mais peu étendue en lon- gueur. Sa première épine se voit à peine; la seconde est forte, sans l'être autant que dans le corb. Le premier rayon mou est le plus long : il n'y en a en tout que sept. Je compte environ soixante-cinq écailles sur une ligne longitudinale, et environ vingt-huit sur une ligne verticale derrière les pectorales. Elles se rape- tissent et se perdent sur la base de la caudale, excepté celles de la ligne moyenne , qui régnent jusqu'au dernier quart de cette nageoire : toutes sont rhom- boïdales, plus hautes que longues, et posées un peu obliquement. A la loupe leur bord externe est fine- ment ponctué et cilié; leurs côtés sont finement striés; leur bord radical est à peine sensiblement crénelé, et leur éventail a dix lignes en rayons. Au tact on sent la rudesse de leurs bords. Toute la tête en est garnie, ex- cepté les mâchoires et les membranes branchiostèges. Le maxillaire n'en a point. La couleur de ce poisson est d'un jaune de laiton ou de litharge, avec un éclat métallique plus pâle et plus argenté à la face inférieure. De son dos descendent des lignes obliques au nombre de vingt-cinq ou trente , dont les antérieures se portent vers la nuque, et ^ 76 LIVRE V. SCIÉNOÏDËS. dont les suivantes descendent en avant et finissent en ondulant sur les côtés du corps à la hauteur des pec- torales. Dans le frais ces lignes sont d un bleu d'acier, et lisérées de noirâtre. L'extrémité de l'opercule est noire. La première dorsale est teinte de noirâtre; la seconde a cinq ou six lignes du même bleuâtre que celles du dos, régnant longitudinalement sur un fond jaunâtre. La caudale paraît teinte d'un brun noirâtre; les autres nageoires sont jaunâtres ou rougeàtres. L'iris est de couleur d'or et teint de brun vers le hauL L'estomac de l'ombrine est un sac assez grand, obtus, médiocrement charnu. Le pylore est près du cardia, et entouré de dix appendices cœcales, bien plus courtes à proportion que dans le maigre. Nous avons trouvé dans son estomac des siponcles, et dans ses intestins d'abondans débris de coquilles. Sa vessie natatoire est très-grande, épaisse, argen- tée, et a sur les côtés, non pas des appendices bran- chues comme les maigres, les pogonias et plusieurs johnius, mais trois sinus larges, courts, arrondis, séparés par des replis de la membrane argentée. Son appareil sécrétoire est très -prononcé, et ressemble pour la structure à celui du maigre. Son squelette a vingt- cinq vertèbres, dont onze abdominales et quatorze caudales. Les troisième, quatrième, cinquième, ont en dessous un enfonce- ment concave, où s'attache la vessie natatoire. La dernière des abdominales a ses apophyses unies en anneau et faisant la pointe en dessous, mais ne porte point de côtes. Les fosses caverneuses de son crâne, de son sous-orbiuiire, de son préopercule , et même CH.\P. VI. OMBRINES. 1 ^1 de son surscapulaire , sont très-prononcées. Ses côtes sont fortes; les antérieures sont comprimées et plates d'un côté, et ont des appendices assez fortes. Des Poissons étrangers analogues à rOmhrine. Qui n'aurait pas vérifié les manuscrits ori- ginaux de Plumier, pourrait être tenté de placer à la tête des ombrines étrangères le chéilodiptere cjanoptere de M. de Lacépède (t. III, p. 546, et pi. 6, fig. 3). Nous nous sommes assurés non-seulement que c'est le même poisson que l'ombrine de France, mais que le dessin sur lequel cette espèce a été éta- blie était primitivement le même dont une autre copie a servi à Bloch à représenter cette ombrine. Plumier en était l'auteur, et son croquis original est encore aujourdliui à la Bibliothèque du Tloi ; il se trouve dans son recueil avec beaucoup d'autres dessins de poissons de la Méditerranée qu'il avait faits en Provence, sa patrie : il en avait préparé lui-même une copie pour une publication qu'il désirait faire en Hollande, et dont tout le manuscrit a passé dans les mains de Bloch. C'est celle-là qui est gravée dans l'Ichtyologie de Bloch (pi. Soo); l'auteur le dit positive- 5. 13 ] 78 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. ment dans son texte. Mais Aul)iiet en fit dans la suite, pour la grande collection des vélins qui est aujourd'hui au Muséum, une copie à sa manière, très-inexacte pour les détails, en- luminée à la gouache de couleurs tranchantes et en partie imaginaires; et comme il paraît n'avoir pas su le latin, il y copia avec deux fautes ridicules la phrase de Plumier. Au lieu de clwoniis seu lunhra litiiris fascis 'varie- ^ata, il crut lire et il écrivit en belles lettres d'or: CHROMis seu tembra linuris yiac/j va- rieECtta Plumierii ; phrase qui a passé avec le dessin dans les synonymes du chéilodip- tère cyanoptère , mais qui ne s'était jamais rapportée qu'à notre ombrine vulgaire. L'Ombrine de Russel. (^Umhrina Russelii, nob.) Néanmoins il y a des ombrines dans les deux océans. Russel (pi. 118) en représente^ une de la côte de Coromandel qui ressemble beaucoup à la nôtre, mais qui est un peu plus courte, et a le barbillon plus long et plus pointu et la caudale rhoniboidale. Il la dit rare , et n'en décrit pas les cou- leurs. Les indigènes de Madras la nomment q ualar-ka tchelée. CHAP. VT. OMBRINES. 1 70 La longueur de son individu était de dix pouces, et il donne pour ses nombres de rayons : D. 12 — 27: A. 3,/!; G. 18; P. 15.: V. 1/5. Mais je doute qu'il ait bien compté les épines de l'anale et les rayons de la caudale. Z/'Ombrine de Ruhl. ( Umhrina Kuhlii, nob. ; Sciœna indica , K. etV. H.) MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de Java au Musée royal des Pays-Bas une om- brine dont les proportions , comme celles de la précédente, rappellent celles de la perche. Sa hauteur est trois fois et demie dans sa lon- gueur. Son barbillon, gros et long, atteint Tan^le de la commissure. Sa caudale est rhomboïdale et se termine en an2:le obtus. Sa couleur générale est grise sur le dos , argentée sous le ventre avec des reflets dorés; une tache d'un bleu d'acier occupe son opercule. En travers sur sa nuque et en avant de sa dorsale est une large bande brune. Une bande grise mal marquée règne longitudinalement au-des- sus de la ligne latérale. La première dorsale est grise , pointillée de noirâtre ; et les autres nageoires sont jaunes. Ses écailles sont striées de manière à former sur le travers du coips quatorze à quinze lignes obliques et relevées. D. 11/24; A. 2/6; G. 17; P. 15; V. 15. L'individu n'a que six pouces. 1 80 livre v. sciénoïdes. Z/'Ombrine des États-Unis. (JJmhrina alhurnus, nob.5 Sciœna nebulosa, Mitcli.; Perça alburnus, Linn.j Centropomiis alburnus, Lacép.) La plus connue des ombrines d'Amérique est un de ces poissons auxquels les Anglo- Américains ont donné le nom de king-Jish (poisson royal), soit à cause de lestime quils en font, soit peut-être simplement à cause de leur analogie avec les maigres et les ombrines, que l'on a nommés de ce côté-ci de TOcéan peis-rei (poisson de roi). Ils lui ont aussi en quelques endroits transporté le nom de mer- lan (whiting), comme les Anglais des Indes l'ont affecté aux johnius, et probablement par la même raison. Le docteur Mitchill la représente avec beaucoup d'exactitude (pi. 3, fig. 5) , et la décrit avec soin (p. 4o8). Il la nomme sciœna nebulosa j mais ce qu'il ne fait pas remarquer, et ce qu'en effet on ne devinerait pas au premier coup d'œil, c'est que c'est aussi le perça alhurnus de Linna^us et Xalbujmus aniericanus de Catesby (pi. 12, fig. 2 ) , nom par lequel Catesby a entendu sans doute traduire le nom anglais de whi- ting, qui dérive de wA^Ye ( blanc) , et qui a été affecté au merlan à cause de sa couleur , tout CHAP. VI. OMBRINES. 481 comme chez nous le peuple donne le sobri- quet de merlan aux perrucpiiers. Cette mau- vaise ligure ne montre qu'une nageoire, et l'on y voit sous le museau cinq petites pointes dont la nature n'est pas facile à déchiffrer, et que Catesby dit être des lambeaux qui ressemblent à des dents 5 mais quand on a le poisson sous les yeux, on s'aperçoit que ce dessinateur a représenté la seconde nageoire tout-à-fait couchée, et qu'il a rendu confu- sément, soit les quatre lambeaux qui sont effectivement sous la proéminence de son museau et le barbillon qui pend sous la symphyse , soit une partie des dents de la rangée externe de la mâchoire supérieure. On voit d'ailleurs par la correspondance de Garden et de Linnœus. ^ que le grand natu- raliste suédois avait reçu de Garden le pois- son de Catesby ou son perça alhurnus , et quil l'a par conséquent décrit d'après nature j or il lui donne une seconde dorsale de vingt- quatre rayons mous^. Il est vrai qu'il ne lui attribue que trois rayons branchiostèges; mais on s'explique très-bien cette erreur, quand on veut les compter soi-même. ïl y en a sept, . 1. Correspond, of Linnœus and oiJiers naturaîists , t. I, p. oo5. 2. Syst. nat., 12.* édit., t. I, p. 482. 4 82 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. comme dans toutes les ombiines; mais les deux supérieurs sont tellement cacliés et compri- més par l'opercule, et les deux inférieurs sont si petits et tellement enveloppés dans la mem- brane, qu'il faut les disséquer pour les bien voir : aussi Scliœpf, qui en trouvait cinq, mais qui n'osait contredire Linnaeus, prétend -il que le nomljre en est indéterminé de trois à cinq\ Le docteurMitchill n'en compte que six. Pour moi, j'affirme qu'il y en a constamment sept , et je m'en suis assuré sur plusieurs in- dividus envoyés de New-York même, par MM. Milbert et Lesueur. On doit encore remar- quer que Linnaeus ne parle pas du barbillon sous la symphyse , caractéristique de toutes les ombrines, mais que Schœpf le mentionne expressément. Il ne peut donc rester de doute sur cette synonymie. Je soupçonne fortement que c'est aussi cette espèce qui est le johnius saxatilis de Blocli (éd. de S clin. , p. 7^), lequel, dit-il, aie corps argenté, des stries transversales vio- lettes, la tête obtuse, une seule série de très- petites dents, la mâchoire supérieure proémi- nente , le préopercule un peu dentelé , les nageoires rouges et la caudale en croissant. 1. Ecrits des naturalistes de Berlin, t. YIII, p. 162. CHAP. VI. OMBRINES. 185 Blocli lui attribue les nombres de rayons : D. 9 — 25; A. 8; C. H; P. 17; V. 8. Mais il a oublié l'épine de la seconde dor- sale , celles de Tanale, et il se trompe bien certainement touchant les ventrales. Ce kin^-jîsh, ce wliitin^, n'est pas rare à New -York; mais il devient plus commun, selon Scliœpf, sur les côtes de la Caroline et de la Floride. Nous le trouvons sous le nom de spams simus dans les dessins faits à Charles- town par M. Bosc ; Garden le nomme merlan des Bennucles y ce qui suppose qu'il y en a beaucoup dans ces îles. Il se tient au fond de Veau, et se prend aisément à riiameçon, surtout quand la mer est tranquille. Sa forme est plus alongée et encore moins bombée à la nuque que dans l'ombrine de la Méditerranée. Sa hauteur est près de cinq fois et demie dans sa longueur, et la ligne de son dos est presque droite. Son museau saille aussi davantage au-delà de la bouche. La partie moyenne du rebord, sous lequel rentre la mâchoire supérieure, est divisée en quatre lobes membraneux coupés carrément, plus considérables que ceux de l'ombrine d'Europe. Ce sont eux qui ont donné lieu aux lambeaux de la figure de Catesby. Au-dessus de chacun des deux extérieurs est un petit pore peu enfoncé, et il y en a un impair sur l'extrémité même 1 84 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. du museau. Sa mâchoire inférieure a quatre pores et un petit barbillon comme dans Tombrine. Au total, la tête de ce poisson ressemble singulièrement à celle de notre apron du Rhône, ou à celle du cingle. Les dents de la rangée externe, à la mâchoire supérieure, sont fortes , pointues et espacées ; mais à la mâchoire inférieure elles sont toutes ésfalement en velours serré. Son préopercule se recourbe de même un peu en dessous. Il n'a point de dentelures sensibles, et c'«6t à peine si la membrane qui le revêt en offre des apparences. L'opercule osseux se termine par deux pointes plates et fortes. Le rayon supérieur des branchies est fort aplati et élargi. L'inférieur est presque capillaire et très-court. H y a dans l'aisselle de la pectorale , et un peu au-dessus, une partie membraneuse et triangulaire , libre et couverte d'é- cailles. On en voit aussi une, mais plus petite, dans Faisselle de la ventrale. Les ventrales sortent un peu plus en arrière que les pectorales, et ne les dépas- sent point; ainsi elles sont plus courtes. La première dorsale a son troisième rayon prolongé en une longue pointe, qui surpasse d'un tiers la hauteur du corps au-dessous d'elle. Le premier est si court qu'il faut le chercher pour le voir; tous sont assez minces et flexibles. La caudale est un peu échancrée en croissant, mais de manière que son lobe supé- rieur est plus étroit que l'inférieur, qui est large et arrondi. On pourrait aussi la décrire comme irré- gulièrement rhomboidale , le côté supérieur du rhombe étant plus grand et concave. Les épines de l'anale sont plus faibles que dans l'ombrine, à la- CH.4P. VT. OMBRINES. 185 quelle ce poisson ressemble cVailleurs par les détails, que nous ne rappelons pas , et notamment par Tâ- preté et l'obliquité des écailles. B. 7; D. 10— V'25; A. 1/8; C. 17; P. 18; V. 1/5. La couleur de ce poisson est un gris-brun obs- eur , avec des reflets argentés ; en dessous il devient plus pâle. Des bandes plus foncées et un peu nébu- leuses sy dessinent avec assez de constance. La pre- mière part de la nuque, et descend obliquement en arrière vers le milieu de la pectorale; la seconde est courte sous le devant de la première dorsale , et descend presque verticalement ; la troisième part de la partie postérieure de la première dorsale, et se porte obliquement en avant vers le bout de la pre- mière; la quatrième et la cinquième, venues du de- vant et du milieu de la seconde dorsale, sont paral- lèles à la troisième; la sixième, qui vient de l'arrière de la même nageoire, se dirige encore plus en avant; enfin, la septième, qui vient de la caudale, se diiige tout-à-fait horizontalement jusque vers la quatrième. Une partie de ces bandes a quelquefois des interrup- tions, qui donnent alors des taches isolées ; mais le tout est peu apparent, et même on n'aperçoit pres- que point les bandes dans les jeunes sujets, dont la couleur est aussi plus claire et plus argentée. Les na- geoires sont d'un gris assez uniforme. Le bord de la première dorsale est noirâtre. Son estomac est un sac fort ample; nous l'avons trouvé rempli de crevettes. Il y a neuf ccecums à son pylore, dont quelques-uns assez longs. Parmi toutes les singularités que l'on observe dans ] 86 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. la famille des sciénoides relali\ ement à la vessie nata- toire, une des plus frappantes est que cette espèce en manque tout-à-fait. Le squelette a onze vertèbres abdominales et qua- torze caudales. Les cellules de son crâne sont peu profondes, et les arceaux qui les séparent peu élevés. Zv'Ombrine de la Martinique. {Umhrina niartinicensis , nob.) La Martinique a une ombriue que nous en avons reçue par M. Plée, et qui ressemble extraordinairement à la précédente, même par les nombres de ses rayons. Nous lui trouvons seulement les dents antérieures de la mâchoire supérieure et celles du milieu des pharyngiens plus fortes, les den- telures du préopercule plus prononcées, la première dorsale moins élevée; elle ne montre aucune trace de taches ni de bandes, et dans son état actuel elle paraît d'un brun doré uniforme. D. 10 — 1/24; A. 1/10; C. 17; P. 22; V. 1/5. Nos individus sont à peu près longs d'un pied. Il est probable que c'est cette espèce ou la précédente, cjui est le drwnnier ou le tam- bour de la Jamaïque, ou le cjuatrième chromis de Brown (Jain., p. 449)- ^^ quatrième chro- mis ne peut être, comme Ta cru Liimceus, le même poisson que le druni de la Caroline ou CHAP. VI. OMBRINES. 187 pogojiias y car celui-ci a les épines dorsales très-fortes, et Brown dit du sien qu'il les a flexibles et à peine poignantes. jL'O-Mbri^e de Broussonnet. {Umbrina Broussonnetii^ nob.) Nous trouvons dans les collections de Broussonnet une ombrine annoncée à la fois (ce qui n'est guère probable) comme de la mer du Sud et de la Jamaïque. Sa hauteur est quatre fois dans sa lono-ueur. Son barbillon est court et pointu. Toutes ses dents sont en fin velours; les lobules au-devant de sa mâchoire supérieure peu marqués; ses dentelures préopercu- laires prononcées. Quoique fort altérée, on ne voit pas qu'elle ait eu de taches, et il parait bien que c'est une espèce parliculière. Ses épines dorsales sont grêles. La deuxième anale est assez forte. Ses ven- trales dépassent les pectorales de moitié. Il y a lieu de croire que sa caudale était coupée carrément. Ses nombres approchent de ceux des espèces précédentes. D. 10 — 1/25; A. 2/6. X'Ombrine COROÏDE. (Umbrina coroides, nob.) Le Brésil nous a envoyé trois espèces d'om- brines. Celle qui ressemble le plus à la notre par sa caudale carrée et par l'égalité de ses dents 188 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. en velours, par ses ventrales un peu plus longues que ses pectorales, et même par les lignes obliques qui se montrent sur tout son dos , se distingue émi- nemment dans ce genre par neuf bandes verticales brunes, qui descendent sur un fond argenté jusque vers le ventre, où elles finissent. La plus grande con- vexité de la ligne du dos est entre les deux dorsales» La hauteur à cet endroit est trois fois et trois quarts dans la longueur. Les quatre petits lobes du devant de la bouche sont arrondis. Les dentelures du préo- percule sont aussi prononcées qu'à Fombrine de France; et la seconde épine anale aussi forte. Il y a des points bruns sur les rayons de la seconde dor- sale. Les écailles sont plus grandes qu'à l'ombrine : on n'en compte guère que cinquante sur une ligne entre l'ouïe et la queue. Elles sont obliques, âpres au bord et ciUées comme à l'ordinaire; et l'on y voit mieux que dans la plupart des autres ombrines cette apparence striée de leur milieu, qui forme des lignes de reflets que nous avons déjà mentionnées dans l'espèce de Java. Nous avons compté connue il suit les nombres des rayons. . D. 10 — l/:9 ; A. 2/6 ; C. 17 ; P. 17 ; V. 1/5. La caudale est légèrement échancrée en croissant. Notre individu n'a que huit pouces. Cest feu M. Delalande qui avait rapporté du Brésil cette espèce intéressante. La ressemblance des couleurs nous avait fait penser d'abord que ce pouvait être le CHAP. YI. OMBRINES. i 89 coro-coro de Margrave (p. 177)? dont Bloch a donné une figure copiée sur celle du prince Maurice, mais fort altérée (pi. 307, fig. 2), et qu'il a nommé sciœna coro ; mais ayant reçu depuis peu un pristipome coloré à peu près de même, et qui par la proportion des deux parties de sa dorsale correspond mieux à ces figures, bien que pour les détails il s'en écarte aussi beaucoup , nous avons pensé que c'est sur ce pristipome que l'on doit reporter la synonymie en question. Notre poisson actuel est plutôt le petoto , dont M. de Humboldt a donné une courte description dans ses Observations zoologiques (t. Il, p. 189). Z/'Ombrine grêle. ( Umbrina gracilis, nob.) Une autre espèce du Brésil, beaucoup plus grêle que la précédente, et même que Fom- brine d'Europe et celle des États-Unis, est toute entière d'une couleur uniforme gris-roussâ- tre,avec éclat métallique et reflets argentés. Ses écailles sont plus petites que dans le coro : il y en a soixante- quinze sur une ligne de l'ouïe à la queue. Ses dents sont encore assez égales, mais la dentelure de son préopercule est à peu près insensible. On lui voit un repli incomplet dans l'aisselle de la pectorale, et une écaille pointue dans celle de la ventrale. Il n'y 190 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. a qu'nne très-faible épine à l'anale. Sa caudale est un peu échancrée et inégalement, comme celle de l'om- brine des États-Unis. Du reste, elle ressemble pour les détails à la précédente et à l'ombrine d'Europe. Nous lui trouvons les nombres de rayons qui suivent. D. 10—1/19; A. 1/75 C. H; P. 18; V. 1/5. Ce poisson a ëtë rapporte du Brésil par M. Auguste de Saint-Hilaire et par les natu- ralistes de rexpédition de M. Fieycinet. Z^'Ombrine sablée. (Umbrina arenata., nob. ) Une troisième espèce d'ombrine du Brésil, grêle comme la précédente, et qui a de même une seule épine très-faible à l'anale, et les dentelures du préopercule insensibles , se distingue sur-le-champ des autres, parce que, outre ces dents en velours, elle en a à la mâchoire supérieure un rang exté- rieur de fortes et pointues. Les pièces triangulaires de l'aisselle de ses pectorales et de ses ventrales sont aussi grandes que dans l'espèce des États-Unis, et ses deuxième , troisièm-e et quatrième rayons dorsaux s'élèvent aussi un peu en pointe ; enfin , sa caudale est de même échancrée en deux lobes inégaux. Ce poisson est tout entier d'un gris foncé glacé sur un fond d'argent. Six larges bandes nuageuses, un peu plus foncées, descendent obliquement du dos en avant, et s'y mêlent ou s'y perdent. Des bandes également mal terminées s'aperçoivent sur la caudale CHAP. VI. OMBRLXES. 191 et sur les pectorales; en outre, il y a sur toutes les écailles et sur toutes les nageoires de petits points bruns comme des piqûres de mouches. Le fond de la couleur des ventrales, de l'anale et de la caudale est jaunâtre. Les pectorales dépassent les ventrales. D. 10 — 1/23 ou 24 ■; A. 1/7; C. 17; P. 18; y. 1/5. Il y a des individus de plus d'un pied de long. Nous avons reçu un jeune de la même espèce par AI. Delalande, où les dents externes sont moins écar- tées. Le pogonate doré de Commerson a été rangé dans la famille des silures ^ , tout aussi mal à propos que nous verrons bientôt que l'a été le pogonate courlDine ^. C'est bien sûre- ment une ombrine : on le jugerait d'après ses seuls caractères de deux dorsales et d'un bar- billon unique au milieu de quatre pores sous la mâchoire inférieure ; mais la note informe de Commerson à son sujet est trop incom- plète pour qu'on puisse en déterminer Tes- pèce. Faite, a ce qu'il paraît, très à la hâte, elle ne donne pas même le noml^re des rayons, et se borne à dire que le poisson est de la 1. M. Langsdorf en a cédé au Cabinet de Berlin un indi\idu sec qui n'a que vingt-deux rajons mous à la deuxième dorsale. 2. Lacépcde, t.V, p. 120 et 122. 3. Voyez plus loin l'article des pogonias. 1 92 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. taille et à peu près de la tournure d'une grande perche ; que son dos et ses flancs sont d'un brun bleuâtre, teint de doré 5 que le bas de ses flancs est d'un blanc sale, et le ventre d'un blanc plus pur; que ses pectorales, sa dorsale et sa caudale sont bmnes , et son anale et ses ventrales d'un blanc jaunâtre. Cette note ne marque pas où. le poisson a été pris ; mais d'après les articles qui la pré- cédent et qui la suivent , on peut croire que c'était dans les parages de lIsle-de-France. DES LONCHURUS. La forme pointue de la caudale ne sau- rait suffire à elle seule pour réunir des es- pèces en genre, comme Bloch l'avait fait pour celui-ci; aussi avons -nous déjà détaché le lonchurus ancylodon pour le rapprocher des johnius. Le lonchumts nasus et le lonchurus arcuatus nous paraissent aussi des johnius, et probablement le coitor et le chaptis; mais le lonchurus harbatus et le depressus doivent rester distincts, et c'est à eux que nous res- treignons maintenant le genre, qui se trouve alors très-voisin des ombrines, n'en différant presque que par un barbillon double. CHAP. VI. LONCHUP.US. i 95 he LONCHURE BARBU. {Lonchurus harhatus , Bl., pi. 36o.) Nous décrirons cette espèce d'après l'indi- vidu même qui a servi de sujet à Blocb, et que M. Licbteusteiu a bien vouki nous prê- ter. Cet individu, unique jusqu'à présent, est en assez mauvais état. Blocb, avant d'en faire, dans sa grande Icbtyologie, un genre particu- lier, Tavait décrit et représenté, sous le nom de perça lanceolatciy dans les Nouveaux Mé- moires de la Société royale des sciences de Copenbague (t. Ilf , p. 383), et, ce qui est singulier, il n'a point rappelé ce mémoire dans son grand ouvrage. ^ Sa forme, assez grosse aux pectorales, s'amincit en arrière; du reste, ses rapports avec les ombrines et les corhs .sont très-sensibles. Sa hauteur aux pecto- rales fait le cinquième de sa longueur totale; et c'est aussi la longueur de sa caudale qui parait s'être ter- minée en pointe aiguë. Sa grosseur au même endroit fait moitié de sa hauteur, et sa tête a quelque chose de plus en longueur. Le profil est )x peu près recli- ligne, etle front un peu déprimé entre les yeux, dont la position est au tiers antérieur, près de la ligne du 1. Ce volume de Copenhao^ue est imprimé eu i 78S. L'article du lonchurus a paru dans rédilion allemaiule de l'iclityologiet (t. VU) en iJJjS; et dans l'édition française eu 1797- 5. * ] 3 ^194 LIVRE \. SCIÉNOÏDES. front, à une dislance l'un de l'autre égale à ce qu'il y a de museau en avant. Ils sont petits; leur diamètre ne fait que le dixième de la longueur de la tète. Le museau est un peu déprimé et mousse, percé en avant tout-à-fait au bord d'un gros pore ; sa mem- brane n'a point de lobes : il dépasse a peine la bouche, qui descend un peu obliquement jusqu'au droit du bord postérieur de l'œil. Le maxillaire, fort élargi en arrière, va un peu plus loin. Les dents sont en fm velours, très-ras aux deux mâchoires. Je ne vois pas de pore sous la mâchoire inférieure; mais elle a de chaque côté, vers son extrémité antérieure, un très-petit barbillon pointu. Le préopercule est ar- rondi et finement crénelé. L'opercule osseux se ter- mine en pointe assez aiguë. La pectorale, attachée un peu au-dessous du milieu de la hauteur, a ses pre- miers rayons alongés , et formant une pointe qui dépasse considérablement fanale, en sorte que sa longueur n'est guère plus de deux fois et demie dans celle du corps. Les ventrales, attachées exactement au droit de la base des pectorales, n'ont pas le tiers de leur longueur, bien qu'elles s'efFilent aussi en pointe. Je ne vois pas bien quelle a dû être la hauteur des dorsales, qui sont un peu mutilées; mais l'anale est petite, connue dans les sciènes en général, et placée sous le milieu de la longueur totale. Ses épines sont médiocres. La caudale est longue et très-pointue. B. 7î D. 11 — 1/37 ; A. 2/9; C. 17 ; P. 18 ; V. 1/5. Il y a des écailles sur la tête, comme dans les au- tres sciénoides : on en compte à peu près soixante- dix sur la longueur du corps, toutes transversale- CHAP. VI. LONCHURUS. 195 ment ovales, minces, non ciliées, et qui se montrent à la loupe très-finement striées en rayons. La ligne latérale demeure parallèle au dos et au tiers supé- rieur jusqu'au-dessus de l'anale, où elle sinfléchit pour prendre piesque le tiers inférieur et demeurer parallèle au bord inférieur de la queue. L'individu est long de huit pouces, et dans son état actuel il paraît entièrement teint de brun rous- sâtre. Le LONCHURE A TÈTE PLATE. {^Lonchiiriis depressas , Bl. Sclin., pi. 102.) Nous ne le connaissons que par rarticle assez court que Biocli lui a consacre; car il ne s'est plus trouvé dans le Cabinet de Vaillant, où Bloch l'avait vu. D'après larticle en question il serait extrê- mement semblable au précédent. Sa tète serait déprimée ; sa mâchoire supérieure plus longue; sa symphyse munie de deux barbillons courts ; ses j>€Ctorales seraient très-longues : il aurait la ligne latérale courbée vers le bas dans son milieu , l'anus rapproché des pectorales. Ses nombres de rayons ditféreraient bien peu : D. 10/38; A. 1/9; C. 18; P. 17; V. Iy5; mais (et ce serait, si l'assertion est exacte, une bien grande différence) ses deux dorsales seraient réunies. Il n'est donc pas même certain que ce poisson appartienne à ce génie. 196 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. CHAPITRE YII. Des Pogonias et des Micropogons. DES POGONIAS. Les pogonias sont en quelque sorte des ombrines qui , au lieu cVun seul barbillon sous la symphyse , en auraient de nombreux sous les branches de la mâchoire intérieure. Ce genre a été éta])li et nommé pogonias par M. le comte de Lacépède f t. III, p. 137 et i38) d'après un petit individu conservé au Cabinet du Roi, et il en a publié (t. II, pi. 16, fig. 3) une figure que lui avait donnée M. Rose; mais il n'en a point connu les pro- priétés singulières, et surtout il ne s'est pas aperçu quil le donnait encore deux autres fois , sous les noms de pogonathe courhine (t. V, p. 121) et de sciène chromis (t. IV, p-3.4). Ce petit individu, argenté, a bandes ver- ticales noirâtres, est évidemment de même espèce que les griints ou labrns gruiuiiens de M. Mitchill (p. 4o5, pi. 3, fig. 3), qui, dit ce dernier auteur, passent parmi les pêcheurs de Nev7-York pour être le jeune âge des drums CHAP. VII. POGONIAS. 197 OU tambours, grands poissons que le natura- liste dont nous parlons, malgré cette opinion des pécheurs et malgré la vraisemblance que lui donnait la similitude presque entière des petits et des grands individus, a néanmoins placés dans un tout autre genre, et nommés sciœna fiisca et sciœna gigas (p. 409 et 412). La comparaison que nous avons été à même de l'aire, ne nous laisse presque aucun doute que les pécheurs de New-York n'aient raison; ce qui du moins sera certain pour ceux mêmes qui n'auront sous les yeux que les figures de ces poissons, c'est que le sciœna gigas, le sciœna fiLSca et le lahrus grunniens sont tous les trois des pogonias. Ces poissons se font remarquer par la taille à laquelle ils parviennent et surtout par le bruit qu'ils font entendre , et qui leur a valu leur nom vulgaire. Linnseus en avait reçu un de Garden, et lui avait transporté le nom ancien de cliromis , précisément à cause de ce bruit ^; mais il le plaça parmi ses labrus^y sans que l'on puisse trop deviner sur quelle ana- logie, et il ne lit point mention de ses bar- billons, proba])lement parce qu'il ne l'avait 1. Les anciens atlribuent un bruit à leur chrouiis. Voyez page 16 de ce volume. 2. Lahrus chromis . 12/ édition. 108 LIVRE Y. SCIÉXOÏDES. reçu que desséché. Enfin , il le regarda comme identique avec le giiatucupa de Margrave , qui est un otolitlie, et avec le driniimer ou quatrième chroinis de Brown, qui est une ombrine, ainsi que nous Favons vu précédem- ment. On varie sur la nature du bruit de ces drums. Selon M. Milcbill \ c est quand on les tire de l'eau qu'ils le font entendre : mais Scbœpf, qui parle du drum sous le nom de labrus chroniis^, dit que c'est sous l'eau; que ce bruit est sourd et creux; que plusieurs individus se rassemblent autour de la cale des navires à 1 ancre, et que c'est alors que leur bruit est le plus sensible et le plus continu. Ce récit peut sembler extraordinaire, et cependant il se trouve entièrement conforme h ce que vient de rapporter un voyageur qui n'avait proba- blement jamais lu Scliœpf C'est M. John White, lieutenant de la ma- rine des Etats-Unis, dans son Voyage aux mers de la Chine, publié en 1824- H raconte (p. 187 et 188) qu'étant à l'embouchure du fleuve de Camboje, son équipage et lui furent frappés de sons extraordinaires qui se faisaient 1. L. c, p. 4i 1- 2. Ecrits de la Société des naturalistes de Berlin, t. VIII, p. i58. CHAP. VII. POGOMAS. 109 entendre autour du fond de leur navire. Cétait, dit-il, comme un mélange des basses de l'orgue, du son des cloches, des cris gutturaux d'une grosse grenouille, et des tons que l'imagination prêterait à une énorme harpe : on aurait dit que le vaisseau en tremblait. Ces bruits s'accru- rent et formèrent enfin un chorus universel sur toute la longueur du vaisseau et des deux côtés. A mesure que l'on remonta la rivière, ils diminuèrent, et cessèrent enfin entièrement. L'interprète leur apprit qu'ils étaient produits par une troupe de poissons de forme ovale et aplatie, qui ont la faculté d'adhérer forte- ment aux divers corps par la bouche. M. de Humboldt a été témoin d'un fait analogue dans la mer du Sud, mais sans en soupçonner la cause. Le 20 Février ! 8o3 , vers les sept heures du soir, tout l'équijiage fut eftVayé d'un bruit extraordinaire qui res- semblait à celui de tambours que l'on aurait battus dans l'air. On l'attribua d'abord à des brisans. Bientôt on fentendit dans le vais- seau et surtout vers la poupe ; il imitait un bouillonnement, le bruit de l'air c{ui s'échappe d'un liquide en ébullition. On craignit alors qu'il n'y eût quelque voie dcau au bâtiment: il s'étendit successivement à toutes les parties du vaisseau, et enfin, sur les neuf heures, il 200 LIVRE V. SCIÉXOÏDES. cessa entièrement. D'après les récits dont nous venons de donner l'extrait, et d'après ce que tant d'observateurs rapportent touchant diver- ses sciénoïdes, on peut croire que c'était aussi une troupe de quelqu'une de leurs espèces qui se faisait entendre. Ce serait une recherche curieuse que celle des organes qui servent à ces poissons à pro- duire des sons si forts et si continus, et cela au fond de l'eau et sans communication avec l'air extérieur. J'ai déjà fait remarquer que la plupart des sciénoïdes les plus remarqua- bles par cette faculté ont de grandes vessies natatoires, très-épaisses, munies de muscles très-forts , et qui dans plusieurs espèces ont des proéminences, des productions plus ou moins compliquées qui pénètrent même dans les intervalles des côtes ^ ce qui pourrait diri- ger de ce côté les vues des physiologistes. Mais en même temps je dois remarquer que ces vessies n'ont aucune communication ni avec le canal intestinal , ni en général avec l'exté- rieur. Une autre particularité notable des pogo- nias, c'est la grandeur extraordinaire des dents de leurs pharyngiens supérieurs moyens et de leurs pharyngiens inférieurs. Elles sont plus grosses que dans les plus CHAP. VII. POGONIAS. 20 f grands labres, et ont dû frapper de tout temps ceux à qui on servait la tête de ce poisson; ce qui a engagé les curieux à rapporter divers échantillons de ces pliaryngiens dans les ca- binets de l'Europe , où souvent on ignore de quel poisson ils proviennent. Déjà les ombrines et le corvina oscilla nous avaient offert quel- que chose de semblable -, mais le pogonias les surpasse beaucoup à cet égard. Ce sont des pharvngiens de pogonias qu'An- toine de Jussieu a décrits et représentés dans les Mémoires de IWcadémie des sciences pour 17:>3 (p. 207 et pi. 1 1), et quil dit appartenir à un poisson du Brésil appelé grondeur par les gens du pays ^ : il a cru y retrouver Forigi- nal des buionites. Les drums , selon M. Mitchill , nagent en troupes nombreuses dans les baies peu pro- fondes de la côte sud de Long-Island, où les pêcheurs les trouvent pendant la belle sai- son comme de grands troupeaux de moutons. Ce sont des poissons paresseux et stupides. 1.. M. de Blaiaville , dans son Mémoire sur les ichtjolilhes (p. 85), semble croire que ce poisson de M. de Jussieu est le spare bufonite ; mais c'est une erreur : l'os pharyngien, très-bien dessiné dans la planche de Jussieu, et encore mieux l'objet même qui lui a servi d'original, et que son illustre neveu a bien voulu nous donner, ne laissent aucun doute siu' rcspèce ; c'est précisé- ment l'os pharvngien de notre grand pogonias. 202 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Schœpf dit qu'on en trouve encore plus ahon- damnient et pendant toute l'année le long des côtes basses de la Caroline et de la Floride , et que leur chair n'est pas des plus tendres. Il y a aussi de ces poissons le long des côtes du Brésil , et M. Delalande nous en a rapporté de Rio -Janeiro de grands et de petits individus, que nous ne pouvons dis- tinguer en rien de ceux des États-Unis. L'os pharyngien représenté par Jussieu venait du Brésil, et ne diffère en quoi que ce soit de ceux de New-York. Ainsi nous ne pouvons douter que la même espèce ne vive à ces deux latitudes. Cependant on n'en trouve pas dans Margrave une indication bien claire. Ce ne peut être son guatucnpa (p. 177) dont nous avons parlé précédemment à l'article des otolithes : tout au plus pourrait-on soupçon- ner que c'est la figure qu'il donne (p. 169); mais la description placée au-dessous et in- titulée cugitpa-giiazu n'y appartient pas. Le véritable nom, inscrit sur l'original de cette figure dans le Liber principis, est cunapa; elle est enluminée d'un plombé noirâtre, le ventre est d'un jaune roussâtre et les nageoires d\m brun roussâtre ; ce qui revient assez à ce que M. Mitchill dit de la couleur des vieux drums. Au bas est écrit de la main du prince CHAP. VIT. POGOMAS. 203 de Nassau, que le poisson est long de plas de huit pieds. Il y a des pogonias encore plus au sud; car c'en est bien certainement un que le courhina des Espagnols de Montevideo que Commerson prit dans les eaux de cette ville lors du séjour qu'il y fit avec Bougainville en Avril 1767. Peu exerce alors sur les poissons, et ne pouvant les étudier que d'après le Système de Linngeus, c'est du genre des silures, tel que l'avait formé le naturaliste suédois', qu'il crut devoir le rap- procher; mais il avait soin de faire remar- quer qu'il ressemblait plutôt aux spares ^ Il fit de ce poisson im genre qu'il nomma /?og^o- nate, laissa à l'espèce son nom de courbina^ et lui associa dans la suite une ombrine, qu'il appela pogonate doré. Cependant sa descrip- tion ne laisse pas d'équivoque; elle est très-dé- taillée et conforme à celle de nos grands drums sur tous les points, même sur les nombres des rayons et jusqu'aux pierres des oreilles. ^ 1. De rigore meihodi îchthyologicœ Unnœanœ ad hoc gemis [silurî) reiuïl , sed novum genus hic subolfacio. (Commerson, Manuscr.) 2. Faciès spari eryihrini vel auraiœ. ibidem, ibid.) 3. Voici l'extrait de la description de Commerson : Longitudo hipedaîis ; lalitudo septem pollicaris ; pondus sex li- hrarum. Color dorsi et laterinn e cœruleo fnscescens , non nihil deau- ratus ; venlris ex argenleo alhicans ; squamce laiiusculce. Capiit a dorso décline, Mandibulœ fere cequahs ; inferior barbota riginti 204 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. M. de Lacëpècle a adopte le genre et les espèces de Commeison : mais loin de faire remarquer l'analogie du coiirhina avec le po- gonias, et trompé par le rapprochement que Commerson en avait fait avec les silures, il le laisse auprès de ceux-ci, et lui suppose les caractères communs à ces poissons, tels qu'une tête déprimée, couverte de lames grandes et dures, la peau enduite de mucosités, etc. Commerson dit que son pogonallie, bouilli, quatuor cirrhis hmiusculi!, albis , mollissimis , fluîtnntïbus , quorum sedecim anteriores dupHci ordine digeruniur, eibreviores sunt; octo auiem posteriores , longlus inter se dissitî, simplici série ordlnantur, quatuor utrinque ; utraque auiem mandlhula margine interiore den- ticulis conferiissimis , limœ instar , exasperatur. Os interius pala- ium et fauces lœves sunt, ahsque dentihus molarihusK Membrana hranchiostega ossiculorum septeni ; superiora latissima et longiora. Dorsum cullratum, n capite assujg'ens ad pinnam cognominem pri- mam; hinc dcorsum incunatur ad pinnam usque secundam, qun tan- dem rursum in arcus formam eleçatur. Pinna dorsi anterior trian- gulata, ossiculorum noçem pungenlium , quorum primum dimidio brevius est secundo; octavum et nonum omnium brevissima'^ . Dorsalis vostcrior ohlonga radios habet viginii duos; primum aculeatum, etc. Nota. JSec dorsalium nec pecloralium radius primus retrodenta- ius, ufi solemne est siluris ; pinnœ ventrales ponc pectorales, pollicis circiler intermllo; radiis sex , primo validissimo pungente; pinna ani radiis octo ; primus brevissimus , pungens : secundus crassitie immani, itidem pungens ; reliqui sex molles ramosi , ssd tertius et quarlus longitudine prœcellunt ; supra caudam medinm squamce stria -notatœ argenieœ , singulari série sese imbricatim excipiunt ad ipsius usque apicem ; lapillos habet in cerebro uti aurata. 1. Il n'avait pas vu les pharyngiens. 2. Il n'avait pas vu le très-petit premier rayon. CHAP. VII. POGONIAS. 205 est d'un goût fade : il n'eut le temps, ni de le dessiner, ni d'en prendre des mesures dé- taillées, comme pour la plupart de ses autres poissons ; et c'est sans doute ce qui a encore contribué à empêcher qu'on n assignât à cette espèce sa véritable place. Le Cabinet de Berlin possède un de ces pogonias de Montevideo, envoyé par M. Sello, long d'un pied, et qui ne diffère en rien des jeunes de l'Amérique du nord. Le nom de coiwbina est aussi en usage pour le pogonias du côté de la Guyane ; car nous en avons trouvé les pierres des oreilles avec ce nom dans le Cabinet de feu M. Ri- chard, qui les avait eues à Cayenne; et comme c'est proprement le nom espagnol du corb, on l'emploie dans les colonies espagnoles d'Amérique pour plusieurs autres poissons de la famille des sciènes. Après ces remarques générales sur les po- gonias nous allons en décrire les grands et les petits individus, tels que nous les avons sous les yeux, laissant aux observateurs qui en trou- veront Toccasion à décider s'ils diffèrent par l'espèce ou simplement par l'âge. 206 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le GRAND POGOÎNIAS. {Pogonias chromis , nob. ; Labrus chromis, Linn.; Sciœna chromis, Lacép. et Schn.; Sciœnafiisca et Sciœna gigcis , Mitch.) Le grand drmn nous a été envoyé de New- York par M. Milbert ; il a toute la tournure d'un corb (^cor^ina ni^ra)^ mais d'un corb gigantesque. Sa nuque est bombée de même, et un peu caré- née; mais sa tête est encore plus grosse et plus ren- flée par les côtés , plus courte et plus obtuse au nmseau : il ne montre point de denlelures au préo- percule; mais son opercule se termine par deux pointes plates, obtuses et un peu sillonnées et cré- nelées. La bouche est peu fendue. Les dents des mâclîoires forment des bandes larges , mais peu étendues en travers; elles sont nombreuses, serrées, assez grosses comparativement aux dents en carde des espèces voisines, droites, égales, coniques, mousses : comme dans les autres sciénoïdes , il n'y en a ni au vomer ni aux palatins; mais celles des pha- ryngiens inférieurs et des pharyngiens supérieurs moyens sont, connue nous l'avons dii, excessivement remarquables par leur forme de gros pavés saillans et arrondis. Les dents antérieures et postérieures de ces pha- ryngiens supérieurs sonl en cardes. Il pend des deux côtés de la mâchoire inférieure CHAP. VII. POGONIAS. 207 de petits barbillons grêles et mous, semblables a. des vers, au nombre d'une vingtaine, disposés comme par rangées transversales depuis la symphyse jusque vers langle postérieur. Près de la symphyse, entre les barbillons, sont percés trois gros pores. La mem- brane des branchies a sept rayons, dont les deux plus élevés sont aplatis. Il n'y a de dentelure ni à l'os surscapulaire ni à l'huméral. Les dorsales sont unies par une membrane très- basse. La première a dix rayons forts et comprimés comme des lames de sabre : le premier est très- court et sort à peine de la peau; le second et le troisième sont les plus longs : ensuite ils diminuent jusqu'au dixième. Cette nageoire occupe en lon- gueur le double de sa hauteur et plus du cinquième de la longueur totale : comme dans toute la famille, elle se cache en partie entre les écailles du dos. La deuxième est de moitié plus longue et plus basse, et a un rayon épineux et vingt-deux mous. Les pecto- rales sont grandes, pointues comme aux spares, et ont dix-sept rayons : leur longueur est presque du quart de celle du corps. Les ventrales naissent plus en arrière, mais ne se portent pas aussi loin. L'anale a, comme dans le corb , une première épine exces- sivement courte, et une seconde longue, compri- mée et très-forte, qui est dépassée cependant par le premier rayon mou : il y en a sept de ceux-ci, dont le dernier fourchu. Cette nageoire est courte, mais haute et assez pointue. La caudale est carrée et a dix-sept rayons, comme dans toute la famille. Tout ce poisson est couvçtt d'écaillés giandes , fortes , 208 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. obliques, marquées vers leurs bords de stries légères, parallèles à ce bord et entre elles. On ne voit plus dans notre grand individu em- paillé d'autre couleur qu'une teinte gris-brun, pro- duite par une peau grise, toute finement pointiilée de noir; et les écailles qui percent partout cet épi- derjne brun y font autant de taches blanchâtres. Nous n'avons pas eu les viscères de ce grand drum ; mais nous en avons examiné avec soin l'é- trange vessie natatoire. Dans un drum de trois pieds et demi elle est longue de quinze pouces et large de cinq. Sa forme est ovale, très-obtuse en ar- rière, rétrécie en avant, et se dilatant plus en avant encore en sinus festonnés et lobés, qui se prolon- gent latéralement en deux lobes pointus , dirigés en arrière , et dont les bords extérieurs sont eux- mêmes lobés et festonnés. Ces proéminences pénè- trent en partie entre les cotes et dans les chairs. Sa membrane propre est argentée, gélatineuse et fibreuse, d'une grande consistance, et de près d'un demi-pouce d'épaisseur. De chaque côté de sa moitié postérieure elle est revêtue d'une couche très-épaisse de libres musculaires transverses , qui pénètrent en partie dans l'épaisseur de la tunique propre et doivent la com- primer avec force. L'organe rouge et sécrétoire de l'intérieur est épars, comme par grumeaux, en deux amas sur sa face intérieure; il est moins volumineux à proportion que dans le maigre, et n'occupe guère qu'une longueur de six pouces. Nous possédons un beau squelette du grand drum, préparé par M. Rousseau avec un individu CHAP. VIT. POGONTAS. 209 envoyé de New-York par M. Mllbert. Les cavités de la surface du crâne, des sous-orbilaires, du preoper- cule, V sont les mêmes que dans les autres grandes sciénoides. U y a vingl-quatre vertèbres, dont dix abdominales et quatorze caudales. Ce qu'il offre de plus singulier, c'est que la plupart de ses inlerépi- neux sont renflés comme des massues, surtout les neuf ou dix premiers de sa deuxième dorsale. Le premier de la dorsale épineuse , qui porte deux rayons , est encore plus long et plus renflé que tous les autres. M. Mitchill, qui a décrit des individus Irais de la variété qiiil nomme drinn noir ou sciœna fusca , dit qu'ils sont d'une couleur d argent sombre, comme l'écume du plomb fondu, avec une teinte cuivrée et rougeâtre. Dti côté du dos la peau entre les écailles est noirâtre 5 ce qui a fait donner au poisson lépitliète de noii\ Il y a une tache noire derrière la pectorale. Les nageoires tirent au rouge , surtout les dorsales , les pectorales et la caudale. Le même naturaliste (p. l\\i^) parle d'un driun rouge quil nomme sciœna gigas, qui est d'une teinte plus rougeâtre que lautre ; mais il ajoute que sa différence avec le noir est si peu constante et si difficile à saisir, que des hommes qui se prétendent connaisseurs contestent souvent à propos du même incli- 5. 14 :2iO LIVRE V. SCIÉNOÏDES. vidu s'il est noir ou rouge. Il en conclut avec raison que ce ne sont que des variétés occa- sionées par le sexe ou par des causes acciden- telles. Ces poissons deviennent très- grands 5 les nôtres ont trois pieds et demi , et même quarante-cinq pouces. M. Mitchill dit que le drum noir est souvent long de trente-huit et quarante pouces (anglais) , et pèse commu- nément quinze, vingt et trente livres 5 il en a pesé un de quatre-vingts, et des personnes croyables l'ont assui'é en avoir vu de plus de cent. On a souvent aussi des drums rouges de soixante livres et plus. Le POGONIAS A BANDES. {Pogonias fasciatus , Lacép. ; Labrus grunniens, Mitch. ) Tout ce que nous venons de dire des formes et du nombre des rayons des grands drums s'applique au petit, c'est-à-dire à ce pois- son, que les pêcheurs croient être un jeune drum ; seulement ses pectorales paraissent moins longues à proportion , et on lui voit sur un fond argenté quatre bandes verticales noirâtres j la première en avant de la première dorsale , la seconde sous la fin de cette nageoire, les deux autres sous la deuxième: CHAP. VII. POGONIAS. 21 1 il y en a quelquefois une cinquième plus en arrière. Les dorsales, surtout la première, ont leur mem- brane finement pointillée de noir. La dorsale et l'anale l'ont teinte de noirâtre. Celles de la pecto- rale et de la caudale sont plus grises. Les proportions de ce petit drum , que nous avons eu occasion de prendre plus exacte- ment que celles du grand, sont à peu près les suivantes : La hauteur, prise à l'aplomb de la naissance de la première dorsale , est trois fois et trois quarts dans la longueur totale ; et lorsqu'on n'y comprend pas la caudale , elle est contenue trois fois dans la longueur du corps. L'épaisseur, mesurée aux ventrales, n'est pas tout- à-fait la moitié de la hauteur. La longueur de la tête fait le quart de la longueur totale ; et sa hauteur à la nuque égale à peu près sa longueur. Nous avons fait la splanchnologie de ces petits individus. Leur foie est de grandeur médiocre. Son épaisseur sous l'œsophage est assez considérable , et il donne dans chaque hypocondre deux lobes minces, apla- tis, dont le droit est le plus étroit. Le long de ce lobe est attachée la vésicule du fiel, qui a la forme d'un cylindre alongé. Le canal cholédoque remonte jusque dans la fourche des lobes du foie, et dans ce trajet il reçoit peu de vaisseaux cvstiques; il devient 212 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. libre ensuite, et débouche bientôt dans le duodénum, derrière les coecunis. La longueur de l'œsophage est médiocre : il est large, plissé longitudinalement à l'intérieur, et se continue en un estomac assez long, qui va toujours en se rétrécissant. Ses parois sont minces j il est plissé comme l'œsophage. La branche montante est très-courte, et aussi large que l'estomac auprès du cardia : aucun rétrécissement ne marque le pylore ; sa valvule ne fait pas même un bourrelet sensible. Il y a six appendices cœcales de grosseur moyenne, dont la longueur égale la moitié de celle de l'esto- mac. Le duodénum est très-large • sa tunique mus- culaire est foile et très-apparente. Après s'être dirigé d'abord vers le diaphragme, et s'être bientôt replié sur lui-même, il se porte jusqu'au-delà de l'estomac, en faisant quelques ondulations; il remonte ensuite jusqu'à la hauteur de la naissance de la branche montante de l'estomac, et se replie pour aller droit déboucher à Tanus. Le diamètre de l'intestin diminue graduellement, de manière que celui du rectum n'a que la moitié de celui du duodénum. La vessie aérienne est fortement attachée à la co- lonne vertébrale au tiers supérieur de sa longueur. L'individu que nous avons disséqué a neuf pouces de long, et l'on y distingue déjà très-bien les la- nières que nous venons de décrire sur une vessie retirée d'un individu de trois pieds : elles y parais- sent même plus nombreuses, aussi bien que plus déliées. Les muscles propres de la vessie sont aussi déjà très-développés. CHAP. TH. MICROPOGONS. 213 Les reins sont gros, épais, réunis entre eux; ils sont libres et placés entre la vessie aérienne et les vertèbres pendant leur première moitié; mais ensuite ils s'enaagent sous des bandes osseuses des dernières vertèbres abdominales , qui les fixent fortement au dos. Les uretères sont peu longs, et ils débouchent derrière le rectum, tout auprès de lui, sans qu'il y ait de vessie urinaire proprement dite. DES MICROPOGONS. Il existe le long des cotes de l'Amërique d'atitres sciénoïdes barbues, mais dans les- quelles ce caractère est presque impercep- tible, tant leurs bar])illons sont exigus, en sorte que nous-mêmes les avions placées pen- dant long-temps parmi les jolinius, dont elles ont toutes les apparences, et particulièrement l'épine anale de grandeur médiocre ; cepen- dant leur nuque bombée les fait aussi res- sembler beaucoup aux corbs. Leur préopercule a le long de son bord montant des dents prononcées, qui grandis- sent vers le bas, et dont même les deux de Tangle, assez écartées, pourraient passer pour de petites épines. Leur opercule osseux llnit par deux pointes plates. La membrane du bout de leur museau a quatre petits lobes. 214 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Leur bouche, assez protractile, a des dents en velours sur des bandes assez larges; c'est à peine si le rang externe d'en haut est plus fort que les autres. Les dents pharyngiennes du milieu se terminent en sommet obtus; les autres sont en velours. On voit à la mâchoire inférieure, vers le bout, trois petits pores et deux gros ; et c'est à chacune de ses bran- ches, le long de son bord interne, auprès de sa symphyse , que sont attachés les trois ou quatre très-petits barbillons qui caractérisent ce genre. Les écailles sont légèrement âpres au bord, et obliques comme dans les sciénoïdes en général. Leur ligne latérale se marque par une suite d'arbuscules assez branchus. Les épines de leur première dorsale n'ont pas une très-grande force. On compte de vingt-huit à trente rayons mous à la seconde. La deuxième épine anale est d'un tiers ou de moitié plus courte que les rayons mous. L'épine de leurs ventrales est mince, et s'attache intimement au premier rayon mou , qui se termine en un petit filet. Enfin, leur caudale est à peu près coupée carrément. D'après toutes ces ressemblances on devine déjà que les poissons de ce groupe doivent être extraordinairement rapprochés entre eux; et en effet nous en avons plusieurs tellement CHAP. VII. MICROPOGONS. 215 semblables, que nous hésitons si nous devons les regarder comme des espèces ou comme des variétés : il y en a cependant de trois principales formes, que nous désignerons par des noms spécifiques. Le MiCROPOGON RAYÉ. {3Iicropogon lineatus , nob. ; Umhrina Fournierl^ Desmar. ; Sciœiia opercularis , Q. et G.) La hauteur du corps est quatre fois et demie dans sa longueur. De jeunes individus, envoyés de New-York par M. Milbert, paraissent de couleur argentée, avec un large reflet noirâtre sur l'opercule , et des bandes verticales, étroites, grises ou noirâtres, tout le long du flanc : on en conipte plus de vingt. C'est à peine si l'on aperçoit des lignes obliques sur le dos. De petites taches brunâtres forment deux ou trois bandes longitudinales sur les dorsales. Les ventrales parais- sent avoir été jaunes. Les autres nageoires sont grises. B. 7 ; D. 10 — l/-:8 ou 29 -, A. 2/8 ; C. 17 ; P. 17; V. 1/5. Il nous en est venu du Brésil j^ar M. Delalande et MM. Quoy et Gaimard, de Porto -Rico par M. Plée, et de la Havane par INL Desmarest , qui , avec les nombres et tous les caractères des précédens, avec leur reflet noirâtre à l'opercule et leurs bandes gri- ses verticales , montrent encore du côté du dos des lignes noirâtres et nombreuses, descendant oblique- ment en avant, et se joignant à ces bandes verticales. 216 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Il V en a de Montevideo, du Brésil et de Porlo-Rico des individus de quinze pouces, où les bandes verti- cales ont tout-à-fliit disparu. Au premier coup d'œil on serait tenté, à cause de leurs lignes obliques bien prononcées, de les prendre pour l'ombrine commune. L'estomac de ces poissons est long et étroit; son extrémité est arrondie, et atteint à la moitié de la lon- gueur de la cavité abdominale. La branche montante est courte : on compte neuf appendices cœcales au pylore. L'intestin fait deux replis; il est de longueur médiocre. La rate est très -grande, alongée , et de couleur très-foncée. Les ovaires occupent toute la longueur de l'abdo- men. Le diamètre de ces sacs n'est pas très-grand : ils sont remplis d'œufs très-petits. La vessie aérienne de ces micropogons est beau- coup moins compliquée que celle des pogonias et d'un grand nombre de nos jolinius, et se rapproche davantage des vessies des otolithes; elle s'étend depuis . le diaphragme jusqu'au-delà de l'anus. Sa partie anté- rieure est arrondie sans aucune division; elle se pro- longe en un cône un peu aplati de haut en bas et terminé par une pointe fort aiguë. De chaque côté de la vessie, aux trois quarts de sa longueur, et à l'en- droit où l'amincissement de la pointe du cône devient plus sensible, on voit naître une corne très-grêle, qui se porte en avant, le long de la vessie, jusque sur son extrémité antérieure. La tunique fibreuse est très-épaisse, peu solide, et d'une belle couleur argentée. La deuxième tunique CHAP. VII. MICROPOGO'S. 217 est très-fine et menibraiieiise. Les corps rouges for- ment deux rubans simples, étroits, un peu sinueux, et qui descendent jusqu'à la moitié de la longueur de la vessie. La tunique fibro-musculaire est épaisse et entoure les deux tiers postérieurs de la vessie. Le corps glan- dulo-graisseux, qui est sous la partie musculaire de cette membrane, a aussi beaucoup d'épaisseur. Le squelette des micropogons est remarquable surtout par la légèreté et la minceur des arceaux qui interceptent les espaces caverneux de son préo- percule et de ses sous-orbitaires. Il a onze vertèbres abdominales et quatorze caudales. M. Desmarest a représente un des individus de Cuba, dans sa première Décade iclitliyologi- que et dans le Dictionnaire classique d histoire naturelle, sous le nom d'ombrine Fournier; mais le gros barbillon de la symphyse n'y existe pas. Ainsi ce ne peut t'tre une ombrine. De plus , le dessinateur a fait la caudale trop ronde, et a négligé la tache de l'opercule. M. Poey nous apprend qu'on nomme cette espèce à la Havane corwina, qui est un des noms espagnols du corb. Elle y remonte les rivières, et y atteint le poids d'une livre. A Porto-Rico on la nomme corvino. C'est, selon M. Plée, un des poissons les plus com- muns sur la cote nord de cette île. Sa chair est peu estimée et se corrompt promptemeiit. 218 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. A Montevideo c'est corvina qui est en usage. C'est le poisson le plus commun du pays, selon M. d'Oibigny. On le pèche à la seine dans la baie, ou à la ligne de fond, lorsqu'on veut en avoir de gros. Il ne remonte pas plus haut que Buenos- Ayres, où l'on en prend quelques-uns dans les mois de Sep- tembre et d'Octobre. C'est la scihne operculaire de MM. Quoy et Gaimard. ^ Le MiCROPOGON ARGENTÉ. {Micropogon argenteus , nob.) Le Musée royal des Pays-Bas a reçu de Surinam un poisson extrêmement semblable au précédent par tous ses caractères de forme, et qui paraît cependant différer par l'espèce. Le bord montant de son préopercule n'a que peu de dentelures et très -courtes. Les deux épines de l'angle sont moins fortes; l'inférieure se dirige en avant : il est un peu plus élevé à l'endroit des pec- torales , et sa couleur est argentée, avec des stries obliques grisâtres, qui se terminent à la ligne laté- rale, et ne deviennent point verticales. Il y a des taches fauves sur le milieu des rayons de ses ven- trales et de son anale. D. î — 1/27; A. 2/8, etc. 1. Voyage de l'Uranie, zooIogiC; p. S/Jj. CHAP. VII. MICROPOGONS. 219 Lindividu est long de treize pouces. Ses viscères ne sont pas entièrement les mêmes que dans le précédent. Sa vessie aérienne se termine bien par une pointe aiguë, mais elle n'offre pas d'étranglement en arrière. Ses coines sont plus courtes et beaucoup plus grêles, et sa partie antérieure est plus renflée. L'estomac est un sac plus alongé et plus grand. Nous n'avons trouvé que huit cœcums au pylore. Le péritome est une membrane mince, transpa- rente, sans couleur propre. En dehors du péritoine il y a un sac musculo-libreux fort épais, qui enve- loppe tous les viscères ; il se compose sous les côtes de chaque côté du corps d'une masse jaunâtre, épaisse, qui n'offre de fibres visibles qu'à l'arrière de l'abdo- men. Ces fibres sont transversales , et pourraient servir à comprimer la vessie en se contractant : la partie antérieure ressemble plus à de la graisse con- crète. Une forte aponévrose s'attache à la tunique fibreuse de la vessie aérienne, sur sa partie anté- rieure. Le reste de la vessie est libre dans le sac. Une autre aponévrose réunit les deux masses sous le ventre, et forme ainsi une ligne blanche solide. Nous avons trouvé l'estomac rempli de petits poissons. Le MiCROPOGON ONDULÉ. {Micropogon undulatus , nob. 3 Perça undulata, Linn.) Nous n'avons de la troisième forme qu'un individu envoyé de la Noiivelle-Oiiëans par 220 LIVRE V. SCÏÉNOÏDES. M. Despiii\ ille , et très-semblable aux prëcë- dens; il s'en distingue cependant par un corps plus court, plus convexe du côté du dos, dont la hauteur n'est que quatre fois dans la longueur (sa tète n'y est que trois fois et demie); par sa première dorsale un peu moins haute ; par ses dentelures du bord montant du préopercule, moins nombreuses quà la première espèce, et plus mar- quées qu'à la seconde; enfin, par ses couleurs, n'ayant ni bandes verticales ni lignes obliques, mais seulement des taches brunâtres peu marquées, se- mées sur tout le dos. L'individu est long de treize pouces. L'œsophage de ce micropogon de la Nouvelle- Orléans est alongé; il se dilate en un estomac court, arrondi, et dont le diamètre est plus que double de celui de l'œsophage. La branche montante est plus étroite que l'œsophage : il y a neuf appendices au pylore. L'intestin est large, mais de médiocre lon- gueur ; il fait deux replis. La vessie aérienne est très-grande , arrondie aux deux bouts. Au milieu de l'extrémité postérieure sort une petite pointe courte et aiguë. De chaque coté, et aux deux tiers de la longueur de la vessie, on voit l'insertion de deux cornes grêles, qui remon- tent jusque sur la partie antérieure. La membrane fibro-musculeuse, qui adhère à la ligne médiane de la face dorsale, est très -épaisse dans les espèces de ce genre, ainsi que le corps glanduleux ou grais- seux qui recouvre toute la face interne de la par- tie musculeuse de cette membrane. Ce corps est CHAP. VII. MICROPOGONS. 221 plus gris que les fibres musculaires qui le recou- vrent. Ce poisson se prend dans le lac de Pont- Chartrain. Les colons fiançais de la Nouvelle- Orléans le distinguent par le nom expressif de grondin y qui en France appartient aux trigles, mais d'où Ton peut conclure que cette sciénoïde , comme les trigles , et surtout comme les grands pogonias, a la faculté de faire en- tendre quelque son. C'est bien certainement cette espèce qui est le croker de Catesby (t. II, pi. 3, fig. i). ^ Linnaeus cite cette figure sous son perça un- dulata, qui semble en effet devoir être aussi de cette espèce, surtout d'après les cinq dents qu'il lui remarque au prëopercule ; mais il paraît f avoir confondu avec le léiognathe , car c'est dans ce dernier seulement que se voit la tache noire au-dessus de la pectorale. La tournure et les couleurs de ces deux poissons se ressemblent assez pour cjue , ne les exami- nant point en détail , on ait pu les prendre l'un pour fautre. 1. Copié dans l'Encjclopédie (fig. 209). C'est la sciène croker de Bonnateire et de Lacépède (t. IV, p. Sog et 3i4)' LIVRE V. SCIÉNOIDES. DES SCIENOIDES A DORSALE SIMPLE, A SEPT RAYONS BRANCHIAUX. De même quil existe des poissons sem- blables aux perches, à la seule exception près que leurs dorsales sont réunies en une seule nageoire, il en existe aussi qui ne difFèrent des sciènes que parce que leur dorsale n'est ni complètement divisée, ni très- profondé- ment écliancrée; mais leur palais sans dents, leur tête souvent bombée et même quelque- fois caverneuse , les écailles qui s'avancent jusque sur leur museau, celles qui recouvrent leur opercule et une partie de leurs nageoires verticales, les pores dont leur mâchoire infé- rieure est marquée , et tout l'ensemble de leur structure, marquent leur afFuiité. Nous avons divisé ces poissons, en nous ap- puyant sur les mêmes caractères qui ont servi à diviser les perches. Des dentelures au préo- perculej des épines aux opercules, ou l'absence de l'une ou de l'autre de ces armures, et quel- ques détails dans les dents ; la forme de la tête, ou la composition des nageoires, nous ont suffi pour y établir des genres fort natu- rels, et tels qu'au premier coup d'œil on peut s'apercevoir de celui où il faut classer une CHAP. VIII. HÉMULOIVS. 225 espèce : mais nous les distribuons d'abord en deux grands groupes , d'après le nombre des rayons de leurs ouïes. Nos trois premiers genres en ont sept , comme presque toutes les sciènoïdes à dorsale divisée. CHAPITRE YIII. Des Rouge-gueules ou Gorettes {Hœmulon , nob.) On nomme ainsi dans nos colonies fran- çaises d'Amérique des poissons de cette fa- mille, auxquels leur mâchoire inférieure, com- primée et s'ouvrant fortement , donne une physionomie particulière, que lait remarquer encore davantage la teinte d'un rouge vif de la partie de cette mâchoire qai est recou- verte quand la bouche se ferme. C'est cette couleur qui a déterminé leur première déno- mination, et qui nous a fourni notre nom générique (d'a;//«j sanguis, et d'«Aov, gingù'a)-^ la seconde vient de quelque rapport de tonne que Ton a cru trouver entre leur museau et celui du cochon. Ces poissons se ressemblent beaucoup entre eux : ils ont à peu près la tournure des deU" 224- LIVRE V. SCIÉNOÏDES. tex. Leur corps est oblong, assez haut de la partie aiitéiieure, un peu comprimé; leur profil descend obliquement presque en ligne droite, et forme un museau assez avancé; leur sous-orbitaire, assez grand, mais non dentelé, couvert par la peau et les écailles, s'unit à la joue, comme dans les sciènes ordinaires, par une membrane commune, et forme ainsi un rebord, contre lequel se retire la mâchoire su- périeure, qui est d'ailleurs assez extensible. Les lèvres sont charnues. La mâchoire intérieure ne s'articule que sous l'œil, et prend, lorsqu'elle s'ouvre, beaucoup d'abaissement; ses branches ont une élévation comme une espèce de crête coronoïcle, qui rentre sous la mâchoire supé- rieure quand la bouche se ferme : sous sa symphyse est une petite fossette ovale, et un peu plus avant deux petits pores. Les dents aux deux mâchoires sont en velours , et en dehors en est un rang de plus fortes, parmi lesquelles il s'en trouve quelquefois qui ex- cèdent un peu les autres , mais beaucoup moins qu'aux deiitex. D'ailleurs, ce qui dis- tinguera toujours les gorettes des dentex, c'est que les premières, comme toutes les sciènes à dorsale unique et à sept rayons branchiaux, ont le préopercule dentelé. Les gorettes ne sont pas non plus sans ressemblance avec plu- CH.4P. VIII. HÉMULONS. 225 sieurs de nos mësoprions, et même leur préo- percule dentelé les en rapprocherait encore • mais labsence de dents à leur vomer et à leurs palatins les en distingue amplement. Leur opercule finit par deux saillies anguleuses , plates et obtuses, qui ne paraissent point au travers de la membrane; quelquefois même il est tout-à-fait arrondi. Leur palais n'a aucunes dents; leur langue est lisse, mince et très-libre; leurs ouïes sont médiocrement fendues. Il y a sept rayons à leur membrane; mais les trois derniers sont très-gréles. L'ëpaule n'a aucune dentelure, à peine voit- on un léger repli écailleux dans l'aisselle de la pectorale ; mais il y en a un triangulaire assez marqué sur celle de la ventrale. La dorsale est écliancrée, sans l'être cependant assez pour paraître dou- ble; ses épines sont fortes, et se cacbent en partie entre les écailles du dos. La deuxième épine de l'anale est forte. La caudale est four- chue et couverte de petites écailles, ainsi que les parties molles de l'anale et de la dorsale; et cette circonstance est ce qui distingue le mieux ces gorettes des pristipomes. La pec- torale est pointue et assez grande. La ventrale naît à peu près sous sa base, mais ne la dé- passe point. Les écailles du corps sont grandes; il y en a environ quinze sur une ligne verti- 5. i5 226 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. cale et cinquante sur une ligne longitudinale, en ne comptant pas celles de la caudale , qui deviennent rapidement plus petites ; leur forme est plus large que longue, très-finement den- telée au bord, qui est plutôt un peu mat que véritablement âpre. Leur partie radicale a quatorze ou quinze petits sillons parallèles et courts, qui y forment autant de créneïures. Les écailles ne manquent quaux lèvres et sur le devant du museau, à compter des yeux ; il y en a sur une grande partie du sous-orbi- taire et de la mâchoire inférieure. La ligne latérale se marque par deux ou trois petits tubes en éventail sur chaque écaiile. Telle est la description extérieure qui con- vient presque à toutes les espèces. Quant à l'intérieur, elles ont un estomac petit, étroit comme un boyau et à cul-de-sac pointu; sept appendices cœcales longues et grêles 5 un intestin à deux replis, légèrement renllé à lorigine du rectum ; un foie grand , à deux lobes presque égaux, très -pointus, qui descendent jusqu'au' quart inférieur de labdomen; une vessie natatoire aussi longue que l'abdomen, assez large, simple et médio- crement épaisse. Leur squelette a les os de la tête caver- neux, comme dans les sciènesj mais les fos- CHAP. VIII. HÉMULONS. 227 settes de la partie supérieure ont leurs l)ords moins relevés, ce qui rend la ligne du profd plus droite et même un peu concave, à cause de l'élévation de la crête sagittale. La base de leur crâne est convexe, et a de grandes ca- vités pour les pierres de roreiile. Il y a à leur épine dix vertèbres abdominales et seize cau- dales; leurs cotes sont de force médiocre, et munies cliacune d'nne appendice. Pour compléter maintenant Thistoire de ces poissons, il suffit presque de décrire leurs couleurs. Leurs deux plus belles espèces sont celles qui portent plus particulièrement à la Martinique les noms de gorette ou de gueule- rouge. La GORETTE ÉLÉGANTE. {Hœniulon elegans, nob. ; Antliias formosus , BL, pi. 325.) L'une d'elles est toute entière d'un jaune d'or très-, vif, et a de chaque côté sept ou huit lignes argentées ou d'un bleu d'acier bruni, lisérées de brun. Celles du côté du dos sont plus rapprochées et plus irré- gulières : vers le ventre elles s écartent davantage, et le ventre même n'en a pas. Ces lignes se prolon- gent sur l'opercule et sur le museau au-devant des yeux : les supérieures s'unissent à leurs correspon- dantes sur la tête; les autres se prolongent jusqu'au bord des sous-orbitaires : il n'y en a point sous la 228 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. gorge ni sous la poitrine. Les lèvres, la membrane des ouies et le dessous de la mâchoire inférieure sont légèrement bleuâtres. La partie interne de la lèvre et la partie voisine des gencives sont d'un rouge vif, qui se change en avant en orangé : l'intérieur de la bouche est rouge pâle. Les nageoires impaires sont olivâtres, les ventrales orangées, les pectorales rosées. Cette description des couleurs est prise d'un indi- vidu envoyé de la Martinique par M. Achard, et ar- rivé presque frais. Voici à peu près les proportions de ce poisson. La longueur de sa tête égale la hauteur de son corps, et approche d'égaler le tiers de sa longueur totale. Son œil est un peu plus près de l'ouie que du bout du museau. Sa bouche, fendue au bout du museau, s'étend jusque sous le bord antérieur de l'orbite. Les deux ouvertures de la narine sont près de l'orbite, et voisines l'une de l'autre : la postérieure un peu plus haute et un peu plus grande que l'anté- rieure. La ligne montante du préopercule est verti- cale; rinférieure horizontale. Son angle est arrondi. La dorsale a douze épines fortes et pointues, peu inégales, un peu supérieures au tiers de la hauteur du corps. L'échancrure qui la sépare de la partie molle, est peu marquée : celle-ci est de peu de chose plus courte que la partie épineuse, et a seize rayons assez égaux. L'anale commence un peu plus en ar- rière que cette partie molle , et est un peu plus haute; elle a trois épines, la première courte, la seconde et la troisième longues et fortes, surtout la seconde ; il y a neuf rayons mous. La caudale a dix- CHAP. TIII. HÉMULONS. 229 sept rayons et est demi-fourchue : son lobe supé- rieur est un peu plus long. On compte seize ou dix- sept rayons à la pectorale, et à la ventrale, comme à l'ordinaire, une épine et cinq rayons mous. D. 12;16j A. 3/9; C. 11; P. 17; V. 1/5. Les dents un peu plus fortes que les autres sont en avant, au noml)re de dix à la mâchoire supérieure et de six ou huit à l'inférieure; la troisième de chaque côté en haut est la plus grande. Chaque mâchoire a un voile qui rentre en dedans et est charnu et papilleux. Ce poisson a ëte fort bien décrit et repré- senté par Bloch (pi. 323). Il l'appelle antidas fonnosus ; mais le caractère de ses antliias ne s'y trouve pas, non pins cjue dans les autres gorettes, puisqtie le dessus du museau et le maxillaire nont point d'écaillés. L'épithète qu'il lui donne n'est pas moins fautive : elle tient à ce qu'il le confond avec le perça for- mosa de Linnaeus, ou le poisson de Catesby (t. II, pi. 6, lîg. i), qui est l'espèce suivante. Il croit aussi que c'est le marack de Renard (t. I, pi. 20, n.° 110); mais cette mauvaise ligure est plutôt notre diacope octolineata. Bloch avait reçu son individu de l'ile de Sainte-Croix par le docteur Isert. Les nôtres ont été envoyés de la Martinique par M. Plée et par M. Achard. Ils sont longs de sept à huit pouces. M. Plée nous apprend qu'on en pèche 250 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. toute rannée autour de cette île , et que les plus gros ne pèsent pas plus de deux livres. Nous en avons reçu récemment de Porto- Rico avec les collections de M. Plée; ils por- tent dans cette île le nom de ronco ^ qui appartient aussi à un corb. A Saint-Domingue , d'oii M. Ricord nous en a aussi apporté plusieurs, on les nomme crocro Queiile-roii^e; ils sont communs dans la ])aie du Port-au-Prince , et servent à la nourriture du peuple. La BELLE GORETTE. {Hœinuloii formosum, noL. ; Perça formosa, L. ; Labre Plumiérien , Lacép. ) Notre seconde espèce ressemble entière- ment à la première pour les formes, les nom- bres des rayons et tous les détails qui ne dépendent pas des couleurs ; aussi porte-t-elle les mêmes noms à la Martinique , d'où M. Plée nous en a envoyé plusieurs individus. A Saint- Domingue , oii elle est très-commune, on la nomme crocro doré. Elle a aussi des lignes couleur d'acier et lisérées de brun, sur un fond plus ou moins doré; mais ces lignes ne régnent que sur la tête, et ne dépassent point en arriére la fente des ouies : elles sont aussi plus nombreuses. Sur la tête du précédent l'on n'en CHAP. VIII. HÉMULONS. 251 compte en tout que neuf de chaque côté, tant com- plètes qu incomplètes. Dans l'espèce actuelle il y en a douze. Le reste de son corps est entièrement d'un gris doré, sans lignes et sans autre variété que le bord un peu mat de chaque écaille. D, 12/16; A. 3/9; C. 17; P. 17; V. 1/5. Catesby a représenté assez exactement ce poisson (t. II, pi. 6, fig. i). Il rappelle griintj qui est aux Etats-Unis un nom cie labre ou de pogonias, et se rapporte surtout au murmure que le poisson tait entendre. Le docteur Gar- den l'envoya ensuite à Linnaeus sous le nom de squirrel-Jisliy d'où est venu celui (ïécu- 7'eiiil que Bonnaterre Itii a donné , et que Bloch a aussi afl'ecté à l'espèce précédente. Didiamel en a figuré la téte% et assure c[u'on le désigne spécialement à la Guade- loupe sous le nom de goret barré, par oppo- sition avec quelqu'une des espèces suivantes, qui s'y nomme goret doré. Mais le père Plumier l'avait dessiné bien avant Catesby et Duhamel; son dessin, copié par Aubriet et intitulé lahrus auro-cœruleiis Plumieri, a passé dans l'ouvrage de M. de Lacépède (t. III, pi. 2, fig. 2), et y est de- venu (p. 480) le labre Pliuniérieii. 1. Pêches, 2.* part.; sect. 4? pï- n? fig- 2. 252 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. 11 nous paraît même que c'est le giiaibi- coara de Margrave (i). i63), que les Portugais nommaient hiiraco (la vetra. La description des couleurs s'y accorde entièrement; mais la figure placée auprès de cette description n'y appartient pas. D'après la vérification que nous en avons faite sur les recueils du prince Mau- rice, c'est celle du capeuna (décrit p. i55), et l'on a mis la vraie figure du ^uaibi-coara à la description du capeuna. C'est un qui pro quo dont il y a d'autres exemples dans l'ou- vrage de Margrave, €[ui, ainsi que nous l'avons vu dans 1 Histoire de llchtyologie, n'a pas été publié par lui-même. Duhamel nous apprend {I.c.^ p. 62) que ce poisson vit de menuise, de varech et de limonj que sa chair est blanche, mollasse et exige beaucoup d'assaisonnemens. Nos individus de la Martinique ne passent pas un pied , et M. Plée nous assure qu'on n'y en pêche pas de plus grands. Nous en avons reçu de la même taille de Saint-Domingue. Selon la note écrite sous la figure du prince Maurice, il arrive à la taille dîme carpe. Margrave assure qu'il est bon à manger, et dit qu'on le prend parmi les roches. CHAP. YIII. HÉMULONS. 255 La GORETTE CANNE-CANNE. {Hœmulon canna, nob. ) Notre troisième espèce se nomme vulgaire- ment à la Martinique canne- canne ; on lui donne aussi le nom de chaponne , qui appar- tient proprement à notre lieterodon. Sa léte est un peu plus petite à proportion , et sa bouche moins fendue qu'aux deux premières ; ses dents antérieures excèdent moins les autres ; mais ses nombres de ravons et ses autres détails sont les mêmes : elle est d'une couleur argentée , et toute rayée obliquement de brun doré; on compte de chaque côté quinze ou seize de ces larges lignes brunes, dont quelques-unes se rejoignent ou offrent quelques autres irrégularités, mais dont l'ensemble marche d'arrière en avant en descendant un peu : elles ne s'étendent pas sur la tète ni sur la poitrine; et il n'y en a point tout-à-fait sous la queue. Les bords des écailles paraissent couleur d'acier. Les na- geoires ont été plus ou moins orangées ou brunes. Cette espèce est plus rare à la Martinique que les précédentes. On l'y pêche à la nasse dans les cayes ou savannes du bord de la mer. Il n'y en a pas de plus d'une livre et demie. 234 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. La GoRETTE DE Buénos-Ayres, {Hœmulon honariense , nob.) Nous avons reçu de Buenos- Ayres, par les soins de M. Bâillon, une quatrième espèce, très-semblable à la canne -canne par les quinze ou seize larges lignes dorées, qui se dessinent sur un fond argenté, mais dont les dents sont toutes petites et égales; et qui a un ou même deux rayons de moins à la dorsale et à l'anale. Ses nageoires paraissent avoir été brunes. D. 12/14 5 A. 3/8. L'individu n'a que cinq pouces. La GoRETTE A NAGEOIRES JAUNES. (Hœnmloii ocantJiopteron , nob.) Nous avons reçu de la Martinique un hœ- mulon dont on n'a pu nous dire le nom, qui a les mêmes nombres de rayons que le bona- riense , et à chaque mâchoire une rangée de dents coniques et poiniues, dont les antérieures d'en haut sont plus grandes que les autres, et un peu cro- chues. Plus en arrière, mais toujours aux mâchoires, il y a une bande de dents en gros velours, qui ne s'étend pas beaucoup sur les côtés. La deuxième et la troisième épine de l'anale sont irès-fortes. B. 1 ; D. i:/14 ; A. 3/9 ; C. 17 ; P. 18; V. 1/5. Ce poisson, dans son état sec, montre encore des CHAP. Vin. HÉMULONS. 255 lignes obliques de couleur d'acier bruni, sur un fond plus ou moins doré. La ligne latérale est brune, et il y a deux lignes de même couleur au-dessus et une au-dessous, qui lui demeurent parallèles. Ses pectorales paraissent avoir été jaunes. L'individu est long de treize pouces. La GORETTE CHAPONI\E. {Hœmulon heterodon , nob.) La chaponne de la Martinique , qui sera notre sixième espèce , ressemble à la canne- canne par ses couleurs 5 cependant ses lignes dorées sont moins nombreuses et tranchent moins sur le fond , et elle a de plus un caractère notable dans quelques-unes des dents laté- rales de sa mâchoire supérieure près de la commis- sure, qui sont plus longues que les autres, et s'écar- tent un peu en dehors. On aperçoit bien dans les précëdens quel- que tendance à cette disposition, mais elle y est beaucoup moins marquée j c'est ce qui nous l'a fait nommer heterodon. Sa dorsale et son anale ont leur partie molle en- tièrement, écailleuse ; la caudale l'est aussi, excepté un ruban le long du boid postérieur. D. 12/14; A. 3/8, etc. Sa chair passe à la Martinique pour excel- lente. 2o6 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le même poisson est arrive de Cuba à M. Desmarest, qui la bien voulu remettre au Cabinet du Roi. 11 l'a décrit et représenté dans le Dictionnaire classique d'histoire na- turelle sous le nom de diahase rayée de jaune. M. Poey nous en a donné un dessin, et nous apprend qu'à la Havane on l'appelle condejiado. Il s'en trouve dans les dernières collections de M. Plée sous le nom de sarde grise; mais je crois que c'était une erreur: la vraie sarde grise est un mésoprion. La GORETTE A TACHE A LA QUEUE. {Hœmidon caiidimacula, nob.) Il y en a au Brésil une septième espèce, assez semblable aux deux précédentes par les lignes brunâtres obliques qu'elle porte sur un fond argenté ou doréj mais ces lignes sont au nombre de dix-sept ou dix-huit : et il y a de plus une petite tache noire de chaque côté sur la nais- sance de la caudale. Les nageoires ventrales et anale sont noirâtres. D. 12/16 ; A. 3/ï , etc. Nous en trouvons une figure dans le re- cueil du prince Maurice , intitulée acara- pitatiga., qui a été copiée, mais assez mal, dans Margrave (p. 177); elle y est nommée uribacoj, et sa tache noire y est portée beau- CHAP. VIII. HÉMULONS. 257 coup trop en avant et sous la fin de la cau- dale : ce nom à'uribaco dans le recueil du prince est inscrit sous la ligure de notre pris- tipome rodo. Le diahasis Parrœ de M. Desmarest, dans sa première Décade iclityologique et dans le Dictionnaire classique d'histoire naturelle, ne nous a point paru différer de cet hœniiilon caudimacula; seulement son dessinateur, par- mi les individus dont il pouvait disposer, a pris pour modèle celui oii les lignes obliques et la tache étaient le plus effacées, et les a entièrement omises dans la figure. La GORETTE RAYÉE DOR. {Hœmulon auroUneatuin , nob.) Notre huitième espèce est aussi du Brésil, d'où elle a ëtë apportée avec la précédente par M. Delalande, et de Saint-Domingue, où M. Ricord en a recueilli plusieurs individus. Sa gueule s'ouvre plus encore que dans les deux premières, et il règne des dents pointues et un peu plus longues tout autour de ses deux nicàchoires; son museau est un peu plus court à proportion , et son corps moins haut que dans les précédentes : elle a une épine de plus à sa dorsale, c'est-à-dire treize. Sa couleur est argentée, et elle a des lignes dorées suivant exactement la direction longitudi- 258 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. nale, et non pas obliques comme celles de la clia- ponne et de la canne-canne. La première et la qua- trième de ces lignes, qui sont l'une au-dessus et l'autre au-dessous de la ligne latérale, à peu près à égale distance, et dont la quatrième se termine à l'orbite, sont plus larges que les autres. On voit une tache brune sur la racine de la caudale. Les nageoires sont d'un gris jaunâtre. Le rouge de la gencive se conserve long-temps dans l'esprit de vin. D. 13/15; A. 3/8, etc. Nos individus sont longs de six à sept pouces. A Saint-Domingue on la nomme ci'ocro, sans aucune autre épillicte. La GORETTE A QUATRE LIGNES, OU CrïCRI. {Flœmulon quadrilineatum , nob. ) M. Ricord nous en a rppportë récemment de Saint-Domingue une neuvième espèce, que nous appellerons quadrilineatum ^ parce qu elle a quatre lignes longitudinales ; une venant du bout du museau et marcliant au-dessus de la ligne latérale- la seconde du haut de l'orbite et suivant cette ligne : ces deux-là sont brunes ; la troisième est dorée, et va du milieu de l'orbite sous la ligne latérale qu'elle rencontre vis-à-vis l'anale, et suit alors jusqu'à la queue; la quatrième part de la pectorale, et règne jusqu'à la caudale : elle est dorée et plus large que les autres. Entre le dos et la CHAP. VIII. HÉMULONS. 259 première brune , il y en a une plus courte ; et entre cette première et la seconde une autre , qui se perd au-dessus de la pectorale^ enfin, il y en a une im- paire, qui commence sur le bout du museau et finit au pied du premier rayon de la dorsale. Ces lignes régnent sur un fond argenté, un peu teint de gris vers le dos. Sa dorsale est d'un gris brun; sa cau- dale brune; ses auti-es nageoires blanchâtres. Cette espèce est plus alongée que la plupart des précédentes, et a la tête courte, la bouche moins fendue, et le profil légèrement bombé. Ses dents sont très -fines et très -égales. D. 13/14 5 A. 3/8, etc. Nos individus sont longs de six à sept pouces. On iiomnie ce poisson à Saint-Domingne cricri : il n'est pas rare dans la jjaie du Port- an-Prince; sa chair y est estimée. C'est ici , selon toutes les apparences , le capeuna dont Margrave donne la description (p. i55), mais dont la ligure a ctë placée par inadvertance (p. i63) à l'article dti ^uaibi- coara , tandis que celle de ce dernier, qui QSlXhœinulon formoswn j, est annexée à l'ar- ticle du capeuna. Cependant cette figure , ainsi que l'original du prince et la description de Margrave , n'in- diquent que les deux lignes dorées; mais les lignes brunes peuvent avoir été négligées. Margrave dit que l'on prend ce poisson 240 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. parmi les roches, et quil est de bon goût. Le prince se borne à marquer sa taille , qui est d'un demi-pied. Blocli a fait de ce capeuna son graniniistes trivittatus^, et M. Lichtenstein ^ propose de l'appeler serranus capeuna; mais la seule cir- constance de la couleur de sang, attribuée par Margrave à Tinlérieur de la bouche, nous prouve que c'est une gorette. La Gorette a nageoires fauves. (^Hœinulon chrjsopteron, nob.; Perça chrjsoptera, Linn.j Lutjan chrjsoptère, Lacép.) Notre dixième espèce a été envoyée de New-York par M. Miibert, et nous paraît la même qui a été représentée par Catesby (t. II, pi. 2 , fig. i), et dont Linnseus a tait son perça chrjsoptera. Elle ressemble un peu aux premières pour la hauteur du corps; mais elle tient de la cinquième par ses treize épines dorsales , et par la grande ouverture que peut prendre sa gueule. Les grandes dents y sont sar une rangée, et à peu près égales, surtout aux côtés de la mâchoire inférieure; mais en avant de cette mâchoire il n'v en a qu'en ve- lours. Sa couleur est argentée, légèrement teinte de 1. S^-st. posth., p. i88. •2. Mémoires de J'Académle de Berlin (1820 et 1821), p. 288. CHAP. VIII. HÉMULONS. 211 doré comme par reflets , qui forment des appa- rences fugiiives de lignes longitudinales au museau, et le long du dos l'argenté se change en brunâtre. Les nageoires paraissent avoir été plus ou moins brunes , excepté les ventrales , qui nous semblent avoir été orangées ou jaunâtres. La figure qu'eu douue Catesby est assez bieu dessillée, et exprime surtout très-bien la disposition de la bouche , propre à ce genre; mais la couleur générale en est trop bleue. La GORETTE BLANCHE. {Hœmulon album, nob. ) A ce groupe naturel des hémulons appar- tient encore une grande espèce que 31. Plée avait prise à Saint-Tlioraas, et qui s'est trou- vée dans ses collections. Ses formes sont celles de tout le sous-genre. Elle n'a point de dents canines. Une rangée de dents coniques, serrées, assez petites, règne autour des mâchoires. Dans leur portion mo^ enne il y a une bande large de dents en velours derrière ces dents coniques. Celles du milieu de la mâchoire infé- rieure sont si petites, qu'elles se confondent avec le velours qui est derrière. Les dentelures de son préopercule sont d'une finesse extrême, et c'est à peine si l'on aperçoit une légère saillie en angle très -obtus à son opercule. D. 12/16 j A. 3/y; C. 17; P. 18; V. 1/5. 5. i6 242 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Tout ce poisson est d'un blanc argenté mat. îl devient plus grand que les autres hému- lons : nous en avons un ëcliantillon de deux pieds de long. Sa chair est estimée. On le nomme à Saint-Thomas et dans les Antilles françaises sarde blanche , à cause de sa res- semblance de forme et de taille avec certains mësoprions. La GoRETTE DE Broussonnet. (Hœmulon chromis, nob.; Perça chromis, Brouss.) Il s'est trouvé enfin dans la collection de Broussonnet un hémulon de la Jamaïque, intitulé perça clironns, qui paraît avoir été d'une couleur uniforme, soit argentée, soit plus ou moins dorée, avec une tache brune dans chacun des intervalles des épines de sa dorsale. Du reste il a beaucoup des caractères de l'hémulon blanc : ses dents sont semblables ; son opercule aussi obtus; le préopercule a de très- fines dentelures, mais bien marquées; eniin, l'on compte encore un rayon mou de plus à sa dorsale. D. 12/17; A. 3/7, etc. L'individu est long de six pouces. CHAP. IX. PRÏSTIPOMES. 245 CHAPITRE IX. Des Pristipomes {Pristiporna, nob.). Les pristipomes réunissent à une dorsale unique la plupart des caractères que nous avons observes dans les autres sciénoïdes : un prëopercule dentelé ; les angles de 1 opercule émoussés ou disparaissant dans sa membrane; les dents en velours , dont le rang externe est d'ordinaire plus fort; des pores sous Textré- mité de la mâclioire inférieure, savoir, deux petits en avant, et une fossette sous la sym- plî3se, comme dans les gorettes ou liému- lons, dont ils se distinguent par leur mâchoire moins pendante, et surtout par leur dorsale et leur anale sans écailles. Quant aux lobotes, les pristipomes en diffèrent par ces mêmes pores j par les sept rayons de leurs ouïes, parce que leur museau n'est pas plus court que leur mâ- clioire inférieure, et parce que leur dorsale et leur anale ne se portent pas de même vers la queue. Enfin, ils se distinguent des diagrammes, parce que dans ceux-ci c'est de quatre ou six gros pores que la mâchoire inférieure est mar- quée , et non pas de deux petits pores et d'une fossette. Bloch les avait laissés, les uns 244 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. avec ses holocentres, les autres avec ses perça; enfin, quelques-uns parmi ses lutjans, aux- quels, cl après les caractères qui leur sont as- signés, ils auraient tous dû appartenir, mais où ils se seraient trouvés péle-méle avec des crénilabres, des gorettes, des mésoprions, etc. Les rapports de ces poissons avec les sciènes sont d'autant plus marqués, qu'il y en a dont on raconte expressément qu'ils ibnt entendre un bruit, un grondement, connue on le sait d'un grand nombre de sciènes. Leur nom signifie opercule en scie (de TïÔûixoc, couvercle, et de tt^/o-t/s-, scie). Le Pristipome kaakan. {Pristipoma kaakan, nob.) Plusieurs de ces pristipomes ont encore la partie épineuse de la dorsale assez élevée à la partie antérieure , et séparée de la molle par une légère échancrure ; toile est l'espèce qui se nomme kaakan à Pondicliéry, d'où elle nous a été envoyée par M. Leschenault. C'est un poisson oblong, dont la longueur de la tête, égale à sa hauteur aux pectorales, est trois fois et demie dans sa longueur. Sa bouche n'est pas fen- due jusque sous Foell. Ses dents sont en velours serré, et le rang extérieur ne dépasse pas beaucoup l'autre. Le sous-orbitaire, grand et sans dentelure, CHAP. IX. PRISTIPOMES. 24iS s'unii par ses écailles avec la joue. Le préoperculc a son limbe très-large vers l'angle, qui est arrondi et proéminent en arrière : le bord antérieur de ce limbe fait une saillie obtuse autour de la joue; le postérieur est un peu en arc concave , dentelé à dentelures courtes , pointues , un peu plus écartées et plus larges vers l'angle : elles descendent aussi au bord inférieur. L'opercule est obtus , sans pointe sensible : il y a sept rayons à la membrane des ouies. Les os de l'épaule ne montrent aucune dentelure, si ce n'est quelques vestiges au scapulaire. Les pectorales sont pointues, et comprises un peu plus de quatre fois dans la longueur totale. Les ven- trales, également longues et pointues, ne dépassent point les pectorales. Les épines dorsales sont fortes, comprimées; elles se replient dans la rainure du dos : la première est très-courte; la seconde un peu moins; la troisième, la quatrième et la cinquième sont les plus longues, La quatrième a moitié de la hauteur du corps. Elles diminuent jusqu'à la onzième, qui est moindre que la deuxième; la douzième, qui vient après l'échancrure, se relève un peu. Il y a quatorze rayons mous, à peu près égaux et doubles de cette onzième épine. La première épine anale est courte; mais la seconde est énorme, surtout en grosseur, et striée longitudinalement à sa face antérieure : elle a les deux tiers de la hauteur du corps au-dessus d'elle, ou moitié de la hauteur aux pectorales. La troisième est beaucoup glus grêle, et n'a que les deux tiers de la longueur de la seconde ; elle est suivie de sept rayons mous. La caudale est coupée un peu en 246 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. croissant ; son lobe supérieur est un peu plus sail- lant : elle a des écailles sur la moitié de sa base ; il n'y en a point sur les autres verticales. Les nombres des rayons sont donc : D. 12/14; A. 3/7; C. 17; P. 16; V. 1/5. Les écailles sont grandes et disposées fort régu- lièrement : on en compte trente- six sur une ligne longitudinale jusqu'aux petites de la caudale, et treize ou quatorze sur une ligne verticale. Leur surface est striée en rayons, mais si finement qu'il faut une forte loupe pou»' s'en apercevoir. La ligne latérale est pa- rallèle au dos; elle se marque par une saillie sur la base de chaque écaille. Nos individus desséchés paraissent blanchâtres et argentés. La base de leurs écailles est sablée par de petits points bruns très-fins et serrés. Vers le dos la couleur se rembrunit un peu, et de petites taches brunâtres y paraissent semées assez irrégulièrement. Sur la membrane de la dorsale sont des suites de taches, qui y forment des bandes. Les autres nageoires sont jaunâtres. Le bout de la caudale est teint de noirâtre. Ce poisson atteint vingt pouces ou deux pieds de longueur. De cette grandeur on ne le pèche que dans la mer. Il est hon à manger. Mais il vient dans la rivière d'Arian-Cou- pang des individus plus petits, et qui passent pour les jeunes de la même espèce. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 247 Leur forme est semblable, ainsi que les nombres et les rapports de leurs rayons; mais ils n'ont pas de points sur leurs écailles. Les taches de leur dos sont plus grandes et forment des séries plus régu- lières, des espèces de lignes. M. Dussumier a rapporté de Malié un pois- son entièrement pareil à ces jeunes kaakan, si ce n'est quil y a un peu de noirâtre à l'angle de son opercule. Le Pristipome pique. {Pristipoma hasta , nob. ; Lutjan pique- Lacep.j Lutjanus hasta, Bl.) La mer des Indes produit un poisson très- semblable à ce kaakan, et qui en diffère ce- pendant par l'espèce , en ce que son profil est un peu plus bombé, son œil un peu plus grand, ses taches plus grandes et plus prononcées ; mais surtout en ce que l'échan- crure de sa dorsale est moins profonde. La onzième de ses épines étant presque égale à la douzième. Ses nombres sont d'ailleurs les mêmes. D. 1-2/14 ; A. 3/7 , etc. M. Raynaud vient de nous le rapporter de Batavia. On le trouve aussi à la côte de Ma- labar, d'où M. Bélenger nous l'a envoyé sous le nom de chialla. Il nous parait que c'est un individu de cette espèce que Blocli a fait 248 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. représenter (pi. 246, fig. 1) sous le nom de lutjamis hasta \ Il le croyait venu du Japon; mais on sait combien ceux qui lui vendaient des poissons secs en Hollande, l'ont souvent trompe sur leur origine. Ce que nous avons pu voir de l'anatomie du pris- llpome pique, nous a offert un estomac petit, un foie mince, un lobe pointu, ne dépassant pas la pointe de l'estomac, tt une vessie aérienne simple, ovale, d'un beau blanc laiteux mat, sans aucun reflet argenté. Le péritoine est blanc. Dans le squelette la tète est garnie d'autant de petites brides osseuses et montre autant de cellules que dans aucun corb ou johnius. La base de son crâne est aussi fort renflée. Il y a dix vertèbres ab- dominales et seize caudales : deux interépineux sans rayons précèdent celui de la première épine dorsale. Ses dents pharyngiennes sont obtuses. Le PrxiSTiPOME a taches dorées. {Pristipoma chrjsohalion , K. et V. H.) Les jeunes voyageurs hollandais , dont nous avons si souvent occasion de rappeler la mé- moire , ont envoyé au Musée royal des Pays- Bas un pristipome très-sem])lable au kaakan et au hasta y Gris sur le dos, doré au ventre, marqué au-dessus 1. Lutjan pique , Lacépèdej t. IV^ p. 22g. CHAP. TX. PRISTIPOMES. 249 de la ligne latérale tle deux raies longitudinales brunes, et au-dessous d'une petite tache de couleur d'or sur chaque écaille. La dorsale est grise, toute semée de points noirs. Il est long de sept pouces. Ses nombres de rayons sont les mêmes qu'au kaakan et qu'au hasta. D. 12/14; A. 3/7; C. 17; P. 14; V. 1/5. Le Pristipome nageb. {Pristipoma argenteum, nob. ; Sciœna argentea, Forsk. ; Pomadasis argenté, Lacép.) M. Ehrenberg a rapporté de la mer Rouge un pristipome encore très-semblable au kaa- han, mais qui a le museau un peu plus pointu, les épines dorsales plus grêles et un peu plus longues, la troi- sième de l'anale presque aussi longue que la deuxième, les écailles plus petites : on en compte plus de qua- rante sur une ligne longitudinale. Au lieu de taches rangées en série, son dos est semé de petits points bruns , qui s'effacent à la ligne latérale. Un de nos individus a à la dorsale treize épines et treize rayons mous; l'autre douze épines et quatorze rayons mous. Ce dernier a la deuxième épine anale plus grêle : du reste, leur ressemblance est complète. Leur longueur est de sept et de cinq pouces. Les viscères étaient en mauvais état, ils ne doi- vent pas beaucoup différer de ceux du pristipome pique. La vessie aérienne est de même forme, mais un peu moins blanche. 250 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. M. ElireiiLerg regarde avec raison ce pois- son comme le sciœn a argent ea de Forskal,le na^eb on nagem des Arabes. Sa couleur, dit Forskal (p. 5 1 ) est argentée j la moi- tié supérieure de son corps est semée de gouttes noires; ses préopercules ont des dentelures vers le bas; sa caudale est légèrement bifide; la deuxième épine de son anale est forte. Tous caractères qui s'accordent très -bien avec nos individus; à quoi il faut ajouter des nombres fort semblables de rayons. B. 7 ; D. 1^/15; A. 3/9; C. 16; p. 16; V. 1/5. M. de Lacepède , trompé par Texpression dentés nndii , densi, setacei mobiles, dont Forskal se sert pour rendre les dents en ve- lours placées derrière le premier rang , que lui-même indique par les mots très- exacts ordo extiniiLS majora incurviis , a été induit à croire ce poisson de la famille des chéto- dons, et en a fait son ^eiwe pomadasis\ qui ne peut pas être conservé. Le Pristipome de Jubelin. {Pristipoma Jubelini., nob.) 11 y a dans le Sénégal un pristipome extrê- mement semblable à ce nageb 1. Fomadasis argenté, Lacepède, t. IV, p. 5i6. CHAP. IX. PPJSTIPOMES. 251 par les formes, et par les petits points bruns semés sur son clos; mais dont le museau est encore un peu plus pointu, le sous-orbi taire presque sans écailles, la dorsale aussi ëchancrée et armée d'épines aussi fortes qu'au kaakan , et qui se distingue surtout parce que sa troisième épine anale est presque aussi grosse que la seconde, quoique moins longue. Enfin, il a seize rayons mous à la dorsale. D. 12/16 5 A. 3/8, etc. Nos individus sont longs de neuf pouces. Nous les devons , ainsi que beaucoup d'au- tres poissons intéressans, aux soins éclaires de M. Jubelin, gouverneur de cette colonie. Les habitans nomment ce poisson carcar ou crocro , comme d'autres sciénoïdes sont nommées en Amérique, et probablement pour la même raison, à cause du bruit qu'il fait en- tendre. Sa chair est délicate, et il vit également dans l'eau douce et dans l'eau salée. Feu Adanson avait déjà recueilli cette es- pèce à Gorée , oii de son temps on la nom- mait coroi. Il s'en trouve au Cabinet du Roi un individu desséché, provenu des collections de ce naturaliste. Le foie de ce prislipome est très-mince. Son lobe gauche se prolonge en une lame triangulaire et très- pointue jusqu'auprès de l'anus. Le lobe droit est très- court et arrondi. 252 tiVRE V. SCIÉNOÏDES. L'estomac est grand, un peu étranglé en arrière. La branche montante est courte et naît sous le bord du foie , presque sous le diaphragme : il y a six ap- pendices longues et grêles au pylore. L'intestin est très-court, et se replie deux fois sous l'estomac. La vessie aérienne est grande, simple, à tunique argentée, fibreuse. L'estomac contenait des larves de libellule et d'autres débris d'insectes. Le Pristipome Commersonien. {Pristipoma Cominer sonii, noh.-^ Labre Commer- sonien et Liitjan microstome , Lacép.) Il existe dans les papiers de Commerson un dessin qui a elë gravé deux fois dans l'ou- vrage de M. de Lacëpède : la première fois (t. III, pi. .23, fig. i) sous le nom de labre Commej^sonierL' (p. 43i et 477)5 ^^ seconde fois (t. lil, pi. 34, lig. 2) sous celui de lutjan mici^ostome' (t. IV, p. 181 et 216). Son éti- quette aspro arméniens nigro-guttatiis, etc. , ne paraît heuretisement pas avoir fourni, comme tant d'autres, une troisième espèce factice; mais elle nous a fait remonter à sa 1. Les caractères du labre Commersonien (p. 43i ), et notam- ment les tlix-sept rajons mous de sou anale, sont pris de la figure (pi. 23) qui avait été estropiée par Descve. 2. Les caractères du labre microstome (p. 181) sont pris de l'autre copie, aussi faite par Desève, et un peu plus conforme à l'original 5 encore rend-elle très-mal les aiguillons de l'anale. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 255 description contenue dans les manuscrits de Commerson , que nous devons à M. Hammer et dont M. de Lacépède n'avait pas eu con- naissance. On le trouve, dit le savant voyageur, aux embouchures des petites rivières de la partie sud de Madagascar. L'individu décrit ne pe- sait que cinq à six onces, et n'était long que de huit à neui pouces; mais il y en a de bien plus grands et qui pèsent jusqu'à deux livres. Sa couleur est d'un beau blanc argenté, semé de taches d'un brun noirâtre mal terminées j le ventre seul n'en a point. La dorsale, l'anale et la caudale sont brunâtres, et les autres nageoires blanchâtres ou transparentes. Les dénis sont très-petites, comme une lime. Le bord du préopercule est dentelé : on ne voit pas d'épine sensible à l'opercule. L'échan- crure de la dorsale est très-profonde. Les pectorales sont longues et pointues. La première épine anale est très-courte; la seconde très-longue, très-forte; la troisième beaucoup moins. La caudale est fourchue. B. 7; D. 10^16; A. 3^9; P. 17; V. 1/5. Cette description, ainsi que la figure, ré- pondrait fort bien aux deux espèces que nous venons de décrire, et nous serions même tentés d'y voir un de nos nagebSj, sans la différence considérable des noml^res des rayons (dix épi- neux et seize mous), qui ne se rapportent ni au nageb, ni au kaakan, ni même aaxjuhelin. 254 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le Pristipome de Pérotet. {Pristipoma Perotcei, nob. ) Le Sénégal nourrit un deuxième pristipome, semblable au jubelin par les épines et par le préopercule j mais dont la tête est un peu plus courte , et qui ne montre au- cune apparence de points sur le corps. Ses écailles sont jîlus petites : il en a dix de plus en longueur et en hauteur; cinquante- cinq enlongueur , et vingt- six en hauteur. (Le kaakan et le jubelin n'en ont que quarante-cinq sur seize.) Il y a aussi quelque dif- férence dans le nombre des rayons. D. 11/17; A. 3/10, de. Notre individu est long de cinq pouces et demi. Sa vessie natatoire est grande , simple , et a les parois fibreuses et brillantes. Nous n avons pu rien voir des auiies viscères. Il a élé pris dans la partie entièrement douce du lieuve par M. Pérotet. Le Pristipome de Roger. {Pristipoma Rogerii, nob.) Nous avons reçu du Sénégal, par M. le gou- veruenr Roger, un troisième pristipome, plus grand que les deux précédens ; à tète plus haute, à nnque plus bombée, à sous-orbilaire plus élevé. Son profil ne descend qu'à partir de la CHAP. IX. PRISTIPOMES. 2oO nuque, et est presque recliligne. Il a les dents sur une large bande en velours serré et égal aux deux mâchoires : celles du pharynx sont en partie mousses et assez fortes. Le sous-orbitaire et le museau n'ont point d écailles. Le bord montant du préopercule est vertical et droit; son angle arrondi, mais non proéminent. La quatrième et la cinquième épine dorsale sont les plus longues, et font le tiers de la hauteur du corps. Le second et le troisième rayon de son anale sont striés longitudinalement et très- forts, surtout le second. Le troisième est un peu plus long que lui ; mais ils n'ont guère que le tiers de la hauteur du corps. Les dentelures du préopercule sont fines , mais assez prononcées et un peu écartées les unes des autres. B. 7; D. 12/15; A. 3/10; C. 17; P. 16; V. 1/5. Tout ce poisson paraît avoir été argenté. On aperçoit le long de la base de la dorsale des taches brunes et blanches à sa partie épineuse, et de brunes seulement à sa partie molle. Notre individu est long de treize pouces. Son foie se compose de deux lobes égaux, longs, aplatis, triangulaires, terminés en pointe très-aiguë, à peu près aux deux tiers de la longueur de l'ab- domen. L'œsophage se continue directement dans l'esto- mac, qui forme un long cul-de-sac étroit, occupant presque toute la longueur de la cavité abdominale. Au tiers supérieur naît la branche montante, dont les parois sont beaucoup plus épaisses. 2o6 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Cette branche est courte , se rétrécit assez forte- ment au pylore, qui est muni de cinq appendices cœcales, peu longues et grêles. Le diamètre de l'intestin est assez gros; il était déchiré , mais il ne nous a pas paru faire plus de deux replis. La vessie natatoire est très-grande, simple, plus grosse antérieurement qu à l'autre extrémité. Sa tu- nique externe est fibreuse, épaisse, couleur d'argent mat; elle se déchire aisément. Sa seconde tunique est très-mince, membraneuse, opaque. Le corps glandu- leux qui sécrète l'air est assez grand , et se compose d'une partie longitudinale, oblongue, située vers la partie moyenne de la région abdominale, et donnant de sa pointe antérieure deux rubans minces, qui re- montent vers le bout antérieur de la vessie, se con- tournent dans sa concavité, et redescendent en rubans festonnés vers l'autre bout. Nous avons disséqué une femelle dont l'ovaire était plein d'œufs plus petits que de la graine de pavots. L'estomac était rempli de débris de coquilles. Le Pristipome guoraca. (Pristipoma guoraca j, nob. ) M. Bëlenger, à qui nous devons tant de poissons de ce genre, en a recueilli un à la cote de Malabar, qui nous parait le ^uoraka de Piussel (pi. i32). Ses formes sont très -rapprochées de celles du CHAP. IX. PPJSTIPOMES. 257 kaakan; il est seulement un peu plus élevé, et a le bord montant de son préopercule plus recliligne et les écailles plus petites. Ses nombres de rayons sont les mêmes. D. 12/14; A. 3/8, etc. Sa deuxième épine anale est encore plus grosse à proportion : sa pectorale est bien pointue. Tout son corps paraît argenté. Sa dorsale a du brun nua- geux entre les rayons; sa caudale est brune; ses autres nageoires sont jaunes. L'anale surtout con- serve long-temps dans la liqueur une belle couleur jonquille. Nous n'avons pu voir que la vessie aérienne, qui est simple, grande, renflée en avant, pointue en arrière, et dont les parois sont fibreuses et d'un gris argenté. Nos individus, comme ceux de Russel, sont longs de sept à huit pouces. Ils ont été pris dans Feati douce. On appelle l'espèce h Malié kadou-inoukari. MM. Rulil et Van Hasselt ont t'ait dessiner un poisson très- semblable à Batavia; qtiils nommaient pristipoina unicolor. Le perça grunniens de Forster,que Schnei- der {Sjst. de Bloch , j). 3o8 ) a rangé parmi les anthias, est, d'après la description extraite par cet auteur des papiers de lorster, et d'après le dessin conservé dans la Bibliothèque de Banks , un pristipome aussi très-semblable au 5. 17 258 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. giioraca j il est même douteux qu'on puisse reii distinguer spécifiquement. Ses formes et les nombres tie ses rayons sont les mêmes ; B. 7; D. 12/14; A. 3/8; C. 18 (c'est-à-dire 17); P. 17; V. 1/5; et sa couleur est indiquée comme argentée , avec une teinte d'un vineux noirâtre sur le dos. Forster l'avait pris dans le port de lile de Tanna. Lorsqu'on le tira de Teau, il fit enten- dre une espèce de grognement. C'est une pro- priété de plusieurs poissons de la famille des sciènes, et que nous retrouverons dans le pris- tipome nommé crocro à la Martinique. Le Pristipome noir. {Pristipoma nigrum , Mertens. ) Les naturalistes russes qui viennent de faire le tour du monde , ont dessiné à Manille un poisson très-semblable au guoraca pour les formes , mais entièrement noirâtre, et où l'iris seul se fait remarquer par sa couleur jaune. Ses nombres diffè- rent un peu. D. 14/16; A. 3/7, etc. Ses écailles sont petites. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 259 Le Ppjstipome paikeelt. {Pristipoma paiheeli, nob.) Le paikeeli de Russel ( pi. 121) a encore les écailles plus petites que le guoraca. Sa seconde épine anale est plus forte. Son clos est brun, avec six lignes longitudinales jaunes, dont la plus basse est à la hauteur des pectorales; la poitrine el l'abdomen sont blancs; la base de la dorsale et des pectorales est pointillée de noir. Le nombre des rayons de son anale est surtout remarquable dans ce genre, si toutefois Russel les a bien comptés. D. 1-2/15; A. 3/11; C. 17; P. 46; V. 1/5. L'individu décrit par Hussel était lonq; de dix; pouces. Le Pristipome de Dussumier. {Pristipoma Dussumieri , nob.) Nous avons reçu du Malabar par M. Dus- sumier un pristipome qui nous ])arait d une espèce très-voisine, bien que le nombre des rayons mous de Tanale ne réponde pas à ce qu'annonce Piussel. Ses épines dorsales et anales sont très-fortes; les premières beaucoup plus que la figure de Russel ne les montre. D. 12/14; A. 3/7, etc. Tout son corps est argenté, légèrement teint de 260 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. brunâtre vers le dos, et avec six lignes longitudi- nales dorées, La membrane de la partie épineuse de la dorsale est brunâtre : il y a "ne tache brune entre chacun des rayons de la partie molle. La caudale est d'un brun noirâtre. Les autres nageoires sont d'un beau jaune, ainsi que l'iris. Les pectorales sont plus pâles. Cet individu est long de six pouces. Le Pristipome simméné. (Pristipoma simmene , Ehrenb.) M. Ehrenberg a rapporté en grand nombre de Massuah, sur la mer Rouge, un pristipome un peu plus alongé que le kaakan , et qui a les écailles plus petites et les épines plus faibles, sur- tout celles de l'anale, dont la seconde ne dépasse pas la troisième, et n'a que la grosseur des dorsales, avec une longueur de moitié moindre. D. 1-2/14 ; A. 3/8 ; C. n ; P. 16 ; V. 1/5. Ce poisson est argenté, et a des bandes longitu- dinales brunes, dont le nombre varie de deux ou de trois à six. La plus haute règne le long de la base de la dorsale; la troisième suit la ligne latérale dans sa moitié antérieure. Ce sont la cinquième et la sixième qui manquent le plus souvent. Nos individus sont longs de six à sept pouces. Le foie se compose de deux lobes à peu près égaux , minces , triangulaires , et dont la pointe ne dépasse pas l'extrémité de l'eslomac : celle du lobe CHAP. IX. PRISTIPOMES. 2G1 droit est écliancrée pour recevoir et donner attache à la vésicule du fiel, qui est petite, alongée, et un peu étranglée vers son extrémité. L'estomac est alongé et étroit; la terminaison du cul-de-sac est arrondie et vers le milieu de la longueur de la cavité abdomi- nale. La branche montante est courte et attachée entre les deux lobes du foie : il y a cinq appendices au pylore. Le canal intestinal est grêle, et fait deux longs replis. Les laitances sont longues et étroites. La vessie aérienne est simple, arrondie et renflée en avant, terminée en pointe alongée et grêle. Sa tuni- que externe est fibreuse, d'un blanc laiteux, poli, et à reflets argentés; l'interne est très-mince et noi- râtre. Le péritoine est argenté. Le squelette de cette espèce a des cellules moins profondes et des lames plus larges que dans le hasla^ auquel il ressemble d'ailleurs, si ce n'est dans les pro- portions déjà visibles à l'extérieur. Son nom arabe est simmene. Le Pristipome caripe. (Pristipoma caripa, nob. ; Anthias maculatus , Bloch?) Le caripe de Russel (pi. 124), dont nous avons examiné plusieurs individus, appartient au même groupe que son ^uoraca et son paikeeli. La figure de cet auteur lui donne des écailles trop petites et des épines anales trop grêles; mais du reste elle est assez exacte. 263 LIVRÉ V. SCIÉNOÏDES. Il est plus petit que les précédens (sa longueur n'est que de cinq ou six pouces\ Sa couleur est argen- tée, changeante. Le dessus du museau et le front sont bruns. Une grande tache noirâtre prend transversa- lement depuis la nuque jusque derrière le sursca- pulaire. Trois autres sont placées à distances égales sur la ligne latérale : la première, vis-à-vis le milieu de la pectorale; la seconde, vis-à-vis sa pointe; la troisième, vis-à-vis le milieu de l'anale, oumême plus en arrière. La dorsale est grise, avec un bord noi- râtre et une tache noire entre sa cinquième et sa septième épine. Dans nos échantillons elle com- mence dès la quatrième épine. Les autres nageoires sont d'un jaune pâle : il y a très-souvent aussi une tache noire à l'anale, D. 12/13 ou 14; A. 3/7; C. 17; P. 16; V. 1/5. Son squelette a onze vertèbres abdominales et seize caudales. Nous avons reçu ce poisson Je Pondichéry par M. Leschcnault, et de la côte de Malabar par MM. Bélenger et Dussumier; MM. Ruhl et Van lîasselt Tont envoyé de Batavia au Musée royal des Pays-Bas. On le nomme à Mah é lia nia - Idrine. \lantliias maculatus de Bloch ' ressemble assez au caripe par ses taches, pour qu'on puisse Fen croire une simple variété j elles y 1. Anthias maculatus, Bloch, pi. 52G, fig. 2; Luijan tacheté, Lacépédc, t. lY, p. 2 5g. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 265 paraissent moins régulières et accompagnées de quelques points noirs. La figure répond mieux que celle de Russel à nos individus, en ce qui concerne les écailles et les épines 5 mais l'auteur donne deux aiguillons de moins à la dorsale. d. 10/14 ; A. 3yT Le Prisïipome a oreilles. {Pristipoma auritunij nob.) On trouve dans les eaux de Siam un beau et grand pristipome , qui y a été recueilli par le docteur Finlaison, et qui est très-bien carac- térisé par le prolongement peu ordinaire de l'angle de son opercule, qui se porte en arrière, presque jusque vis-à-vis du nnlieu de sa pectorale, et finit cependant en s arrondissant. La saillie arrondie de l'angle de son préopercule est aussi très- considérable. D. li/14; A. 3y7; C. 17; P. 17; V. Iy5. Du reste, par ses formes, par la force respective de ses épines, et même par ses couleurs, il ressemble beaucoup au nageb; il a de même le dos semé de points bruns ou bleuâtres, sur un fond argenté ver- dàtre. Sa dorsale est grise , très-foncée , avec deux rangées de taches noiies sur la moitié inférieure de sa partie molle : ses autres nageoires sont pâles; il a des teintes jaunes aux joues et sous la queue. La longueur de findividu rapporté au IMuséum de la compagnie des Indes, est de dix-huit pouces. 264 LTVRE V. SCIÉNOÏDES. On voit dans plusieurs recueils de peintures chinoises un poisson à qui Ton a représenté des espèces cVoreilles relevées comme celles d'un quadrupède. Ce sont probablement des prolongenjens membraneux des opercules, sem- blables à ceux de ce pristipome , redressés au moyen du dessèchement par une de ces frau- des dans lesquelles les artistes chinois ont tant d'exercice» Le Pristipome crocro. {Pristipoma crocro y nob.) Nous avons reçu de la Martinique un pris- tipome que l'on y nomme crocro, et qui se rapproche de toutes les espèces des Indes par les dispositions de ses nageoires, et surtout par sa forme, qui est plus alongée que dans le hasta. Sa hauteur est trois fois et deux tiers dans sa longueur. Sa tête est aussi un peu plus alongée; son museau un peu plus large, et sa mâchoire supérieure dé- passe un peu rinférieure. Ses dents sont extrême- ment fines , et les dentelures de son préopercule menues. La partie épineuse de sa dorsale ne s'élève pas tant que dans le kaakan; la cinquième épme est la plus longue : il y en a quatorze. La partie molle n en a que onze. La deuxième épine anale est encore plus forte à proportion qu'au kaakan. La caudale est presque carrée. D. 13/12 ou 14/Hj A. 3y7; G. 17; P. 16^ Y. 1/5. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 205 Le poisson paraît tout entier d'un argenté glacé de brun. Sa dorsale est brune, et une raie blanchâtre de sa base en suit toute la longueur. Le bord de sa partie épineuse est noirâtre. Les autres nageoires paraissent brunes; mais on voit du jaune à Tanale, aux pectorales et aux ventrales. Nos individus sont longs de six à sept pouces. Il y en a au Musée de Berlin de plus grands, et dont le corps paraît d'un argenté bleuâtre j ils viennent de Surinam. L'œsophage de ce pristipome est alongé, et il se renfle en un estomac peu long , large , dont la branche montante naît près du cardia, et va jusque sous le foie près du diaphragme. H y a quatre cœ- cums courts et peu gros. L'intestin est large et fait deux longs replis. Le foie est composé de deux lobes pointus, inégaux et réunis sous l'œsophage par une portion très-mince, dont le bord postérieur est fes- tonné. Le lobe gauche est gros et épais, et se porte beaucoup au-delà de la pointe de l'estomac. Le lobe droit est très-grèle. La vésicule du fiel est petite, globuleuse et suspendue par un cholédoque très- délié à la hauteur de la pointe de l'estomac. Les laitances sont grosses, renflées en avant, presque terminées en pointe, et un peu festonnées le long du bord inférieur. La vessie aérienne est très-ample, simple, à parois minces et argentées. Sa tunique externe est fibreuse. Le péritoine est très -mince, blanc et fiiblement argenté. M. Plée dit que ce poisson est à la (bis de 2GG LIVRE V. SCIÉNOÏDES. mer et de rivière; qu'il grandit jusquà peser trois livres, et qu'il tire son nom d'un bruit qu'il lait entendre , apparemment comme les scienes et les druwsj et notamment comme le coro-coro du Brésil. Le Pristipome coro. (Pristipoma coro y nob. j Sciœna coro y Bl.) Le prince Maximiiien de Wied et M. Langs- dorf ont rapporté du Brésil un de ces pristi- pomes à dorsale un peu écliancrée, remarqua- ble par sept ou huit bandes verticales, brunes, sur un fond argenté , et par les fortes épines de son préoperculc. Il nous a aussi été envoyé de la Martinique par IM. Plée ; on en trouve une figure assez exacte dans Seba (t. 111, pi. 27 , n.° i4)j mais sans indication de son origine. M. Langsdorf le regarde comme le coro- coro de Margrave (p. 177)? reproduit par Blocli (pi. 307, lîg. 1) sous le nom de sciœna coro. La figure de Bloch est prise, comme celle de Margrave, du livre du prince Mau- rice; mais Biocîî y a établi arbitrairement les nombres des rayons mous, qui ne sont pas marqués distinctement dans le dessin du prince. Cette figure répond assez à notre CHAP. IX. PRISTIPOMES. 207 poisson pour les couleurs et pour les propor- tions des deux parties de la dorsale; mais elle ne laisse rien paraître des épines du preoper- cule. Si néanmoins elle a ëtë faite daprès le pristipome actuel, il faudra en conclure qu'il fait entendre un son; car c'est de ce murmure que Pison dérive son nom, qu'il écrit coro- coro-ca. Il ajoute que c'est un poisson abon- dant toute l'année, et dont la chair, quoique agréable au goût, est dure et peu recherchée. Selon Margrave, ce coro-coro vit dans la mer, et n'atteint qu'un pied de longueur. Au reste, il ne faut pas confondre notre poisson, ni celui de Margrave, en le suppo- sant le même, avec le coro-coro de Cumana, dont M. de Humboldt donne une courte in- dication dans ses Observations zoologiques (t. II, p. .89). Les formes de ce pristipome sont à peu près celles d'un serran : son profil est rectiligne , et ne descend point • sa mâchoire inférieure avance un peu plus; la bouche est peu fendue; les dents de la rangée extérieure sont coniques, et les quatre anté- rieures de chaque mâchoire un peu plus grandes que les autres : derrière celte rangée il y en a en velours; mais le palais n'en offre aucunes. Les pores existent à la mâchoire inférieure, mais sont très -difficiles à voir; et la fossette derrière la symphyse est fort petite. Les mâchoires exceptées, touie sa tète est écailleuse. 268 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Son préopercule a des dentelures coniques, pointues, très -marquées 5 et celle de l'angle est une véritable épine assez forte : au bord montant elles se dirigent vers le haut; au bord horizontal, vers le devant. L'o- percule finit en angle obtus. L'écaillé surscapulaire est dentelée , mais non le scapulalre ni l'huméral. La partie épineuse de la dorsale s'élève de sa partie antérieure aux quatrième et cinquième rayons de près de moitié de la hauteur du corps. Sa partie molle occupe un peu moins d'espace en longueur que l'épineuse. Le deuxième aiguillon de l'anale est grand et très-fort. La caudale est coupée carrément: ses écailles sont assez grandes; il n'y en a point sur les nageoires. Sa ligne latérale est parallèle au dos. D. 12/13; A. 3,n-, C. 17; P. 15; V. 1/5. Sa couleur est argentée, avec huit bandes verti- cales brunes, qui se perdent vers le ventre : la pre- mière à la nuque; les trois suivantes sous la partie épineuse de la dorsale ; deux autres sous la partie molle; les deux dernières sur la queue. Nos individus ne sont longs que de six pouces. Le Prtstipome de la Conception. (Pristîpoma Concept ionis, nob. ) MM. Lessoii et Gamot ont rapporte de la Conception du Chili un pristipome à dorsale échancrëe, remarquable par la faiblesse des rayons épineux de ses nageoires dorsale et anale, et par le nombre des rayons mous de cette dernière. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 269 Il a le corps en ovale tiès-alongé. La liauieur n'est que le quart de la longueur du corps. La tête est un peu plus courte que la hauteur. L'œil est mé- diocre ; la bouche peu fendue. Les dentelures du préopercule, surtout celles du bord montant, sont très -faibles : il y a deux petits pores sous la mâ- choire inférieure de chaque côté de la symphyse, La dorsale est très-peu élevée; l'anale l'est encore moins. La pectorale est longue et pointue; les ven- trales sont moins longues. Les nombres sont: D. 13/14 ; A. 3/13 ; C. 17 ; P. '20 ; V. 1/5. Les écailles sont petites : on en compte environ soixante dans la longueur; elles sont finement ci- liées à leur bord libre, et fortement dentelées à leur bord radical. La ligne latérale suit le tiers de la hau- teur ; elle est fortement marquée. La couleur est brun-verdàtre, très-foncée sur le dos; elle s'éclaircit sur les flancs et devient blanche sous le ventre. Ce poisson a neuf pouces de long. Le Pristtpome de Sainte-Catherine. {Pristipoma Catharinœ , nob.) Les métnes naturalistes nous ont rapporté de lile Sainte -Catherine du Brésil un petit pristipome à dorsale échancrée, à rayons épineux forts et longs. La hauteur de son corps est trois fois dans la lon- gueur. Le dos, très-élevé à la naissance de la dorsale, 270 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. descend assez rapidement jusqu'à l'occiput ; il se relève ensuite jusqu'au bout du museau. L'œil est médiocre. La bouche est petite; ses dents sont fines. Les dentelures du préopercule sont assez fortes vers l'angle. Les deux premiers rayons épi- neux de la dorsale sont très- courts : c'est le troi- sième qui est le plus long ; le dernier est grêle, et plus élevé que le pénultième et l'antépénultième. Le second rayon de l'anale est fort et plus long que les deux autres : c'est le premier qui est le plus court; le troisième ne dépasse pas les rayons mous. La queue est légèrement écliancrée en croissant. Les pectorales sont petites; les ventrales, au contraire, sont larges , et leur épine est longue et pointue. Voici les nombres des rayons. D. 1-2/14; A. 3/10; C. 17; P. 16; Y. 1/5. Les pores qui sont sous le menton , sont très-peu visibles dans cette espèce, dont le dos paraît brun, le ventre blanc , les cotés faiblement rayés de gris brunâtre. Les nageoires sont brunes, les pectorales exceptées, dont la couleur est blanchâtre. Notre individu est long de quatre pouces. Les espèces suivantes se distinguent dans le genre des pristipoines i^iv une tète très-courte, par un museau olnus, et par un intervalle des yeux assez large et un peu couvexe, qui leur donnent une plivsionomie particulière. Des rangées de petites écailles s'étendent entre les CHAP. IX. PRISTIPOMES. 271 rayons mous de leur dorsale et de leur anale, ce qui les rapproche un peu des h émulons. Le Pristipome a deux lignes. (Pristipoma biUneatum, nob.) La première espèce se nomme à la Marti- nique luppé. Elle est d'un gris doré, plus piÀlc vers le ventre, plus argenté aux sous-orbitaires. Une ligne d'un brun noirâtre part du crâne, et va droit vers la fin delà dorsale; et une autre, parallèle à la première, part de l'œil et va droit à la base de la caudale , où elle se termine par une tache noirâtre. Les nageoires sont brunes; une bande pâle parcourt la base de la partie épineuse de la dorsale, et une autre est au- dessous de son bord. Les ventrales sont noires, La ligne latérale, qui se courbe comme le dos, marche pour toute sa partie arquée entre ces deux lignes, et suit la seconde dans sa partie caudale. Les dents antérieures sont un peu plus fortes que les aiures. Les dentelures du préopercule sont très -fines : les épines dorsales sont assez fortes; la troisième, la quatrième et la cinquième sont celles qui dépassent le plus les autres; la deuxième épine anale est très- forte, et la troisième l'égale en grosseur, mais non en longueur. La caudale est fourchue. D. 12/15 ; A. 3/9 ; C. n ; P. n ; V. 1/5. La hauteur de ce poisson n'est que deux fois et demie dans sa longueur, ]\otre individu n'a que quatre pouces et demi. 272 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le Pristipome petite-scie. {Pristipoma seiriila, nob.) Une seconde espèce se nomme à la Mar- tinique petite-scie ou tête-de-roche. Elle est un peu plus oblongue que la précédente , et a le front un peu moins bombé à proportion, l'œil un peu plus grand. Sa partie supérieure parait violàtre, avec quatre ou cinq lignes longitudinales jaunes: et sa partie inférieure argentée. Le deuxième et le troisième rayon de son anale sont dégale lon- gueur. L'échancrure de sa dorsale est presque aussi profonde que dans les sciènes proprement dites, et ses ravons épineux sont faibles. D. I'2yl3; A. 3y9; C. IT ; P. 15; V. 1/5. Les individus que nous devons à M. Plée ont sept pouces de long. L'espèce, selon ce voyageur, ne pèse pas plus d'une demi-livre. Le Pristipome doré. {Pristipoma auratum, nob.) Une troisième espèce, encore de la Marti- nique, que nous avons trouvée dans le Cabi- net de feu M. Piichard, est toute semblable à la précédente, même par les nombres de ses ravons; mais sa couleur est partout d'un doré uniforme. D. 1-2/13; A. 3/9: C. H : P. 15; V. 1,5. La longueur de l'individu est de six pouces. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 273 Le Pristipome a nageoires noires. i^Prlstipoma melanopterum , nob.) Une espèce un peu plus grande est du Brésil, d'où M. Delalande la apportée. Ses formes sont les mêmes que dans le hiVmeatum. Tout son corps est d'un brun doré , plus gris et plus argenté vers la tète. Les bords des écailles sont brun foncé, et toutes les nageoires d'un brun noirâtre. D. 12/17; A. 3/8; C. 17; P. 17; V. 1/5. Nous en avons des individus de sept et huit pouces. Le Pristipome de Surinam. {Pristipoma surinamense, Lutjanus surinamensis, Bl.j Holocentre bossu, Lacéj>.) Le poisson que Bloch (pi. 253) a nommé lutjanus surinamensis , a aussi beaucoup de rapports avec tous les précédens. Comme le hast a, il a une forte épine anale , et la partie épineuse de la dorsale élevée de l'avant et s'abaissant de l'arrière, pour laisser ensuite se relever la partie moile; mais son profil est plus vertical, et les nombres de ses rayons sont différens. D. 14/16; A. 3/7; C. 17; P. 16; V. 1/5. C'est sa quatrième épine dorsale qui est la plus haute; mais elle dépasse peu les deux voisines. La caudale est un peu arrondie. Les dents sont irès- fmes, et c'est ce qui a fait croire à Bloch, dont 5. i8 274 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. l'échantillon était séché et verni, qu'il n'y en avait point à la mâchoire supérieure. La pointe de son opercule se marque un peu plus que dans les autres, et son os surscapulaire est un peu dentelé. Nos individus de cette espèce sont décolorés; mais si l'on peut s'en rapporter à la figure de Bloch, ils seraient teinis de rougeàtre à la tête et vers le dos, et auraient des bandes verticales noirâtres et inégales. Les nageoires verticales seraient teintes de noirâtre, et les nageoires paires bleuâtres. Ne Fayaiit qu'en herbier, nous ne pouvons dire exactement quelle était la longtieur de sa tête, ni dans quel rapport elle était ou avec le cro-cro ou avec les deux espèces précé- dentes. C'est d'après le même échantillon que M. de Lacépède a décrit son holocentre bossu (t. IV, p. 344 et 391). Le Pristipome rodo. ( Pristip,oma rodo , nob. \ Spams virginicus^ L. ^ ) Les côtes de l'Amérique produisent un pristipome à profil non moins relevé que le précédent, mais à dorsale beaucoup plus égale , et auquel ses couleurs et sa forme donnent assez de rapports avec certains spares, pour i. Perça jula et Sparus riHaliis, Bl. : Lutjan vîrginien et Spaie ]'uh , Lacép. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 275 qu'on Tait place dans leur genre ; car nous ver- rons que c'est le spai^us vù^^inicus de Lin- naeus : mais comme il n'est point de Virginie seulement, que peut-être même n'en est-il pas du tout; comme d'ailleurs il a reçu plu- sieurs autres noms, également impropres , nous croyons devoir le designer par celui de rodo, sous lequel il est connu à la Martinique. M. Plée nous l'a envo}' é de cette ile , et M. Delalande l'a apporté du Brésil ; nous l'avons aussi reçu de Porto-Rico et de Saint- Domingue. Sa hauteur n'est comprise que deux fois et denne dans sa lonoueur. et la longueur de sa tête ne fait que les deux tiers de cette hauteur ; aussi sa nuque est-elle courbée en arc, et son profil descend-il plus rapidement que dans les autres pristiponies. Sa bouche est très-peu fendue, seulement jusque sous le milieu de Tintervalle en avant de l'œil. Ses lèvres sont épaisses, ses dents en velours sur de larges bandes, qui se rétrécissent en arrière, mais sans que les dents y prennent la forme arrondie de celles des spares. Sa mâchoire supérieure est un peu protrac- tile; l'inférieure creusée de deux gros pores, et d'une fossette à peine plus grande qu'eux. Les orifices de la narine sont plus hauts que la bouclie et près de l'œil. Le sous-orbilaire ne se dislingue point de la joue, et manque d'écaillés, ainsi que le devant du museau. Le bord montant du préopercule est droit 276 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. et finement dentelé; l'angle arrondi et sans dents, ainsi que le bord inférieur. L'opercule est arrondi et sans pointes sensibles. La membrane branchio- stège a sept rayons, dont les inférieurs sont petits et mous. Il n'y a point de dentelure à l'huméral, et à peine en voit- on à l'os surscapulaire. La pec- torale est en faux et pointue comme dans les spares. La ventrale naît sous sa base et ne la dépasse pas; elle a une très-petite lame triangulaire et écail- leuse sur sa base. La dorsale se cache en grande partie entre les écailles du dos : ses épines sont fortes; la troisième est la plus longue. Deux lames, couvertes de petites écailles, enserrent la base de sa partie molle; mais elle-même n'en a que des rangées étroites, montant un peu enlre ses rayons: il y a aussi de petites rangées d'écaillés entre les bases des rayons de la ventrale. Le deuxième et le troisième rayon de son anale sont très -gros : le premier est court et embrasse la base du deuxième. Sa caudale est fourchue. Ses écailles sont médiocres : il y en a environ cinquante-cinq sur une ligne, depuis l'ouïe jusqu'aux peliles de la base de la caudale. A la loupe le bout en paraît âpre et finement dentelé, et la partie cachée a un éventail de neuf stries; mais la tronca- ture postérieure n'est pas crénelée. La ligne latérale occupe en avant le tiers supérieur de la hauteur, et sa direction est un peu plus droite que la courbe du ^^^- D. 12/17; A. 3/10; C. H; P. 16; V. 1/5. Les couleurs de ce poisson ont de l'éclat et sont agréablement distribuées. Sa tête et sa poitrine sont d'une couleur d'argent glacé de gris. Une large bande CHAP. ÎX. PRISTIPOMES. 277 noire descend de la nuque sur l'œil, et se continue sous l'œil jusqu'à l'angle des mâchoires; une seconde bande, partant du devant de la dorsale, descend jus- qu'à la pectorale, où elle se termine. Derrière celle- ci chaque coté du corps est divisé en quinze lignes longitudinales, alternativement de couleur dorée et de couleur d'acier ; ces dernières sont lisérées de brun. Les bords des écailles sont argentés, et les nageoires sont jaunes. Sur la partie antérieure de la dorsale et sur les ventrales se montrent quelques teintes de brun. La plupart de nos individus sont longs de huit à neuf pouces, et nous en avons un de onze. M. Plée nous dit qu'il n'y en a pas de beau- coup plus grands. Nous avons disséqué ce poisson. Il a l'œsophage long d'un cinquième de l'abdomen, assez large et plissé de gros plis. Son estomac est médiocre, irès-dilaté près du cardia, pointu en arrière, à parois minces et sans plis en dedans. Le pylore s'ouvre auprès du cardia. Dans cette partie le canal est très-gros, très-épais, très-charnu, et a sept appendices cœcales, grêles, dont une est très-longue. L'intestin fait deux replis : ses parois sont très- minces jusqu'au rectum , qui est court , mais épais et charnu. Une valvule, dirigée vers l'anus , assez grande, est à l'origine de ce rectum. La veloutée est pourvue d'une infinité de petites papilles. La vessie natatoire occupe toute la longueur de l'abdomen j elle est unique et sans appendices. Sa 278 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. partie antérieure est arrondie, et en arrière elle se termine en pointe. Ses parois sont fibreuses, épaisses et d'un bel éclat argenté. Le péritoine est très-mince et de la même couleur. Le squelette de ce rodo a ses apophyses épineuses, ses interépineux, et surtout sa crête sagittale, de la hauteur correspondante à la forme de son corps. Le dessus de son crâne n'a que deux petites fossettes; mais ses os du nez, ses sous-orbitaires et son préoper- cule sont caverneux comme dans les autres sciénoides. Il a dix vertèbres abdominales et seize caudales. Ses côtes sont assez fortes et ont chacune une appendice. Les deux dernières, suspendues h. d'assez longues apo- physes iransverses, vont se joindre au grand inter- épineux des premières épines caudales. On pèche cette espèce à lembouchure des rivières. Ainsi que nous l'avons dit, elle se nomme à la Martinique rodo, ou plulôt ^ros-dos; car nous Ten avons aussi reçue sous ce nom. A Saint-Domingue on l'appelle j^/z^ et à la Gua- deloupe parapel. Les pécheurs de la Havane lui donnent quelquefois, selon M. Poey, le nom de catalineta, qui est proprement celui de certains chétodons : ceux de Porto-Rico lui donnent aussi, selon M. Plëe, des noms de chétodons, tels c\\\e juannita, niarùjuita. Linnaeus Ta décrite assez exactement sous le nom de spams virginiciis^ et en lui doir- CHAP. IX. PRISTIPOMES. 279 nant pour patrie en général l'Amérique sep- tentrionale. La seule différence, et les exem- ples en sont trop fréquens pour y avoir égard, c'est qu'il ne lui compte au dos que onze épines et seize rayons mous , tandis que les vrais nombres sont douze et dix-sept. Linnaeus n'avait vu son poisson que dans le Cabinet de Degeer, et il a pu être trompé sur son origine. Ce qui est certain, c'est qu'il n'est pas question de cette espèce dans le mémoire du docteur Mitcliill, et quelle ne nous est ve- nue que du golfe du Mexique et des parties chaudes du nouveau continent. On la trouve cependant aussi aux îles de Baliama, du moins le perça marina rliomhoidalis fasciata de Catesby (pi. 6, iîg. i), qui est de ces iles, lui ressemble-t-il beaucoup pour l'ensemble et pour les couleurs, à l'exception des bandes de la nuque et du front, qui n'y sont pas bien ex- primées; ce ne peut en être qu'une variété ou une figure mal coloriée. Limiœus cite la figure de Catesby à l'article de son spams rlionihoides^, (.\\x'û avait reçu de la Caroline par Gaiclen, sous le nom de hrême de ruer, et dont nous parlerons sous le nom de sargus rhonihoides. Mais cette citation est 1. Grammisles rhomhoida , BJoch , édition de Schneider. 280 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. eiTonnée, puisque Linnaeus lui-même dit que le spams rliomboides a des deuts obtuses et la queue entière, tandis que la caudale dans le dessin de Catesby est iburcliue, camme dans ïiotie rodo. Liunaeus avait été induit à cette erreur par Brov^ n j qui iait la même citation {Jani.y p. 44^) pour un poisson qui est aussi un sar^us , et très-probablement celui que Margrave (p. 1 53) nomme salema , Pison (p. 53) pacu, et dont la ligure primitive, qui est dans le recueil du prince Maurice, et intitulée sehunLvira, a été publiée par Blocli (pi. 3o8, fig. i), qui en a fait son perça imimaculata^ ; il a les lignes jaunes, la tache noire au-dessus de la pecto- rale et la queue entière, que Linnœus attribue à son spams rliomboides. Mai-grave et Pison s'accordent à dire quil a les dents et tous les caractères des sar^us, quoique les Portugais de leurs temps Faient regardé comme mi sal- ptty et M. Lichtenstein, qui a le dessin ori-^ ginal du prince sous les yeux, pense aussi que c'est un sargue. Nous en reparlerons ail- leurs, et l'appellerons sargus iininiaculatus. Mais ce qu'on n'a point encore remarqué, c'est que notre rodo , ou le prétendu spams J. Spare salin, Lacépède;, t. IV, p. i56. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 281 vîrginicuSj, est aussi dans Margrave , et même deux fois ; la première , très-sensiblement dans \ accu a pinima (p. i52), qui est devenu le sparus vittatus de Blocli (pi. 263 ^) , ou le grammistes Mauritii de son Systema (ëd. de Schn., p. i85), et la seconde, dans le giiatu- cupa jiiha (p. i48), dont Toriginal, dans le recueil du prince, est intitulé urihaco, et qui est le perça juha de Blocli (pi. 3o8 , fig. 2). A la vérité, qui n'aurait vu que la copie donnée par Bloch de la figure de ce juha ^ faite par le prince Maurice, serait choqué de ce rapprochement. Mais M. Lichtenstein, qui avait à la fois sous les yeux le dessin original du prince et le poisson apporté du Brésil par M. d'Olfers, nous apprend que le dessin a été falsifié par Bloch , qui a transformé en deux taches tranchées et d'un noir profond sur la caudale, des parties brunes dont le peintre n'avait voulu faire que des ombres , et nous assure que fespèce a tous les caractères des pristipomes. Nous avons vérifié les mêmes faits : non-seulement Bloch a exagéré les ta- ches de la queue, mais il a presque effacé la bande de la nuque. M. Lichtenstein ajoute, 1. BIocli a été si peu attentif, qu'il donne un autre sparus viltatus (spare rajé) plauclie 275. 282 LIVRE V. SCTÉNOÏDES. et nous avons également vérifié, que le des- sin de Xacara plnima n'a que deux pouces, et que , bien qu'il soit indiqué comme de la grandeur naturelle du sujet, Blocb l'a arbi- trairement grandi pour en faire son sparus vittatus (pi. 263, lig. 2); il a aussi fort exa- géré et trop prolongé les bandes noires de la nuc[ue et du front, d'où M. Licbtenstein conclut que cet accusa pininia n'est quun jeune du guatucupa jiiba. Nous concluons avec tout autant de confiance que l'un et l'autre ne sont que notre roàoj, ou que le perça rhomhoidalis de Catesby, ou que le sparus vir^inicus de Linnoous, et que toutes leurs différences ne viennent que de fincurie des peintres et des graveurs, et des variétés qu'éprouvent les bandes verticales de la par- tie antérieure , qui sont tantôt pbis tantôt moins marquées ou prolongées. Les nombres de rayons donnés par M. Licbtenstein pour son jiiba nous confirment dans cette idée. D. 30 (c'est-à-dire sans doute 12/17 ou 18); A. 3/10; C. 16 (cest-à-diie 17); P. 17; V. 1/5. S il n'en a compté que cinq à la membrane des ouïes, c'est qu'il a été trompé par fex- trême faiblesse et mollesse des inférieurs. On peut juger encore par ce nouvel exemple du peu de confiance que mérite un homme CHAP. IX. PRISTIPOMËS. 283 tel que Bloch, qui falsifiait sans scrupule des figures sur lesquelles seules il établissait ses espèces , et de la bonté des naturalistes qui ont introduit sans autre examen dans leurs ouvrages ces espèces controuvées. En réunissant ce qui a été dit par Margrave et par Pison de leur acara pinima et de leur giiatuciipa jiiha, avec ce que M. Plée nous mande sur son rodo, et ce que nous dit M. Poey sur son catalineta , on trouve que le pristipome dont nous parlons dans cet article est un poisson très -bon à manger, dont la langue et les parties de la tête sont exquises; qui se prend dans la mer entre les rochers, mais qui en certains temps remonte aussi dans les rivières. On la généralement comparé à la brome, sans doute à cause de sa hauteur. Les espèces qui vont suivre joignent à la dorsale égale du rodo^ un corps plus oblong et un profil moins vertical. Le Pkistipo3]e rouge. {Pristipoma ruhruin, nob.) Le Brésil en produit une d'un J^eau rouge, selon le témoignage deM.Delaiande, qui nous 284 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. l'a rapportée, et que nous appellerons par cette raison pristipoma rubruw. Desséchée cepen-- dant, ou conservée clans la liqueur, elle de- vient grise, et c'est d'après sa forme et ses nombres de rayons quil faut la caractériser. Sa hauteur aux pectorales est trois fois et un quart dans sa longueur, et son épaisseur trois fois clans sa hauteur. La longueur de sa tête est un peu moindre que cette hauteur. Son sous-orbitaire est en partie écailleux, mais non pas le devant de son museau. Ses dents sont très-fmes, et les dentelures de la partie montante de son préopercule aussi. On sent bien au doigt Tàpreté de ses écailles. La troi- sième et la quatrième épine de sa dorsale sont les plus longues; mais il ny a pas d'interruption entre la onzième et la douzième , que suivent quatorze rayons mous de même hauteur- qu'elle. La force de ces épines est médiocre; il en est de même de celles de l'anus, dont la seconde est cependant forte, mais non pas très-longue; elle est suivie de neuf rayons mous. Les pectorales et les ventrales sont pointues et à peu près égales entre elles. La caudale est un peu coupée en croissant. D. 12/14; A. 3/9; C. 17; P. 16; V. 1/5. Des lignes obliques brunes, formées par des re- flets, se montrent sur tout le dos. Il y a une bande blanche sur toute la longueur de la dorsale, près de sa base, et au-dessus, dans la partie molle, trois suites de points obscurs. Les autres nageoires pa- raissent grises. Il nous semble voir les traces d'une CHAP. IX. PRISTIPOMES. 285 taclie noire au-dessus de la pectorale, derrière Touie, Nos individus ne passent pas dix pouces. Dans cette espèce Tcesophage est assez long; l'es- tomac court, peu volumineux, à parois minces et sans plis. Il y a cinq appendices cœcales, dont une, plus éloignée que les autres, est plus grosse et plus longue; l'intestin fait deux replis, à portions à peu près égales. Le rectum est un peu plus renflé et muni d'une valvule assez forte. La vessie natatoire , de grandeur médiocre, est de forme elliptique, alongée, pointue en arrière, ronde en avant, où elle produit trois cornes aiguës, une en avant et une sur chaque côté, se dirigeant vers la tête. Le péritoine est très-noir. Je trouve au squelette onze vertèbres abdominales et quinze caudales. Les fossettes de la tempe , du crâne et du museau relèvent peu ces parties : celles du sous- orbitaire sont à peine sensibles; mais il y en a quatre assez grandes au préopercule. Le Pristipome a bandes. {Pristipoma fasciatum , nob.) M. Milbert nous a envoyé de New-York une espèce très-voisine de la précédente par sa forme, par la bande blanche et les points bruns de sa dorsale, et par les trois cornes de sa vessie na- tatoire; mais qui a la nuque un peu plus relevée, seize rayons mous à la dorsale, treize à l'anale, et où de plus la troisième épine dépasse la seconde, ce qui n'a pas lieu dans le pristipoma rubram. D. 12/16; A. 3/13; C. 17; P. 16; V. 1/5. 28G LIVRE V. SCIENOÏDES. De petits individus, longs de cinq à six pouces, paraissent d'un gris-brun un peu olivâtre, avec des bandes noirâtres nuageuses , alternativement plus larges et plus étroites, au nombre de huit à neuf. On voit en outre des lignes obliques sur le dos, et une bande longitudinale brune sur le haut de l'oper- cule. Un individu de huit pouces ne paraît que gris- brun foncé vers le dos, gris-roussâtre pâle vers le ventre. Ses formes et les nombres de ses rayons sont d'ailleurs les mêmes. Nous n'avons pas de notes sur les teintes de cette espèce dans l'état frais. Nous avons disséqué ce grand individu. Son œso- phage est large, mais très-court. Son estomac, étroit, égale en longueur le tiers de celle de l'abdomen; il se termine en pointe mousse. Ses parois sont très- minces, et il n'a en dedans que peu de plis longi- tudinaux. Le pylore s'ouvre en haut de l'estomac, auprès du cardia; il est très- gros, et muni de six appendices cœcales , grêles , dont quatre sont aussi longues que l'estomac. L'intestin se courbe, pour remonter vers le dia- phragme, un peu au-dessous de l'estomac, et bien- tôt il se replie de nouveau pour se rendre à l'anus, sans changer sensiblement d'épaisseur ni de volume. Le foie est médiocre; il est en travers, sous l'œso- phage, et se divise en deux lobes triangulaires, poin- tus, peu épais, qui ne sont guère plus longs que restomac. La vésicule du liel est très -grande, des- cend plus bas que le lobe droit du foie, où elie est attachée; et quand elle est vide, ses parois sont blan- ches, assez épaisses. CHAP. IX. PRISTIPOMES. 287 La raie est médiocre , située entre l'estomac et l'in- testin. Sa couleur est d'un rouge-brun très-foncé. La vessie natatoire est de grandeur médiocre; sa longueur est à peine la moitié de celle de l'abdo- men; son diamètre transverse est petit : elle est arron- die antérieurement, et terminée en avant par trois cornes droites, dirigées vers la tête. Son extrémité postérieure est très-pointue; ses côtés sont couverts de tubercules. Les parois sont épaisses, et la couleur est blanc d'argent mat. L'individu était une femelle, et les ovaires étaient très-gros. On a trouvé dans l'estomac des débris de petits crustacés. Le Pristipome rayé. {Pristipoma lineatwn , nob. ) Avec le pristipoma ruhruin il en est venu du Brésil de plus petits, qui lui ressemblent beaucoup , qui ont aussi une bande sur la dorsale , mais sans taches noires, et des lignes longitudinales brunes sur le dos, et se dorant sur les flancs et le ventre. D. 1-2/14; A. 3 10; C. 17; P. 15; V. 1/5. Nos individus n'ont que deux ou trois pouces. Le Pristipome du cap Vert. {Pristipoma viridense , nob.) M. Delalande a apporté de San-Iago , ile du cap Vert, un pristipome de la forme de ceux 288 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. que nous venons de décrire , mais qui les surpasse en grandeur. Il y en a de quinze pouces. Dans son état de des- sèchement il paraît dun brun assez uniforme. Sa dorsale est égale et peu élevée. La seconde épine anale est plus grosse que la troisième , mais non pas plus longue. D. 13/12; A. 3/8; C. H; P. 16; V. 1/5. Son squelette a vingt-six vertèbres, dont dix ou peut-être onze abdominales. Son crâne est peu ca- verneux. Feu M. Bowdich avait aussi recueilli cette espèce à San-Iago. Nous la trouvons parmi les dessins que sa veuve a bien voulu nous communiquer, et sa coideur y est indiquée comme dun gris argenté. Le Pristipome du Japon. {PrisLipoma japonicum, nob. ) C'est encore à la suite de ces espèces que nous en placerons une trouvée parmi les pois- sons rapportés du Japon par M. Langsdorf, et conservée dans le Musée de Berlin. Son corps est ovale et alongé , sa dorsale basse, son anale courte. La caudale est échancrée; la bouche est petite et peu fendue ; les dents sont médiocres. Les écailles sont petites et après à leur bord. La couleur de ce poisson desséché est uniforme- CHAP. IX. PRISTIPOMES. 289 ment grise sur tout le corps, avec vingt- deux à vingt-quatre lignes brunes longitudinales et obliques sur le dos et les flancs. Le ventre n'a pas de taches. Les nombres des rayons sont comme il suit : D. 14/16; A. 3/7; C. 17; P. 17; V. 1/5. L'individu que nous venons de décrire . est long de huit pouces et demi. Ce poisson porte au Japon le nom de jou- saki, suivant M. Langsdorf. 19 290 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. CHAPITRE X. Des Diagrammes {Diagramma , Cuv.). Le genre des diagrammes, que j'ai établi dans mon Règne animal, n'est pas sans rap- ports avec celui des pristipomes ; il s'en dis- tingue cependant tout de suite, parce qu'au lieu de deux petits pores et d^une fossette, il a sous la mâchoire inférieure les deux pe- tits pores comme dans les pristipomes , et ensuite quatre plus gros, deux de chaque coté, sans fossette impaire : du reste, leur préoper- cule est dentelé, et leur opercule sans épines, comme dans les pristipomes. Ils se divisent aussi en plusieurs groupes, dont le premier, qui est d'Amérique et qui ne comprend encore qu'une espèce, ressemble tellement à nos pristipomes à tête courte (le melanopterum et le hilineatum) qu'il faut de l'attention pour ne pas les confondre. Le Diagramme a front concave. {Diagramma cavifrons, nob.j Lutjanus luteus, Bl.?) L'espèce à nous connue vient du Rrésil. Nous l'avons nommée cliagramma cai^ifronSj, CHAP. X. DIAGRMMES. 291 à cause de la forme singulière de sa tète , qui a entre les yeux et au pied d'une nuque carence, et descendant assez rapidement, une partie élargie , plane et même un peu con- cave , bornée en avant de chaque côté par une légère saillie du bord de l'orbite . partie en avant de laquelle le museau, qui est très- court, tombe lui-méûie rapidement. Ce poisson est élevé de sa partie antérieure; sa hau- teur aux pectorales est trois fois dans sa longueur, et son épaisseur deux fois dans sa hauteur. Sa tête est d'un quart plus courte; l'œil est grand et plus près du museau que de l'ouie; la bouche, peu pro- tractile, n'est pas fendue jusque sous l'œil; les dents sont en velours, mais longues et presque en soie, comme dans les chétodons : il y en a au pharynx une partie d'assez grosses et obtuses. Le préopercule a son bord montant vertical, son angle arrondi, ses dentelures petites, égales, mais bien marquées tout autour ; son opercule est arrondi et sans pointes, La membrane des ouies, peu fendue en dessous et assez épaisse, a sept rayons, tous assez grêles. Il n'y a point d'écaillés sur le devant du museau, sur le sous-orbltaire ni aux mâchoires; mais tout le reste de la tète en est revêtu. Les pectorales et les ventrales n'ont rien que d'ordinaire; la dorsale a treize épines fortes, dont lu quatrième , la cinquième et la sixième sont les plus hautes; la onzième est plus basse que les deux suivantes : il y a ensuite douze rayons mous, qui 292 LIVRE V. SCTÉNOÏDES. n'occupent pas nioidé de la longueur de la partie épineuse, et sont un peu plus hauts que ses der- nières épines. La seconde des trois épines anales est énorme, et reçoit dans une rainure la troisième, qui est plus grêle et plus courte : elles sont suivies de dix rayons mous. Ainsi les nombres des rayons sont : B. 7; D. 13/12; A. 3/10; C. 17; P. 15; V. 1/5. La caudale est coupée en croissant : il n'y a au- cune dentelure aux os de l'épaule j mais seulement un repli écailleux dans l'aisselle de la pectorale, et un autre assez petit sur celle de la ventrale. Les écailles sont assez grandes : on en compte environ cinquante entre l'ouie et la caudale. Tout le poisson paraît argenté , avec des lignes de reflets le long de chaque rangée longitudinale d'écaillés. La membrane de la partie épineuse de sa dorsale paraît brune. Nous en avons de plus d'un pied de long 3 et d'après le nombre d'individus que feu De- lalande en avait rapportés , l'espèce ne doit pas être rare à Rio-Janéiro. Nous n'avons vu de ses viscères, qui étaient mal conservés, que la vessie natatoire, qui est grande, épaisse, pointue en arrière, arrondie en avant, et sans cornes ni appendices. Son abdomen était rem- pli d'une immense quantité de petites modioles. Son squelette n'offre de fossettes que dans la ré- gion de la tempe. Celles du front ont presque dis- paru, et c'est ce qui, joint à l'élévation de la crête CHAP. X. DIAGRAMMES. 295 mitoyenne, donne la forme singulière de la tête : on en voit encore de petites au préopercule et à la mâchoire inférieure. Les vertèbres abdominales sont au nombre de dix , et les caudales de seize. Les cotes sont fortes et ont des appendices. L'os moyen de l'hyoïde s élargit en dessous par deux lames latérales. La figure du lutjamis liiteiis, que Blocli a jDublice (pi. 1^"]) d'après un croquis de Plu- mier, ressemblerait assez à ce diagramme par l'ensemble , et surtout par la forme et les dé- tails de la tête 5 mais, quelque peu d atten- tion que Plumier ait donné aux nombres des rayons, j'ai peine à croire qu'il ait pu les al- térer au point de produire les difterences que son dessin présente (D. 8/9; A. 5/7). Blocli n'a pas hésité à les changer arbitrairement, et à les dessiner : D. 8/1 1 ; A. 5/1 4. Dans son texte il les met encore autrement (D. 8/1 1 ; A. 5/1 2). Les diagrammes des mers orientales ont les écailles beaucoup plus petites et la tête au- trement faite ; la ntique et le front se conti- nuent en un seul arc convexe, qui devient concave au museau, lequel est très -court; l'ouverture de la bouche est ronde plutôt que fendue; l'œil est relevé, le préopercule arrondi et finement dentelé. 294 LIVRE V. SCIÊNOÏDES. C'est sur Tuii deux que M. le comte de La- cëpède (t. 111, p. i35) a établi son genre plec- torlijnrjuej mais le caractère qu'il lui donne dW museau plissé et contourné ne tient qu'aux lèvres proprement dites, qui sont en effet un peu plus amplement retroussées qu'à l'ordinaire. L'os maxillaire et le sous-orbi- taire n'ont rien de particulier. Les lèvres des autres diagrammes sont semblables; on les a mal rendues dans la figure (t. II, pi. i3, fig. 2), qui d'ailleurs est belle et exacte, si ce n'est qu'on y a représenté les deux ventrales comme si elles n'en disaient qu'une , qui aurait beau- coup plus de rayons qu'à l'ordinaire. Le Diagramme plectorhynque. (^Diagramma plectorhjnchus , nob. ; Plectorhyn- chus cliœtodonoides , Lacép. j Chœtodon plec- tor/ijnchus j Sh.) Ce plectorhynque est un poisson court, dont la liauieur n'est que rlcux fois et demie dans sa lon- gueur. La concavité de son chanfrein et la con- vexité de son front sont bien prononcées. Ses dents se montrent à peine au travers de ses gencives, et ne paraissent former qu'une seule rangée. Il a six pores assez petits sous le devant de la mâchoire inférieure , et deux fossettes peu marquées sous ses branches. La partie molle de sa dorsale se relève en courbe ovale, ainsi que son anale : l'une et l'autre CHAP. X. DlAGRAaiMES. 295 ont leur base enveloppée par une continuation des écailles du dos. La seconde épine anale est assez longue et forte; celles du dos sont médiocres. B. 7 ; D. l'2/19 ; A. 3,7 ; C. 17 ; P. 15 ; V. 1/5. Les écailles se rapetissent encore sur le devant de la tête, où elles couvrent une bonne portion du sous- orbitaire, et se laissent voir en partie sur le museau. La distribution du noir et du blanc par grandes taches sur ce poisson, est assez remarquable. Le fond est brun-noir : il y a une grande tache blanche sur le devant du museau et la bouche, une autre sur le derrière de la joue et le bas de l'opercule, une en travers sur la nuque, une sur le dos vers la fm de la dorsale épineuse, une sur le flanc derrière la pec- torale, une sous la poitrine au-devant des ventrales, une sous le ventre, remontant des deux côtés au- devant de l'anale, une autour de la queue, et une petite sur la base de la caudale , dont le bout est tout blanc. Chacune de ces grandes taches blanches est entourée d'un bord plus noir que le fond, et a dans son milieu une tache plus petite , grise ou noirâtre. En outre, la dorsale molle et l'anale sont blanches, avec des taches noires rondes ou irrégulières. La partie épineuse de la dorsale est noirâtre à sa base et blanchâtre au bord. Les pectorales et les ventrales sont noires et ont le bout blanchâtre. Ce poisson singulier doit être rare; nous n'en avons vu encore que l'individu décrit par M. de Lacépède : il est long d'à peu près cinq pouces. 296 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Il y en a cependant un au Musée royal des Pays-Bas qui pourrait bien n'en être qu'une variété. Son dos est tout marbré de noirâlre sur un fond jaunâtre ou blanchâtre, de manière qu'il reste qua- tre grandes taches de ce fond; une sous la gorge en avant des ventrales, une sur le flanc derrière la pectorale, une ronde au-dessus de l'anale, et une carrée occupant toute la queue. De grandes taches noires occupent la partie épineuse de la dorsale, et de gros points noirs sa partie molle , ainsi que l'anale et la caudale. Les pectorales et les ventrales sont noires, et il y a sur ces dernières des points gris ou bleuâtres. Sa longueur est de huit pouces. D. 12;19; A. 3/8; C. n ; P. 15; V. 1/5. L'œsophage du plectorhynque est très-court, et il se dilate en un grand estomac à parois très- minces, sans plis à l'intérieur. La branche dans laquelle s'ouvre le pylore, est très - épaisse , et le pylore est entouré de douze appendices cœcales. L'intestin grêle fait deux replis inégaux; ses pa- rois sont très-nrinces. Un étranglement très-marqué sépare cet intestin du rectum, dont les parois sont plus épaisses et le diamètre beaucoup plus grand. La vessie natatoire est simple, argentée, à parois fibreuses, assez épaisses. L'estomac était plein d'un grand nombre de pe- tites crevettes. CHAP. X. DIAGRAmiES. 207 Il nous paraît presque impossible que ce ne soit pas le plectorhynque qui a été décrit une seconde fois par M. de Lacépède (t. IV, p. igS et 243) sous le nom de lut j an chétodonoide. Toute sa description s'accorde jusqu'aux mi- nuties, excepté les nombres des rayons, qu'il donne ainsi : D. 15/19; A. 4/6;C. 19; p. 16; V. 1/6. Mais on peut supposer ici quelque faute d'attention ou de copiste. Il est certain qu'il n'existe au Cabinet du Roi aucun autre pois- son auquel cette description puisse convenir, et ce ne serait pas la seule fois que M. de Lacépède aurait fait deux espèces avec un seul et même individu. Le Diagramme pie {Diagramma pica, nob.) est une autre espèce des Indes, dont l'affi- nité avec le plectorliynque se marque même par la distribution des couleurs , bien qu'il soit plus oblong et que sa dorsale soit plus égale j car, sur un fond noir le long du dos, il a aux mêmes endroits trois grandes taches blanches, une au-devant du museau, une en travers sur la nuque, et une vers la fm de la partie épineuse de la dor- 298 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. sale; mais celles de l'opercule, de derrière la pec- torale et de la queue, se joignent au blanc qui règne sur toute la partie inférieure du corps , et ne font plus que des écliancrures dans le noir : la queue est même quelquefois toute blanche. Le noir et le blanc du dos s'étendent sur la dorsale. La caudale est blanche, avec des bandes ou des taches irrégulières noires. Les autres nageoires sont grises. Ce poisson est plus alongé que le plectorhyn- que. Sa hauteur est trois fois et demie dans sa lon- gueur. Ses épines dorsales n'ont guère que le quart de la hauteur du corps; elles vont en s'élevant un peu en arrière, et les rayons mous sont encore un peu plus hauts : cette partie se termine en s'arron- dissant. La caudale doit être peu échancrée; mais on en voit mal la forme dans notre échantillon. Les autres nageoiies n'ont rien de particulier. Il y a six gros pores sous le devant de la mâchoire inférieure. D. i2/-21; A. 3/7; C. 17; P. 17; V. iy5. Notre individu est long de huit à neuf pouces. Cette espèce se trouve dans l'arcliipel de la Société. Il y en a une bonne figure faite à Otaïti par Païkiiison , et conservée à la Bibliothèqtie de Banks : elle y est étiquetée percoides pica. Seba en a représenté un petit individu (t. III, pi. 26, n.° 3i). CHAP. X. DIAGRAMMES. 299 Le Diagramme oriewtal. {Diagramma orientale, nob.; Anthias orientaliSj BI.,pl. 326.) Dans notre deuxième volume (p. 3 18) nous avons rangé parmi les serrans un poisson que nous ne connaissions que. par la figure de Bloclî (pi. 326), et que cet auteur nommait anthias orientalis. Depuis lors nous avons eu loccasion d'observer cette espèce , et nous avons reconnu qu'elle a tous les caractères des diagrammes, et même cju'elle est extrê- mement voisine du diagramma pica. Il taut donc la retranclier de la liste des serrans. Les parties épineuse et molle de sa dorsale sont plus inégales à l'endroit de leur jonction. Sa nuque est plus élevée, et ses écailles plus grandes : on en compte un peu plus de soixante sur une ligne longi- tudinale, et dans le pica il y en a plus de quatre-vingts. D. 13/n ; A. 3/8; C. 17; 'P. 18; V. 1/5. La distribution du blanc et du noir est très-voisine dans les deux espèces. JJorienlah a de même le mu- seau blanc, une grande tache ovale et blanche, sur un fond noir, à la nuque, et une autre semblable au milieu du dos; mais le blanc du dessous du corps y est moins continu, et des parties noires irrégulières rinterrompent. La caudale rhomboïdale a sur son milieu une bande longitudinale noire , et ses bords *;ont aussi de celte couleur. 500 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Notre inclivldu est long de six pouces. Il appartient au Cabinet royal des Pays-Bas. L'origine n'en n'est pas connue ; mais on ne peut guère douter qu'il ne vienne de la mer des Indes. Bloch a enluminé dans sa planche les par- ties pâles de fauve ou d'orangé, probablement parce qu'il na vu qu'un individu sec. Le Diagramme panthère. {Diagramina pardalis, K. et V. H.) MM. Kulil et Van Hasselt ont envoyé de Java au Musée royal des Pays-Bas un dia- gramme dont les formes et les nageoires ré- pondent à celles du plectorliynque , mais dont le chanfrein est plus rectiligne, et qui a tout le corps , la tête , et les nageoires verticales semés de taches rondes et noirâtres, sur un fond grisâtre ou blanchâtre : au-dessous de la ligne laté- rale elles sont moins nombreuses. Ces jeunes natu- ralistes l'ont appelé dlagramma pardaîls. D. 12/18; A. 3/8; C. 17; P. 15; V. 1/5. L'individu est long de dix pouces, et il y en a au même cabinet un squelette long de quinze. Ses lèvres, les pores de sa mâchoire sont les mêmes que dans le plectorhynque. Ses dents sont en cardes fortes; celles du rang antérieur plus que les autres. Ses pectorales et ses ventrales sont grandes et noires. CHAP. X. DIAGRAJRIES. 301 Le Diagramme gaterin. {Diagramma gaterina, nob. ; Sciœiia gaterina , Forsk.j Holocentre gaterin y Lac, t. IV, p. 347-) Le poisson que Forskal (p. 5o, n.^Sg) a nommé sciœna gaterina est un diagramme, et montre avec le pardalis la même affinité de couleur que le pica avec le plectorhynque. Sa nuque est arrondie ; son profil approche de la verticale; les dentelures de son préopercule, les pores de sa mâchoire inférieure sont bien marquésj sa dorsale non échancrée, mais un peu relevée et arrondie en arrière; la seconde épine de son anale très-forte. Tout son corps est d'un gris bleuâtre , plus foncé vers le dos, plus clair au ventre et à la tête; ses lèvres et ses nageoires sont jaunes; le dos, les flancs et les nageoires verticales sont semés de taches rondes, d'un brun foncé de chocolat. L'inté- rieur de la bouche et la face interne de l'opercule sont très-rouges. Dans la liqueur les teintes du fond, soit le jaune, soit le bleu, deviennent plus grises. B. 7; D. 13/19; A. 3/7; C. 17; P. 15; V. 1/5. Nos individus , rapportés de Lohaia par M. Ehrenberg , ont de six à huit pouces ; il y en a à Berlin d'un pied et plus. M. Ruppel (pi. 32) en donne une figure exacte, mais enluminée de gris verdâtre. Les Arabes nomment ce poisson gaterin 302 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. selon Foiskal , et niaral-tririhi selon M. Eli- renbeig. Forskal, dans sa description du sciœna ^ateiinay dit que ses opercules sont sembla- bles à ceux du murdjan, c'est-à-dire de notre mjripristis; mais c'est une ressemblance assez éloignée. Du reste , tout ce cpi'il en rapporte se retrouve sur nos individus. Forskal (p. 5 1 , n.'' 09 6 ) parle d'un petit poisson semblable à ce gaterinaj et qu'il nomme sciœna ahu-m^atherina , qui a sur le dos deux lignes brunes, sur lesquelles sont rangées des taches noires, et vers les flancs deux lignes plus pâles et sans taches. Les pécheurs lui ont assuré c|ue c'est le jeune du gatevinay et qu'avec l'âge ses taches prennent une disposition moins régulière. Le Diagramme ponctué. {^Diagramma punctatum , Ehrenh.; Holocentre radjah au, Lacép.) M. Ehrenberg, à qui l'on doit d'avoir re- trouvé ce ^aterina de Forskal, a rapporté trois autres diagrammes qui lui ressemblent beati- coup. Celui qu'il nomme dinp;raninia pimctatam a dix rayons épineux et vingt-trois mous à la dorsale, qui, d'ailleurs, est de même forme j son corps, sa CHAP. X. DIAGRAMMES. 305 dorsale et sa caudale ont des taches rondes et brunes, et sont bordées de noir ; l'anale et les ventrales sont noires à la pointe. La seconde épine de l'anale est médiocre. D. 10/-23; A. 3/7, etc. L'individu est long de neuf pouces. MIM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de Java un poisson que nous croyons de même espèce , ou peu s'en faut. Ses formes sont les mêmes ; ses nombres à peu près aussi. D. 10/^2; A. 3/7. Des taches brunes, rondes, sont semées sur son dos et sur sa queue , des traits ou des suites de petites taches dorées sur ses joues et ses flancs. Sa dorsale et sa caudale sont bordées d'un noir violàlre, et semées de taches brunes ou noirâtres. L'anale et les ventrales sont noirâtres- les pectorales grises. L'individu est long de deux pieds. Ces jeunes naturalistes l'avaient nommé (liagramjjia ocellatiun. Il y a depuis long- temps au Cabinet du Roi un individu desséché de cette espèce , provenu de l'ancienne collection du Stad- houder , et qui porte pour étiquette les mots malais ikan-radjahau, ce qui prouve qu'il provient de l'archipel des Indes. C'est lui que 504 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. M. de Lacepède décrit (t. IV, p. 335 et3';74) sous le nom dholoceîitre radjabau. Ce nom étant sensiblement le même que celui de ra-- dahajo , que nous verrons avoir été donné au diagranima Lessonii , il doit avoir un sens générique. M. Raynaucl a reçu cette espèce à Batavia, et sous le même nom de radjahau. MM.Quoy et Gaimard l'ont prise à Vanicolo. Il y a des variétés pour le nombre et la forme des taches des flancs , qui prennent quelquefois luie forme alongée ; sur les na- geoires elles deviennent plus noires : quelque- fois aussi l'anale est tachetée comme la dor- sale. Le fond dans le poisson frais est violâtre. Le Diagramme a taches jaunes. ( Diagi^amma Jlavoniaculatum , Elirenb. ) Un autre diagramme , que M. Ehrenberg a reçu sous le nom de sliotaf, mais qui n'est pas le sliotaf de Forskal , a la dorsale plus basse de farriëre, le corps cendré, marqué de séries ondulées de points dorés. Ses na- geoires sont grises. Nous n'avons pas ses noml^res ; mais nous devons supposer qu'ils sont les mêmes que dans le suivant. CHAP. X. DIAGRAMMES. 306 C'est l'espèce la plus commune dans la mer Rouge, surtout à Suez. Le Diagramme shotaf. (Diagramma shotaf, iiob.j Sciœna shotaf y Forsk.?) Celui-ci, qui pourrait être le vrai shotaf de Forskal (p. 5i, u.° Dg,^), a aussi la dorsale basse, et y compte quatorze épines et vingt rayons mous. Son corps n'a aucunes taches, et est cendré dessus et blanchâtre dessous. On n'y voit de frappant que le rouge de l'intérieur de la bouche et du dessous de l'opercule. D. 14/20; A. 3/7; C. H, etc. L'individu est long de près d'un pied, et il y en a de plus grands. L'épine de son anale est médiocre. Forskal dit de son shotaf qu'il est tout brun , que ses nageoires sont noirâtres, et qu'il atteint une longueur de deux pieds. Le Diagramme e^etela. {Diagramma fœtela, nob. ; Sciœna fœtela, Forsk.) Peut-(kre le poisson que nous venons dé décrire, est- il plutôt le jeune de celui que Forskal (p. 5i, n." Sg,^/) wonwwe fœtela , et qui est décrit comme brun dessus, blanchâtre des- sous et sans taches. Il atteint une longueur de six pieds, et est gros et bon à manger. Forskal dit que ses préoperciiles n'ont pas de dentelures en dessous; 5. ao 306 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. mais les dentelures s'effacent souvent dans les très- grands poissons. M. Ruppel donne un diagramma fœtela (pî. 32 )j mais il nous semble y représenter plutôt une variété du dia gr anima punctatum. Le Diagramme gris. {Diagramma griseum, nob.) M. Dussumier a rapporté de son dernier voyage un diagramme très-semljlable au sho- taf et au fœtela.j mais qui a deux aiguillons de moins à la dorsale. D. 12/-21; A. 3/7, etc. Ses aiguillons sont forts, surtout le deuxième de l'anale. Ce zélé voyageur l'a trouvé sur différens points de la côte de Malabar, et lui a vu l'intérieur de la bouche d'un orangé vif; le corps est brun clair ou gris cendré; les na- geoires grises ou teintées de rose. Aujourd'hui tous les individus dans la liqueur paraissent bruns tirant à l'olivâtre. Leur longueur est de six , sept et huit pouces. M. Bélenger vient den rapporter un de la même côte, long de onze ponces, qui a con- servé sa couleur grise : il Ta entendu appeler par les naturels cauitnine. Ses pores maxil- laires sont peu marqués. CHAP. X. DIAGRAMMES. 507 INous avons fait le squelette de ce diagramme gris. La crête mitoyenne de son crâne est élevée ; les in- termédiaires le sont moitié moins, et les externes sont petites et presque horizontales. Il a dix vertèbres abdominales et seize caudales. Les apophyses trans- verses des abdominales postérieures s'alongenl, et les dernières s'unissent ensemble dans le haut et rappro- chent leurs extrémités du premier interépineux de l'anale, qui est très-fort, a quatre arêtes, et porte le* trois épines. Sur la première vertèbre , derrière la crête mitoyenne du crâne, sont trois interépineux sans . rayons , grêles et réunis. Le premier interépineux sui- vant porte les deux premiers aiguillons de la dorsale, et s'insère entre la première et la deuxième vertèbre ; les autres s'attachent plus ou moins irrégulièrement Le Diagramme cendré. {Diagramma cinerascens , nob.) M. Raynaud a rapporté de Triiiquemalé un diagramme de la forme des précëdenSj sauf un angle un peu plus aigu à l'arrière de la dorsale et de l'anale. Il est entièrement d'un cendré brun uniforme sur le corps. La partie molle de sa dorsale , sa caudale et son anale , ont de petites taches rondes et brunes entre leurs rayons. D. 10/23; A. 3/7; C. 17; P. H; V. 1/5. L'mdividu est long de onze pouces. 508 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le Diagramme de Thunberg. {Diagramma Thunhergii , nob.; Perça pertusa, Thunb.) M. Thunberg a donné dans les Nouveaux Mémoires de l'Académie de Stockholm (t.XIV, pi. 7, fig. i), sous le nom àe perça pertusa^ un diagramme du Japon, auquel il attribue les nombres de D. 10/21; A. 3/6; C. 17; P. 16; V. 1/5. Les six pores sous le menton, par lesquels il le caractérise parmi les perça ^ sont communs à tout le genre des diagrammes. Le Cabinet du Roi le possède dans un état desséché qui ne permet pas d'en reconnaître les couleurs. Il paraît entièrement brun clair, avec les mem- branes des nageoires d'un brun plus foncé. Ses nom- bres sont exactement ceux qu'a indiqués Thunberg. D. 10/21 ; A. 3/6; C. n ; P. 16; V. 1/5. , Il est long de six pouces. L'origine de cet individu ne nous est pas connue. Le Diagramme capitaine. {'Diagramma centurio , nob. ) M. Dussumier a encore découvert aux Sé- chelles un beau diagramme , qui porte dans ces îles le nom de capitaine^ et qui est très- CHAP. X. DIAGRAIMMES. 309 semblal>le par la forme au griseuni , mais qui s'en distingue, ainsi que de tous les autres, par un nombre supérieur de rayons mous à la dor- sale : il en a vingt-six ou vingt-sept. Cette dorsale a d'ailleurs, comme dans le cinerascens ^ son bord à peu près en ligne droite; le premier rayon n'a que le tiers de la hauteur des suivans : en arrière elle finit en angle arrondi. Le premier aiguillon de l'anale est très-petit. D. 10/26 ou 27; A. 3/7 ou 8; C. 17 ; P. 15; V. 1/5. La hauteur à la nuque est de près du tiers de celle du poisson. Le profil descend obliquement en arc de cercle. Des lèvres lâches présentent bien cette appa- rence qui avait fait donner à la première espèce du genre le nom de plectorhynqiie. Ce poisson est d'un gris brunâtre glacé d'argent, et qui devient de plus en plus argenté vers le bas. Son dos, sa nuque, sa dorsale et sa caudale sont semés de petits points bruns. Notre individu a près d'un pied. Le Diagramme rayé. ( Diagramma lineatuiii , nob. ; Perça diagramma , Linn.) Des diagrammes plus anciennement connus que tous les précedens, sont ceux-là même que Linnaeus paraît avoir réunis sous son perça diagraîimia^ et que Bloch (t. IX, p. loi) a rangés dans ses anthias^ bien qu'ils n'aient pas ù\0 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. plus que nos autres diagrammes les caractères que Bloch lui-même attribue à ce genre; car on ne leur voit d'écaillés ni sur le devant du museau ni aux mâchoires. Plus tard, Bloch^ a fait de ces poissons des grammistes; mais nous avons vu depuis long- temps que ce genre prammiste ne peut subsister. Les différens individus que Von possède dans les cabinets, ceux que Seba, que Bloch et d autres ont représentés , diffèrent trop entre eux pour que l'on puisse croire qu'ils ne forment qu'une espèce. Nous les distin- guerons donc comme ils nous ont paru devoir l'être, et nous attacherons particvdièrement le nom de dia^raninia lineatiim à deux indi- vidus venus l'un et l'autre des Moluques et à ceux qui leur ressembleront. Ils nous parais- sent répondre plus spécialement à la figure 18 (pi. 27, t. III) de Seba% la seule que Linnœus cite sous son perça dia^ramma. Leur forme est la même que dans le diagvamma pica. Leurs épines dorsales diffèrent peu enlre elles: la deuxième et la troisième n'ont que le tiers de la hauteur du poisson; la première est d'un tiers moin- dre que la seconde. L'un des deux individus a le corps noir, avec quatre bandes blanches de chaque 1. Systema , p. 182. 2. Copiée clans l'Encyclopédie, n.° 219. CHAP X. DIAGRA.\MES. 511 côté, disposées en ligne droite : la première depuis la nuque jusque vers le tiers postérieur de la dor- sale; la seconde depuis le sourcil jusqu'à la fm de la dorsale ; la troisième depuis l'œil jusqu'au milieu de la base de la caudale; la quatrième depuis la pec- torale jusque sous la base de la caudale. Il y en a trois sur la joue, dont la supérieure se continue avec la troisième du dos, passe sous l'œil et s'unit à la seconde. La deu:sième du dos passe sur l'œil et descend sur le museau, où elle s'unit à sa correspon- dante. La dorsale a le bord blanc et une bande oblique noire sur sa partie molle. La caudale est blanche, et a trois lignes noires disposées en che- vron, dont la pointe est dirigée en arrière. Le des- sous de la gorge est blanc. D. r2/-20; A. 3/7; C. 17; P. 16; V. 15. L'autre individu a beaucoup plus de blanc; son ventre l'est tout entier, et, outre les quatre bandes du premier, il en a une le long de la dorsale et deux du côté du ventre. Ses pectorales et ses ventrales sont blanches. Sa caudale a aussi des lignes en chevron; sa dorsale est blanche, avec un liséré noir et quelques taches rondes et noires sur sa partie molle. L'anale est blanche, avec quelques taclies noires. Le squelette de ce diagramnia lîncatiiin n'a plus que quelques petites fossettes sur le devant du crâne; celles du sous-orbitaire et du préopercule sont aussi fort petites. Il a dix vertèbres abdominales et seize caudales. Liiinaeus, sous perça clia^raimnaj cite deux poisbons de Groiiovius (les n.''^ 88 et 187 du o\2 LIVRE V. SCIÉx^OÏDES. Muséum), et Blocli y en ajoute un troisième (le n.° 297 du ZoopJijlaciuin) , dont aucun ne peut lui appartenir; il n'y a même que le second qui ait pu offrir quelque apparence de rapprochement, et les nombreuses figures que Gronovius lui-même allègue d'après Valentyn, Seba, Margrave et d'autres, qui représentent toutes des serrans ponctués, auraient dû faire éviter ces citations erronnées. Mais un poisson qui me paraît appartenir réellement à cette espèce, c'est le perça lineata de LinnGeus' (12.^ édition). A la vérité il lui compte dix-sept rayons épineux et seize mous à la dorsale; mais sur ce petit individu il a bien pu prendre des rayons mous mutilés pour des épines. Le compte total (trente-trois) s'éloigne peu du nôtre. Le Diagramme de Bloch. {Diagr anima Blochii, nob. ; Anthias diagramma, Bloch.) M. Raynaud a dessiné à ïrinquemalé un in- dividu qui paraît de l'espèce donnée par Bloch (pl.32o) comme identique avec la précédente, quoiqu'elle en diffère certainement par plu- sieurs caractères. 1. Le scmna Uneain du Mus. Adolph. Fred., pi. 5i, fig. 4? le granimistes lintaius, Bl. Schn. , p. 186. CHAP. X. DIAGRAMMES. 315 Son profil est moins bombé. Ses épines dorsales sont plus hautes en avant: les deuxième, troisième et quatrième ont moitié de la hauteur ; la première n'a que le tiers de hauteur de la seconde. Le blanc ou plutôt le jaunâtre du ventre prend le tiers inférieur. Il y a sur le noir du dos trois lignes blanches entières, une allant de la nuque au milieu de la partie molle de la dorsale, une autre du front à la fin de cette partie molle, une troisième de l'œil au milieu de la base de la caudale. Entre les deux premières en est une plus étroite, qui s'arrête vis-à-vis la base de la pectorale. Dans le blanc en est une brune, étroite, peu marquée, qui commence à la pectorale et se perd vis-à-vis l'anale. Une ligne blanche impaire suit le milieu du chanfrein. La caudale n'a que trois lignes noires, une longitudinale et deux obliques. Sur la dorsale sont deux bandes obliques, une en avant et une en arrière. Il y a de Torangé à la joue, et toute la pectorale est de cette couleur. D. 12/16? A. 2/7; C. 17; P. 18; V. 1/5. Le Diagramme de Lesson. {DiagJYimjna Lessojiii, nob.) M. Lessoii a dessiné à Waigiou un dia- gramme assez voisin des prëcédens. Il a de chaque côté quatre lignes longitudinales blanches argentées, sur un fond brun violâtre. Le ventre est argenté. Des suites de taches brunes for- ment des bandes obliques sur la dorsale et sur l'anale. La caudale est toute semée de ces taches brunes j et a 314 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. aussi son bord brun. La partie épineuse de la dorsale est brune, avec une ligne pâle derrière chaque épine. Les pectorales sont pâles et les ventrales brunes. D. 12/20 5 A. 3/7; C. 21 (en comptant sans doute les incom- plets); P. 15; V. 1/5. L'individu était long de quatorze pouces. Les Malais nomment ce poisson radabajo. Le Diagramme a nageoires bigarrées. (Diagramma pœcilopterinn , nob. ) M. Lescbenault nous a envoyé de Pondi- cliéry un diagramme semblable aux trois prë- cëdens, mais qui diffère cependant de tous les trois par Tespèce. Il est très-bien représenté par Seba (t. llï, pi. 27, fig. 17)5 mais Bloch {Systema, p. 182) rapporte mal à propos cette figure au perça siriata de Linngeus, qui est un poisson d'Amérique du genre des genres. Les nombres de ses rayons diffèrent considérable- ment, jy gyog. ^ gyg . C. H ; P. 15 ; V. 1/5. On peut dire qu'il a plus de blanc que de noir. Sur le fond blanc se dessinent de chaque coté six ou sept bandes longitudinales noires, alternative- ment pleines et interrompues. Le noir est distribué sur la dorsale et sur la caudale par taches rondes ou irrégulières, et il y a de plus un liséré noir. Les ventrales et lan^ile sont presque noires. CHAP. X. DIAGRAMMES. 515 M. Leschenault nous apprend que Ton nomme ce poisson en tamoule kal-katisé , qu'il ne parvient qu'à huit pouces de longueur, et qu'on le pèche seulement pendant la mous- son du nord-est dans la rade de Pondichéry. Il est bon à manger. La même espèce a été rapportée de Trin- quemalë par M. Raynaud. Le grand-tigre de Renard (2.^ part., pi. 3i, lîg. 146) nous en paraît une représentation grossière. Il le dit fort blanc, de bon goût et très-commun dans toutes les Moluques. Le Diagramme peint. {Diagramma pictum, nob. ; Perça picta^ Tliunb.? Lut j an peint , Lacëp.) Une jolie espèce assez semblable à notre seconde variété du diagramme rayé , a été représentée par Seba (t. III, pi. 26, n."" 32). Son dos et ses flancs sont noirs, et il s'y dessine trois bandes longitudinales blanches : la première marche depuis le front le long de la partie épi- neuse de la dorsale, et se continue sur sa partie molle entre un bord noir et une large bande Ion- giludmale de même couleur ; la seconde part de l'œil et se continue sur la base et la fin de la par- tie molle de la dorsale, et même sur la caudale; la troisième vient de la joue, et se continue sur le bas de la caudale : elle n'est séparée que par un peu de Ô'IG LIVRE V. SCIÉNOÏDES. gris du blanc du ventre. La membrane de la partie épineuse de la dorsale est blanche, bordée de noir, La caudale a une bande noire au milieu et deux obli- ques. Les ventrales sont blanches; Tanale blanche, nuée de gris; les pectorales petites et blanchâtres. D. 10/-21 ; A. 3/6 ; C. n ; P. 17 ; V. 1/5. Ce petit poisson nous a été apporté de Pondichéiy par Sonnerat. Il ne paraît pas passer trois pouces. Le Mtisée royal des Pays-Bas en a aussi reçu plusieurs individus de Java parMM.Kulil et Van Hasselt. Malgré quelques différences légères dans le nombre des rayons, et d'autres qui tiennent à l'individu pour les couleurs , on ne peut dou- ter que ce ne soit le perça picta du Japon, décrit et représenté en 1792 par Thunberg dans les Nouveaux Mémoires de Stockholm (t. XIII, p. \[{\y et pi. 5). 11 lui doime : D. 10/21 ; A. 3/7 ; C. 16 ; P. 14 ; V. lis. Cest le luljan peint de M. de Lacépède (t. V, p. 687 et 688), le ^j^ammistes pictus de Bloch (édit. de Schii., p. 190). Le Diagramme a baudrier. {Diagraiiima balteatum , K. et V. H.) MM.Ruhl cl Van Hasselt ont aussi envoyé un petit diagramme très-semblable à ce pictunij CHAP. X. DIAGIL4MMES. oi 7 mais dont toute la partie de la gorge et du corps, au-dessous de l'œil, est blanche, et dont la bande blanche, voisine du dos, est réduite à une petite tache sous les trois premiers aiguillons de la dor- sale. La bande blanche unique naît sur l'œil, et se prolonge sur la moitié supérieure de la caudale, qui est pointue et noire dans ses deux tiers infé- rieurs et à son bord supérieur. Le deuxième rayon de la dorsale s'élève en pointe presque aussi haut que le corps; les autres diminuent par degrés. La partie moyenne de celte nageoire et son extrémité postérieure sont blanches, le reste noir : il y a du noir au bord des ventrales et de Tanale, D. 10^23 ; A. 3/7 , etc. Ce joli petit poisson n'est long que de deux pouces. C'est à quelqu'un de ces diagrammes a ban- des longitudinales que Ton croit potivoir rap- porter deux mauvaises figures de Renard et de Valentyn, qui ne montrent cependant ni raies ni taches aux nageoires. Le premier (pi. 29, fig. iSg) donne au poisson qu'elles représentent le nom (\e prique; l'autre {^Anib., t. III, p. 355, fig. 23) dit qu'il s appelle en ma- lais ikan-warna et warna-rœpanja, ce qui %\^\^Q poisson téméraire, et ajoute qu'il est blanc, dur, meilleur que la perche, et qu'il ne cède en rien aux poissons les plus exquis. 51 8 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. DES SCIÉNOÏDES A MOINS DE SEPT RAYONS BRANCHIAUX. CHAPITRE XL Des Lohotes. A la tête de ces sciènes à moins de sept rayons branchiaux nous plaçons un petit groupe qui n'en a que six, et qui se distingue par un museau court, une mâchoire infé- rieure proéminente, un chanfrein un peu con- cave et de très-fortes dentelures au préoper- cule, et surtout parce que les parties molles de la dorsale et de Fanale s'alongent en pointes obtuses ; ce qui , avec la caudale arrondie , fait paraître la partie postérieure du corps comme divisée en trois lobes : leur ensemble est ovale , assez épais ; les épines de ces na- geoires sont fortes, et celles du dos se cachent en partie entre les écailles. Hs n ont que quatre pores peu profonds , ou plutôt quatre groupes de très-petits pores, vers le bout de leur mâ- choire inférieure. CEAP. XI. LOBOTES. 319 Le LoBOTES DE Surinam. {Lobotes siirinamensis, nob. ; Holocentrus surina- mensiSy Bl., pi. 243 j Bodianus triuruSy Mitch.? pi. 5, % 10.) Blocli en a décrit parmi ses holocentres une espèce qu'il avait reçue de Surinam, et que nous en avons reçue également par feu M. Levaillant ; mais elle descend plus loin au sud, car M. le duc de Rivoli l'a rapportée du Brésil, et nous verrons bientôt quelle se porte aussi plus au nord et jusqu'à New-l ork , ou du moins qu'il y en existe une espèce très- voisine. Cest un poisson de forme ovale et assez courte. Sa hauteur n'est que trois fois dans sa longueur; son épaisseur fait plus de moitié de sa hauteur. Sa nuque est bombée; la longueur de sa tête est trois fois et un tiers dans sa longueur totale; son chanfrein est large, mais un peu concave; les écailles y viennent jusques entre les yeux; la joue, le limbe du préoper- cule et les pièces operculaires en sont couvertes, mais il n'y en a point sur le bout du museau ni sur les mâchoires. Les orifices de la narine sont rapprochés, ovales, aussi élevés que le bord supérieur de l'orbite, dont ils s'éloignent trois fois moins que du bout du museau. Les dents sont en velours , et il y en a un rang extérieur de plus fortes et plus coniques. L'an- gle de son préopercule est arrondi : il a dix ou 320 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. douze dentelures , dont les trois ou quatre mi- toyennes sont très-fortes et pourraient passer pour des épines. Les deux pointes qui terminent l'angle de l'opercule ne s'aperçoivent guère qu'avec le doigt. L'os surscapulaire est petit , et a quelques fines dentelures ; il y en a aussi dix ou douze à l'os humerai au-dessus de la pectorale. La longueur de la dorsale égale la moitié de celle du corps; ses épines sont fortes , mais médiocrement élevées ; sa partie molle occupe moins d'espace que la partie épineuse, mais sa pointe se prolonge jusqu'à répon- dre sur le milieu de la caudale. Il en est de même de la partie molle de l'anale, dont les épines aussi sont fortes et médiocrement longues. Les pectorales sont petites , oblongues. Les ventrales sortent sous leur base; elles ont une forte épine, et leur partie molle se prolonge en pointe et dépasse les pecto- rales. B. 6; D. i:/15; A. 3/11; C. Il; P. Il; V. 1/5. Les écailles sont assez grandes : on en compte environ quarante-cinq sur une ligne longitudinale, et trente sur une verticale. Leur bord est très-fine- ment cilié; il s'en étend de petites sur les bases des nageoires verticales. La ligne latérale est presque parallèle au dos; vers le devant elle est un peu plus convexe : elle se marque par un tube simple sur chaque écaille. Dans leur état sec nos poissons paraissent bruns; les pectorales jaunâtres, les nageoires verticales noi- râtres, le bord postérieur de la caudale blanc ou jaune, surtout aux deux exlrémij.és. Sur l'un d'eux CHAP; XI. LOBOTES. 52 i on voit encore à chaque écaille une petite tache ronde et pâle, comme les marque Bloch. Sa figure, qui est fort bien dessinée, montre quelques bandes nuageuses en long, en travers et sur les écailles, et donne une teinte rouge à la tête; mais l'auteur ne nous dit pas si cette enluminure a été faite d'après le frais, ou, comme il ne lui est arrivé que trop souvent, d'après des individus desséchés. Bloch assure que l'espèce atteint la gran- deur de notre perche commune; que sa chair est douce et grasse, et qu'on la regarde comme un des meilleurs poissons de Surinam. M. Mitchill a (iL'crit {l.c.^ p. 4 18) et repré- senté (pi. 3, fig. 10) un poisson parFaitement semblable au nôtre et à celui de Bloch par la forme et les détails, et qui est trts- pro- bablement le même : il le nomme hodianus triourus ou triple-tailcd-black-perch (perche noire à triple queue). Il en décrit la couleur au dos comme un noir tirant sur la rouille ; aux côtés et en dess«3us comme grisâtre, avec des taches jaunâtres et noirâtres. Der- rière les yeux, sur les opercules, le long de la base de la dorsale, et aux environs de la pectorale, est une teinte jaune obscure : il y a aussi une teinte jau- nâtre dans le noirâtre des nageoires du dos, de l'anus et du ventre. La jjectorale est liansparente et d'un jaune pâle. Cette description nous paraît répondre eu- 5. Il o22 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. tièrement au poisson que nous avons sous les yeux, et nous ne doutons presque point que ce hodian à triple queue ne soit le même que Xliolocentrus Surinam ensi s. On ne Tapporte que rarement à New-Yorkt M. Mitcliill en a vu un de treize pouces et pesant vingt-sept onces, pris sur la cote de New-Jersey, près de Powles-Hook; mais il y en a de plus grands, et qui pèsent quatre ou cinq livres. Quelques pécheurs du pays l'ap- pellent aussi hlack-^i^unts (labre noir). Le LoBOTES DES Indes. {Lobotes erate, nob.) M. Lesclienault nous a envoyé de Pondi- cliéry un de ces lobotes, tellement semblable à celui de Surinam, même pour ie blanc du bord de la caudale et pour les points pâles des écailles et la couleur jaune des pecto- rales, qu'on aurait bien de la peine à soutenir qu'il en diffère par l'espèce. Nous ]ui trouvons seulement les dentelures du préopercule un peu plus nombreuses et plus égales, celles de Tangle dépassant moins les autres. Notre individu est long de quatorze pouces. Il j en a de deux pieds. Son squeletîe a treize vertèbres abdominales et onze caudales. Il n'y a presque point de cellules à CHAP. XT. LOBOTES. 323 son crâne, si ce n'est vers la tempe. La crèie mi- toyeniie est élevée, et suivie de trois interépineux sans rayons, en avant de la dorsale. Les intertpineux des aiguillons dorsaux ont chacun une lame large d'avant en arrière, mais mince. Les cubitaux sont peu développés et irès-écliancrés. L'anneau des sous- oibitaires est fort élroit, etc. On nomme ce poisson à Pondichëry ératë; à Mahé, côte de JMaîabar, on lappelle, selon M. Béienger, qui nous Fa envoyé de ce port, hio-coindallou. Dans létat de vie il est d'un brun violet. IMM. Kubl etVan Hasselt en ont fait peindre à Java un que nous croyons le même, mais sans consigner son nom malais sur leur figure. Ils le représentent violet, marbré de brun- violet. La dorsale épineuse est brune, marbrée de brun plus foncé. Au bord postérieur de la caudale est un liséré noirâtre, suivi d'un liséré blanc. M. Dussumier en a apporté du Malabar de beaux et grands échantillons. Ils paraissent d'un gris brun , qui se compose d'un fond argenté, avec du brun sur chaque écaille, mais inégalement distribué. Les nageoires sont grises, ex- cepté les pectonJes, qui tirent au jaune. La caudale a un ruban brun, parallèle à son bord, qui est blan- châtre. Ils sont longs de plus dun pied. M. Raynaud en a rapporté de semblables de Trinquemalé, dans lile de Ceilan. 524 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le LoBOTEs DE Farkhar. {Lobotes Farkhar il, nob.) Parmi les peintures faites à Malaca pour le major Farkhar, nous trouvons une figure Irès-reconnaissable de lobotes, à peu près de la forme de Yerate, mais un peu plus haute à proportion, à dentelures préoperculaires bien plus fortes , et dont la teinte générale est noirâtre, avec un bord jaunâtre à chaque écaille. Ses nageoires tirent sur l'orangé, et n'ont ni taches ni marbrures. Il est probable que c'est une espèce par- ticulière , et nous la recommandons à l'atten- tion des voyageurs. Son nom malais est écrit (d'après l'orthographe anglaise) eekan-pe-cha^ prie-o. Le LOBOTES DORMEUR. {Lobotes somnolcntus , nob.) Tout nouvellement M. Piicord nous a ap- porte de Saint-Domingue un lobotes encore fort semblable aux précédens, mais qui est tout entier d'un gris -brun glacé d'ar- gent. Sa dorsale et son anale ont leurs parties molles noirâtres : il en est de même de la caudale, qui na point de blanc à son bord; ses pectorales sont un peu jaunâtres, et ses ventrales argentées. Les dente- CHAP. XL LOBOTES. 32^ lures de son préopercule sont larges, mais courtes, et celles de l'angle ont la pointe tronquée et dentelée. Les fossettes du bout de sa mâchoire inférieure sont peu apparentes; mais il y a des groupes nombreux de très-petits pores sur les branches. Sa ligne laté- rale se compose d'une suite de petits arbuscules à branches nombreuses, mais très-déliées. Je trouve seize rayons mous à sa dorsale. Les autres nombres sont les mêmes. D. 12/16; A. 3/11, etc. C'est un poisson de seize pouces de longueur sur sept de hauteur. M. Ricord nous apprend qu'il porte à Saint- Domingue le nom de dormeur, et qu'il y est très- estime. Le foie du Johotes somnolentiis est mince , et n'occupe pas un grand espace dans l'abdomen. Si- tué en travers sous l'œsophage, il donne à gauche un lobe à bord niince et tranchant , et qui est lui- même divisé en deux par une échancrure assez pro- fonde. Le lobe droit est très-court et a son contour arrondi. La vésicule du fiel est très -longue et fort étroite; elle s'appuie sur la face supérieure du lobe droit, et y reçoit un grand nombre de vaisseaux hépato-cystiques. Le canal cholédoque se sépare du foie à la droite de l'œsophage, et descend débou- cher à la base du cœcum moyen. L'œsophage est large, mais peu long; il se dilate en un vaste sac arrondi en arrière, et dont les pa- rois sont épaisses et assez charnues. Cet estomac o26 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. aueiiit plus des irois quarts de la longueur de l'ab- domen. La brandie montante naît près du cardia; elle est courte et très -charnue. Il nj a que trois appendices cœcales au pylore, grosses, mais peu alongées. L'intestin remonte d'abord un peu vers le diaphnîgme, se courbe et se porte en arrière sans dépasser la pointe de l'estomac; il remonte jusqu'au- près du ])ylore, redescend et dépasse l'estomac, et fait dans ce trajet quelques ondulations; il fait ensuite un repli court sous la pointe de l'esiomac, et va enfin déboucher à l'anus. L'intestin est assez lar£;e dans touie sa longueur, et la veloutée est chargée partout de rides assez grosses. La rate est grosse, noire, et suspendue à la droite de l'estomac dans les ondulations du second repli de l'intestin. Les laitances étaient vides et ne formaient que deux fileis alongés et grêles. La vessie natatoire est grande, oblongue : sa tuni- que fibreuse est argentée et très -épaisse au-dessus de l'œsophage; en arrière elle s'amincit beaucoup. Les reins sont petits; ils aboutissent à une grande vessie urinai re, placée à l'arrière de la vessie aé- rienne, et qui descend entre les laitancts. Les parois en sont épaisses et un peu charnues. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. o27 CHAPITRE XII. Des Scolopsides {Scolopsides y Cuv.). Ce genre, presque nouveau pour les natu- ralistes lorsque je le proposai pour la pre- mière fois, en 1817, tient encore aux sciènes, et surtout aux pristipomes et aux diagrammes , par la dentelure de son prëopercule ; mais il n'a point de pores sous la mâclioire, oii du moins, si Ion y en aperçoit avec peine quel- quefois deux vers le bout, ils sont si petits que Fou ne peut y avoir grand égard, et d'ail- leurs il a deux rayons de moins aux ouïes. Son caractère tout particulier, c'est que le deuxième sous-orbitaire se termine par un lobe arrondi et ordinairement dentelé, portant à son angle joignant forbite une pointe épineuse, dingée en arrière , qui se croise le plus souvent avec une autre pointe, donnée parle troisième sous- orbitaire et dirigée en avant, mais quelque- fois cachée par la peau. Du reste, le corps de ces poissons est ovale ou oblong, leur dorsale continue, leur œil grand, leur bouche mé- diocrement fendue, leurs dents en velours, et leurs écailles assez grandes; !eurs épines dorsales se peuvent cacher dans une rainure 528 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. des écailles, et ont allernativemeTit leur côté large à droite et à gauche , comme dans lant d'autres sciëiioïdcs; leur caudale est plus ou moins fourchue ou taillée eu croissant. Ces poissons ont pour la plupart la tour- nure des pristipomes à dorsale continue ; mais dans quelques espèces le profil se relève, et la nuque est convexe, comme dans quelques pristipomes à dorsale écliancrée et dans la pliq)art des diagrammes. Leurs rayons bran- chiaux, et c'est encore un caractère notable, ne sont pas au nombre de plus de cinq, ou du moins, s'il y en a un sixième, il est excessive- ment grêle. A l'intérieur on leur trouve un estomac en cul-de-sac arrondi, un intestin peu replié et des appendices ccecales peu nom- breuses. Toutes les espèces que nous connaissons viennent de la mer des Indes. Il paraît qu'elles restent dans des tailles médiocres et ne vivent point en grandes troupes. -Il est nécessaire de faire remarquer ici que l'on ne peut pas laisser dans ce genre le sco- lopsis sajaiius de M. Gilliams % qui a des dents au palais, et dont les sous- orbitaires, 1. Journal de l'Académie des sciences naturelles de Philadel- phie, t. IV, ï." part., p. 81, et pi. 3. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 329 comme le prëoperciile, ne paraissent être que dentelés et non épineux. C'est un genre par- ticulier, dont nous parlerons ailleurs. Il y a, au contraire, grande apparence qu'il faut rapporter aux scolopsides le pois- son publié récemment par M. Piuppel (pi. 12, fig. 3) sous le nom de cantharus filamen- tosus, et même il ne nous parait qu'un échan- tillon décoloré de notre scolopsides frenatus. Le SCOLOPSIDE RATE. {Scolopsides hâte y nob. ; ^nthias japonicus ^ BL, pi. 525, fig. 25 Liitjan japonais y Lacép. , t. IV, p. 3i.) M. Lesclienault nous en a envoyé de Pon- dicliéry une espèce qui dans ce canton porte eu malabare, ou plutôt en tamoule, le nom de niounté-kan-vekaté. Son corps est ovale, assez comprimé; sa hauteur est un peu moins de trois fois clans sa longueur. La longueur de sa tète est d'un tiers moindre que sa hauteur. Son museau est court; sa bouche, au bout du museau, peu fendue, à mâchoires égales. Ses dents en velours sont sur des bandes étroites. Le bout du museau, les mâchoires, le sous-orbitaire, n'ont pas d écailles; mais il y en a sur tout le reste de la tête. Son premier sous-orbitaire se termine en arrière par un contour arrondi, à peine sensiblement dentelé; et son angle supérieur, au bord même de l'orbite. 330 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. donne un aiguillon dirigé en arrière , sur lequel croise un aiguillon dirigé en avant et donné par le deuxième sous-orbilaire. Le préopercule a son angle arrondi, et un arc légèrement rentrant au-dessus; l'ande et tout le bord montant sont très -finement dentelés. L'opercule osseux a au milieu de son bord postérieur une petite pointe aiguë : à sa base est un sillon ou une ligne verticale finement dentelée comme le bord même du préopercule : il n'y a point d'armure particulière à son épaule. La convexité de sa nuque est médiocre ; sa dorsale égale et assez peu élevée (le cinquième de la hauteur du corps); ses épines sont fortes : la deuxième et la troisième de l'anale le sont encore plus ; mais la première est fort courte. Les ventrales sortent un peu plus en arrière que les pectorales, et les dépassent. La caudale est médiocre, fourchue , à lobes obtus ; le supérieur un peu plus long. On ne compte qu'environ quarante écailles sur une ligne longitudinale, et quinze ou seize sur une ligne verticale, excepté les petites écailles de la base de la caudale : il n'y en a point sur les nageoires verticales. La ligne latérale est parallèle au dos, à peu près au tiers supérieur, et marquée seulement par un petit point saillant à la base de chaque écaille. B. 5 5 D. iO/9 ; A. 3^ 7 j C. i7 5 P. 19 ? V. 1/5. Nos individus, à Tétat sec, paraissent jaunâtres et tirant sur l'argenté ; et l'on y voit la trace d'une bande plus argentée , qui régnerait sous la ligne latérale : mais M. Leschenault dit que, dans l'état frais, leur couleur est grise, légèrement vineuse. Celte espèce ne passe pas dix pouces. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 351 On en prend toute Tannée dans la rade de Pondicîiéry, mais peu abondamment. Elle est bonne h manger. Uanlhias japonicus de Bloch (pi. 3^5, fig. 2) est précisément le poisson que nous venons de décrire ; nous nous en sommes as- surés par Fiaspection de son sujet original, et rien ne prouve mieux avec quelle légèreté cet auteur faisait faire ses figures; car il n'a pas même laissé apercevoir dans celle-ci de trace du sous-orbitaire épineux, et il y a cou- vert cette partie, ainsi que le bout du mu- seau et la mâchoire inférieure, d'écaillés qui n'existent point. Blocli dit ce poisson du Japon; mais cest ce qu'il a très-souvent fait pour des |)oissons de Java , soit que les marchands hollandais de c[ui il les achetait le trompassent, soit (ce que d'autres endroits de son livre nous rendent plus vraisemblable) que, dans son ignorance, entre les mots jauaîiese et j'apa- nescj, il n'y regardât pas de si près. Le SCOLOPSIDE KURITE. {Scolopsidcs kurita, nob.) Russcl place dans ses spares et nomme kurite un vrai scolopside, très-semblable aux 332 LIVRt: V. SCIÉNOÏDES. prëcédens, et que nous avons même pendant assez long-temps ëtë tentes de prendre pour notre première espèce : cependant sa ligure donne des dentelures nombreuses et marquées au sous- orbitaire , el plus de concavité à l'arc rentrant du préopercule ; le corps est aussi plus haut à propor- tion. Piussel compte deux rayons mous de plus à la dorsale et un à l'anale. Enfin, il en décrit autrement les couleurs : le dessus du corps , d'un rouge obscur mêlé de vert jaunâtre; le dessous, blanc teint de jaunâtre; les nageoires, jaune d'or. Il indique les nombres: D. lOyll (la figure n'en montre que 10 mous)j A. 3/8 j C. 18 (c'est-à-dire 17); P. 16; V. 1/5. Son individu était long de huit pouces. Le SCOLOPSIDE DE RUPPEL. (Scolopsides Rupelii, nob.) M. Ruppel rapporte à ce kiirite de Russel un scolopside de la mer Rouge , dont la forme générale est en effet à peu près la même , mais qui paraît offrir quelques différences de détail, surtout pour le bord montant du préopercule, beau- coup moins concave dans la figure de M. Ruppel que dans celle de Russel. Ses nombres de rayons ne diffèrent pas de ceux de la plupart des espèces. D. 10/9 ; A. 3/7 , etc. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 355 Ce poisson, pris à Massuah , où il est très- commun , est d'un gris verdâtre , et a toutes les nageoires rou- geâlres. Sa longueur est de cinq pouces. Le SCOLOPSIDE DE VOSMAER. {ScolopsidesV^osmeri, nob.- Scolopsis argyrosomus, K. et V. H.; Anthias Vosmeri, BI., jîl. 32 1.) Le Cabinet du Roi possédait depuis long- temps , sans en connaître l'origine , et MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé récemment de Java au Musée royal des Pays-Bas, une espèce plus haute de corps que notre première, à courbe de la nuque plus convexe, qui a deux ou trois petites dentelures sous l'épine du premier sous- orbitaire, et dont la moitié inférieure du bord mon- tant du préopercule a ses dentelures redressées et saillantes en dehors; caractère singulier, et que nous n'avions encore observé ni dans les perches ni diins les sciènes. Les écailles sur lesquelles se marque la ligne latérale, forment une série distincte des autres, parce qu'elles sont sensiblement plus petites. Sa pre- mière épine anale est plus longue à proportion; elle égale la moitié de la seconde, et, dans notre pre- mière espèce, elle n'en fait que le tiers. Ses autres caractères sont les mêmes que dans la première es- pèce. D. 10,95 A. 3y7; G. 17: P. 19; V. 15. 534 LIVRE V. SCIÊNOÏDES. Dans son élat actuel le poisson paraît ci'un ar- genté tirant sur le cToré et teint de rougeàtre. Le disque de chaque écaille forme une tache un peu plus foncée, surtout vers le milieu de la hauteur du corps. Immédiatement sous la ligne latérale règne une bande plus argentée que le reste. Les nageoires sont grises. Nos individus ont sept à huit pouces. Quelque (\uv qu'il fut Je prétendre que Bloch ait pu faire dessiner ce poisson, aussi bien que son anthias japonicus, sans remar- quer la forme singulière de son sous-orbitaire, et en couvrant tout le devant de son museau d'ëcailles, qui n'y existent pas, nous n'en fumes pas moins convaincus, dès le premier moment où nous nous occupâmes de ce genre, que c'est notre scolopside qu'il a représenté (pi. 32 1) sous le nom iX anthias Vosmeri (ie b.itjan Vos- nier de Lacépède, t. IV, p. 21 3). La forme générale, le nombre des ravons, les écailles, la couleur même, ne pouvaient pas se rencon- trer à ce point; et en effet, M. Valenciennes, qui a vti à Berlin l'original de Bloch , en a constaté 1 identité avec l'espèce que nous ve- nons de décrire. Blocli dit aussi son individu venu du Ja- pon, mais probablement avec autant de raison que pour notre première espèce. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 55o Ce qui n'est pas plus contestable, c'est que notre scolopside actuel est le perça aurata de Sumatra, décrit par Mungo-Park', ou le lut j an Q^alon-cVor de M. de Lacepède (t. IV, p. 216). Nous avons même de fortes raisons de croire que ce sont des individus secs de cette espèce, conservés au Cabinet, qui ont fourni l'article du pomacentre ennéadactyle de M. de Lacepède (t. IV, p. 5o5 et 5o8), bien que nous ne puissions comprendre par quelle erreur il lui donne huit rayons mous aux ven- trales. Le reste de sa description cadre parfai- tement avec nos individus. Le Scolopside a collier. (Scolopsides torquatus , nob.) MM. Quoy et Gaimard ont trouvé à Bata- via un de ces scolopsides à corps haut et à fortes épines, comme les précédens, dont le préopercule est armé comme dans le P~os~ merî; mais oîi le bord du sous-orbilaire, au-dessous de l'épine, n'a que des dentelures presque insen- sibles. D. 10/9; A. 3/7, etc. Il se distingue par un large collier de couleur pâle, qui descend de la nuque, occupe tout l'oper- 1. Transaclions de la Société linnéenne, t. 01;, p. 55. 556 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. cule et s'unit à la teinte pâle de la poitrine. Le reste du corps est plus obscur; mais il y a une tache argentée sur chaque écaille. Sa caudale est jaune; nous ignorons d'ailleurs ses vraies teintes, ne l'ayant vu que dans la liqueui*. L'individu est long de cinq pouces. Le SCOLOPSIDE A DEUX LIGNES. {Scolopsides hilineatus, nob. ; Anthias hiUneatu$ y Bl.; Lutjan elliptique , Lacép.) TJanthias hilineatus de Bloch (pi. SaS , fig. i), ou lutjan elliptique de Lacépède (t. IV, p. 2i3), est tout aussi certainement un sco- lopside que le japonicus et le Fosmeri, quoi- qu'il n'ait pas été moins altéré par le dessina- teur. Les seuls nombres de ses rayons nous en avaient fait deviner le genre , avant que nous eussions vu le sujet original, et maintenant nous l'annonçons avec certitude. Ses formes sont un peu plus oblongues; son sous- orbitaire de moitié plus étroit, et terminé par une . forte épine , et au-dessous , par deux ou trois petites dentelures. L'angle de son préopercule est arrondi, et n'a qu'un petit arc rentrant en dessus. Ses dentelures sont assez marquées, et il y en a de fines, mais bien marquées aussi, au bord montant, qui toutefois ne sont pas redressées. L'épine de l'o- percule est forte ; mais on ne lui voit ni sillons ni dentelures. p 109. ^31^ ^tc. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 557 La plupart de ses écailles sont un peu plus larges que longues. Leur partie externe est très-régulière- ment ponctuée de points d'une finesse extrême , serrés et disposés par lignes. U y a douze rayons à l'éventail de la partie radicale, et autant de dente- lures. On aperçoit dans l'individu sec qui a servi de modèle à Blocli, deux lignes bleuâtres, qui se ren- dent de l'œil, en montant obliquement, vers le com- mencement de la partie molle de la dorsale : la moitié antérieure de l'anale y paraît teinte de noir. Le reste de ses couleurs peut avoir été argenté 5 des lignes brunes régnent le long de son dos, en suivant les rangées des écaiUes. L'individu de Bloch est long de six pouces. Il y en a depuis long-temps un au Cabi- net du Roi, qui en a près de huit, et qui est devenu noir par Teffet des altérations qu'il a subies dans la liqiteur; on y distingue néan- moins encore les deux lignes obliques et les traits longitudinaux de la partie supérieure. Le SCOLOPSIDE PERLÉ. {Scolopsides margaritifer, nob.) Nous devons à MM. Lesson et Garnot une espèce très-voisine de cet anthias bilineatus de Bloch , que nous venons de reconnaître pour un scolopside. 5. 22 558 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Sa forme est un peu plus alongée, et son œil un peu plus grand. Le sous-orbitaire est aussi alongé ; mais l'épine est plus longue et plus forte : il n'y a que trois dentelures au-dessous. Les dentelures du préopercule sont fortes, inégales, et en partie *re- dressées. Son angle est un peu saillant. Le dos paraît avoir été brun verdàlre. Cette teinte s'affaiblit sur les flancs. Le ventre est blanc. Les écailles du dos et des flancs ont chacune à leur base une tache argentée. La dorsale parait grise; les au- tres nageoires sont plus pâles : il n'y a pas de tache noire sur le devant de l'anale. Les nombres de rayons sont les mêmes que dans la plupart des autres scolopsides. D, 10/9; A. 3/1, etc. Ce poisson, long de huit pouces, a été pris à Waigiou. Le SCOLOPSIDE MONOGRAMME. {Scolopsides monogramma , K. et V. H.) MM. Kuhl et Van Hasselt ont envoyé de Java an Muséum des Pays-Bas une espèce de scolopside qui se fait remarquer par une partie nue et verticale à la base de son opercule, marquée de deux sillons qui font un angle très-aigu vers le bas. Les espèces précédentes n'offiaient qu'un faible vestige de cette empreinte, que nous retrouverons dans plusieurs des espèces suivantes. Celle dont nous parlons mainte- CIIAP. XII. SCOLOPSIDES. oF)9 nant a le corps oblong. L'épine de son premier sous- orbilaire est forte ; mais c'est à peine si Ton voit les fines dentelures qui sont au-dessous. Les dentelures du préopercule sont- aussi très-lines, et ne se relè- vent pas; son angle saille médiocrcnjent. Les épmes anales sont médiocres. Le lobe supérieur de la cau- dale est plus alongé. D. 10/9; A. 3y7, etc. Sa couleur est argentée, et prend une teinte vio- làtre vers le dos. Le milieu de la longueur sous la ligne latérale est occupé par une large bande noi- râtre : il y a un trait violet en traveis sur la base de la pectorale. Le museau a deux rubans transverses bleus ou violets, un à la hauteur de l'œil, l'autre au bord antérieur. Les nageoires sont roses ou jau- nâtres. La caudale est jaune, avec un liséré bleuâtre. Une partie de ces teintes disparait dans la liqueur, ou par le dessèchement. L'individu de MM. Kuhl et Van Hasselt est long d un pied. Il y en avait depuis long-temps au Cabinet du Roi un sec, long de sept pouces, intitule hiezienanka , nom probablement malais. M. Raynaud vient d'en rapporter un autre de Batavia, également long de sept pouces. Il nous apprend qne les IMalais de Java nom- ment lespèce passir-passir. 540 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le SCOLOPSIDE A RUBAN. {Scolopsides tœniatus, Elirenb.) M. Ebieoberg a rapporté de la mer Rouge un scolopsicle qui a quelques rapports avec le monogramma par les formes, et surtout celles du préopercule ; mais il n'a point de sillons à l'opercule, et son sous- orbilaire est différent : il se termine par quatre den- telures, dont la seconde s'alonge en pointe. D. 10/9; A. 3y6; C. 17; P. 18; V. 1/5. Son dos et ses flancs sont verdâires ; son ventre blanchâtre. Une large bande brune règne au-dessus de la ligne latérale, depuis l'épaule jusqu'à la cau- dale. Une ligne bleue se rend de Tceil au museau. Ses pectorales, sa caudale, le bord de la portion molle de sa dorsale, ont une teinte rosée; le fond de toutes les nageoires est grisâtre. L'individu est long de six pouces. Les Arabes de Massuah nomment ce pois- son koont f et il parait que c'est en ce lieu un nom commun à tout le genre. Le ScOLOPStDE A DEUX TACHES. {Scolopsides himaciilatus , Riippel.) Une espèce très-voisine du nionogramma^ et qui a le double sillon de l'opercuie tout aussi prononcé, mais dont le corps est moins CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 341 élevé et le sous-orbitaire moins haut, a été recueillie à Massuali par M. Ruppel, et repré- sentée dans son Voyage (pi. 2, fig. 2) sous le nom de scolopsis himaculatus. M. Raynaud nous l'a rapportée récemment deTrinquemalé, dans l'île de Ceilaii. Sa teinte générale est argentée, verdâtre vers le dos. Une large bande noirâtre règne sous la ligne latérale, depuis le tiers antérieur du tronc jusqu'au- près de la queue. Les nageoires sont rougeâtres. Il ne paraît pas de filets à la caudale. D. 10/9; A. 3/7, etc. Nos individus sont longs de six à sept pouces. M. Ruppel dit que ce poisson s'apporte assez fréquemment au marché de Massuah. Il a cru le reconnaître dans le hotche de Russel (pi. io5) ; mais ce botche est bien certaine- ment un myripristis, et non pas un scolopside. Le Scolopside a tempe nue. {Scolopsicles temporalis , nob.) La mer des Indes possède une autre espèce, oîi l'on remarque aussi le double sillon de l'oper- cule , et où le lobe supérieur de la caudale se prolonge en filet : elle ressemble également à la précédente par son opercule ; mais son sous-orbi- taire a plus de hauteur et des dentelures mieux 542 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. marquées; et ce qui surtout distingue l'espèce, c'est que le iiu du museau se prolonge sur le sourcil et même un peu sur la tempe II y a trois bandes transverses bleues sur le front, dont la plus élevée se prolonge jusqu'à la tempe, et y forme un anneau. Une quatrième, sur le bord inférieur du museau, se prolonge sous l'oeil, traverse l'opercule et va finir sur l'épaule; elle est argentée sur une partie de sa longueur. Dans l'état frais, le dos de ce poisson est légèrement verdàlre, avec des lignes longitudinales oranges. Une large bande jaune règne le long du flanc. Beaucoup de ses écailles ont une tache ar- gentée, et ces taches sont disposées en lignes longi- tudinales. Le lobe supérieur de la caudale est jaune etpluslong, l'inférieur rougeàtre. Les autres nageoires ont aussi des teintes rougeàtres. D. 10/9; A. 3/7, etc. Nos individus sont longs de près d'un pied. Le premier vient de Waigiou, où on ap- pelle Tcspèce indosse. MM. Lesson et Garnot, à qui nons le devons , en ont fait un dessin d'où nous avons lire la description de ses couleurs. Le second a été pris à la Notivelle- Guinée , et le troisième à Tile de \anicolo par MM. Quoy et Gaimard. Nous n'avons pas eu des viscères très-entiers de cette espèce, non plus que de la plupart des autres. Nous lui avons vu cependant des appendices cœcales, au nombre de trois au moins au pylore, et une très- grande vessie aérienne. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 545 Le SCOLOPSIDE BRIDÉ. ( Scolopsides frenatiis j nob. ) Nous devions à M. Dussumier un beau sco- lopside des Sëchelles, à peu près de la forme oblongue des precëdens, dont l'opercule a aussi le double sillon, occupant même pl«s de largeur; dont le préopercule a l'an- gle tout aussi saillant, et le bord armé de fortes et grosses dentelures , en partie redressées et en par- tie fourchues. Son sous-orbitaire n'est pas plus élevé qu'au bilinealus ^ et n'a de même €|ue trois ou quatre petites dentelures au-dessous de son épine. Les deux lobes de sa caudale s'alongent en lil • le su- périeur un peu plus que l'autre. Ses épines dorsales et anales sont assez fortes. Son dos est d'un jaune doré; ses flancs et son ventre sont blancs : il se dis- tingue surtout parce qu'il a le dessus du museau en avant de l'œil d'un brun violet, liséré en avant de bleu clair ou d'argenté , et par un ruban d'un beau vert, qui part de derrière l'œil et monte vers le troi- sième rayon de la dorsale. Le liséré argenté du mu- seau se prolonge sous l'œil. D. 10/9; A. 3/7, etc. Les individus sont longs de dix pouces. MM. Quoy et Gaimard en ont apporté de risle-de-Fiance d'entièrement semblables, si ce n'est qu'on leur voit une ligne argentée sur la joue, allant de l'œil à l'angle du prëoper- o44 LÎVRE V. SCIÉNOÏDES. Cille , et une taclie noirâtre sur la queue. L'édiarpe verte de Tëpaule s'efface aisément dans la liqueur. Le SCOLOPSIDE A MASQUE. {Scolopsides personatus , nob.) Une espèce, encore assez semblable, a été rapportée de Batavia par MM. Quoy et Gai- mard. Par son opercule et son préopercule elle ressem- ble aux deux précédentes. Son sous-orbitaire, moins haut que dans le temporaJis , l'est plus que dans le frenalus. Sous l'épine, qui est forte, se voient trois ou quatre dentelures bien prononcées. D. 10/9 ; A. 3/7 , etc. Cette espèce a de grands rapports avec le tempo- raJis par les couleurs; mais sa tempe n'est pas nue, et c'est à peine s'il se trouve un léger rebord nu à son sourcil. A l'état frais son corps est argenté, teint de bleuâtre sur le dos, avec une large bande Jaune régnant tout le long du flanc. Le dessus de son mu- seau, en avant de l'oeil, est d'un brun noir, et c'est ce qui a motivé le nom de l'espèce. Ses nageoires sont grises. La caudale est verdâtre, avec un liséré violàtre. La partie épineuse de la dorsale est lisérée de jaune. Cette description des couleurs est prise d'un dessin l'ait à Batavia par M. Quoy. Les CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 345 individus que nous avons sous les yeux sont longs de dix pouces. Nous avons les intesiins de ceue espèce un peu plus entiers que ceux des précédentes. Son estomac est gros, renflé et court. L'intestin est large, et ne fait que deux replis. Il y a cinq appendices au cœcum, La vessie aérienne est simple et très-grande, à parois minces et argentées. Les reins sont assez gros , et se réunissent derrière la vessie aérienne en un très-s;ros lobe trièdre, qui donne presque directement dans le cloaque. Le SCOLOPSIDE A DORSALE RAYÉE. (Scolopsides tœniopteiuSy K. et V. H.). Un scoîopside envoyé de Java par MM. Ruhl et Van Hasselt , diffère peu du niono- ^raninia par les formes , si ce n'est que son sous-orbitaire est plus haut, et son profil plus relevé. Une ligne violette règne tout le long de sa dorsale et au milieu de sa hauteur. Ne l'ayant pas vu frais, nous ne pouvons dire si c'est la seule différence dans la distribution de ses couleurs. D. 10/9; A. 3/7, etc. L'individu est long de sept pouces. 546 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le SCOLOPSIDE PECTINE. {Scolopsides pectinatus , K. et V. H.) Le Musée des Pays-Bas possède encore une de ces espèces peu élevées, différente de toutes les autres. Son sous-orbitaire est étroit; mais il n'a aucune dentelure. Son épine est plus aiguë qu'à aucun des jirécédens. Les dentelures sont moins nombreuses, plus grosses et plus écartées au bord montant du préopercule, dont l'angle est assez saillant et fine- ment dentelé; et il se trouve un rayon mou de moins à sa dorsale et à son anale. D. 10/8 5 A. 3;6; C. 17; P. 16; V. 1/5. L'individu est long de neuf pouces. Sa couleur paraît avoir été jauutàtre, avec des points presque efïlicés, formant trois séries longitu- dinales sur le dos, et des séries obliques sur les flancs. Les nageoires ne montrent aucune tache. Cette espèce vient de Java, et est due, comme plusieurs des précédentes, au zèle de MxM. Ruhl et Yan Hasselt. Le ScOLOPSIDE A MAXILLAIRE DENTÉ. {Scolopsides Ijcogeiiis, nob. ; Ljcogenis argjro- sonia, K. et V. H.; Holocentre cilié, Lacép.) Le Cabinet du Roi possède depuis long- temps, et celui des Pays-Bas vient de recevoir CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 547' cle Java, et toujours par les deux jeunes na- turalistes que nous avons cites si souvent, un scolopside bien remarquable par une crête saillante et dentelée qui règne tout du long de son os maxillaire , dirigeant ses dents en dehors et perpendiculairement au plan de l'os. Cette conformation singulière avait paru à MM. Rulil et Van Hasselt suffisante pour établir un nouveau sous- genre, qu'ils avaient nommé Ijrcogenis , et ils appelaient l'espèce fycogenis argjrosoma. C'est sur l'in- dividu conservé au Cabinet du Roi que M. de Lacépède a décrit son JioJocentre cilié (t. IV, p. 2i3dt et 371). L'espèce vient d'être retrouvée à la Nouvelle-Guinée et à Vanicolo par MM. Quoy et Gaimard. Son profil se relève peu. Sa hauteur est trois fois et demie clans sa longueur. Ses deux aiguillons de dessous l'orbile se croisent de manière que c'est celui qui se dirige en avant qui est le plus saillant. L'angle de son préopercule est arrondi et ne proé- mine point en arrière; ses dentelures sont fines, égales, et ne se redressent point : il y a une pointe à l'opercule. La force de ses épines dorsales est mé- diocre; celles de l'anale sont un peu plus fortes. Sa caudale est fourchue, à pointes égales. D. 10/8 ou 10/9; A. 3/7; C. 17; P. 16; V. 1/5. Sa couleur paraît brun doré sur le dos, et brun rougeàlre sous le ventre, avec des reflets métalliques. 548 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Une bandelette nacrée règne près de la dorsale, com- mençant vis-à-vis le quatrième rayon , et finissant au onzième, oî^i elle se termine en pointe. Quatre ou cinq petites lignes de points noirâtres se voient aussi sur le dos; et de nombreux points dorés brillent sur les flancs, où ils sont rangés en lignes longitudinales. Une zone noirâtre occupe la base de la caudale. Les nageoires sont d'un gris rosé sans taches. Dans le frais, d'après un dessin fait à Java, le dos est bleuâ- tre, les flancs plus pâles, la dorsale rougeâtre, la pectorale jaunâtre, les autres nageoires grises. Les taches jaunes sont rangées sur quatre lignes inégales à la moitié postérieure du corps. Notre individu est long de six pouces. Ce poisson a le foie petit, l'estomac en cul-de-sac, cinq appendices cœcales courtes, une vessie nata- toire grande et à parois très-minces. Son squelette a peu de cavernosités , et seulement vers le museau et vers la tempe : on y compte dix vertèbres abdominales et quatorze caudales. C'est juste sur la première caudale que commence la partie molle de sa dorsale : il y a en avant de sa partie épi- neuse deux interépineux sans rayons. Le SCOLOPSIDE GHANAM. {Scolopsides glianam, noh. -^ Sciœna ghanain, ForsL Holocentre ghanam, Lacép.) M. Geoffroy a rapporté Je la mer Rouge mie belle espace de scolopside, à corps peu élevé, à museau légèrement convexe ^ à CH.4P. XII. SCOLOPSIDES. 549 sous-orbilaire de moyenne largeur, dont le bord a cinq dentelures, qui occupent toute sa hauteur sous l'épine, laquelle est elle-même médiocre, où l'angle du préopercule est arrondi , assez saillant , finement dentelé, où le bord montant a ses dentelures redres- sées , et où le sillon de l'opercule n'est pas très-mar- qué. Ses épines dorsales et anales ne sont pas très- fortes. D. 10/9^ A. Sy-Ï ; C. 17; P. 17; V. 1/5. C'est surtout par sa couleur que ce scolopside se distingue. Dans la liqueur il paraît plus ou moins doré ou tirant sur le nacré , et brunâtre ou noirâtre sur le dos; à la base de chacune de ces écailles est une tache noire, en sorte que tout son flanc est semé régulièrement de ces taches en quinconce; mais le ventre n'en a point. Entre la ligne latérale et le dos est une bande formée d'une suite de taches blanches, qui se terminent à la partie molle de la dorsale vers son milieu. Deux bandes semblables accompagnent et serrent la ligne latérale, qui elle- même est brune, et la quittent pour se terminer derrière la dorsale; en avant elles s'unissent et s'éten- dent sur la nuque jusqu'à l'œil, dont elles traversent la partie supérieure pour aller se joindre sur le museau. Une autre ligne parallèle passe sous Fœil et se rend à la pointe de l'opeicule , et même à l'épaule. Les taches noires n'appartiennent pas aux écailles mêmes , mais , comme il arrive le plus souvent, au tissu muqueux qui est dessous : elles sont formées chacune par un groupe de points. Ces écailles sont de moitié plus larges que longues. A 350 LIVRE V. SCÏÉNOÏDES. la loupe la partie extérieure paraît très -finement dentelée et ridée; Téventail qui sillonne leur par- tie radicale, a quinze ou seize rayons. Ce poisson , long de six à sept pouces, a été péché à Suez. M. Ehrenberg l'a trouvé aussi à Massuah, et nous apprend que dans le frais le dos est brun et les bandes dorées. La dorsale épineuse est bleuâtre, avec le bord jaune et une raie jaunâtre le long de son milieu. La portion molle est bordée de rose, la caudale grise, terminée par du rosé; la pectorale est grise, lisérée de rose sur le haut; les autres nageoires et le veiure sont de cou- leur blanche. M. Puippel Fa observé également, et le re- présente fort bien (pi. 2, n."" 1 ) sous le nom de scolopsis lineatus , parce quil fa cru mal à propos le même que celui que MM. Quoy et Gaimard ont nommé ainsi. C'est , selon toute apparence , le sciœna ^hanam de Forskal (p. 5o, n.*" 56) dont M. de Lacépède a fait son holocentre ghanam (t. IV, p. 347)- Glianam veut dire brebis. Quelques-uns l'appellent aussi , comme l'ho- iocentre sammara, abu-msanimer, c'est-à-dire chantre. A Massuah on le nomme koont. L'espèce, selon M. Ruppel, est commune dans la partie méridionale de la mer Rouge : CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 5S1 on la mange ; mais sa chair a une forte odeur dëponge. Ce scolopside glianam a un estomac petit , suivi d'un intestin assez court, qui se replie deux fois. Il y a trois appendices au pylore, dont le mi- toyen, placé sous la branche montante, est le plus long. M. Ruppel ne les a pas trouvés , cependant nous nous sommes assurés de leur existence. La vessie aérienne est plus petite qu'aux précé- dens , et ses parois sont plus minces. Le Scolopside treillissé. {Scolopsides cancellatus , nob. ) MM. Quoy et Gaimard , naturalistes de l'expédition Fieycinet, ont rapporté des îles Sandwich et des îles de Waigiou et de Rau- wac, près de l'extrémité nord -ouest de la Nouvelle- Guinée, un scolopside assez sem- blable pour la forme à ce glianam de la mer Rouge , à museau encore un peu plus court et plus large , et dont le sous-orbitaire n'a que deux dentelures sous son épine. L'angle de son préopercule n'avance pas, et n'a point d'arc rentrant au-dessus de lui- les dentelures en sont très-fines. Ses épines dorsales sont assez grêles. La distribution de ses couleurs le distingue d'ailleurs de tous les autres : il a sa moitié supérieure du corps d'un gris d'ardoise, et l'inférieure argentée. Dans le gris régnent deux bandes argentées 552 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. et droites; l'une qui va du sourcil au milieu de la partie molle de la dorsale, l'auLre du haut de l'œil derrière l'extrémité de la dorsale. Une ligne impaire part de la dorsale et se termine sur le chanfrein, où les deux autres, passant en avant de lœil, s'en rap- prochent sans la toucher. De chaque côté, dans le gris du dos entre les deux lignes argentées, se voient trois larges taches plus pâles que le fond. Les na- geoires sont blanchâtres, et il y a une tache noire sur l'intervalle de la première à la troisième épine de la dorsale vers sa base. Dans le frais les lignes pâles sont verdàtres , et les nageoires roussâtres. L'oeil est fort grand, et l'iris d'un beau jaune. D. 10/9; A. 3/7; C. 17; P. 17; V. 1/5. Nos premiers individus n'avaient que quatre pouces. Les mêmes naturalistes , dans leur second voyage avec le capitaine Durville, ont retrouve cette espèce à lile de Vanicolo, et en ont rapporté des individus longs de six pouces. Il y en a un à peu près de la même longueur au Musée de la Société zoologique de Londres, qui provient des iles Sandwich. On avait depuis très-longtemps au Cabinet du Roi un petit individu de deux pouces, où les taches })ales de lintervalle des lignes du dos ne se voient point. Cest probable- ment cette variété que MM. Quoy et Gai- mard ont fait graver, d'après un dessin fait en mer, dans le Voyage de M. Freycinet, sous CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 053 le nom de scolopsis lineatus (zool. , pi. 60, fig. 3); mais le sous-orbitaire n'y serait pas bien rendu, non plus que les rayons de la pectorale et de la caudale. M. de Mertens en a observé un à lile dTJle'a , l'une des Carolines, oii les lignes pâles sont plus larges et jaunes; en sorte que le dos pa- rait orangé avec des lignes noires et sans taches transverses : la taclie noire se voit tou- jours à la dorsale. Ce poisson se prend dans les petites rivières et les mares salées de ces iles. On le nomme kathotto dans l'idiome de Tile de Québé, et rfiarabojinoitgo dans celui de Vanicolo. Nous avons disséqué ce scolopside. Son estomac est très-petit, en cul-de-sac arrondi, à parois très- minces, sans plis à llntérieur. Le pylore est charnu, assez épais, et muni de six appendices ccecales, sé- parées en deux paquets de trois chacun. Les cœcums sont gros, et aussi longs que Testomac, excepté les deux internes, qui sont de moitié plus courts. Le canal intestinal fait deux replis, comme à l'or- dinaire; il est étroit, et ses membranes sont très- minces. La vessie natatoire est simple, membraneuse, ar- gentée; elle occupe toute la longueur de l'abdomen. Il ne s'est trouvé dans Testomac que des débris de coquilles si petits qu'il a été impossible de rccon- îiaitre ii quel genre elles appartiennent. O. 20 o54 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. Le squelette ressemble, sur tous les points essen- tiels, à celui du lycogénis, le maxillaire excepté. Le SCOLOPSIDE A DENTS CANINES. (Scolopsides caniniiSy nob.) Nous terminerons ce genre par une espèce plus oblongue encore que les dernières , et qui s'en distingue dailleurs par plusieurs ca- ractères. Le premier, c'est quelle a quelques dents plus longues que les autres, quatre ou six en avant de la mâchoire supérieure, deux un peu sur les côtés à l'inférieure; le second, c'est que son sous-orbitaire a le bord très-oblique sans dentelure , et se termine en pointe plutôt qu'il ne forme une épine distincte j le troisième, c'est que son préopercule a le bord arrondi, et que l'on n'y aperçoit qu'à peine de très- fines dentelures à sa partie montante : il y a du reste une épine à l'opercule, cinq rayons aux ouies, et tous les autres caractères des scolopsides. Ses épines dorsales et anales sont grêles. D. 10/9; A. 3/1, etc. Dans la liqueur il paraît d'un gris verdâtre, et une bande jaunâtre s'étend le long du flanc, depuis l'opercule jusque sous la fin de la caudale, où elle s'efface. Dans le frais, d'après un dessin de M. Quoy, il y a une teinte bleuâtre formant une espèce de bande près de la dorsale; et les nageoires sont dun brun rougeâlre. CHAP. XII. SCOLOPSIDES. 355 L'individu est long de cinq pouces. Il vient du Havre -Dorey, à la Nouvelle- Guinée, où il a ëtë pris par les naturalistes de l'expédition de M. Durville. 556 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. CHAPITRE XIII. Des Chéilodactyles, Plusieurs acantlioplëiygiens ont à la partie inférieure de leur pectorale des rayons simples et non branclius, quoique articules. Nous en avons vu de nombreux exemples dans la fa- mille des perches et dans celle des joues cui- rassées. Dans les uns, tels que les trigles , ces rayons ne sont point réunis aux autres par une membrane commune, et se meuvent libre- ment; dans d'autres, tels que les scorpènes, ils sont non-seulement unis par la même mem- brane, mais ils ne la dépassent point : il en est enfin, comme les cirrhites, où ces rayons, bien que réunis par la membrane commune, sont plus gros que les rayons mous, et pro- longent leur extrémité au-delà des bords de la membrane. Ces diflerens caractères se ren- contrent aussi dans la famille des sciènes, et celui que présentent les cirrliites est surtout très-marqué dans un poisson du cap de Bonne- Espérance, avec lequel M. de Lacépède a for- mé son genre assez mal nommé chéilodac- tjle\ et s'est retrouvé dans des espèces de la 1. Il Toulail diie un labre à doifrts libresj mais cela signifierait doi^l en lare ou lèi,'ie servant de doigts. CHAP. XIII. CHÉILODACTYLES. 357 mer du Sud, qui partagent avec celle-là tous les autres caractères génériques : un corps ovale, comprimé; une bouche peu fendue; des dents en velours et en cônes peu aigus , aux mâchoires seulement, et non pas au palais, comme les y ont tous les autres poissons que nous venons de nommer; des sous-orbitaires et préopercules sans dentelures ; de nom- breuses épines dorsales, et surtout des ven- trales sortant sous le milieu des pectorales , encore plus en arrière que dans les cirrhites , qui ont déterminé M. de Lacépède à placer ce genre dans ses abdominaux. Néanmoins les os du bassin sont encore suspendus à ceux de l'épaule, et par conséquent ce genre est encore ce que nous appelons suhbrachien. Le Chéilodactyle a bandes du Cap. ( Cheilodactjlus fasciatus 3 Lacép. ^ ) Dans l'espèce décrite par M. de Lacépède, et qui est originaire du cap de Bonne-Espé- rance , les rayons articulés, mais simples, qui occupent le bas de sa pectorale, sont au nombre de cinq, et le deuxième, qui est le plus long, dépasse du double 1. Chéilodacijle fascé flAccçéàQ, t. V, p. 6, pi. i, fig. i. 358 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. les rayons mous, et prend le quart de la longueur du poisson. Le premier n'est guère plus long que ces rayons mous; mais les trois qui suivent le second ne diminuent que par degrés ; le cinquième et der- nier est encore aussi long que la premier, et bien plus fort. Ce poisson a le corps ovale. Sa plus grande hau- teur, qui est au milieu , fait le tiers de sa longueur. Sa tête est petite, et n'a pas le quart de cette lon- gueur. Sa bouche est peu fendue, et n'atteint que moitié de l'espace qui est au-devant de l'œil. L'œil est médiocre. Les narines sont percées plus près de l'orbite que du museau. Les lèvres ont quelque épais- seur. Les dents des deux mâchoires sont en velours. La langue est lisse comme le palais, et assez libre. Sa membrane des ouïes n'a que cinq rayons , comme celle des scolopsides. On ne voit aucune dentelure ni aucune épine au sous-orbitaire , ni au préopercule. L'opercule osseux fmit par deux pointes plates et obtuses , qui se distinguent mal dans son bord mem- braneux. Le museau et les mâchoires manquent d'écailies; mais il y en a de petites au crâne, à la joue et aux pièces operculaires : celles du corps sont assez grandes; il n'y en a point sur les nageoires. La dorsale commence presque à la nuque, et se con- tinue jusqu'à une distance de la caudale qui n'est pas du dixième de la longueur totale. Sa partie épi- neuse est peu élevée, assez égale, remarquable par le grand nombre de ses rayons, cjui est de dix- neuf Sa partie molle ne se sépare point par une échancrure ; mais elle s'élève un peu au-dessus de CHAP. XIII. CHÉILODACTYLES. 3S9 l'épineuse : on y compte vingt-trois rayons. L'anale a trois épines et onze rayons mous ; elle est peu étendue, et ne se porte pas autant en arrière que la dorsale. La caudale est fourchue du cinquième à peu près de la longueur totale. B. 5; D. 19/-23; A. 3/11; C. 17; P. 15; V. 1/5. Ce poisson, dans l'état desséclié où nous l'obser- vons, paraît brun, avec des bandes verticales noi- râtres au nombre de six ou sept , dont les quatre dernières sont plus marquées. Sur chaque four- che de la queue on voit cinq lignes transversales brunes. M. de Lacëpèclc n'avait vu qu'un de ces poissons desséché en herbier dans la collec- tion du Stadhouder, et en a cru l'espèce nou- velle pour les naturalistes; mais elle avait déjà été décrite et représentée par Gronovius dans son Zoophjlaciiini y il l'avait placée dans son genre cjnœdus^, tout en annonçant qu'elle devait faire un genre particulier. Non -seule- ment ce poisson de Gronovius est de même espèce que celui de M. de Lacépède , mais j'ai tout lieu de croire que c'est le même indi- vidu qui a servi aux deux auteurs. Gronovius se trompe cependant en disant que les ven- 1. Cyn/EDUS cauda hifurca, denlihus œquaïibus minimis , radiis pinnanim pecloraliuni injimîs subulatis lone,ioiîhus (Gionovius, Zooyhylacium, fasc. I, p. 64? n." 221, pi. 10, fig. 1 ). 560 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. traies n'ont point d'épine ; l'épaisseur de la membrane la lui aura cachée. Gronovius et M. de Lacépède ont avancé que ce poisson vient de la mer des Indes. Nous sommes certains qu'il se trouve surtout dans les environs du Cap , d'où feu Delalande en a rapporté plusieurs individus. Les plus grands n'ont guère que de treize à qua- torze pouces de longueur. Nous navons pas eu les viscères du chéilodac- i\le; mais nous en avons fait le squeleUe. Son crâne est lisse, et il n'y a d'un peu caverneux que les bords du préopercule. Les os claviculaires sont forts; ceux du bassin sont remarquables par leur longueur, qui a déterminé la position si reculée des ventrales. Il y a quatorze vertèbres a l'abdomen, et vingt à la queue. Leurs apophyses épineuses sont hautes et fortes. Le Ghéilodactyle de Carmichael. {Cheilodactjlus CarmichaeUs , nob.; Chœtodon monodactjlus , Carmich.) Le capitaine Dugald -Carmichael, dans sa Relation de l'ile de Tristan-da-Cunha, insérée au douzième volume des Transactions de la Société linnéenne, donne (p. 3oo, pi. 24) la des- cription et la figure d'un poisson qu'il nomme chœtodon monodactjlus ^ mais qui est évi- CHAP. XIIT. CHÉILODACTYLES. 561 demment un cliéilo dactyle, et qui paraît môme ressembler à notre espèce à bandes du Cap, sauf quelques légères différences dans les nom- bres et dans la disposition des rayons simples de la pectorale ; différences qui suffiraient ce- pendant pour la distinguer si elles sont cons- tantes. L'auteur indique dans son texte les nombres des rayons : B. 6; D. n/24j A. 3/12; P. 11/VI; V. 1/5. Sa figure , à la vérité , montre : D. n/15 ; A. 3/9. Mais il est probable que c'est au texte qu'on doit s'en rapporter. Le premier rayon simple de la pectorale est le seul qui paraisse alongé sur la figure, et il est dit dans le texte qu'il est double des autres. M. Carmichaél rapporte à son poisson le spams carponenius de la collection de dessins de S. Jos. Banks ; mais, comme nous le verrons plus loin, c'est encore une autre espèce. Le Chéilodactyle a doigt court du Cap. {Cheilodactjlus hrachjdactjlus ^ nob.) Cette espèce habite avec la première, et lui ressemble pour les formes; mais elle de- meure dans des dimensions plus petites, et se dislingue par d'autres nombres de rayons, et 562 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. surtout par ]a biièveté des rayons simples de la pec- lorjle. Le deuxième et le troisième, qui sont les plus longs, ne dépassent les rayons mous que d'un cin- quième, et sont engagés dans la membrane presque jusqu'à leur extrémité. B. 5; D. n/31; A. 3/9; C. 17 ; P. 8 et Y; V. 1/5. Tout ce poisson est d'un brun verdàtre, un peu plus pâle en dessous, et sans autre distinction de couleur qu'une taclie triangulaire noirâtre immédia- tement derrière l'oeil. Notre individu n'est long que de quatre pouces. Il a t'té envoyé au Musée royal des Pays- Bas par M. Van Horstock. MM. Quoy et Gai- mard eu ont eu d'un peu plus grands , et tou- jours au Cap. Le Chéilodactyle a long doigt DE l'AuSïRALASIE. ( Cheilodactjlus carponemus > nob. ; Cichla macroptera , Bl. Schn.) On trouve deux figures très-reconnaissahles de chéilodaclyles dans les dessins manuscrits de Forster, conservées à la Bibliothèque de Banks. Toutes deux ont été faites à la Nou- velle-Zélande : Forster les intitule, \vm et l'au- tre , sciœna luacroptera , et c'est sur l'article quil avait laissé à leur sujet dans ses papiers, que Schneider a établi son cichla macrop- CHAP. XTII. CHÉIOLDACTYLES. 565 ter a \ Un dessin semblable de Parkinson, fait dans la baie de la Reine-Charlotte, est inti- tulé spams carponemus. Le poisson que ces figures représentent vient de nous être envoyé du port du T\oi- George , à la pointe sud- ouest de la Nou- velle-Hollande, par MM. Quoy et Gaimard, de leur expédition avec le capitaine Durville. Ses caractères spécifiques sont fort distincts de ceux du cliéilodactyle à bandes. Il a sept rayons simples à la pectorale, au lieu de cinq; et le deuxième est si long qu'il prend près du tiers de la longueur du poisson. Les mâchoires ont une rangée de dents coniques, petites et mousses en dehors de leurs dents en velours. Je compte dis- tinctement six rayons à ses ouies. Sa dorsale n'a que dix-sept épines; mais ses rayons mous sont au nombre de trente-un. L'anale a trois épines et dix- neuf rayons mous. L'opercule fmit eti angle obtus. B. 6; D. 17/31; A. 3/19; C. 17 ; P. VII; V. 1/5. Notre individu est long de dix-sept pouces. Sa conservation n'est pas telle que nous puissions juger de ses couleurs; mais d'après les dessins et la description de Forsler, ainsi que d'après le dessin de Parkinson, il paraît que ce poisson est argenté, teint de verdàtre, et quelquefois tacheté de brun vers le dos; qu'il a les nageoires jaunâtres, et que l'on voit 1. Bloch, Syst. posth., p. 342. 564 LIVRE V. SCIÉNOÏUES. près du haut de rorifice de ses branchies une grande tache noirâtre. MM. Quoy et Gaimard, qui l'ont dessiné à Hobar- town, terre de Van-Diémen, le représentent d'un gris légèrement teint de violâtre, les nageoires jaunâtres, une grande partie noirâtre sur chaque lobe de la cau- dale, et du noir à la pointe de l'opercule. Les viscères de cet individu étaient en assez mau- vais état, nous avons pu cependant y déterminer la forme de la vessie natatoire j elle descend depuis les pharyngiens jusqu'aux deux tiers de la longueur de l'abdomen, et est lobée comme celle de plusieurs de nos sciénoïdes; elle se divise en avant en deux cornes courtes, obtuses et arrondies; puis elle en a quatre de chaque côté, et elle se termine également par deux cornes semblables à celles de sa partie antérieure : elle a en hauteur plus de la moitié de la longueur. Les parois en sont très-minces et de couleur argentée. Le foie, quoique bien gâté, nous a paru avoir peu de volume. L'œsophage est assez large, mais très-court : il forme promplement l'estomac; et très- près du diaphragme naît la branche pylorique, qui est très-courte ou presque nulle, et n'a que deux appendices cœcales très-courtes. L'intestin fait deux replis très-longs; le rectum a un diamètre triple au moins de celui de l'intestin, ce qui lui donne une grande capacité; ses parois sont aussi très-épaisses. L'estomac était rempli de petites coquilles; nous y avons reconnu des stomatelles : il y avait aussi un grand nombre de petits crustacés , voisins des cre- vettes et des salicoques. CH.\P. XIII. CHÉILODACTYLES. o6S Les habitans de la Nouvelle-Zélande pren- nent ce chéilodactyle à l'hameçon , et s'en nourrissent. Le Chéilodactyle a ceintures du Japon. {Cheilodactjlus zonatus ^ nob.) Les naturalistes qui ont fait le voyage au- tour du monde avec le capitaine Rrusenstern, ont découvert dans les mers du Japon un chéilodactyle assez différent de ceux dont nous venons de parler, même par les formes générales. Ils font représenté dans l'atlas de ce Voyage (pi. 63, fîg. i) sous le nom de labre du Japon. Nous en devons un échantillon au géné- reux intérêt que porte aux sciences l'adminis- tration du Musée de Berlin , et il servira de sujet à notre description. Son corps est plus haut à la région pectorale, et plus alongé de l'arrière que dans le chéilodactyle du Cap ; et son profil descend plus vite de la nuque. Sa nuque est comprimée, et son front plat entre les yeux; au-devant de chaque orbite est une légère tubérosité, et les racines de ses maxillaires forment sur le bout de son museau deux fortes proéminences. Sa bouche est très-peu fendue, et ne prend pas moitié de l'espace en avant de l'œil. Ses lèvres sont épaisses; ses dents en soies, presque comme dans les chéto- 566 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. dons , mais plus courtes. Les orifices de la narine sont deux trous ronds, placés l'un, au-devant de l'autre et en avan? de l'orbite. L'antérieur est encore deux fois plus près de l'œil que du bout du mu- seau. Le préopercule est rectangulaire, et a l'angle firrondi et les bords entiers. Son limbe est large, mais a le rebord antérieur obtus et peu saillant. L'opercule osseux se termine en pointe plate , au- dessus de laquelle est un arc rentrant. Je trouve six rayons; mais le dernier est très-petit et presque car- tilagineux. La pectorale a neuf rayons branclms et cinq non divisés et plus gros ; le premier des cinq est le plus long, il dépasse d'un quart les branchus; le second lui cède peu; les autres vont en diminuant. Les ven- trales s'attachent sous le tiers postérieur des pecto- rales. Leur épine n a que moitié de la longueur des rayons mous. La dorsale est loin d'être , comme dans le chéilodac- tyle du Cap, d'une hauteur uniforme. Ses trois pre- mières épines sont fort courtes; la quatrième s'élève à près de moitié de la hauteur du corps; les suivantes diminuent lentement jusquà la dix-septième, qui n'a guère plus du quart de la quatrième : derrière elle s'élève le premier rayon mou, qui la surpasse du double, et la portion molle, qui a vingt-neuf rayons, diminue peu de hauteur. L'anale est courte, haute et triangulaire; elle a trois épines, dont la deuxième est la plus forte, et huit rayons mous, dont le premier est triple des épines : sa position est sous le milieu de la partie CHAP. XIII. CHÉILODACTYLES. 367 molle de la dorsale. La caudale est demi-fourchue, et a quelques petites écailles entre les bases de ses rayons ; mais les autres nageoires n'en ont point. B. 6; D. n/-29; A. 3/8, etc. La joue, les pièces operculaires , le crâne et le front sont écailleux; mais le museau et la mem- brane branchiostège sont nus. La poitrine a, ainsi que la tête, de petites écailles; mais celles du corps sont assez grandes : on en compte environ soixante sur une ligne longitudinale, et vingt et quelques sur une ligne verticale, toutes un peu mattes et h bord aminci ; leur éventail a de huit à dix rayons. La ligne latérale, d'abord au tiers supérieur, se courbe presque comme le dos, mais s'en rapproche insensi- blement en ariière; elle se marque par un ou deux petits traits saillans et obliques sur chaque écaille. A l'état sec, ce poisson paraît brun, avec sept ou huit bandes plus brunes, descendant obliquement en arrière. La caudale est semée de taches rondes et blanches. D'après la figure que nous avons citée, le fond de la couleur dans le frais est bleuâtre sur le corps, jauucàtre sur les nageoires j les bandes sont noirâtres, et l'iris de l'œil aurore. Notre individu est long d'un pied sur une hau- teur de quatre pouces. 568 LIVRE V. SCIÉNOÏDES* CHAPITRE XIV. Des Latilus et des Maquaries ; deux petits genres de cette subdivision qui ne rentrent dans aucun des précédens. DES LATILUS. Nous avions d'abord établi ce genre d'après un poisson qui n'était décrit par M. de Lacé- pède que sur une peinture chinoise, mais qui nous est arrivé il y a quelques années de la mer des Indes. Cette mer nous en a fourni récemment une espèce beaucoup plus belle, qui a confirmé les caractères génériques indi- qués par la première. Les latilus ne sont point des corypliènes, comme M. de Lacépède l'a cru de celui dont il avait vu la figure; mais ils forment dans la famille des sciènes à dorsale indivise un genre particulier, remarquable surtout par son profil en arc arrondi et descendant presque verti- calement : son museau est ainsi très-court; son œil grand et tout près de la courJ^e supé- rieure du profil ; l'ouverture de sa bouclie , fendue jusque sous l'œil, est presque horizon- tale; et du total il résulte une forme de tête CHAP. XIV. LATILUS. 3G9 qui rappelle celle du mulle plutôt que celle de la coiyphène. Le Latilus argenté. {Latllus ai^gentatus , nob. j Corjphène chinoise, Lacép., t. II, p. 176 et 209.) C'est l'espèce décrite d'abord sur une pein- ture chinoise. Nous ne savons pas précisément de quel parage de la mer des Indes elle nous a été envoyée ; mais nous la soupçonnons de risle-de-France , et la figure d'après laquelle on l'a connue d'abord , prouve qu elle traverse tout locéan Indien. La longueur de sa tête ëgnle la hauteur du corps, et est comprise un peu plus de quatre fois et demie dans sa longueur totale. Le corps diminue peu en arrière, et est fort comprimé surtout entre les yeux. Dans la partie où le profil commence à descendre, il y a deux crêtes longitudinales. Le sous-orbitaire est rhomboidal, plus long que haut, et sans dente- lure. Les ouvertures de la narine sont très- près de l'œil : entre elles et le bout du museau on voit deux légères tubérosités irrégulières, qui appartiennent à l'os du nez, au sous-orbitaire et au maxillaire : ce- lui-ci ne s'élargit point en arrière. La mâchoire supérieure est peu protractile j ses dents sont en velours, sur une bande étroite j et il y en a en avant quatre ou six en crochets, plus longues que les au- tres. La mâchoire inférieure a en avant des dents en 5. 24 570 LIVRE V. SCIÉNOÏDES. velours ou en carde , sur une bande assez large , et sur les côtés une rangée simple de quatre